LE ROULEAU SCYTALE. — TORTRIX SCYTALE
Korallenrolischlange.
Caractères. — Le Scytale, la seule espèce qui rentre dans le genre Tortrix, est un Serpent de près de un mètre de long, dont la coloration est des plus agréables. Le corps est, en effet, d’un noir luisant annelé de rouge vif, d'où le nom de Æouleau à rubans qui lui a été donné par Cuvier; le museau et l'extrémité de la queue sont rouges, réticulés de noir. Ajoutons que les plaques fronto-nasales sont excessive -
| ment développées, que le museau est tout à
| fait arrondi en avant, que les écailles du tronc
forment vingt et une rangées longitudinales (fig. 254).
Mœurs et distribution géographique. — Cette espèce, fort commune aux Guyanes, aurait été trouvée‘dans la province de Buenos-
LES PEROPODES.
KJAHRITARET. 2m
Fig. 254. — Le Rouleau scytale (2/52 grand. nat.).
Ayres. Tout ce que nous savons de ses mœurs, c’est qu’elle fait ses petits vivants, qu'elle se nourrit principalement de Bairaciens vermiformes, tels que des Cécilies, qu’elle est lente dans ses mouvements et ne s’écarte guère de son habitation qui se trouve entre les racines des vieux arbres.
LES CYLINDROPHIS — CYLINDRO- PHIS
Walzenschlangen.
Caractères. — Chez les Cylindrophis, les os inter-maxillaires sont privés de dents; de plus, les yeux sont tout à fait à découvert.
LES PÉROPODES
Caractères généraux. — « Cette famille, quoique comprenant des animaux de dimensions très différentes, est pourtant considérée comme l’une des plus naturelles de l'ordre.
Les espèces, en effet, se rattachent les unes aux autres par les traits généraux de leur physionomie et par un certain nombre de caractères communs, qui sont les suivants : tête ditincte du tronc, plus large et plus haute en
L'espèce la plus commune, le Cylindrophis roussâtre (Cylindrophis rufa), a la queue conique, non tronquée, plus courte que la tête: le museau est large. Le corps est d’un beau bleu d’acier ou d’un vert de bronze légèrement doré, relevé de bandes irrégulières d’un blanc pur; la tête et la queue sont rouges, l'extrémité étant d’un noir profond; une tache blanche se voit au devant de l’œil. La longueur arrive à 07,50 (fig. 255).
Mœurs et distribution géographique.
Tous les Cylindrophis sont de l’Indo-Chine et des îles de la Sonde. Tout ce que nous savons de ces animaux, c’est qu’ils se nourrissent de vers, d'insectes, de petits mammifères, et qu'ils vivent sous terre.
— PEROPODÆ
arrière qu’en avant; museau obtus, quelquefois déprimé et presque toujours coupé obliquement; narines latérales; lèvres épaisses, garnies de plaques nombreuses, marquées assez souvent de fossettes; yeux de grandeur médiocre, à pupille verticale; pli gulaire bordé par une ou par plusieurs seutelles un peu plus grandes que celles qui les avoisinent; tronc gros au milieu, arrondi chez les uns,
LES PÉROPODES.
comprimé chez les autres, et revêtu de petites écailles; squammules abdominales relativement étroites; queue plus ou moins courte et souvent préhensile; des vestiges de membres postérieurs sous forme d’ergots, bien visibles chez les adultes, mais cachés pendant le jeune âge.
« Les pièces osseuses qui entrent dans la composition de la tête sontgénéralement robustes; les os mastoïdiens et intra-articulairessont bien développés, et la mobilité de ces derniers explique la grande extension que peut prendre l’ouverture de la bouche pour donner passage à des proies relativement très volumineuses parrapport à la grandeur de la tête; les dents, en forme de crochet, sont fortes, subconiques, plus longues en avant qu’en arrière ; elles sont implantées sur les deux mâchoires, les) palatins, les ptérygoïdiens externes, et quelquefois sur l’intermaxillaire. Les vertèbres, plus ou moins fortes, présentent dans leur forme des différences assez notables, selon les genres.
