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LE VARAN À DEUX BANDES

L'HYPSIBATE PEINT.

Î 14 Dhéper

Fig. 205. — L'Hypsibate peint (grand. nat.).

des Iguaniens qui ont le tronc un peu déprimé, avec deux plis longitudinaux de chaque côté du dos, les membres, particulièrement ceux de derrière, très longs et fort maigres, la queue longue, recouverte de petites écailles imbriquées, tantôt arrondie, tantôt comprimée suivant les espèces. Ajoutons que la tête est déprimée, couverte, en dessus, de plaques inégales, qu’il existe des dents au palais, que le dos, au moins dans une partie de son étendue, est garni d’une crête, que les écailles du corps sont crénées et imbriquées, que les pores fémoraux font défaut.

Distribution géographique. — Les animaux qui rentrent dans ce genre habitent les Guyanes et le nord du Brésil.

L'HYPSIBATE PEINT. — HYPSIBATUS PICTUS.

Stelzenechse.

Caractères, — L'espèce que nous représentons (fig. 205) est un petit Saurien d'environ 0,30, à la queue plus longue que le corps, à la tête courte, bombée au-dessus des yeux, au museau très court, à la gorge lâche pouvant, dans certains moments, se gonfler de manière à former un sac très distendu; les membres de derrière sont plus développés que ceux de devant; on voit cinq doigts à chaque

patte. De petites écailles fines recouvrent le corps ; des écailles un peu plus grandes revêtent le dessus de la tête ; des écailles quadrangulaires, plus développées que celles du corps, revêtent la queue. La crête dorsale, peu élevée, s'étend jusqu’à la racine de la queue.

En arrière de la tête et de la nuque, qui sont d'un gris brunâtre, se voit une large bande d’un noir de velours qui S’étend transversalement depuis le dos jusqu'aux pattes antérieures. Le tronc est orné de bandes d’un

| brun foncé bordées de noir et séparées entre

elles par des intervalles colorés en gris blanc tirant sur le bleu. La partie postérieure du corps et de la queue offre une teinte rosée, tournant au jaunâtre, relevée par des bandes transversales noirâtres ou brunâtres, formant des anneaux plus ou moins complets. Les membres postérieurs sont ornés de bandes brunes, les pattes de devant, d’un brun grisàtre, de bandes et de petites taches irrégulières d’un blanc bleuâtre. Le sac guttural, lorsqu'il n'est pas gonflé, présente à son centre une large tache orangée ; lorsqu'il est distendu, il a une fort belle couleur orangée. La gorge et toute la partie inférieure du corps sont colorées en gris cendré bleuâtre, avec des reflets rougedâtres. La pupille est entourée d’un cercle jaune, l'iris étant brunâtre, Les individus

LES SCÉLOPORES.

jeunes ont des bandes brunâtres sur lesquelles se détachent des marbrures d’un blanc de perle qui disparaissent avec l’âge.

Mœurs, habitudes, régime. — « J'ai vu ce beau Reptile, écrit le prince de Wied, dans les grandes forêts vierges qui s'étendent près du lago d’Arrara, vers le Muluri. Dans la contrée, on désigne cet animal sous le nom de Caméléon, parce que, dans les moments d'excitation, il peut changer de couleur et que ses flancs devienneni alors d’un beau rose; c’est principalement sur les bandes claires qui ornent le corps que les changements de coloration sont le plus sensibles. Le Reptile dont nous parlons se tient constamment sur les ar-

bres, sur lesquels il grimpe fort adroitement | et fort rapidement ; il se tient habituellement |

haut sur pattes, le tête fortement relevée.

Lorsqu'il est en colère, il ouvre largement la bouche, renfle son sac guttural, fait entendre un son sifflant et se précipite courageusement sur l'ennemi, en bondissant. »

LES TROPIDURES — TROPIDURA

Kielschwang.

