LE MYSTÉRIEUX BOOMARANÜ D’AUSTRALIE
extrême, et y sème la mort à chaque pas. Mais l’autre façon de lancer le boomarang ne doit pas être moins nuisible à ces volatiles et à leurs semblables.
Ce dernier procédé, plus curieux et beaucoup plus pratiqué que l’autre, consiste à lancer en l’air le boomarang contre un objet placé quelquefois à une grande distance, et à attendre tranquillement que le corps projeté, après avoir accompli son œuvre de destruction, revienne avec une orbite elliptique à son point de départ, ou du moins à quelques pas de là.
Le boomarang décrivant son clli|>sc.
Tout le monde comprendra la portée d’une pareille invention. Et quels avantages ne rctirerait-on pas d’un tel système, s’il pouvait être appliqué à d’autres objets? Si les projectiles de guerre, après avoir tué ou mutilé l’ennemi, revenaient auprès de ceux qui les ont lancés, mais sans les blesser toutefois et d’une manière inoffensive, la guerre ne coûterait plus ce qu’elle a coûté par le passé. Cette économie viendrait fort à propos dans un temps où, par suite des progrès de l’artillerie, les engins destructeurs sont d’un prix exorbitant. N’a-t-on pas fabriqué en Angleterre pour des canons d’acier des boulets de même métal qui valaient 200 francs pièce? Un État se ruine à jeter à tort et à travers dans une bataille beaucoup de projectiles aussi coûteux. Mais, grâce au procédé des Australiens, l’État rentrerait dans ses frais, en même temps que les
FORCE ET ADRESSE
boulets dans leurs canons. Avec un petit nombre de projectiles de gros calibre toujours les mêmes, on pourrait désormais entreprendre des guerres aussi longues et aussi meurtrières que celles d’autrefois. On serait quitte, après la campagne, pour faire un échange de boulets, de même qu’on fait des échanges de prisonniers; et l’on se consolerait facilement de l’absence de quelques enfants perdus, égarés pendant la bagarre. Après tout, un boulet ou deux de moins, ce n’est pas la mort d’un homme.
Mais ces temps heureux sont encore loin de nous. Le boomarang n’a pas dit son dernier mot. A peine quelques échantillons de cet instrument sont-ils parvenus en Europe; bien des gens ignorent jusqu'à son existence. Lorsqu’il sera mieux connu, quand les gens de science l’auront examiné avec attention, peut être trouvera-t-on moyen de l’appliquer utilement. Toujours est-il que l’exemple du boomarang prouve victorieusement que les lois de la nature, même les plus simples , n’ont pas reçu chez les peuples civilisés toutes les applications dont elles sont susceptibles. 11 est au moins original, sinon peu flatteur pour notre amour-propre, que la leçon vienne de l’Australie; — delà Papouasie, c’est-à-dire de contrées sans aucune civilisation indigène. Aussi se demande-t-on avec stupéfaction comment des sauvages polynésiens, ignorant les lois de la physique et de la balistique, ont pu concevoir l’idée d’un instrument si ingénieux, quoique si simple. C’est le hasard sans doute qui les a servis. 11 est probable qu’un jour, à la chasse, un de ces Australiens, trouvant sous sa main un bâton recourbé, l’aura lancé contre un gibier de marais, et à sa grande surprise aura vu ce bâton revenir à ses cotés. Ce sauvage avait évidemment l’esprit observateur, et ce fait étrange l’aura frappé. Mais que d’essais n’a-t-il pas dû tenter avant d’arriver à un résultat satisfaisant