‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 164 sur 276 · LE SCYTALE COURONNÉ. — SCYTALE CORONATA · texte numérisé non relu

LE SCYTALE COURONNÉ. — SCYTALE CORONATA

Mondschlange.

Caractères. — Le Scytale couronné atleint environ un mètre de long. Le fond général de la couleur du tronc varie d’une teinte plus ou moins pâle jusqu’au brun foncé; généralement la pointe de chaque écaille est un peu brune.

La couleur varie, du reste, avec l’âge. La teinte fondamentale des individus jeunes est un rouge pale uniforme sur lequel se détache vivement une tache noire entourée d’un cerele blanc rayonné qui orne le dessous de la tête et simule une couronne, sur le corps se voient plusieurs petiles taches d’un brun sombre et de forme irrégulière. La couleur s'assombrit de plus en plus avec les progrès de l’âge jusqu'à devenir noire sur la partie supérieure du corps (fig. 285).

Certains individus sont d'un gris uniforme et n'ont point de tache à l’occiput, d’autres sont tachetés de noir et de blanc sur le dos et le long des flancs.

Mœurs, habitudes, régime. — Le Scytale couronné est connu au Brésil sous le nom vulgaire de Serpent de lune (Cobra de lue); il vit, d'après de Neuwied, dans les terrains sablon-

LE LYCODON AULIOUE.

neux. « Le Serpent de lune, dit Wucherer, commun dans la province de Bahia, est remarquable en raison du changement qu'il éprouve avec l’âge. Les jeunes sont d’un rouge d’œillet pâle, les vieux sont uniformément colorés en noir sur la face supérieure, en blanc à la face inférieure. Ce Serpent se nourrit de Lézards. Je l'ai pendant longtemps conservé en captivité. C’est un animal demi-nocturne, qui

poursuit sa proie au moment du crépuscule. fl n'étouffe pas le Lézard qu'il vient de saisir, à moins que celui-ci ne lui oppose une trop vive résistance. S'il se débat, le Serpent l’enserre rapidement de deux ou trois tours d'anneaux qui l’étranglent. En général, lorsque le Lézard est saisi, c’est à peine s’il se défend, car il est comme paralysé. »

LES LYCODONTIDÉES — ZYCODONTIDÆ

Caractères. — Duméril et Bibron ont désigné sous ce nom des Serpents dépourvus de crochets venimeux et chez lesquels les dents sont toujours de longueur inégale, les antérieures étantpluslongues que celles qui suivent, distribuées en séries nombreuses sur les mâchoires. Le corps est cylindrique, médiocrement long; la queue est arrondie, et les écailles en sont tantôt doubles, tantôt simples. Les écailles qui revêtent le corps peuvent êtrelisses ou carénées (fig. 286); les écailles de la partie

Fig. 286. — Tête de Cercaspis (grand. nat.).

médiane du dos sont parfois plus grandes que les autres. La tête est oblongue, généralement plus large en arrière que le cou.

Distribution géographique. — Cette famille, telle qu’elle a éte délimitée par Jan, comprend onze genres et vingt-sept espèces.

Quatre genres avec onze espèces, les Heterolepis, les Holuropholis, les Bæœodon, les Lycophidias, sont cantonnés dans les parties les plus chaudes du continent africain, au Gabon, à Sierra Leone, à la Côte d'Or, à Mozambique, en Abyssinie. Les autres genres, Lycodon, Odontomus, Ophites, Cercaspis, Cyclochorus, se trouvent dans le sud de l'Asie, dans l'Inde, à Ceylan, Java, Amboine, Célèbes, Manille et à la Nouvelle-Guinée. Le genre Diaphorolepis, qui ne comprend, du reste, qu’une seule espèce, représente la famille dans les Andes de l'Équateur.

LES LYCODON — ZYCODON

Caractères. — Les Lycodons ont la tête déprimée, arrondie ou obtuse en avant. Les dents sus-maxillaires antérieures sont beaucoup plus longues et plus fortes que les autres, suivies d’un espace libre ou d’un intervalle sans dents. Les crochets qui garnissent la mächoire inférieure sont inégaux et séparés aussi par un espace libre. Les plaques qui garnis sent le dessous de la queue sont disposées suivant deux rangées ; les écailles du corps sont lisses, au nombre de dix-sept à dix-neuf dans une série.

LE LYCODON AULIQUE. — ZLYCODON AULICUM.

Caractères. — Sous le nom de Couleuvre aulique, Linné a désigné un Serpent chez lequel le bout du museau est plus ou moins aminci en biseau daus sa portion recouverte par le sommet de la plaque rostrale, en dessous de laquelle l'extrémité de la mâchoire supérieure présente un creux en forme de voûte. La plaque frénale est en contact avec l'internasale ; la nasale est divisée.

La coloration est des plus variables, aussi Duméril et Bibron ont-ils admis sept variétés principales.

« Dans trois des variétés, le dessus du tronc et les flancs sont d’un brun jaune roussâtre ou grisâtre. Getteteinte estuniforme, ouunicolore, dans la première variété. Les deux varietés suivantes portent des bandes blanches en travers sur lesquelles on remarque des taches noirâtres, ou de la couleur du fond qui est brun. Tantôt, comme dans la variété B, ces bandes sont plus ou moins espacées et parfaitement distinctes les unes des autres. Tantôt,

LES RACHIODONTIDÉES.

comme sur la troisième indiquée sous la lettre C, ces bandes sont rapprochées et s’anastomosent de manière à former une sorte de réseau. Les quatre autres variétés ont généralement le tronc d’un brun noirâtre ou roux, mais varié de blanc.

« Alors, on peut faire cette remarque que cette teinte blanche est tantôt distribuée par de larges bandes transversales, souvent ponctuées de noirâtre, qui règnent sur toute l’étendue du dos et de la queue, mais seulement par petites lignes sur les écailles, les flancs, comme dans la variété D; tantôt, sur la première moitié du corps /seulement, avec un collier blanc, maillé de brun.

« Chez les deux dernières variétés, le blanc est distribué irrégulièrement et par petites taches oblongues, ou par lignes sur le bord des écailles, soit sur la surface entière du tronc, avec un collier blanc, maillé de brun; soit sur la moitié antérieure du corps seulement, et alors il n’y a pas de collier. »

Duméril et Bibron ajoutent qu'ils connaissent peu d'espèces d'Ophidiens qui présente

d'aussi grandes variations individuelles que celle-ci, sous le rapport de la forme du museau, de la longueur du tronc, du nombre des pièces de l’écaillure et du mode de coloration.

Distribution géographique. — Le Lycodon aulique est connu de Timor, d'Amboine, de Luçon, de Java, de Sumatra, du Bengale, de Coromandel, de Malabar, de Ceylan, de Cochinchine, de Siam.

Duméril et Bibron le signalent à l'île Bourbon, mais ils font remarquer que les habitants de cette île prétendent que l’espèce qui y est aujourd'hui commune n’en est pas originaire, mais qu'elle y a été importée de l'Inde, dans des balles de riz.