«Les caractères généraux que nous venons de passer en revue permettent de diviser,
ainsi que l’a fait Jan, les Pythoniens en trois.
groupes ou sous-familles, sous le nom de Erycides, Bœcides et Pythonides.
« Les Zrycides, dont le genre typique appartient à l’ancien monde, vivent toujours à terre ou enterrés dansle sable et sontreconnaissables aux traits suivants : le museau, plus ou moins aplati, présente chez quelques-uns la forme d’une sorte de boutoir taillé en biseau. Le corps est arrondi. La queue est très courte, quelquefois tronquée et ne paraît pas être enroulable. Tous sont de médiocres dimensions et tous portent une livrée peu brillante.
« Les Bœæcides et les Pythonides sont, au premier aspect, assez difficiles à distinguer entre eux, à cause de la ressemblance que présentent leurs formes élancées. La tête est bien distincte du tronc. Celui-ci, assez long et souvent comprimé, est terminé par une queue préhensile. Quelques-uns parviennent à de grandes dimensions et sont doués d’une grande force musculaire. La plupart présentent dans leur facies des traits rappelant à des degrés plus ou moins prononcés la physionomie de certaines races canines. Tous portent une belle livrée avec des teintes richement colorées, qui prennent, sous l'influence de la lumière, de magnifiques reflets métalliques. Enfin ces Ophidiens habitent le voisinage des eaux. Ils set iennent dans les broussailles ou
bien sur les arbres, sur lesquels ils grimpent en s’entorlillant autour du tronc. A l’aide de leur queue préhensile, ils se suspendent aux branches pour s’élancer de là, dit-on, sur leur proie.
« Deux caractères ostéologiques permettent de distinguer les animaux appartenant à l’une. ou à l’autre de ces sous-familles. Chez les Bœcides, la voûte supérieure de lorbite est formée par l'os frontal principal, et l'os intermaxillaire est dépourvu de dents; tandis que chez les Pythonides, le contour supérieur de l'orbite est formé par la présence d’un os supplémentaire, désigné par Cuvier sous le nom de surorbitaire, “et l'os intermaxillaire est armé de quelques dents. Un caractère extérieur permet encore de les distinguer; chez les Pœcides, la queue est garnie d’une seule rangée d’urostèges, tandis que ces squames sont doubles chez les Pythonides (1). »
Le caractère tiré de la présence d’une ou de deux rangées d’écailles sous la queue n’a plus de valeur depuis les découvertes faites dans ces dernières années. C’est ainsi qu'à côté des Boas, qui ont les urostèges simples, il faut placer les Chondropythons, chez lesquels ces plaques sont en double série.
Mœurs, habitudes, régime. — À l’exception des Érycidées, que nous laisserons provisoirement de côté, les Pythoniens sont les plus grands et les plus redoutables, par leur force, de tous les Serpents; il suffit de citer l'Eunecte marin, qui peut atteindre une taille réellement gigantesque.
Les Péropodes ou Pythoniens habitent les contrées les plus chaudes et se tiennent de préférence dans les grandes forêts traversées de larges cours d’eau. Plusieurs espèces sont même vraiment aquatiques et ne quittent jamais, ou presque jamais, le bord des rivières; d’autres, au contraire, semblent rechercher de préférence les endroits plus desséchés. Généralement peu actifs pendant le jour, ces animaux chassent principalement à la tombée de la nuit; c’est dans l’obscurité qu'ils ont toute leuraudace, comme l’indiquent, du reste, la direction et la forme de leur pupille. Quelquesuns recherchent les retraites les plus sombres etles plus inaccessibles des forêts vierges eb demeurent de longues heures pelotonnés, enroulés sur eux-mêmes à la bifurcation de quelque maîtresse branche, immobiles et en
(1) E. Bocourt, Recherches sur les Reptiles du Mexique et de l'Amérique centrale, p. 508.
LES PÉROPODES.