Caractères. — Les Tropidures ou Ecphymotes sont des Sauriens de l'Amérique méridionale au tronc court et déprimé, à la tête triangulaire, recouverte de plaques d’inégale grandeur, au corps revêtu d’écailles petites et imbriquées, à la queue assez longue, forte, conique, protégée par des écailles verlicillées, imbriquées et carénées. Il n’existe pas de crête ni sur le dos ni sur la queue ; les pores fémoraux font défaut ; le palais est garni de dents ; sous le cou se voit un seul pli transversal et deux plis latéraux très prononcés.

LE TROPIDURE À COLLIER. — TROPIDURUS TORQUATUS.

Kielschwang.

Caractères. — Le Tropidure à collier, que les Portugais désignent sous le nom de Zagarda, ce qui veut dire simplement Lézard, atteint une longueur de 0,30 à 0,40. La teinte fondamentale, qui est grisâtre, est relevée par des taches de couleur claire ; sur les côlés du cou, tout près de l'épaule, se voit une bande verlicale noire ; au-dessus de l’œil sont des lignes d’un gris noirâtre. Les individus jéunes ont le corps orné de taches irrégulières noires, bordées de blanc en arrière, formant une dou-

ble série le long du dos; sur le dessus des pattes se voient des taches d’un blanc pur.

Le tronc est un peu déprimé, le dos faiblement arqué en arrière ; la queue est forte, légèrement aplatie à sa racine, conique dans le reste de son étendue. Les doigts sont longs ; la tête est déprimée.

Distribution géographique. — Ce Reptile est un des Sauriens les plus communs de l’Amérique méridionale ; on le trouve abondamment dans les Guyanes et dans le nord du Brésil.

Mwæurs, habitudes, régime. — D'après de Wied, le Zropidurus torquatus vit dans les régions sèches et sablonneuses ; il se tient de préférence dans les tas de pierres, les éboulis, les fentes de rochers, les vieilles murailles. Lorsqu'on s'approche de lui, il se précipite vers sa retraite avec la plus grande rapidité ; il peut descendre ou grimper le long des parois les plus abruptes, de telle sorte qu'il est fort difficile de s’en approcher et plus encore de le capturer.

LES SCÉLOPORES — SCELOPORA

Caractères. — Les Scélopores ont la tête courte et déprimée ; les écailles du dessus de la tête sont tantôt lisses, tantôt carénées. Le tronc est court, recouvert d'écailles imbriquées et carénées, dépourvu de crête; la queue est grosse, peu allongée, déprimée à sa base ; il existe des pores fémoraux ; la voüte palatine ne porte pas de dents. Ces Reptiles sont toujours de faible taille; ils ont généralement une coloration fort brillante, surtout les mâles qui sont, le plus souvent, d’un beau bleu. Tous les animaux appartenant au genre Scélopore ont, du reste, de grands rapports de ressemblance. ie

Distribution géographique. — Les espèces actuellement connues sont au nombre de 95 ; elles habitent le Mexique et les régions voisi nes, telles que la partie sud de la Californie, le Texas, le Yucatan, le Guatémala, la république de Salvador, les deux versants de la Cordillère. + ,

Mœæurs, habitudes, régime. — F. Bocourt, qui a souvent observé les Scélopores dans l'Amérique centrale, rapporte que certaines espèces habitent les broussailles ou les touffes d'herbes poussant au pied des roches ; d’autres se creusent des retraites peu profondes dans des terrains découverts et accidèntés ;

LE PHRYNOSOME ORBICULAIRE.

d’autres encore ne paraissent pas beaucoup s'éloigner de leurs demeures habituelles, qui consistent en petites galeries souterrâines situées sous les rochers, ou bien à fleur de terre au milieu des herbes. Ces animaux se nourrissent d'insectes, tels que des longicornes, des charançons, des papillons.