Moœæurs, habitudes, régime. — D’après les mêmes herpétologistes, le Lycodon aulique « semble particulièrement se nourrir de petits mammifères rongeurs etinsectivores, ainsi que de Lézards, Sauriens et Geckotiens, car l’estomac de la plupart des individus que nous avons ouverts contenait des corps ou des portions de corps de Musaraignes, de Rats, de Platydactyles, d'Hémidactyles, d'Euprèpes. »

LES RACHIODONTIDÉES — RACHIODONTIDÆ

Caractères. — On a formé une famille particulière, celle des Rachiodontidées, pour un Ophidien, le Æachiodon scaber ou Dasypeltes scabra, qui présente cette particularité remarquable d’avoir des dents pharyngiennes formées par les apophyses épineuses inférieures saillantes des dernières vertèbres cervicales. Ces apophyses percent la paroi œsophagienne, font saillie dans l'intérieur de la première partie du tube digestif et sont recouvertes d'émail. Le nombre de ces dents est de trente; il y en a vingt-deux courtes et à extrémité tranchante; les huit autres, plus grosses, sont en forme de tubercules semblables à la couronne des dents canines ; tous ces tubercules sont dirigés obliquement en avant, à l’inverse des dents qui, chez les Serpents, sont toujours inclinées en arrière,

Tout l'appareil des mâchoires est d'une faiblesse extrême. Les dents sus-maxillaires sont très grêles et en très petit nombre; elles sont graduellement moins courtes d'arrière en avant, où elles manquent complètement.

LES RACHIODON — RACHIODON

Caractères. — Le Æ2achiodon scaber, la seule espèce qui rentre dans la famille, est un Serpent de près de 1 mètre de long, qui a le dessus et les côtés du corps tachetés de noir avec un fond brun roussâtre. La couleur est plus foncée chez les adultes que chez les jeunes sujets. Le bout du museau est marbré de noirâtre; la tempe est coupée au milieu et obliquement par une bande noire; sur l'arrière de la tête sont tracés deux chevrons de la même couleur. On voit tout le long du doset de la queue des taches noires, anguleuses, irrégulières, qui tantôt se trouvent de manière à former une sorte de bande en zigzag, tantôt sont absolument isolées.

Le dessous du tronc et de la queue est d’un blanc sale, parfois orné de tachesnoïires, pointillées de blanc.

Distribution géographique. — Cette espèce est particulière aux parties chaudes de l’Afrique; on la connaît du Cap, de Mozambique, d'Abyssinie, de la Côle d'Or, des sources du Nil Blanc.

LES ACROCHORDES.

Mœurs, habitudes, régime. — D’après Duméril et Bibron, « ce Serpent se trouve assez communément dans la campagne, aux environs du Cap, et quelquefois même, à ce qu'il paraît, dans l'intérieur des habitations, où l'on assure qu'il s’introduit pour aller dérober, dans les poulaillers et les colombiers, les œufs, qui sont sa principale, si ce n'est son unique nourriture ; de là le nom de Zvjervreler, Mangeur. d'œufs, par lequel les colons hollandais du Cap désignent ce Serpent, ainsi que nous l'apprend Smith. Schlegel dit avoir reconnu dans l'estomac de ce Serpent des œufs d’Oiseau àdemi-digérés.

« On concoit le rapport qui existe dans cette particularité des dents sus-maxillaires peu développées et des tubercules sous-vertébraux fai-

LES

Caractères. — Les Acrochordidées sont d’étranges Serpents qui n'ont pas d’écailles proprement dites, mais dont le corps est revêtu de tubercules granuleux, enchâssés ou sertis dans la peau; le dessus de la tête ne porte pas de plaques, mais des tubercules semblables; le dessous de la gorge est recouvert de tubercules plus petits.

Le singulier genre Xénoderme a le dessous du ventre couvert de grandes plaques transversales, ainsi qu'on le voit chez la plupart des Serpents; les tubercules enchâssés dans la peau forment des saillies distribuées par lignes longitudinales, qui rappellent ce que l’ont voit chez beaucoup de Sauriens ; de plus, il a la queue très longue, car elle dépasse de près d’un quart l'étendue du reste du tronc.

Les deux autres genres, les Chersydres et les Acrochordes, ont les régions abdominales et sous-caudales couvertes de tubercules un peu plus petits que ceux du dos et des flancs.

Chez eux le corps est légèrement comprimé latéralement; la queue, préhensile, est très courte; la tête, petite, se confond avec le cou; les orifices nasaux, très rapprochés l’un de l’autre, sont placés à l’extrémilé du museau.

Tandis que chez les Chersydres, les lèvres sont recouvertes de scutelles, elles sont protégées par des plaques chez les Acrochordes; chez ces derniers, le ventre est plat, chez les premiers il est caréné; le corps est plulôt arrondi chez les Acrochordes, comprimé chez les Chersydres.

sant l'office des dents, caron a observé que ces Serpents recherchent spécialement pour leur nourriture les œufs des Oiseaux, même ceux d'un assez grand diamètre; qu'ils les avalent sans en briser la coque, de manière à les faire pénétrer dans leur large gosier, où, en avançant par l’acte péristaltique de la déglutition, la coquille se trouve comme limée ou usée d’abord par les saillies tranchantes des apophyses sous-vertébrales, qui agissent comme une lame coupante, puis engagée davantage dans la cavité œsophagienne, les gros tubercules écrasent la partie affaiblie, et d’autres, plus pointus, pénètrent dans l’intérieur de la coquille pour la briser et en faire sortir le contenu, qui est alors digéré. »

ACROCHORDIDÉES — ACROCHORDIDÆ

Distribution géographique. — Les Acrochordiens vivent dans les îles de la Sonde, à Java, à Sumatra, à Bornéo, aux Célèbes; le Chersydre a été trouvé également aux Philippines, dans le nord de la Nouvelle-Guinée, à Timor, sur la côte de Coromandel.

LES ACROCHORDES — ACROCHORDUS

Warzenschlangen.

Caractères. — L’Acrochorde de Java (Achrocordus javanicus), la seule espèce du genre, est. un Serpent d'environ 22,50 de long, de couleur brune uniforme, tournant au jaunâtre le long des flancs; on voit, derrière l'œil, un trait d’un brun foncé qui se dirige obliquement vers l'angle de la bouche. Les individus jeunes sont de couleur brune avec de grandes taches sombres, irrégulières, qui, sur le dos, forment des bandes onduleuses et interrompues, mais qui, avec les progrès de l'âge, deviennent de moins en moins distinctes et finissent par disparaître entièrement.

Nous ajouterons que la tête est plus longue que large, nettement détachée du cou; le museau est comme tronqué ; les yeux sont petits, entourés de petites granulations; la queue, beaucoup plus étroite à sa base que le tronc, finit en pointe hérissée de tubercules; chaque écaille du tronc se relève en une forte carène à trois faces ; la mâchoire supérieure, arrondie, est munie dans son milieu et sur les côtes

LES AGROGHORDES

d'échancrures qui recoiventdes saillies formées par la mâchoire inférieure (fig. 287).