FC RnARGT 2
Fig. 255. — Le Cylindrophis roussâtre (1/4 grand. nui.).
apparence indifférents à tout ce qui les entoure ; d’autres, semblables à de gigantesques lianes, se tiennent suspendus par la queue à quelque arbre situé dans le voisinage d'une source, tout prêts à étouffer dans leurs robustes replis les imprudents animaux qui viennent se désaltérer. Il en est, surtout parmi les espèces africaines, qui ne craignent pas d’affronter un soleil de feu et qui s’enroulent paresseusement sur quelque roche, sur quelque corniche couverte d'une maigre végétation.
L'animal n’est pas aussi indifférent qu'il paraît
l'être, car, s’il est poussé par la faim, ilse |
précipite sur sa victime avec la rapidité de l'éclair; les nœuds formés par le serpent se déroulent alors soudainement, le Reptile saisit sa proie à l’aide de ses dents puissantes et, l’enroulant soudain, l’étouffe pour la déglutir ensuite. l Dans les pages qui vont suivre, l'artiste a eu l'excellente idée de représenter les grands Serpents dans la position exacte qu'ils pren-
nent. Sitôt qu'un de ces animaux a aperçu |
une proie qui s'approche étourdiment de lui, il élève la tête au-dessus du cône surhaissé qu'il formait jusqu'à ce moment lorsque, enroulé sur lui-même, il se livrait au repos; la langue est fréquemment dardée et l'œil s'’anime, C’est le moment que l'artiste a choisi pour représenterle Boa constrictor (fig. 257). En attendant que la proie se trouve à sa portée, le Serpent se déroule lentement et replie son BREuM. — V,
| cou et la partie antérieure de son corps, de
manière à ce que la détente soit plus grande, ainsi qu’on le voit sur la planche qui représente l’'Eunecte marin (PI. XII). Lorsqu'il est arrivé à bonne portée, car la malheureuse victime, ne se doutant pas du sort qui l'attend, cherche rarement à fuir, — lorsqu'il est arrivé àbonne portée, le Serpent se précipite soudain, saisit le pauvre animal, ainsi qu'on le voit pour le Xiphosome (fig. 258), et l’enroule de manière à l'étouffer. La victime est alors perdue, tant l'attaque a été subite, tant la constriction exercée est puissante. Une seconde s'est à peine écoulée entre le moment où le Serpent s'est déroulé et celui où il entoure sa proie. Celle-ci est enlacée de telle sorte que l’asphyxie commence de suite; c’est à peine si l’on a entendu un cride douleur, et déjà les yeux s’injectent, ils sortent de leurs orbites, les ailes du nez s’agitent convulsivement, la langue pend hors de la bouche ; des mouvements convulsifs ont lieu dans les patles de derrière; l'animal est mort (voir fig. 259 représentant le Molure).
Tous ceux qui ont observé de grands Serpents, soit en liberté, soit en captivité, ont pu se convaincre de ce fait que le Reptile n’abandonne jamais sa proie qu’elle ne soit morte; aussi la serre-t-il dans ses plis puissants plus ou moins longtemps. Les Mammifères et les Oiseaux résistent toujours beaucoup moins à l'asphyxie que les Reptiles, dont la vitalité est
généralement si grande; le Serpent semble le savoir, aussi s’enroule-t-il beaucoup plus longtemps autour des derniers que des premiers.
Huttonrapportequ'ilsacrifia un jourunfortet vigoureux Varan à un Python qu'il tenait en captivité. Le Saurien n'eut rien de plus pressé que de sauter sur le dos de son ennemi. Bien que désagréablement impressionné par les griffes si aiguës du Varan, le Serpent demeura tranquille. Quelque temps après, le Varan quitta la place qu’il avait choisie et s'enfuit dans un coin delacage.Le Serpentdénoualentementalorsses anneaux et se dirigea vers son ennemi qui l’attendait tout prêt pour l'attaque; le Serpent se lança alors avec une telle rapidité et plaça son lacet avec une précision telle, que le pauvre Saurien n’eut pas le temps de se défendre, tant l'attaque avait été prompte, soudaine, imprévue. Étonné de voir, après une heure entière, le Python encore enroulé autour de sa victime, notre observateur reconnut que le Varan vivait et remuait les pattes; il ne mourut qu’au bout de trois heures et demie, et alors seulement le Serpent dénoua ses replis.
