L’AMBLYRHINQUE A CRÈTE. — 4AMBLYRHINCHUS CRISTATUS
Meerechse.
Caractères. — Cette espèce, qui peut atteindre près de 4 mètre de long et qui pèse jusqu'à 12 kilogrammes, a le corps élancé, un peu arrondi, la queue longue, fortement comprimée, la tête courte, le museau large et tout à fait arrondi. La nuque, le dos et la queue sont surmontés d’une crête qui est plus basse au-dessus des épaules et des reins que dans aucune autre partie de sa longueur.
La face supérieure du crâne est protégée par
des plaques tuberculeuses; les sourcils font une légère saillie en dehors; le trou de l'oreille à fleur duquel se trouve tendue la membrane du tympan, est assez petit; les dents sont nombreuses et distinctement trilobées. Les
| écailles qui garnissent les flancs sont plus pe-
tites que celles du dos; les unes et les autres ont une forme conique et un sommet assez aigu pour rendre la surface du tronc fort rude au toucher. Les membres sont proprolionnellement plus trapus, plus courts que ceux des Iguanes ; les ongles sont crochus (fig. 203).
La coloration varie avec l’âge. Chez les individus jeunes on remarque de nombreuses taches d'un gris clair se détachant sur un fond noir; sur le dos se voient des taches alternativement noires et d'un gris sale disposées en bandes ou en séries transversales plus ou moins régulières. Les adultes ont les parties supérieures du corps noirâtres, nuancées de teintes plus claires ; quelques anneaux noirs brunâtres se voient sur la queue; le ventre est d’un brun jaune sale; la crête présente des bandes alternativement jaunes ou grises et noires. On rencontre parfois des individus complètement et uniformément noirs.
Distribution géographique. — L'Amblyrhinque à crête habite les îles Galapagos. Darwin a trouvé l'espèce dans toutes les îles de l’Archipel qu'il a visitées; Steindachner, en 1872, a constaté leur présence à Albermarle, et sur les îles Saint-Charles, Saint-James et Jervisy.
Mœurs, habitudes, régime, — C’est Darwin qui, le premier, nous à fait connaître les mœurs de l'étrange Saurien dont nous parlons ici, et nous ne pouvons mieux faire que de laisser la parole à l’illustre naturaliste du Beagle :
« L’Amblyrhinque, genre remarquable de Lézards, écrit Darwin, est particulier à l’Archipel des Galapagos ; il y en a deux espèces qui se ressemblent beaucoup, mais l’une est terrestre et l’autre aquatique. Cette dernière (Amblyrhinchus cristatus) a été décrite pour la première fois par Bell qui, en voyant sa tête large et courte et ses fortes griffes d’égale longueur, a prédit que ses habitudes devaient être toutes particulières et devaient différer beaucoup de celles de son parent le plus rapproché, l'Iguane. Ce Lézard est extrêmement commun sur toutes les îles de l’Archipel. Il habite exclusivement les rochers de la côte; on ne le trouve jamais à plus de 40 mètres du bord
L'AMBLYRHINQUE A CRÊTE.
Fig. 203. — L’Amblyrhinque à crête (1/4 grand. nat.).
de la mer; c’est un animal hideux, de couleur noir sale ; il semble stupide et ses mouvements sont très lents. La longueur ordinaire d’un individu ayant atteint toute sa croissance est d'environ un mètre; mais on en trouve qui
ont jusqu’à quatre pieds de long; j'en ai vu |
un qui pesait 20 livres; il semble se développer plus particulièrement sur l’île Albemarle. Leur queue est aplatie des deux côtés, leurs pieds palmés entpartie. On les rencontre quelquefois nageant à quelques centaines de mètres de la côte, Le capitaine Collnest dit dans la relation de son voyage : « Ces Lézards s’en vont par “troupes pêcher en mer,ou bien se reposent au
« soleil sur les rochers ; on peut, en somme, les « appeler des Alligators en miniature. » Il ne |
faut pas penser cependant qu'ils se nourrissent de poissons. Ce Lézard nage avec la plus grande facilité et avec beaucoup de rapidité; il s'avance en imprimant à son corps et à sa queue aplatie une espèce de mouvement ondulatoire ; pendant qu'il nage, les pattes restent immobiles et étendues sur les côtés. Leurs
membres et leurs fortes griffes sont admirable- !