Mœurs, habitudes, régime. — D’après Duméril et Bibron, Hornstedt et Cantor ont eu l'occasion d'observer l’Acrochorde de Java.

Hornstedt donne sur cette espèce les détails suivants.

«Pendant mon séjour à Java, en 1783 et 1784 dit ce voyageur, j'eus le plaisir, dans un voyage à Bantam, de découvrir un des plus grands Serpents qui se trouvent dans les Indes et qui, jusqu'ici, s’est dérobé à l'observation des naturalistes attentifs. Il fut trouvé dans une vaste forêt de poivriers, près de Sangasan. Un Chinois de notre compagnie le transportait vivant à Batavia, le tenant par la tête avec une canne de bambou, dont l'extrémité était fendue. Comme il était trop grand pour êlre con-

servé dans l'esprit de vin, je le fis écorcher; la chair fut taillée en pièces par les Chinois présents, qui la firent bouillir et frire, et qui fut pour eux un mets exquis. La peau fut mise dans l'arak, et elle est déposée dans le cabinet d'histoire naturelle du roi de Suède.

« En ouvrant ce Serpent, on trouva, outre une quantité de fruits non digérés, cinq petits,

! chacun de 5 pouces de longueur, qui proba-

blement étaient la cause du gros ventre de celui-ci, qui était une femelle. »

Le récit de Cantor complète celui d'Hornstedt. « Une femelle prise sur une grande montagne à Pinang, dit-il, avait de longueur 5 pieds, 5 1/2 pieds anglais, etsa circonférence, dans le point le plus volumineux du corps, 1 pied.

« Malgré le volume du ventre, le Serpent sq

LES CHERSYDRES.

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déplaçait sans difficulté, mais lentement; il préférait le repos, et ne cherchait à mordre que quand on le touchait; quelquefois, et sous l'influence de la lumière, il manquait son but. Peu de temps après qu’il avait été capturé, on remarqua que les côtés du ventre étaient sail- Jants, que le reste du corps restait immobile, ct dans l’espace de 25 minutes environ, il donna successivement naissance à 27 jeunes, el après la sortie de chacun d'eux, il s’échappait du cloaque de la femelle une sérosité sanguinolente. A deux exceptions près, tous les fœtus sortirent la tête la première; ils élaient très actifs et cherchaient déjà à mordre. Leurs dents étaient fort développées et peu de temps après leur naissance, leur épiderme se détacha par grands lambeaux, ce qui arrive aux fœtus de divers Homalopsis.

« Ces jeunes Acrochordes furent placés dans l’eau, ce qui parut leur déplaire, car ils cherchèrent aussitôt à en sortir. Ils avaient presque tous 0®,48 de longueur.

« Les Malais de Pinang assurent que cette espèce est très rare. Durant un séjour de vingt années à Singapoore, le docteur Montgommerie ne l’a observée qu’une seule fois.

« La physionomie de cet Acrochorde est d’une ressemblance frappante avec celle des chiens de race pure des Bouledogues. Le nom malais de cette espèce est U'lar Æarong ou U'lar last (A). »

Nous ajouterons que l’Acrochorde se nourrit surtout de poissons et d’autres animaux aquatiques. Cet animal est essentiellement nocturne, c’est pourquoi sa pupille se contracte à la lumière du jour, et ce n’est que dans une demi-obscurité que l’animal a toute sa vivacité. Il se meut lentement à terre, car il n’abandonne pas l’eau volontiers.

Nous avons pu, à la ménagerie des Reptiles du Muséum de Paris, observer des Acrochordes vivants capturés à Sumatra par de la Savinière. Ces animaux furent placés dans un grand bassin en pierre alimenté par de l’eau courante. Ils ne cherchèrent jamais à sortir de l’eau, mais se blottirent dans l’endroit le plus obscur, au-dessous de pierres formant un rocher artificiel. Les Serpents venaient rarement à la surface pour respirer, et encore ne faisaient-ils sortir que l’extrémité de leur museau, les narines étant situées, ainsi que

(1) Duméril et Bibron, Erpétologie générale, t. NII, p. 35 t. 38.

nous l'avons dit, près l’une de l’autre et tout à fait au bout de la face. Bien que nous ayons plusieurs fois saisi ces animaux, ils ne cherchèrent jamais à mordre, pas plus dans l'eau que sur la terre ; leurs mouvements sur le sol étaient lents et embarrassés; lorsqu'on les saisissait alors, ils enroulaient leur queue autour de la main qui venait de les prendre. Ces animaux ne vécurent du reste pas longtemps, car ils refusèrent absolument toutenourriture, bien que de nombreux poissons aient été placés avec eux dans le même bassin.

LES CHERSYDRES — CHERS YDRUS

Caractères. — Le genre Chersydre, établi par Cuvier, ne comprend qu’une seule espèce, le Chersydre à bandes, Chersydrus facicatus.

Chez ce Serpent, le corps est traversé par des bandes brunâtres, transversales, irrégulières ou incomplètes, se bifurquant souvent sur la partie moyenne du dos; les espaces laissés entre ces bandes sont jaunâtres ; le dessus de la tête est brun, tacheté et piqueté de jaune.

Nous ajouterons que le poumon est très développé, que le corps est assez comprimé, surtout vers la queue.

MMœurs, habitudes, régime. — Le Chersydre est un animal essentiellement aquatique. Par son mode d'alimentation et par ses habitudes générales, ce Serpent ressemble, d’après Cantor, aux Serpents de mer venimeux. Dans l’eau, il est agile, mais sur la terre et surtout en pleine lumière, cet animal paraît comme aveuglé et ses mouvements sont lents et incerlains.

Ce Serpent vit aussi bien dans l'eau douce que dans la mer; on le rencontre parfois à trois et quatre milles marins de distance des côtes. Cantor rapporte qu’il n’est pas rare sur les côtes de Malacca et qu'on le trouve assez souvent parmi les poissons pris dans les filets, assez loin de Pinang.

Cantor dit également que la femelle porte 6 œufs. L’œuf, cylindrique, mou, ou à coque membraneuse blanchâtre, a un pouce et demi de longueur et contient un petit vivant qui a environ 11 pouces.

Nous avons pu nous assurer que le Chersydre ressemble beaucoup, au premier abord, à certains Serpents de mer venimeux, c'est ce qui fait que cette espèce, bien qu’absolument inoffensive, est très redoutée des pêcheurs malais.

LES SERPENTS VENIMEUX

LES SERPENTS VENIMEUX

—TOXICOPAIDIÆ

Caractères généraux. — Duméril,qui con- | personne à la vue d’un Serpent; on s'explique

sacra toute sa vie à l’étude des Repliles, dans une excursion qu'il faisait aux environs de Paris, saisit avec la main une Vipère croyant avoir affaire à une Couleuvre vipérine et fut mordu, ce qui mit, pendant plusieurs jours, sa vie en danger. On ne saurait trop rappeler ce fait, car il montre d’une manière frappante que les caractères distinctifs extérieurs entre les Serpents non venimeux et ceux qui le sont le plus ne sont pas toujours très objectifs et que les naturalistes les plus expérimentés peuvent s’y tromper.