Après que le Serpent s’est assuré de la mort de sa victime, il se déroule avec prudence et tâle sa proie en tous sens par des coups de langue répétés; il ne quitte cependant pas complètement sa proie et laisse sur elle tout au moins un anneau, comme le représente très bien la figure du Python de Natal (fig. 261). Les anciens et quelques écrivains modernes ont prétendu que le Serpent jouait, pour ainsi dire, alors avec sa victime; le Serpent cherche évidemment l'endroit le plus convenable pour déglutir sa proie. Après avoir longtemps dardé sa langue dans tous les sens, le Serpent embrasse sa victime dans un pli, généralementau niveau des épaules, si c’est un Mammifère; puis, après avoir dilaté ses mâchoires, déglutit sa proie, suivant le mécanisme que nous avons indiqué plushaut ; nous ajouterons seulement que la mâchoire inférieure et les téguments du cou se dilatent en un vaste sac ressemblant à celui des Pélicans, comme le montre bien la figure 260, qui représente le Python de Séba en train d’avaler un oiseau.
Malgré la faculté vraiment extraordinaire qu'ont les Serpents de dilater leurs mâchoires, cette dilatation a cependant une limite. Les histoires, toutes plus effrayantes les unes que les autres, que l’on raconte sur la prise d’un
LES PÉROPODES.
buffle, d’un cheval, d’un cerf adulte, sont absolument mensongères; déjà la déglutition d'un animal de la taille du chevreuil cause des difficultés presque insurmontables aux Serpents de la plus grande taille. Il est tout aussi absurde de croire que les grands Serpents, ne pouvant avaler qu’une partie d’un animal, attendent que le reste tombe en putréfaction pour le déglutir; nous en dirons de même de cette assertion que la bave des Ophidiens amène rapidement la décomposition putride du corps de la victime.
Attaques contre l’homme.— Les plus grands Serpents s’enfuient généralement devant l’homme ; cela n’arrive cependant pas toujours et le Serpent, surtout lorsqu'il est acculé ou attaqué, devient l’agresseur.
Heuglin rapporte que, par une nuit d'orage, il traversait avec ses compagnons les steppes de l’Abyssinie ; un grand Serpent lui barraït le passage, et, par son attitude menaçante, l'obligea, lui et ses gens, à se détourner. « Un homme de Baru, qui habitait dans mon voisinage, rapporte Wallace, me montra sur la cuisse les cicatrices qui provenaient de morsures faites par un grand Serpent. L'animal avait été assez fort pour prendre dans sa gueule la cuisse de l’homme qu'il auraitinfailliblement étouffé, si, à ses cris, on n'’élail accouru et si on n'avait tué le monstre à coups de hache. » Nous devons à Moritz de Nassau, à Schomburgk, à l'évêque Pallegoix, le récit de semblables aventures, qui présentent toutes les garanties d'authenticité désirables. Ilarrive, du reste, assez fréquemment dans nos ménageries que de gros Serpents se jettent sur leurs gardiens pour les mordre et les enlaceraient certainement pour les étouffer, s'ils ne prenaient pas de précautions; les Pythons de grande taille, tels que le Python de Séba, le Python molure, le Python réticulé, sont tout particulièrement irascibles.
Capture des Serpents. — Dans beaucoup de régions, les indigènes ne craignent nullement les Serpents, même ceux de grande taille, et les chassent pour se nourrir de leur chair, ou s'emparer de la graisse ou de la peau.
On capture les grands Serpents le plus souvent en plaçant un lacet devant leur repaire; ce lacet est disposé de telle sorte qu'il ne peut laisser passer que la tête du Reptile et qu'il se serre d'autant plus que l’animal fait des efforts plus violents pour se dégager.