LES PHRYNOSOMES — PHRYNOSOMA

Caractères. — Les Phrynosomes ont une forme tellement étrange qu'il est impossible de ne pas les reconnaître alors qu’on a vu un seul d’entre eux. Ils ont, en effet, le tronc court, ovalaire, fort déprimé, les membres courts, les doigts peu développés, dentelés sur les bords, la queue très courte, large à sa base ; le dos hérissé de tubercules s’élevant au milieu de petites écailles imbriquées, la tête courte, à vertex incliné en avant, armée de forts piquants. Ajoutons que les dents des mâchoires sont petites et coniques, qu'il n'existe pas de dents à la voûte palaline, que le dos est dépourvu de crête et que chaque cuisse est garnie de pores.

Toutes les espèces offrent une preuve de la variélé des modifications qui peuvent se rencontrer dans un même type, sans que l’uniformité de plan général soit modifiée ; un Phrynosome ressemble dans son ensemble à un autre Phrynosome et cependant ces animaux, si semblables entre eux, présentent une série de modifications qui ont permis de les classer en quatre genres distincts; chez les uns, en effet, le tronc auriculaire est apparent, tandis que chez les autres il est caché; certains ont les narines percées sur la ligne sourcilière, d’autres en dedans de cette ligne; les écailles de la gorge sont égales ou d’inégale grandeur; la queue est plus ou moins longue; les épines de la tête plus ou moins développées.

La coloration est de couleur terre de Sienne, brunâtre ou gris roussâtre, souvent relevée de taches brunes ou noires liserées de jaune.

Distribution géographique. — Les Phrynosomes habitent la partie sud des États-Unis, le Texas, la basse Californie, le nouveau Mexique, le Nébraska, le Kansas, les déserts du Colorado, le Sonora, le Rio-Grande, l'Utab, le Mexique.

LE PHRYNOSOME ORBICULAIRE. — PHRYNOSOMA ORBICULARE.

Krôtenechse.

Caractères. — Cette espèce, qu'en 1651 Hernandez désignait sous le nom de Tapayaxin, a la tête épaisse, aussi longue que large ; les épines de la nuque sont de moyenne grandeur; le cou est court ; le corps, large et aplati, surtout chez les femelles, est d'une forme à peu près discoïdale ; la queue, courte et conique, est assez pointue. Les flancs sont garnis d’une rangée de petites pointes écailleuses de forme triangulaire ; les écailles du ventre sont lisses et carrées ; les écailles de la face supérieure du corps sont pour la plupart transformées en épines tronquées et d’inégale longueur ; le cou présente, à sa partie inférieure, un pli transversal (fig. 206).

Sur un fond couleur de Sienne naturelle se détachent, sur le cou et sur les flancs, de chaque côté du dos, quatre taches brunes ou noires, circonscrites en arrière par une étroite bande d’un beau jaune ; la queue et les membres sont ornés de bandes de couleur brune ; le ventre est d'un blanc jaunäâtre, avec des taches d’un beau jaune ou des marbrures noires. Les femelles ont, assez souvent, le dos d’un jaune d’ocre foncé, avec des taches noires sur le cou et sur le tronc.

Distribution géographique. — L'espèce que nous décrivons a été trouvée aux environs de Puebla, sur le plateau de Mexico, dans diverses localités de la province de la Vera-Cruz et sur le versant du Pacifique de Colima.

Moœurs, habitudes, régime. D’après Sumichrast, cité par F. Bocourt, « le Phrynosome orbiculaire, particulier aux régions froides et sèches du plateau mexicain, habite les endroits sablonneux et exposés au soleil, le

| bord des chemins et des collines arides, où la

couleur terreuse de son corps le dérobe facilement aux regards. Mal bâti pour la course, il

| n’a rien de cette vivacité lacertienne, qui est

devenue proverbiale ; sa démarche est lente et gauche. A le voir cheminer généralement sur le sable, on devine que le pauvre diable aura bien de la peine à se procurer le pain quotidien. Sa langue épaisse ne lui permet pas, comme au Caméléon, de la darder sur les insectes qui passent à sa portée ; son ventre farge et trainant à terre l’empêchera d'allraper une proie à la course comme les svelles Lézards, ou une

LE PHRYNOSOME ORBICGULAIRE.

mouche au vol comme les impétueux Anolis.