Certains Ophidiens, cependant, tels que les Serpents de mer, les Vipéridées, les Crotalidées, présentent des caractères qui peuvent, le plus souvent, les faire reconnaître comme dangeeux.

Dans quelques traités d'Histoire naturelle, les caractères à l’aide desquels on distinguerait les Serpents venimeux de ceux qui ne le sont par, sont réellement indiqués d’une manière par trop légère. Il est vrai que les espèces dangereuses qui mènent une vie nocturne ont habituellement le corps court, à section triangulaire, une queue courte coniforme, un cou très court et une tête triangulaire, très large en arrière; il est vraiaussi qu'ils se distinguent le plus souvent des espèces non venimeuses par la nature de leurs téguments; il est parfaitement exact que leur œil si développé, à fente pupillaire verticale, presque toujours protégé par une plaque sourcilière proéminente, leur donne une expression de méchanceté et de férocité toute particulière. Tous ces caractères, qui conviennent aux Solénoglyphes, ne peuvent être appliqués aux Protéroglyphes, tels que les Élaps, les Najas qui ont tout à fait l'aspect d'inoffensives Couleuvres. Tous les Élaps, par leurs brillantes couleurs, par leur aspect général, ont l'air de Serpents complètement inoffensifs, d'autant plus que certaines espèces reyêtent tout à fait la livrée d'animaux qui ne sont nullement dangereux pour l'homme.

Danger desSerpents venimeux.— Lorsqu'on sait le nombre vraiment grand de personnes qui, chaque année, périssent de la morsure des Serpents venimeux, on comprend très bien l'horreur pour ainsi dire instinctive qui, dans les pays chauds surtout, s'empare de toute

bien les contes, les légendes qui, chez les peuples anciens et modernes, ont rapport à ces animaux. Les espèces venimeuses constituent un danger permanent dans les contrées qu'ils habitent, et dans nos régions, heureusement très pauvres en espèces, nous ne pouvons nous faire la moindre idée des ravages qu’occasionnent les Serpents.

Un médecin anglais, Fayrer, a recherché, pendant un séjour de plusieurs années dans l'Inde, à établir le nombre de personres mordues chaque année par les Serpents venimeux en rapport avec le nombre de personnes tuées parces animaux. Ces statistiques exécutéesavec tout le soin possible, et avec l’aide du gouvernement anglais, sont réellement terriliantes.

Fayrer a porté ses investigalions sur huit présidences seulement, et encore n'obtint-il pas de réponses satisfaisantes de toutes les localités. C’est ainsi que, dans la présidence de Bengale, la statistique ne put être établie que pour neuf divisions et vingt-huit cercles.

Dans cette présidence, en 1869, il ne périt pas moins de 6,219 individus par les morsures de Serpents; sur ce nombre 2,374 appartenaient au sexe masculin, 2,576 au sexe féminin, tous âgés de plus de douze ans ; au-dessous de cet âge, on nota 663 garçons et 606 filles, de sorte que, dans cette seule année, il mourut 3,037 hommes et 3,182 femmes de tout âge.

Dans ce nombre, on nota 959 morts dues à la morsure du Serpent à lunette ou Maja tripudians et 160 occasionnées par le Ærais ou Bungare; les autres morts sont imputables à des Serpents non reconnus ou non nommés dans l'enquête.

Dans la présidence d'Orissa, Fayrer ne put obtenir de renseignements un peu complets que de trois cercles. Le nombre des morts fut de 350, sur lesquels 137 se rapportant à des hommes, 138 à des femmes, 44 à de jeunes garcons, 31 à de petites filles. Sur ce nombre de morts, 128 furent attribuées au Serpent à lunette, 2 au Bungare, 52 à diverses espèces, 268 à des Serpents non nommés.

Sept cercles adressèrent des renseignements dans la présidence d'Assam. Les Serpents y firent 76 morsures mortelles, dont 50 sur des hommes adultes, 14 sur des femmes,

LES SERPENTS VENIMEUX

9 sur des garçons, 3 sur de petites filles.

Dans douze cercles d'Oudras, 1,205 personnes succombèrent, 607 par la morsure du Naja, 105 par celle du Bungare, 415 par celle de di- Yerses espèces non dénommées,; ces blessures furent faites sur 364 hommes, 558 femmes, 137 jeunes garçons, 146 petites filles. Parmi les personnes mordues se trouvaient des enfants âgés de moins de un mois, un autre qui n'avait qu'un jour.

En collationnant les renseignements parvenus de divers points de l'Inde, Fayrer nota 11,416 cas de morts dans celte seule année 1869, mais il prend bien soin de faire remarquer que ce nombre est malheureusement bien au-dessous de la réalité. Beaucoup de morsures de Serpents nesont pas déclarées; les fonctionnaires indigènes sont tellement hahilués à ces accidents, qui sont journaliers, qu'ils ne s’en occupent que dans des cas exceptionnels et les Indous se résignent à la triste fatalité avec une soumission et inconscience si grandes qu'ils re se donnent que rarement la peine de parler de la mort d’un des leurs par le fait d'an Serpent venimeux, tant la chose est commune.

C'est pourquoi Fayrer ne croit pas exagérer en croyant pouvoir affirmer que chaque année il périt au moins 20,000 personnes par le fait seul de la morsure des Serpents venimeux, et cela pour les Indes anglaises seulement. Bien que dansla péninsule del’Indela populationsoit très dense et que, pour les provinces qui ont envoyé des renseignements, cette population soit estimée à près de120,000,000 d'habitants, le fait ne perd rien de son importance et confirme pleinement l’assertion émise autrefois par les Romains que les Serpents comptent au nombre des plus cruels fléaux de l'Inde, et qu’en comparaison d'eux, les Tigres et les Panthères ne sont que des êtres inoffensifs.

« D'après une statistique officielle de 1870, on évaluait à 41,416 le nombre des habitants de l'Inde anglaise qui avaient péri, dans l’année, par la morsure des Sepents.

« On peut affirmer sans crainte que ce chiffre est fort au-dessous de la vérité... et l’on peut dire, sans exagération, que depuis 1870, 150,000 ou 200,000 personnes ont péri aux Indes par la morsure des Serpents.

« Aussi le gouvernement anglais s'est-il préoccupé des mesures qu’il cenviendrait de prendre pour détruire les Serpents reconnus venimeux et constater exactement les cas de mort.

« Pour nous en tenir aux documents ofliciels, nous voyons qu’en 1880, 19,060 personnes ont péri par la morsure des Serpents et 148,610 en 1881. En 1880, on a détruit 212,776 Serpents au prix de 11,663 roupies (la roupie vaut 2 fr. 50). En 1881, on en avail abattu 254,968 et les primes s’élevaient à 11,961 roupies.