La description de la capture de grands Ser-
LES PÉROPODES.
pents nous a été conservée par Diodore de Sicile et nons ne croyons pouvoir mieux faire que de rapporter ici ce que dit cet historien : « Le second des Ptolémées, fort passionné pour la chasse des Éléphants, encourageait également, par de riches dons, les hommes qui s’adonnaient à celle des animaux remarquables par
leur force et leur singularité. Après avoir dé- |
pensé beaucoup d’argent pour satisfaire cette passion, il était parvenu à se procurer un grand nombre d'Éléphants propres à la guerre, et avait, en outre, fait connaître aux Grecs plusieurs animaux extraordinaires par leur conformation et qui, jusque-là, n'avaient pas été vus. Quelques chasseurs, instruits de la magnificence avec laquelle le roi récompensait ceux qui secondaient ses goûts, se réunirent en nombre suffisant, et résolurent de risquer, s’il le fallait, leur vie, pour prendre un des plus
gros Serpents, le conduire vivant à Alexandrie, |
et le présenter à Ptolémée. L'entreprise était difficile, hors des idées ordinaires; mais la fortune favorisa ce dessein et le conduisit àune heureuse issue. Des chasseurs épièrent un de ces Serpents, de 30 coudées de long (40 pieds environ), qui avait coutume de fréquenter le bord des eaux, où il se tenait habituellement, le corps roulé en cercle sur lui-même; au moment où quelque bête sauvage, excitée par
la soif, venait sur le lieu, le Serpent se redres- |
sait subitement, saisissait avec sa gueule l'animal, et l’enveloppait en entier des nombreux replis de son corps, avec une telle force que sa proie ne pouvait jamais lui échapper.
Néanmoins, les chasseurs, ayantobservé que cet immense Reptile était d’un naturel paresseux, conçurent l'espérance de s’en rendre maîtres, en employant, pour l’enlacer, des cordes et des chaînes. Après avoir préparé tout ce qui leur
était nécessaire, ils se présentent résolument |
au-devant du Serpent; mais à mesure qu'ils s’en approchent, la peur les saisit; ils apercoivent ses yeux étincelants, sa langue qu'il dardait de tous côtés, et les rudes écailles qui le couvraient ; ils entendent le bruit affreux
qu'il faisait en écrasant les buissons à travers |
lesquels il passait; enfin, ils peuvent juger de la grandeur surnaturelle de ses dents, de l'aspect hideux de sa gueule, de l'élévation
prodigieuse des replis qu'il forme pour s'a- |
vancer. Effrayés, et le visage pâle de terreur,
les chasseurs lui jettent en tremblant leurs |
lacs surla queue; mais, au moment où le monstre se sent touché par la corde, il se retourne
ayec un épouvantable sifflement, s’élance audessus de la tête du premier homme qui se présente à lui, le prend dans sa gueule et le dévore vivant. En même temps, d’un des replis de son corps, il en saisit de loin un second qui se mettait à fuir, le tient et l’étouffe en le serrant par le milieu du ventre; les autres, épouvantés, cherchent leur salut dans la fuite.