Pour qu'il soupe, il faudra qu’un de ces lourds Coléoptères des sables, aussi mal organisés que lui pour la locomotion, vienne, pour ainsi dire chatouiller les dents de ce mélancolique chasseur. Cette sobriété forcée lui a valu, de la part des indigènes, la réputation de se nourrir d'air.»

En même temps que les Phrynosomes, plusieurs voyageurs ont adressé à la ménagerie des Reptiles du Muséum de Paris des échantillons de sable dans lequel s’enterrent ces animaux ; il est tout à fait curieux de remarquer que ce sable gris, blanc et noirâtre, a absolument la coloration du Reptile qui l’habite ; il y a certainement là un intéressant fait de mimicrie.

Dépourvus de tout moyen de défense, les Phrynosomes se laissent saisir sans opposer la moindre résistance; ils ne cherchent ni à fuir, ni à mordre, ni à griffer ; ils se contentent de s’aplatir contre le sol.

Hernandez rapporte que, lorsqu'il est sur le point d'être saisi, le Z'apayaxin fait sourdre

de ses yeux des gouttelettes de sang qui peu- |

vent jaillir jusqu’à une distance de quelques centimètres. D’après les observations récentes

de Wallace, ce jet de sang paraît constituer |

pour l’animal un moyen de défense. « Dans certaines circonstances, écrit Wallace, dans le but évidemment de se défendre, le Phrynosome fait jaillir d'un de ses yeux un jet de liquide d’un rouge éclatant, qui ressemble à s’y méprendre à du sang. J'ai constaté trois fois cet étrange phénomène sur trois animaux différents, mais j'ai vu d’autres animaux qui ne se comportaient pas ainsi; un de ces animaux fit jaillir le liquide sur moi même placé à près de quinze centimètres de distance de ses yeux; un autre fit sourdre du sang lorsque je brandis devant lui et à peu de distance des yeux un couteau brillant. Ce

liquide doit provenir des yeux, parce que je | ne saurais imaginer aucun autre endroit d’où |

il puisse sorlir. »

A. Dugès, qui depuis de longues années habite le Mexique, a écrit à F. Bocourt qu'il a observé le même phénomène. « Le Phrynosome orbiculaire, dit-il, pleure du sang quelquefois, cela est positif, sans qu’une violence extérieure l’y détermine. J'ai été deux fois témoin de ce fait, et même une fois le sang a jailli en touchant légèrement l’œil gauche; en un instant, il en est sorti une demi-cuille-

rée à café ; en même temps, le Reptile se renversait et retroussait les lèvres. Le sang paraît provenir du cul-de-sac inférieur de la conjonctive et être fourni par l’angulaire, mais je n’ai pu en avoir la preuve par la dissection. Cela est fort curieux, mais très rare; j'ai manié des centaines de ces Sauriens, même assez brutalement, et cela sans obtenir de sang; il y a quelque circonstance qui m’échappe. »

Dugès a vu les Phrynosomes se mettre à courir aussitôt leur arrivée au monde; ces animaux sont donc certainement vivipares ou sont au moins ovoyivipares.

Captivité. — Sumichrast rapporte qu'il a plusieurs fois gardé en captivité des Phrynosomes. Ces animaux se tenaient d'habitude dans un coin de la chambre et, quand ils disparaisaient, on était certain de lestrouver dans les souliers ou dans les poches des vêtements. Il put observer que le Phrynosome est vivipare et qu’il met au monde de dix à douze petits.

Des Phrynosomes sont apportés assez fréquemment dans nos ménageries, mais ces animaux arrivent généralement complètement épuisés par le long jeûne qu'ils ont subi, de telle sorte qu’ils sont affaiblis au point de ne pouvoir plus prendre spontanément des aliments. Stupides et absolument indifférents à ce qui se passe autour d'eux, ils restent aplatis contre le plancher de leur cage, presque complètement immobiles. Lorsqu'on les excite,

| qu’on les pousse, ils se décident parfois à faire

quelques pas, puis retombent et restent à la même place jusqu’au jour où on s'aperçoit, à l’aspect trouble et vitreux de leurs yeux, qu'ils ont cessé de vivre.