Bueum. — Y,
ment adaptées pour leur permettre dese traîner sur les masses de lave rugueuse et pleine de fissures qui forment toutes ces côtes. À chaque pas, on rencontre un groupe de six ou sept de ces hideux Reptiles, étendus au soleil sur les rochers noirs, à quelques pieds au-dessus de l’eau.
« J'ai ouvert plusieurs de ces Lézards; leur estomac est toujours considérablement distendu par une plante marine broyée, qui pousse sous forme de feuilles minces, vert brillant ou rouge sombre. Je ne me rappelle pas avoir vu cette plante marine en quantité quelque peu considérable sur les rocs alternativement découverts ou recouverts par la marée; j'ai quelques raisons de croire qu'elle pousse au fond de la mer à une certaine distunce de la côte ; s’il en est ainsi, on s'explique facilement que ces animaux aillent en mer.
L'estomac ne contenait que cette plante marine. La nature des aliments de ce Lézard, la conformation de sa queue et de ses pattes, le fait qu'on l'a vu volontairement se mettre à l'eau, prouvent absolument ses habitudes
R£PriLes. — 30
L'AMBLYRHINQUE SUBCRÈTE.
aquatiques ; il présente cependant sous ce rapport une curieuse anomalie : quand il est effrayé, il ne va pas se jeter à l’eau. Aussi estil très facile de chasser ces Lézards jusque sur un endroit surplombant la mer, où ils se laissent prendre par la queue plutôt que de sauter dans la mer. Ils ne semblent pas même avoir l'idée de mordre; mais, quand ils sont très effrayés, ils lancent de chaque narine une goutte d’un liquide quelconque. J'en jetai un plusieurs fois de suite aussi loin que je le pus dans un étang profond qu'avait laissé la mer en se retirant; il revint invariablement en ligne droite à l'endroit où je me tenais. Il nageait près du fond, ses mouvements étaient gracieux et rapides; quelquefois il s’aidait de ses pattes sur le fond de l'étang. Dès qu'il arrivait près du bord, et pendant qu'il était encore sous l’eau, il essayait de se cacher sous les touffes de plantes marines ou en entrant dans quelque crevasse. Dès qu'il pensait que le danger était passé, il sortait de son trou pour venir s’étendre au soleil en se secouant aussi fort qu'il le pouvait. Je saisis plusieurs fois ce même Lézard en le pourchassant jusqu’à un endroit où il aurait pu entrer dans l’eau, mais rien ne pouyait le décider à le faire. On peut peut-être expliquer cette stupidité apparente par ce fait que ce Reptile n’a aucun ennemi à redouter sur la côte, alors que, quand il est en mer, il doit souvent devenir la proie des nombreux requins qui fréquentent ces parages. Aussi ya-t-il probablement chez lui un instinct fixe et héréditaire qui le pousse à regarder la côte comme un lieu de sûreté et à s’y réfugier dans quelque circonstance que ce soit. »
Steindachner, qui visita les Galapagos en 1872, y trouva les Amblyrhinques par milliers, comme au temps des voyages de Dampierre et de Darwin. « Lorsque, dit ce savant naturaliste, mon compagnon de voyage, le docteur Pitkins, vit un grand nombre de ces animaux, à l'aspect si étrange et si horrible, en train de se chauffer au soleil, étendus sur des blocs de lave, il tira sur leur troupe compacte. Lorsqu’une heure plus tard je visitai l'endroit où se trouvaient tous ces animaux, elle était absolument déserte. Tous les Amblyrhinques s'étaient enfuis vers la mer et avaient, sans nul doute, gagné à la nage quelque autre retraite.
« Lorsque la mer est calme, on voit assez souvent ces Sauriens nager assez rapidement et plonger à une assez grande distance des
côtes. Dans l’eau, leurs mouvements ressem-
blent à ceux des Serpents; lorsqu'ils nagent, leur tête seule émerge, les membres sont repliés le long du corps, et la progression s'opère exclusivement par les rapides mouvements de leur longue queue.
« Sur l’île de Jervis j'ai vu de ces animaux au voisinage de la mer, sur des blocs de lave; ils étaient réunis sur un petit espace par troupes de 100 à 150 individus. Sur l'ile Saint- James, je n’ai rencontré que de petits individus à une hauteur considérable au-dessus de la mer, sur le bord de falaises recouvertes d'herbes et de broussailles. Aïnsi que Darwin l’a observé, leur estomac est toujours rempli de détritus d'algues rougeâtres à petites feuilles.