« Ils ne renoncèrent pas cependant à leur chasse ; l'espoir des faveurs et des récompenses qu'ils attendaient du roi l'emporte sur les dangers bien connus par l'expérience qu'ils venaient de faire. Ils essayèrent seulement de venir à bout, par la ruse ou l'adresse, d’un ennemi qu'on ne pouvait combattre à force ouverte, et inventèrent un autre moyen. Ils fabriquèrent avec des joncs une espèce de cage, à laquelle ils donnèrent à peu près la forme d'une nasse et qui avait assez de longueur et de solidité pour contenir la totalité du corps du Serpent. Ils observèrent ensuite avec soin
| le site où il se retirait, l'heure à laquelle il
sortait pour se repaître, et celle à laquelle il rentrait. Lors donc que le Serpent s’élança pour aller, comme de coutume, à la quête des divers animaux dont il se nourrissait, les chasseurs s’empressèrent, en toute hâte, de murer avec de la terre et de grosses pierres l’ouverture de son gîte ordinaire; puis, dans le voisinage du même taillis, ils creusèrent une galerie souterraine et y déposèrent leur nasse, dont ils placèrent la bouche en avant, afin que l’animal püt facilement y entrer. Après ces préparatifs, à l'heure où le Reptile retournait à sa retraite, ils disposèrent aux environs des archers, des frondeurs, des hommes à cheval, d’autres sonnant de la trompette, enfin tout ce
| qui pouvait servir à leur projet. Au moment
où cette troupe se mit en mouvement, le monstre, qui l’aperçut, éleva sa têle au-dessus de la hauteur d’un homme à cheval; mais les chasseurs, avertis par les premiers malheurs
. qu’ils avaient éprouvés, ne se hasardèrent pas à
s'approcher de trop près. Cependant les traits
et les pierres lancés de loin et à la fois par
tant de mains, comme sur un but unique qui offrait une si grande prise, l'aspect étrange des chevaux, des chiens, et le bruit des trompettes finirent par épouvanter le Serpent, qui commença à se relirer vers le taillis où était situé son gîte ordinaire. Les chasseurs le suivirent d'assez loin et avec précaution, pour ne pas l'irriter davantage, et lorsqu'il fut près de sa retraite dont ils avaient muré l'ouverture ils,
LES PÉROPODES.
se mirent soudain à frapper avec leurs armes, | en poussantdegrands crispoureffrayerl’animal | par l'aspect de tant d'armes rassemblées, et le retentissement continuel du son des trompettes. Enfin le Reptile n'ayant pas trouvé de chemin pour rentrer dans son gîte, et deplusen plus épouvanté par les mouvements de ceux qui le suivaient, se réfugia dans l'ouverture qu’on lui avait préparée, et remplit toute la capacité de la nasse de ses replis développés. Aussitôt qu’il fut entré, quelques chasseurs accoururent à cheval, et, avant que le Serpent eût le temps de se retourner pour sortir, ils parvinrent à coudre avec des liens de roseaux l'ouverture de la nasse qui, bien quetrèsgrande, avaitété disposée demanière à pouvoir sefermer avec la plus grande célérité. [ls firent ensuite passer des leviers sous la cage et l’élevèrent de terre pour l'emporter : mais l’animal enfermé | dans cette étroite prison, après avoir poussé un | sifflement épouvantable, déchirasde ses dents les joncs qui l’enlaçaient, et, en s’agitant sans cesse de côté et d’autre, fit craindre à ceux qui | le portaient de le voir s’élancer hors de la machine où on l'avait enveloppé. Ils la posèrent donc à terre tout effrayés, et se mirent à piquer l'animal," dans le voisinage de la queue, de manière à assoupir par une convulsion contraire la fureur de ses dents, en le ramenant au sentiment des douleurs qu'il ressentait dans les parties blessées. Enfin, ils parvinrent à le transporter à Alexandrie, en firent présent au roi, et, chose merveilleuse, que ne veulent pas | croire ceux qui n’ont fait qu’en entendre parler, on parvint, par le défaut de nourriture, à dompter la force de ce monstre et à l’apprivoiser en peu de temps de manière à faire admirer sa douceur. Ptolémée récompensa avec générosité les chasseurs, fit nourrir le Serpent apprivoisé, et le spectacle de ce Reptile était ce qu’on pouvait présenter de plus extraordinaire aux étrangers qui venaient visiter le palais (4). »
Captivitée. — Dans le sud de l'Asie, comme | dans l'Amérique méridionale, on garde de grands Serpents en captivité et on leur laisse une liberté plus ou moins grande dans la maison ou dans la ferme, car on les regarde comme d'excellents chasseurs de rats. Lentz tient ce qui suit de quelques-uns de ses élèves dont les pères habitaient le Brésil comme négociants : «Lors de la récolte du caoutchouc,
(1) Bibliothèque historique de Diodore de Sicile; traduction Miot,t. II, p. 60.