« Quant aux mesures adoptées pour la destruction des Serpents, elles ont varié suivant les provinces. |

« Au Bengale, tout indigène qui détruit un Serpent peut obtenir des colons désignés spécialement par l'autorité anglaise un certificat qui constate l'espèce de Serpent détruit. Ce certificat donne droit à la prime.

« Dans la province du nord-ouest et de l'ouest, les autorités ont encouragé la formalion d’un corps de Xanjars ou hommes de la méme caste, qui se livrent exclusivement à la chasse aux Serpents. Ces hommes recoiventune paye de 2 roupies par moiset une haute paye de O0 fr. 30 c. par chaque Serpents abattu audessus du nombre de 20 par mois. Ce dernier système paraît avair donné de bons résultats. Dansle Barmah, le commissaire en chef alloue, une fois par an,une prime de 10à 20 roupies aux villages dont les habitants se sont signalés dans la chasse aux Serpents.

« Enfin, dans certains districts, des lithographies coloriées, représentant les diverses espèces de Serpents, sont envoyées .aux agents du service de police et de santé. Ils peuvent ainsi reconnaître facilement l'espèce du Serpent qui leur est présenté et savoir quelle est la prime à payer (1). »

La fréquence des accidentsa déterminéle gouvernement anglais à employer tous les moyens en son pouvoir pour la destruction des Serpents venimeux, principalement du plus terrible de tous, le Serpent à lunettes. En 1858, on proposa une rétribution de quatre annas soit 0 fr.30, pour tout Serpent venimeux tué et présenté à l’autorité. Dans un seul cercle, celte première année, on ne paya pas moins de 1,961 roupies, soit 4,628 francs pour la destruction de 15,495 Serpents. On abaïssa la rétribution à deux annas (0 fr. 15) et le nombre des Serpents abattus diminua rapidement, au point qu’en 1860 dans ce même cercle il ne fut présenté que 250 Serpents, car personne ne voulait se liver à la chasse pour une somme

{1) Ramon Uructa, Recherches analomo-pathologiques sur l’aclion du venin des Serpenls, 1884.

LES SERPENTS VENIMEUX

Fig. 288. — Appareil veuimeux du Crotale ('}.

aussi modique. Ge que voyant, le gouvernement releva les primes à quatre annas; l'effet ne tarda pas à se faire sentir, car on apporta certains jours jusqu’à 120 Serpents venimeux. Le 20 octobre 1862, le fonctionnaire spécialement préposé à la prime constata que depuis le 29 mai on ne lui avait pas présenté moins de 18,423 Serpents, ce qui fait une moyenne de 110 par jour. Du 45 octobre au 17 décembre le butin fut si considérable, qu’on livra 26,029 Serpents, soit 463 par jour. Comme le gouverneur exprimait son étonnement qu'on eût capturé tant de Serpents par un temps froid, on lui répondit que les chasseurs de Serpents devenaient de plus en plus habiles et que certaines personnes faisaient leur métier de cette capture, qui les faisait vivre.

Tous les voyageurs affirment, que dans les régions tropicales du Nouveau-Monde, le danger n’est pas moindre que dans l'Inde. Ramon Urueta rapporte que «les Reptiles venimeux y infestent les forêts et les jardins particuliers ; ces redoutables animaux pénètrent parfois dans les maisons d'habitation et se glissent jusque sous l’oreiller et dans les chaussures du planteur. Pour notre part, nous avons été témoin de la familiarité excessive de ces hôtes dangereux, grands amateurs de musique et de société. Il s'agissait d’un bal champêtre, et nous étions au nombre des invités; tout à coup, entre deux danses, un énorme Reptile, abandonnantletoitdechaume, tombe au milieu de la salle ; c'était un Mapana, appartenant au genre Bothrops. Inutile de décrire l'effroi des personnes qui assistèrent à cette scène, mais heureusement il n’y eut aucune victime et cha-

(*) a, glande vénéneuse; a’, son canal excréteur aboutissant aux crochets ; L, glande salivaire sus-maxillaire ; £, glande salivaire sous-maxillaire ; e, muscle temporal antérieur ; #’, sa portion mandibulaire; /,f', muscle tempora!

BREuM — V.

cun put gagner la porte. Pour être si familier, ces Reptiles n’en sont pas moins redoutables, et l’on sait quel chiffre énorme de morts ils causent chaque année. Aux États-Unis de Colombie, au Vénézuala, au Brésil, en Afrique et dans les différents pays à Serpents,la mortalité par la morsure de ces Reptiles atteint des chiffres effrayants. »

Tschudi n’est par moins affirmatif. « On ne peut, dit ce voyageur, d’après ce que je sais des Serpents venimeux, tirer celte conclusion que toute promenade fait courir le danger d’être mordu par un Serpent et que toute excursion dans une fôrêt vierge amènera la rencontre du Suwrucucus ou du Schararaca. Il est cependant parfaitement exact que les Serpents venimeux ne sont que trop fréquents au Brésil et que chaque année nombre de personnes en sontles victimes. Un de mes amis, dans l'espace de deux ans seulement, a pris dans son jardin jusqu’à 30 Serpents venimeux appartenant à 9 espèces différentes, ainsi que j'ai pu m'en assurer, Car ces animaux avaient été conservés dans l’esprit-de-vin. »

Appareil venimeux. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, les Serpents que l'on peut regarder comme les Serpents venimeux par excellence, les Solénoglyphes, ont la mâchoire supérieure relativement courte et réduite à un petit osselet chez les espèces à vie nocture ; chez les unes, comme chez les autres, elle est extrêmement mobile, car elle s'appuie en arrière sur une petite tige, le ptérygoïde, qui mis en mouvement par un muscle spécial, permet à la mâchoire de glisser en avant ou en arrière. Chez les Serpents venimeux nocturnes

postérieur; g, muscle digastrique ; à, muscle temporal moyen; 7, ligament articulo-maxillaire; » », muscle cervico-angulaire ; /, muscle vertébro-mandibulaire; 4, muscle costo-mandibulaire (d'après Gervais et van Beneden), REPTILES. — 51

LES SERPENTS VENIMEUX

la dent est intimement attachée à la mâchoire comme chez les espèces diurnes; chez les uns et les autres, elle est unie à la mâchoire non pas par implantation, mais par des ligaments (fig. 288). À vrai dire, elle n’est pas mobile; si elle se place en arrière, cela a lieu seulement parce que la mâchoire supérieure se retire d'avant en arrière. Cette dernière possède de chaque côté sur sa face inférieure deux fossettes superficielles placées l’une à côté de l’autre, qui reçoivent les racines des dents. En général, une seule dent seulement est développée de chaque côte; mais, comme il existe toujours à chaque mâchoire plusieurs (de une à six) dents supplémentaires arrêtées dans leur évolution, il peut arriver que deux d’entre elles se développent dans chaque fossette d’un côté, et entrent simultanément en fonction. Parmi les dents supplémentaires qui sont lâchement fixées à l'os, celle qui se trouve la plus rapprochée de la dent venimeuse est constamment la plus developpée. De chaque côté des dents on remarque une excroissance membraneuse de la gencive formant ainsi une gaine pour recevoirles dents venimeuses quand la mâchoire supérieure se retire.