«Pendant qu'au mois d'octobre, je wisitais les Galapagos, j'ai vu très peu de jeunes Amblyrhinques; je n’ai aperçu aucun animal ayant moins d’une année. Je demandai aux habitants s'ils savaient où ces Reptiles déposent leurs œufs; ils me répondirent tous qu'ils n'avaient aucun renseignement à cet égard; c'est là un fait étrange, si l’on songe à que. point ces Sauriens sont abondants dans ces parages.»
L’AMBLYRHINQUE SUBCRÈTE. — CONOLOPHUS SUBCRISTATUS.
Drusenkopf.
Caractères. — Cette espèce, essentiellement terrestre, se distingue facilement de l'espèce marine par ses formes plus massives, plus lourdes, les pattes plus trapues, les doigts absolument libres, la queue plus courte, presque
| arrondie, dépourvue de crête. Les écussons de
la face supérieure de la tête sont plus petits et beaucoup plus nombreux que pour l’autre espèce; parmi ces écussons, Ceux qui oCCcupent la région occipitale sont les plus gros et les plus pointus; les narines sont grandes. Le crâne est très fuyant. Les écailles du cou, du dos et des flancs sont petiles et de forme conique; les écailles du ventre sont beaucoup plus grandes et lisses. Sur le cou se voit une crête assez élevée composée de tubercules coniques, allongés, éloignés les uns des autres, celle crête se continue sur une certaine longueur du dos où elle est formée d’écailles en dents de scie auxquelles se mêlent de distance en distance des tubercules coniques (fig. 204).
La tête a une teinte d'un jaune citron plus ou moins vif; le dos, au voisinage de la crête, est d’un rouge brique ou d’un rouge de rouille
L'AMBLYRHINQUE SUBCRÈTE. 235
parfois crné de bandes jaunes ou rougeâtres; vers les flancs la coloration passe au rouge foncé impur; çà et là se voient quelques petites taches brunes irrégulières et mal limitées. Les pattes de devant sont rougeàtres à leur partie supérieure; les membres postérieurs sont colorés en jaune brunâtre; les ongles ont une teinte noire.
Distribution géographique. — L’Amblyrhinque de Demarle ou Amblyrhinque subcrète n'a été observé par Darwin que dans les parties centrales de l'archipel des Galapagos, c'est-à-dire les îles Abbemarle, James, Barrington et Indefatigable.
« Dans les îles Chales, Hood et Chatham, situées plus au sud, et dans les îles Towers, Bindlues et Abington, situées plus au nord, je n'en ai jamais vu ni entendu parler, rapporte Darwin. On dirait réellement que cet animal a été créé au centre de l'archipel, et qu'il ne s'est propagé de là que jusqu’à une certaine distance.
« On trouve quelques-uns de ces Lézards dans les parties élevées et humides des îles, mais ils sont beaucoup plus nombreux dans les régions basses et stériles auprès de la côte. Je ne puis donner une meilleure idée de leur nombre considérable qu’en disant que, lors de notre séjour à l’île James, nous eûmes la plus grande peine à trouver, pour y planter notre tente, un endroit où ils n’eussent pas creusé leurs trous. »
Mœurs, habitudes, régime, — Les renseignements que nous possédons sur l’'Amblyrhinque terrestre sont dus à Darwin. « Comme leurs cousins de l'espèce marine, écrit l'illustre naturaliste, ce sont des animaux fort laids; le dessous de leur ventre est jaune orangé, leur dos brun jaunâtre; leur angle facial, extrêmement petit, leur donne un aspect particulièrement stupide. Leurs mouvements sont lents et ils semblent presque toujours plongés dans une demi-torpeur.Quandilsnesont pas effrayés, ils rampent lentement, leur queue et leur ventre traînant sur le sol. Ils s'arrêtent souvent et semblent s'endormir pendant une minute ou deux, les yeux fermés et les pattes de derrière étendues sur le sol brûlant.
« Ils habitent des terriers qu'ils se creusent quelquefois entre des fragments de lave, mais le plus souvent sur les parties plates de tuf tendre qui ressemble à du grès. Leurs terriers ne paraissent pas très profonds; ils pénètrent sous le sol en faisant un angle fort petit à la
surface, de telle sorte que, quand on marche sur un endroit habilé par ces Lézards, on enfonce constamment. Quand il creuse son terrier, cet animal travaille avec les côtés opposés de son corps. Une de ses pattes de devant gratte le sol pendant quelque temps, en rejetant la terre qu'il extrait vers sa patte de derrière qu'il a placée de façon à rejeter la terre hors du trou. Quand ce côté du corps est fatigué, les pattes de l’autre côté reprennent le travail, et ainsi de suite alternativement. J'en ai examiné un pendant longtemps, jusqu’à ce que la moitié de son corps eût disparu dans le trou ; je m’approchai alors de lui et le tirai par la queue. Il sembla fort étonné de ce procédé et sortit de son trou pour voir ce qu'il y avait, il me regarda alors bien en face, comme s’il voulait me dire : Pourquoi diable me tirez-vous la queue?