les nègres prennent parfois un Boa qu'ils apportent à l'habitation. On le place dans une caisse qui est fermée pendant le jour, mais on lui donne la liberté pendant la nuit, pour qu'il puisse débarrasser les magasins des rats et des souris qui pullulent. Aussitôt que le magasin est fermé, un nègre s'y rend, ouvre la caisse,
enlève le Serpent, et, après avoir joué un cer- | tain temps avec lui, lui donne la liberté, puis
nettoie la caisse, renouvelle l'eau du bassin, puis referme derrière lui la porte. Lorsqu'un
| Serpent a purgé les magasins des rongeurs qui
l'infectaient, les nègres, qui aiment beaucoup les Boas, leur fournissent des rats et des souris morts, ou, à leur défaut, de la viande. »
Les grands Serpents gardés quelque temps en
| captivité dans le pays même où ils ont élé
capturés, conviennent beaucoup mieux pour les ménageries que les autres.
Autant les grands Serpents supportent parfois mal la captivité, autant ils semblent bien
| se trouver de la liberté complète, même sous
notre climat rigoureux. À ce propos, nous devons citer un fait curieux rapporté par Lenz. Dans les premières années de ce siècle, une ménagerie ambulante arriva dans la ville de Schlitz, en Hesse. Un grand Serpent était malade; le propriétaire de la ménagerie étant absent, un des gardiens, pensant que le Serpent était mort, écarta les barreaux de la cage dans laquelle était enfermé le Reptile et jeta celui-ci dans la rivière qui traverse la ville; le gardien prétendit que le Serpent s'était échappé. Après avoir fait chercher dans tous
| les environs le Serpent, le propriétaire de la
ménagerie dut partir. Le Serpent, cependant, n’était pas mort; il s'était installé dans quelque trou de la berge et chassait toutes les nuits dans un parc voisin, ainsi que le prouvaient des traces incontestables de son passage; toutes les tentatives pour le capturer furent vaines d’ailleurs. La saison froide arriva et le Serpent disparut; il reparut aussitôt que la température devint plus clémente; on ne le retrouva plus l'hiver suivant.
Maladies. — Il arrive trop fréquemment que, dans les ménageries, les grands Serpents sont sujets à de nombreuses maladies. Ils succombent surtout à la stomatite ulcéreuse, maladie que l’on peut comparer au scorbut; les gencives deviennent saignantes et l'animal cesse de manger, sans doute parce que l'extension de la bouche lui cause de violentes douleurs; le Serpent maigrit rapidement et périt trop
LES PLROPODES.
souvent. Une autre maladie peut, jusqu’à un cerlain point, être comparée à la lèpre et altaque la peau qui est ulcérée. Les Serpents sont, en outre, fréquemment tourmentés par des vers intestinaux.
Légendes, préjugés. — Il n'y a pas de doute que les anciens désignaient sous le nom de Dragons, animaux absolument fantastiques, les grands Serpents appartenant au groupe des l’téropodes. La taille que peuvent acquérir ces animaux, leur force considérable, la terreur qu'ils inspirent font comprendre les exagérations des anciens écrivains. Les ergots qui se voient à la marge de l'anus devinrent bientôt des pattes et des ailes créées par l’imagination des poètes.