Certains individus résistent parfois, ils se nourrissent alors de vers de farine et de petites larves d'insectes. Lorsqu'on les place en plein soleil, ils prennent l'attitude qui est représentée sur la figure 206, courbent le dos, relèvent toute la partie antérieure du corps, redressent la tête et cherchent à fuir. Ils commencent par exécuter une série de sauts courts, peu élevés, se succédant rapidement, absolument comme les Crapauds; puis, après avoir ainsi franchi une petite distance, ils se mettent à courir, portant une patte devant l’autre, avançant en même temps la palte antérieure gauche et la patte postérieure droite, puis la patte antérieure droite et la patte postérieure gauche, et ainsi de suite.

LES VARANIENS. 241

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Fig. 206. — Le Phrynvsome orbiculaire (3, grand. nat).

LES VARANIENS — VARANIDÆ

Caractères généraux. — Si les Varaniens rappellent les autres Sauriens normaux par la forme allongée de leur corps et le grand développement des membres, tant antérieurs que postérieurs, ils forment cependant un groupe nettement défini.

Chez eux, en effet, la peau est formée d’écailles tuberculeuses, saillantes, enchâssées dans la peau, arrondies, tant sur la tête que sur le dos et sur les flancs. La langue est longue, charnue, profondément divisée à son extrémité libre, protractile ; de même que chez les Serpents, elle peut rentrer dans un fourreau. Ajoutons que les dents, appliquées contre la face interne des mächoires, sont assez espacées, comprimées latéralement, aiguës et tranchantes ; il n'existe pas de dents à la voûte palatine.

Le crâne du Varan est étroit, allongé, plat en dessous. Plus encore peut-être que chez les autres Sauriens, les os de la tête semblent être simplement suspendus les uns au-dessus des autres ; aussi existe-t-il une columelle servant d’arc-boutant. L'os intermaxillaire est unique; le jugal n’est qu'un stylet qui n’atteint ni le frontal postérieur, ni le temporal, de telle sorte que l'orbite est incomplète, comme

BREnM. — V,

chez les Geckos. Le pariélal est impair. Le dessus de l’œil est protégé par une pièce spéciale, semblable à celle qui existe chez les Oiseaux, pièce qui a été désignée par Cuvier sous le nom de surcilier.

Le cou, bien que plus allongé que chez les autres Sauriens, n’est cependant composé que de sept vertèbres; les quatre premières vertèbres dorsales envoient des prolongements au sternum, toutes les autres n'ayant que des côtes flottantes. Il n’existe que deux vertèbres au sacrum, vertèbres remarquables par la grosseur et la solidité de leurs apophyses transverses.

Le sternum est formé antérieurement d'une pièce allongée, unique et fort solide, se dilatant en avant en deux branches latérales se prolongeant beaucoup. L’épaule est forte et solide. L’os de la cuisse a les plus grands rap-

ports avec celui du Crocodile, ce qui tient,

suivant Cuvier, à la manière dont le membre se meut sur le sol et à la direction du pied. Les doigts allongés et armés de griffes puissantes sont au nombre de cinq à chaque membre. Aux pattes de devant, c'est le pouce, ou doigt interne, qui est le plus court, le troisième doigt étant le plus long ; aux pattes de REPTILES, — 31

LES VARANIENS.

derrière les quatre doigts internes vont successivement en augmentant de longueur.

Organes des sens. — La couleur de la peau varie du noir au vert plus ou moins foncé, avec des taches qui forment souvent des dessins d’un fort agréable aspect.

Les narines sont toujours rapprochées du bout du museau; leur trajet est court; elles s'ouvrent dans la bouche par deux fentes longitudinales. Chez les espèces aquatiques, il existe à l'entrée des fosses nasales une sorte

Fig. 207. — Langue de Varan.

de poche dont l’orifice peut se fermer à la volonté de l'animal.