Les dents venimeuses se distinguent des au tres par une dimension toujours plus grande, par une conformation en forme de poinçon, et d’après Strauch sont faconnées sur un seul et même plan. En dehors d'une cavité placée à la racine de la dent et qui sert à la nutrition de celle-ci et se montre chez tous les Serpents, chaque dent venimeuse possède encore un tube dont le trajet suit la longueur de la dent et qui repose toujours sur la face antérieure arquée de la dent et s'ouvre extérieurement par deux ouvertures. l’une de ces ouvertures, qui a toujours une section plus ou moins circulaire, se trouve près de la racine de la dent et permet au venin d'entrer dans celle-ci, en se soulevant sur le conduit excréteur de la glande à venin, pendant l’ouverture de la gueule et lechangement de position de la dent occasionné par ce mouvement; parconire, l’ouvertureinférieure quirepose à la pointe de la dent et sert à la sortie a plus ou moins l'aspect d’une fente. Chez la plupart des Serpents venimeux les deux ouvertures sont souvent reliées l’une à l’autre par une étroite fente, souvent difficile à apercevoir et le tube à venin en conséquence n’est pas complètement fermé enavant; chezle plus petit nombre au contraire ce tube est complètement fermé et à

la place de la fente on trouve tout au plus une ligne très fine.

D'après cela ondistingueles dentsvenimeuses à sillons et les dents venimeuses lisses, les première montrent une fente en avant, chez les secondes, le canal est fermé surtout son pourtour.

Cependant cette fente a un rôle physiologique difficile à définir, car elle est si étroite que le venin ne peut sortir extérieurement au travers et son existence doit avoir une autre raison. Celle-ci n’est pas difficile à trouver, car il est démontré que le sillon doit être simplement considéré comme un reste de la vie embryonnaire. Tous les observateurs qui ont fait des recherches sur la formation et le développement des dents venimeuses s'accordent sur ce point que la production du tube précède la formation d’un sillon, et que le premier s'établit par la rencontre ou la soudure des bords de ce sillon. D’après les recherches de Schlegel, chaque dent à son premier degré de développement consiste en une large surface dont les bords sont enroulés en dedans, et montre par conséquent un large sillon sur sa face antérieure. Ce dernier disparaît de très bonne heure sur les dents ordinaires, maïs persiste sur les dents postérieures à sillon des Serpents non venimeux; il reste un peu plus

ongtemps ouvert sur les dents lisses à venin, mais se ferme en plus grande partie silôt que ja dent est développée, et persiste pendant la vie sous forme d’une fente étroite extérieure sur les dents venimeuses à sillon.

Les crochets venimeux ont une longueur qui varie généralement avec la taille de l’animal, mais cette longueur n’est cependant pas dans un rapport étroit avec les dimensions de celuici: c’est ainsi que tous les Serpents venimeux diurnes possèdent des dents relativement petites, et les Serpents venimeux nocturnes des dents relativement grandes. Chez notre Vipère péliade, les crochets venimeux atteignent de 3 à 4 millimètres, tout au plus; chez le Bothrops fer-de-lance, ilsatteignent25 millimètres de long. Ils sont vitreux, durs et cassants, mais extrêmement pointus, aussi transpercent-ils, de même qu'une aiguille acérée, les objets mous, tandis qu'ils glissent ou même se brisent sur les objets durs, lorsque le coup qu’a porté le Serpent est violent. Lorsqu'une de ces dents est brisée, la dent supplémentaire voisine prend sa place; un tel changement paraît cependant survenir sans cause extérieure et avec une certaine régularité, une fois tous les ans,

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peut-être plus souvent. Leur évolution et leur développement se font d’une manière extrèmement rapide; Lenz trouva que de jeunes Vipères péliades qu'il avait retirées, d’après son calcul, quatre jours, tout au plus six, avant leur sortie du corps d’une femelle grosse , n'avaient encore aucune dent, tandis que celles qui, suivant ses conjectures, seraient venues au monde le jour suivant, possédaient des dents déjà complètement développées. Le remplacement des crochets venimeux perdus ou arrachés violemment ne s'opère pas moins rapidement que leur formation première.

Quand une de ces dents est brisée, elle est remplacée souvent après trois jours, au plus tard six semaines après, par une dent supplémenfaire, et ce n’est que lorsque, suivant la coutume des charmeurs de Serpents, on sectionne le repli muqueux dans lequel reposent les crochets venimeux, ou qu'on intéresse une partie de la mâchoire, qu’on détruit tous les germes des dents qui ne se remplacent plus.

Chaque glande sécrète une quantité relativement faible de venin : un Serpent à sonnette sain, long de presque 2 mètres, en donne tout au plus vingt gouttes; la quantité fournie par la Vipère de France est d'environ 5 centigrammes; l’'Echidnée en donnerait 10 centigrammes; le Cobra aurait jusqu’à 1 gramme cinquante de venin.Mais une quantité infinitésimale de ce venin suffit amplement à altérer en quelques minutes le sang d’un gros Mammifère. La glande venimeuse regorge de venin lorsque le Serpent n'a pas mordu depuis longtemps, et le venin lui-même est plus actif que dans le cas contraire; le remplacement du venin employé a lieu cependant très rapidement, et celui qui a une origine récente est extrêmement actif.

Du venin, son action. — Le venin est comparable à la salive. C'est un liquide limpide comme de l’eau, transparent, coloré assez souvent en jaunâtre ou en verdâtre ; il tombe au fond de l’eau avec laquelle il se mélange cependant avec un léger trouble, rougit le papier de tournesol, secomportant ainsicomme un acide. D’après les recherches de Mittchell, il se compose d’une matière analogue au blanc d'œuf, principe actif, qui se coagule dans l'alcool pur, mais non par une température élevée, d'une matière analogue mais complexe qui ne possède aucune action et se coagule à la chaleur aussi bien que dans l'alcool, d'une matière colorante jaune et d’une masse indéterminée, toutes deux solubles dans l'alcool,

dans la graisse et les acides libres et enfin dans les sels, le chlore et le phosphore; il se dessèche facilement sur les objets et paraît alors brillant comme du vernis; d’après les recherches de Mangili, ilconserve sespropriétés pendant des années. D'après Armstrong et Brunten, auxquels Fayrer remit le venin du Serpent à lunettes pour l’examiner, ce dernier forme un liquide brunâtre de consistance sirupeuse, qui renferme 43 à 45 centièmes de carbone et 13 à 14 centièmes d'azote. L'addition d’acide azotique, d’alcool, ainsi que la chaleur, coagulent le venin. On ne réussit en aucune manière à retirer de ce dernier une matière cristallisable. La présence d’une matière albumineuse se démontre par différents moyens. Le poison expédié ainsi que les éléments figurés tirés de ce dernier ont démontré, dans les expériences, qu'il conserve dans toutes les circonstances pendant douze et même quinze années inaltérée et non affaiblie la propriété qui lui appartient, d’après les recherches de Taylor, Pavy et Christison.

