I.E MYSTERIEUX BOÜMAR.VXG D’AUSTRALIE
et d’avoir pu donner à son instruinent la forme convenable?
Quoiqu’il en soit, les .Vustraliens se servent de leur invention avec une adresse extraordinaire. Les voyageurs en racontent des traits incroyables. Ainsi, tel indigène lance le boomarang de la main droite, et le rattrape dans la main gauche, et récipi’oqiiement. .Avec ce projectile, on atteint de la manière lapins précise, des objets cachés par d’autres corps, par exemple des oiseaux et de petits animaux blottis derrière un arbre ou derrière une maison. Les objets plus rapprochés, on les atteint également par un certain coup de revers {hackstroke), en ayant soin de jeter le boomarang sous un angle particulier. On a fait l’essai de le lancer autour du grand mât d’un navire, de manière à ce qu’il revînt, après un long trajet, tomber auprès du mât de beaupré. Le comble de l’adresse, c’est de frapper son ennemi, avec un double boomarang; on jette l’un à droite, l’autre à gauche; le malheureux qui sert de but, se trouve alors pris entre deux feux, c’est-à-dire entre deux bâtons qui décrivent, avant de l’atteindre, des évolutions excentriques; — il échapperait difficilement à ce danger, s’il n’usait lui-même de ruse et d’adresse, et surtout s’il ne portait, pour se garantir, un bouclier d’une forme spéciale.
On pourrait calculer mathématiquement la courbe que décrit le boomarang. Le commodore Wilkes, qui commandait la célèbre expédition scientifique des États-Unis autour du monde , fit lui-même des expériences avec cet instrument, et dans son grand ouvrage, il a tracé la figure (les courbes décrites par le projectile, quand on le lance .-(ons des angles de 22, de 45 et de 65“. Le mouvement le plus singulier est celui qui s’accomplit sous l’angle 45“. Le vol du boomarang s’effectue alors en arriére ; l’individu qui le lance tourne le dos à l’objet qu’il veut frapper. — Le commodore Wilkes indique aussi la ligne
FORCE ET ADRESSE
que suit le boomarang, lorsqu'il perd son mouvement rotatoire *.
Mais en vertu de quel principe s’accomplit le phénomène? Les voyageurs qui ont visité l’Australie, et qui parlent du boomarang, n’en recherchent pas la cause, ou bien ne donnent de ce fait qu’une explication insuffisante, ou même confessent naïvement que la chose est incompréhensible. Volontiers, ils crieraient au prodige. Or, à l’époque où nous vivons, les prodiges sont passés de mode.
D’abord, d’où vient que le boomarang ne suit pas la ligne droite comme d’autres corps lancés de la même manière? Sa forme particulière en est cause. En effet, comme la ligne droite, dans laquelle la force de projection tend à l’entraîner, ne passe pas par le centre de gravité du corps,
— centre qui se trouve en dehors de la masse, un peu
plus près de la branche plus longue que de la branche plus courte de ce compas grossier et inégal, — il y a rotation continue autour de ce centre de gravité. La force avec laquelle le mouvement de rotation s’effectue est môme si considérable, qu’elle diminue fort peu jusqu’à la chute définitive du corps. Ce dernier, grâce à sa surface plane, fend l’air aisément. Cet air le soutient et le porte pour ainsi dire; c’est ce qu’il est facile de vérifier. A-t-on, ^ par exemple, lancé le boomarang un peu vers le haut, — ^
ce qui souvent n’est qu’un mouvement involontaire, —
on voit le corps monter considérablement en l’air. C’est , peut-être ce phénomène qui a fait croire à certains voyageurs que le boomarang était lancé par les indigènes à une grande hauteur, tandis qu’on ne lejette, je crois, qu’à \
une faible distance du sol, et même presque terre à terre; \
— c’est sous l’influence de l’air qu’il prend ce degré d’as- \
• Narrative of the United Stalex cxploriwj expédition round the World . — New-York, 1850. 5 vol. in-8.