« Ces animaux mangent pendant la journée et ne s’éloignent guère de leurs terriers; s'ils sont effrayés, ils y courent de la façon la plus comique. Ils ne peuvent courir très vite, sauf quand ils descendent un terrain en pente; cela tient évidemment à la position latérale de leurs pattes. Ils ne sont pas craintifs; quand ils regardent quelqu'un attentivement, ils relèvent leur queue, et, se soulevant sur leurs pattes de devant, ilsagitentcontinuellementleur tête verticalement et essayent de se donner un air aussi méchant que possible. Mais au fond, ils ne sont pas méchants; si on frappe du pied, leur queue s’abaisse immédiatement et ils s’éloignent aussi vite que possible. J'ai fréquemment observé que les petits Lézards qui mangent les mouches impriment exactement à leur tête ce même mouvement de haut en bas quand ils observent quelque chose; mais je ne saurais donner aucune explication de ce fait. Si l’on tourmente ce Lézard avec un bâton, ille saisit et le mord vigoureusement; mais j'en ai pris beaucoup par la queue et aucun n’a jamais essayé de me mordre. Si on en met deux sur le sol et qu'on les tienne l’un près de l’autre, ils se mellent à se battre et se mordent jusqu’au sang.
« Les individus qui habitent les régions basses du pays, et c'est de beaucoup les plus nombreux, trouvent à peine une goutte d'eau pendant loute l'année. Mais ils mangent beaucoup de cactus, tout au moins les branches qui sont fréquemment brisées par le vent. Je m'amusais souvent, quand j'en voyais deux ou trois ensemble, à leur jeter un morceau de cac-
LES HYPSIBATES
Fig. 204, — L’Amblyrhinque subcrète (1/5 grand. nat.).
tus ; rien n’était comique comme de voir l’un d’eux se saisir du morceau et essayer de l’emporter dans sa gueule, tout comme un chien affamé essaye de soustraire un os à ses camarades. Ils mangent très lentement; cependant ils ne mâchent pas leurs aliments. Les petits oiseaux savent parfaitement que ces animaux sont inoffensifs; j’ai vu des moineaux aller becqueter une extrémité d’un morceau de cactus, plantes qu’aiment beaucoup les animaux de la région inférieure, pendant qu’un Lézard mord l’autre extrémité; il n’est pas rare de voir ensuite le petit oiseau aller se percher sur le dos du Reptile.
« J'ai ouvert plusieurs de ces animaux ; leur estomac est toujours plein de fibres végétales et de feuilles de différents arbres, surtout celles d’un acacia. Dans la région supérieure, ils mangent principalement les baïes acides et astringentes du Guayarita; j'ai vu ces Lézards et de grosses Tortues, les uns auprès des autres, sous ces arbres. Pour se procurer les feuilles d’acacia, ils grimpent sur les arbres rabougris; il n’est pas rare d’en voir un couple
brouter tranquillement perchés, sur une branche à plusieurs pieds au-dessus du sol. Ces Lézards cuits ont la chair très blanche; c’est un mets fort apprécié de ceux dont l'estomac plane au-dessus de tous les préjugés. Humboldt a fait remarquer que, dans toutes les régions intertropicales de l'Amérique méridionale, on estime comme chose fort délicate la chair de tous les Lézards qui habitent les régions sèches. Les habitants affirment que les Lézards qui habitent les régions humides de l’île boivent de l’eau, mais que les autres, à l'encontre des Tortues, ne font jamais le voyage, pour se désaltérer. A l’époque de notre visite, les femelles portaient dansle corpsde nombreux œufs gros et allongés; elles pondent dans leurs terriers ; les habitants recherchent beaucoup ces œufs pour les manger. »
LES HYPSIBATES — AÆAYPSIBATUS Hochschreiter.
Caractères. — Le terme d'Hypsibate, qui signifie kaut monté sur jambes, a été donné à
V;, p.236, PI. X.
Breum, Reptiles.
Corbeil, Crété, imp.
Paris, J.-B. Baillière et Kils, édit.