D'après Schott, le poison du Serpent à lunettes forme un liquide huileux, limpide, jaune clair, semblable au blanc d'œuf et d’une densité de 1046; il se comporte comme un acide, ne renferme pas de mucus, mais de l’albumine; porté sur la langue, il provoque des brûlures, des vésicules et une sensation d'engourdissement au point contaminé. Le mélange avec une solution de potasse le rend constamment inactif, par contre l'emploi externe et interne d’une solution de potasse dans les morsures se montre inefficace.

L'examen du poison à l’aide de verres grossissants fait reconnaître des cellules nageant dans un liquide albumineux. Halford a soutenu la thèse que les ferments pénètrent dans le corps de l'animal mordu avec le venin des Serpents et s’y développant rapidement, forment des cellules qui s’accroissent avec une rapidité excessive, soustraient au sang tout son oxygène et amènent une fin semblable à la mort par suffocation. L'hypothèse n’a pas pu être vérifiée par Fayrer parce que, d’après ses recherches, les altérations de la masse du sang après l’empoisonnement par une morsure de Serpent consistent surtout chez quelques espèces en sa coagulation rapide; en quoi il est à remarquer qu'on a observé juste le contraire chez d’autres Serpents venimeux. Le sang d'un animal empoisonné par le venin, injecté à un autre animal, agit en empoisonnant ce

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dernier, et d’après les recherches de Fayrer, cette action peut s’obtenir à nouveau trois à quatre fois. La même chose a lieu relativement au lait : un nourrisson dont la mère a été mordue meurt avec les mêmes symptômes que celle qui le nourrit. Au contraire on peut manger la chair des animaux empoisonnés : les poules utilisées par Fayrer dans ses recherches ainsi que d’autres animaux comestibles furent toujours réclamés par ses aides et mangés sans aucun danger.

J1 paraît bien établi que l'action du venin est d'autant plus intense que le Serpent est plus grand et la chaleur plus élevée.

On a cru autrefois que le venin pouvait être avalé sans préjudice, mais dans des recherches récentes on a trouvé que, même dilué considérablement avec de l’eau et porté dans l’estomae, il manifeste encore des actions remarquables; il provoque la douleur pendant la déglutition, et l'activité cérébrale est troublée ; en général, il est absorbé par les muqueuses et peut toujours provoquer des accidents dangereux.

D'après les expériences de Fayrer, le venin donne la mort quand il estintroduit en quantité suffisante dans l'estomac, sur l’œil ou sur le péritoine. Malgré cela, l’ancien aphorisme reste encore toujours vrai, à savoir que le venin de Serpent ne met sérieusement la vie en danger que lorsqu'il estimmédiatement introduit dans le sang.

Plus la circulation sanguine est rapide et complète, plus meurtrière se montre l’action du poison : des animaux à sang chaud meurent après une morsure de Serpent beaucoup plus vite et plus sûrement que des Reptiles, des Batraciens ou des Poissons; les animaux à sangblanc, c’est-à-dire les animaux invertébrés, paraissent moins souffrir. Deux Serpents venimeux d’une seule et même espèce peuvent se faire des morsures réciproques sans qu'il se produise de visibles résultats : la vieille fable sur le fameux serpent en Afrique, « qui mord tout animal sans raison », et prouve sur luimême la méchanceté de son caractère n’est qu'une fable et une fable bien absurde. Des Serpents mis en fureur se mordent souvent, surtout dans la partie postérieure de leur Corps, sans en souffrir.

Les choses se passent autrement quand un gros Serpent venimeux mord un petit Serpent et peut-être aussi quand il mord un Serpent d’une espèce différente : dans ces cas, l’action du poison se fait sentir sur les victimes inté-

ressées aussi bien que sur les autres animaux: ils meurent avec des signes d'empoisonnement. On affirme que le Naja Haje tue et dévore la Vipère arietans, pourvue de dents à sillon ; on raconte que le Serpent à sonnette fait la même chose du Trigonocéphale contortrix venimeux, et ce dernier, d'après les expériences de Effeldt, dévore avidement de petits Serpents venimeux, tels que des Vipères ammodytes, qui se trouvent dans la même cage, après les avoir tuées. C’estainsi qu’on voit des Trigonocéphales enrouleurs blesser mortellement des Vipères bérus. Nous avons constaté au Muséum de Paris qu'après la blessure faite par un Bothrops fer-de-lance, un Serpent venimeux presque de même taille, qui partageait sa captivité, était mort rapidement. Les espèces voisines, par contre, De semblent pas éprouver grand mal lorsqu'elles se mordent entre elles; c’est ce que nous avons pu voir à la ménagerie du Muséum pour les Echidnées du Gabon et Echidnée heurtante, pour le Crotale durisse et le Crotale horrible.

D'après Ramon Urueta, « la diversité des phénomènes produits par le venin des Serpents, les divers genres de morts observés sous l'influence de cet agent nous autorisent à nous demander si la nature du venin est toujours la même chez le même Serpent, et si ce venin est toujours identique dans les diverses espèces d'Ophidiens. Par exemple, nous avons observé des chiens de même poids mordus par des Serpents de même taille, aussi redoutables les uns que les autres; l’un des chiens tombait pour ainsi dire foudroyé, l’autre résistait plusieurs heures. On répondra, peut-être, que ces morts rapides ou lentes tiennent à ce que l’un des Serpents a complètement vidé sa glande dans les plaies qu’il a faites, tandis que l’autre n'aura inoculé qu’une partie de son venin.

Mais, est-il bien prouvé que le Serpent règle à volonté la dose de son venin ? Ce phénomène par lequel les glandes se vident semble, au contraire, démontrer que l’inoculation est le résultat purement mécanique de la contractions des muscles masticateurs ? Quoi qu’il en soit, ilest bon d'ajouter que certains animaux paraissent offrir une grande résistance au venin des Serpents, tandis que d’autres sont très sensibles aux effets de cet agent.

« Les expériences de Mitchell ont bien établi que les animaux à sang froid résistaient beaucoup plus longtemps que ceux à sang chaud.

Parmi ces derniers, il y a encore des suscepti-

LES SERPENTS VENIMEUX

bilités différentes. L'âne, par exemple, est un de ceux dont la résistance est la plus faible ; il est bien reconnu, en Amérique, que cet animal succombe toujours à la morsure d’un Crotalide, tandis que le chien guérit bien souvent et que le chat ne meurt presque jamais.

«L'homme, proportionnellement à son poids, paraît résister mieux que les animaux aux effets du venin, et en général, la race blanche a plus de résistance que la race noire. »

Les effets du venin sont, du reste, variables, et les phénomènes de paralysie et d’asphyxie qui sont une conséquence de l’inoculation du venin se produisent d'autant plus rapidement que l'animal blessé est plus petit.