Gessner, à la fin du seizième siècle, bien que naturaliste, a consciencieusement relaté tous les faits connus relatifs aux Dragons, et nous ne pouvons mieux faire que de laisser la
dit-il, signifie chez les Grecs une vue perçante et s’entend généralement des Serpents; mais on doit appeler plus particulièrement Dragons les Serpents qui dépassent tous les autres en grandeur; on peut vraiment dire qu'ils sont aux Serpents ce que les Baleines sont aux autres poissons. Augustin dit que l'on ne trouve sur terre aucun autre animal dont la grandeur
gnent 15 pas de long et une grosseur comparable à un tronc d'arbre; ils sont cependant généralement plus grands dans l'Inde que dans toute autre contrée. On connaît deux sortes de Dragons : ceux qui vivent dans les pays montagneux sont grands, alertes, rapides et possèdent une crète ; ceux qui habitent les endroits marécageux n'ont pas de crête; ils sont lents et paresseux; les uns ont des ailes, les autres n'enontpas. Augustin dit :« Le Dragon repose souvent dans son repaire; mais, sitôt qu'il sent l'humidité de l'air, il peut s'élever à l’aide de ses aileset voler avecune grandeimpétuosité. » Quelques-uns ont des pattes et se meuvent rapidement sur le sol. Plusieurs ont une bouche très pelite, tandis que, chez d’autres, la bouche est très large; la langue est bifide; les dents sont grandes et fortes, acérées, disposées comme les dents d’une scie. La vue est per-
| çante, l’ouïe très fine; ils dorment rarement parole à ce vieil auteur: « Le nom de Dragons, |
et c'est pour cela que les poètes en font les gardiens des trésors dont l'homme ne peut s'emparer. Au voisinage de leur demeure, l’air
est empesté de leur haleine et résonne de leurs
soit comparable à celle du Dragon. Ælien parle |
de Dragon habitant la Mauritanie et ayant 30 pas de long. Ceux-ci, qui parviennent à un âge avancé, sont nommés T'ueurs d'Eléphants Du temps d'Alexandre le Grand, un Indien possédait deux Dragons qu'il avait élevés et nourris ; l’un avait 24 coudées, l’autre 80 coudées. On raconte en Égypte, dit Ælien, que, sous le règne du roi Philadelphe, on amena d'Éthiopie à Alexandrie deux Dragons vivants, ayant l’un 13, l’autre 14 coudées de longueur. Du temps d'Euergète, on en apporta trois qui
furent placés dans le temple d'Esculape; ils | avaient 6 et 9 coudées. Ælien rapporte encore
qu'Alexandre vit beaucoup d'animaux extraordinaires parmi lesquels se trouva un Dragon qu'il épargna à la prière des Indiens, qui tenaient cet animal pour sacré ; il avait, dit-on, 10 coudées de long; lorsque le conquérant s'approcha de lui, il poussa un sifflement si terrible que tout le monde fut épouvanté.
« On trouve beaucoup de Dragons en Éthiopie, ce qui doit être attribué à la chaleur qui règne dans ce pays; ils’en rencontre également dans lInde et dans la Libye, contrées où ils allei-
sifflements. L'animal se nourrit d'œufs, de crapauds, d'oiseaux et de toutes sortes d’animaux ; il peut, du reste, vivre longtemps sans manger, surtout lorsqu'il est devenu vieux et qu'il a atteint sa taille normale; mais, lorsqu'il commence à manger, il n’est pas de sitôt rassasié. En Phrygie existent des Dragons dont les dents ont jusqu’à un pied de long ; ils se tiennent surtout dans le fleuve Rhindaco; ils agitent leur queue et restent la gueule largement ouverte, attendant que des oiseaux passent à leur portée pour les attirer au mojen de leur souffle et les dévorer; telle est leur manière de vivre, jusqu'à ce que le soleil se couche; ils se cachent alors et font la chasse aux bestiaux, dévorant parfois même le pâtre. L’aigle a voué une inimitié innée aux Dragons, car il dévore ses petits. Les Dragons sont aussi en luttes continuelles avec les Éléphants.
«L'Éthiopie produit des Dragons de 30 pieds de long, qui sont dits Zueurs d'Eléphants.Lorsqu’un Dragon sait qu'un de ces grands animaux doit brouter les feuilles d’un arbre, le Dragon grimpe sur cet arbre, cache sa queue sous le feuillage et laisse pendre la partie antérieure de son corps. Lorsque l'Éléphant se dirige de ce côté pour manger les poussesles plus élevées de l'arbre, le Dragon se jette à l’improviste sur son ennemi, lui arrache les yeux et l’enlace dans ses replis. Souvent le Dragon se porte le