Ainsi que nous J’avons déjà dit, la langue est charnue, très extensible; elle peut rentrer presque complètement dans un fourreau; sa partie antérieure, profondément divisée, est recouverte d'un épiderme mince el corné; l’extrémilé de chaque pointe présente, à sa face inférieure, une lamelle dure, faisant l'office d'une sorte d’ongle ; la langue est, en effet, bien plutôt un organe de tact que de gustation (fig. 207).

Les yeux sont grands, les paupières sont minces et recouvertes de fins granules ; l'inférieure est plus mobile, plus développée quela supérieure.

Les conduitsauditifs, quisont très apparenlis, sont pour ainsi dire situés derrière le crâne; ils se présentent sous la forme d’une fente un peu oblique.

Mœurs, habitudes, régime. — « Les Varans sont ceux de tous les Sauriens qui, après les Crocodiles, atteignent les plus grandes di-

mensions, de sorte que les premiers historiens naturalistes, tels qu Hérodote et OElien, en les désignant par le même nom, les ont regardés comme des espèces terrestres. Il y a parmi ces Reptiles, qui ont tous la queue fort longue, deux races assez distinctes par leur conformation, nécessairement en rapport avec leurs mœurs. Les uns sont éminemment terrestres, et vivent loin des eaux, dans les lieux déserts et sablonneux; les autres sont aquatiques et habitent les bords des rivières et des lacs. Chez les premiers, la queue est tout à fait conique et presque arrondie, et semble devoir être entièrement inutile et même fort gênante, à moins qu'elle ne soit destinée à faire contre-poids au reste du tronc, comme le pense Wagler; tandis que chez les seconds qui ont un grand nombre de vertèbres caudales d’une forme particulière, on peut en concevoir facilement l’usage. En effet, les os qui forment la base de cette queue sont très développés, surtout dans le sens des apophyses transverses, et elles offrent là de très fortes attaches aux muscles; ensuite on voit que les apophyses ou épines dites supérieures et inférieures ont pris un fort grand accroissement, de manière à offrir la plus grande étendue dans le sens vertical, aux dépens de la ligne qui s'étend de droite à gauche. Comprimée dans tout le reste de sa longueur, celte queue devient un organe de mouvement très puissant lorsque l'animal est plongé dans l’eau, d'autant mieux qu’elle est le plus souvent surmontée d’une crête formée par une ou deux séries d’écailles aplaties; aussi le Varan aquatique s’en sert-il comme d’une véritable rame destinée, par des ondulations rapides et répétées, à faciliter ses mouvements à la surface de l’eau. Là, son tronc, rendu plus léger à l’aide de l’eau dont les poumons se sont remplis, reste émergé, et semble être dirigé comme par cet immense gouvernail, qui remplit en même temps l'office d'un aviron.

« Quant au mode de progression sur la terre, quoique les membres des Varaniens soient bien développés, que leurs pattes soient profondément divisées en doigts allongés et armés d'ongles crochus, il ne paraît pas, d’après ce qu'en ont rapporté les voyageurs qui ont observé ces Reptiles vivants, qu'ils s’en servent pour grimper sur les arbres ou -ur les rochers. La plupart habitent les plaines désertes ou les rivages ; ils courent avec vitesse ; mais leur allure est toujours sinueuse, et se

LES VARANIENS.

rapproche de celle des serpents, à cause de leur longue queue qui, en s'appuyant sur le terrain à droite et à gauche, pousse le corps en avant, et peut, dans certains cas, faciliter leurs sauts ou leur progression sur la proie qu'ils poursuivent, quand ils en sont assez rapprochés (4). »

Les Varans sont des animaux essentiellement carnassiers. Sans dédaigner absolument les animaux morts, ils recherchent de préférence les proies vivantes ; les jeunes animaux s'emparent de gros insectes, de batraciens, de petits sauriens ; les individus adultes font la chasse aux oiseaux, aux poissons, aux mammifères de faible taille ; ils s'emparent même parfois d'animaux de grande taille. C'est ainsi que Leschenault dit avoir vu des Varans de l'Inde finir par se rendre maîtres d’un paon après l'avoir longtemps poursuivi et l'avoir eatraîiné dans l’eau’; le même voyageur dit même avoir trouvé l'os de la cuisse d’un mouton dans l'estomac d’un Varan qu'il disséquait.

Les Varans terrestres font la chasse aux petits rongeurs, aux oiseaux, à des Lézards plus faibles qu'eux, à des serpents de faible taille ; ils ne dédaignent point pour cela des vers et des insectes. Les espèces aquatiques se nourrissent principalement de poissons et de peüts mammifères habitant le bord de l’eau.

Le Varan du Nil, bien connu des Égyptiens, a été plusieurs fois figuré sur leurs monuments: c’est ainsi que, sur les murs de l’une des cryptes du grand temple de Denderah, on peut voir le fils d'Horus perçant de sa lance un de ces animaux ; le cartouche placé à côté du guerrier explique la victoire remportée par lui sur ses ennemis, l'hippopotame, le crocodile, le Varan (fig. 208). En effet, le Varan passait pour un des plus dangereux ennemis du Crocodile, parce qu’on pensait qu'il recherchait les œufs de cet animal pour les détruire, et qu'il donnait la chasse aux petits nouvellement éclos ; il est difficile de savoir ce qu'il y a de vrai dans cetle assertion, mais il est certain que le Varan peut parfaitement s'emparer d'un Crocodile de faible aille et s'en repaitre. On constale dans les ménageries que tous les Varans aquatiques ont un goût très prononcé pour les œufs ; il est probable qu'il en est de même en liberté.

Lorsque l’on observe les Varans en captivité,

(1) Duméril et Bibron, £rpélologie générale, t, I, p. 459.

on peut vite se convaincre de leurs goûts essentiellement carnassiers. Que l’on vienne à jeter quelques grenouilles, quelques lézards, ou quelques souris en vie dans la cage occupée par un de ces animaux, on le verra immédiatement se tenir sur l'éveil et la plus grande activité succéder à une torpeur plutôt apparente que réelle. Les yeux du reptile brillent soudain; la langue est projetée à chaque instant hors de la bouche; la tête se tourne lentement en tous sens et semble suivre les mouvements des malheureuses victimes. Cependant les grenouilles sautent affolées, les lézards courent, grimpent dans tous les sens. Le Varan se met lentement en chasse, n’attendant que le moment propice; tout à coup il avance sa tête brusquement et à coup sûr; il happe un lézard ou une grenouille, l'étour dit en le trainant pendant quelques instants sur le sol, lui donne quelques coups de dent, élève la tête, fait quelques mouvements latéraux du cou comme pour bien mettre la proie en position, et la déglutit ; ceci fait, il se remet de suite en chasse, car sa voracité est extrême.

Si l’on donne des œufs à un Varan, il s’en approche en dardant sur eux sa langue, saisit doucement l’un d'eux, soulève la tête, le presse entre ses mâchoires et hume avec délice le contenu ; il lèche le jaune et le blanc qui découle de sa gueule au moyen de sa langue extrêmement flexible.

Ponte. — Nous ne savons presque rien sur la ponte des Varans. Théobald seul nous fournit quelques renseignements sur une espèce indienne qu'il désigne sous le nom de Varanus flavescens. « Ges Varans, dit-il, déposent leurs œufs dans la terre ; ils utilisent parfois à cet effet des nids de fourmis blanches. Les œufs, longs de cinq centimètres environ, sont cylindriques, arrondis aux deux bouts et d’une couleur blanc-sale ; ils offrent toujours un aspect.malpropre. Chaque femelle paraît pondre un assez grand nombre d'œufs. »

Usages. — Si les Varans sont nuisibles en ce qu'ils s'emparent souvent des poulets et d'autres oiseaux de basse-cour, d'un autre côté ils fournissent une nourriture très estimée de certaines populations; dans certaines réions, au contraire, on profvsse une véritable répulsion pour ces animaux et pour leurs œuis.

En Birmanie Ja chair des grands Varans aquatiques est tout particulièrement recher-

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