Ainsi qu’il a été démontré par les expériences de Mitchell et de Urueta, les principaux symptômes de l'inoculation du venin sont la paralysie immédiate et les hémorrhagies capillaires. On observe, en effet, une mort brusque et rapide par arrêt immédiat des phénomènes de la respiration, une mort lente et des extravasations sanguines dans divers organes, tels que le poumon, le foie, le cerveau.

Sans entrer ici dans des détails que ne comporte pas notre sujet, nous dirons seulement avec Ramond Urueta que le venin du Serpent contient à la fois un poison du sang et un poison des nerfs. Ce venin renferme un agent quelconque capable de détruire les globules, de produire des extravasations sanguines, des hémorrhagies intestinales ; le sang perd sa coagulabilité. Sous l'influence du venin, et surtout lorsque la mort arrive très rapidement, c'est toujours par l'arrêt brusque et complet des mouvements respiratoires. Lorsque les deux poisons que contient ce venin agissent simultanément sur un animal qui ne périt pas immédiatement, mais offre une certaine résistance à l’action du Serpent, on voit se produire d’abord les phénomènes paralyliques, tels que ralentissement de la respiration, accélération des mouvements du cœur, salivation, cris spasmodiques, paralysie progressive des muscles, dilatalion de la pupille ; les phénomènes résultant d’une altération de la masse du sang arrivent ensuite.

Chez l’homme, immédiatement après la morsure qui ne laisse le plus souvent qu'une faible trace à peine visible, le blessé éprouve une sensation toute particulière qui peut, jusqu’à un certain point, se comparer à une secousse électrique; parfois ce symptôme ne se manifesle pas etle blessé ne ressent qu'une lé-

gère douleur, qui n'offre aucun caractère particulier.

Bientôt cependant arrivent une lassitude extrèême, une grande prostration, des vertiges, des syncopes ; des vomissements et des hémorrhagies par le nez et par la bouche se produisent fréquemment; les troubles du côté des organes des sens se manifestent généralement par de la cécité, de la surdité, une insensibilité presque absolue dela peau ou, au contraire, un état d'irritation tout particulier. Le plus souvent, la somnolencearrive et le blessé meurt dans un état de prostration complète.

D'autres fois, au contraire, le système nerveux est lésé d’une tout autre manière. La victime est torturée par d'horribles douleurs, des tremblements se manifestent ainsi que des crampes ; l’activité sensorielle persiste jusqu'à la terminaison fatale.

La mort est, en général, produite par l’asphyxie; des expériences ont prouvé, en effet, que l’activité cardiaque persiste pendant un certain temps alors que les poumons ne fonctionnent déjà plus, de telle sorte que lon a pu, chez des animaux, prolonger la vie pendant un certain temps au moyen de la respiration artificielle.

La marche de l’empoisonnement se modifie parfois, la quantité de venin introduite dans la blessure n'étant pas assez considérable pour occasionner la mort. Généralement, après les premiers symptômes généraux, il se produit un état de langueur avant la guérison définitive ; il arrive malheureusement trop fréquemment que le blessé souffre pendant très longtemps d’une morsure de Serpent ; à la lettre, toute sa vie est empoisonnée par une gouttelette déposée dans ses tissus par le terrible animal.

Moyens de traitement. — Les remèdes préconisés contre les morsures des Serpents ne peuvent plus se compter; ils sont malheureusement tous aussi inefficaces que nombreux; ce nombre est si considérable que, suivant l'expression de Ramon Urueta, un volume ne serait pas de trop pour les passer en revue; cette abondance même indique que parmi tous ces antidotes il n’en est pas un dont l'efficacité réelle et constante se soit manifestée.

Le plus efficace de tous les moyens paraît être l’alcool employé jusqu’à l'apparition des symptômes d'ivresse, Ce moyen a été connu de tout temps.

Marcus Porcius Caton le Censeur, conseille

d’administrer à un homme mordu par un Serpent des nizelles broyées dans du vin, Celse recommande du vin dans lequel on a fait macérer de l'ail et du poivre. Les Dalmates, lorsqu'ils sont mordus par une Vipère, boivent du vin en quantité. Les habitants de l'Inde ne connaissent pas de remède plus efficace contre la morsure du terrible Naja qu’une infusion de chanvre sauvage dans de l’eau-de-vie. Les habitants de Bornéo regardent comme sauvé un blessé qui peut s'enivrer.

Il est un fait qui est confirmé par tous les voyageurs qui ont parcouru les contrées infestées par le Serpent à sonnette. Lorsque l'ivresse arrive rapidement, le blessé doit être considéré comme hors de danger. Dans de semblables conditions, la dose d'alcool qui peut être absorbée est énorme, et suffirait amplement pour tuer un homme dans toute autre circonstance. Les individus qui sont toujours sous l'influence de l'alcool ne ressentent presque pas les terribles effets de la morsure des Serpents, el nous ne pouvons mieux faire que de citer à l'appui de ce dire le récit qui nous a été fait par notre ami Sallé, le naturaliste bien connu.

Notre voyageur se trouvait un jour dans un des cabarets de Mexico, lorsqu'un homme en absolu état d'ivresse entra, ayant un Serpent à sonnette dans son chapeau. Bien que tourmenté de toutes les manières par l’ivrogne, le Crotale ne le mordit qu’au bout d’un certain temps. Le Mexicain impatienté coupa la tête du Serpent avec ses dents, la cracha et n’éprouva aucun effet fâcheux de la morsure qui lui avait été faite.

L'alcool n’agit pas comme contrepoison, en ce sens qu'il ne détruit pas le venin; il relève l'excitabilité nerveuse qui est tout d’abord atteinte par le venin, et cela mieux et plus rapidement que tout autre moyen.

D’après ses nombreuses observations, Fayrer donne, dans la courte instruction suivante, les moyens de traitement à employer sur les personnes mordues par un Serpent venimeux :

sitôt après la morsure, on prend une bande quelconque, on l’enroule au-dessus du point mordu, autour du membre blessé, eton la serre aussi fortement que possible, à l’aide d'un garrot si cela est nécessaire. À une certaine distance et au-dessus de la première, on en place une seconde, une troisième, une quatrième autour du membre et l’on procède comme en premier lieu. Ensuite on fait rapidement une

LES SERPENTS VENIMEUX

incision sut la blessure et on la laisse saigner, on la fait aussi sucer par une personne de bonne volonté, ou on prend un charbon ardent, un fer rouge ou, si on la possède, la pierre infernale ou tout autre caustique pour cautériser la blessure. Si un Serpent, réputé dangereux, a blessé un doigt ou un orteil, on retranche ou on sectionne la partie empoisonnée; si on ne peut pas retrancher la phalange, on retranche au moins le point blessé aussi profondément que l'on peut, sans causer de dégâts. On laisse le malade en repos, eton ne le tourmente pas par toute sorte de pratiques qu'on a coutume parfois d'employer. Si les premiers signes d'empoisonnement se produisent, on administre de l'eau de Luce, de l’ammoniaque ou mieux encore de l'alcool, de l’eau-de-vie; üïl vaut mieux donner des médicaments par petites doses fréquemment répélées. Si l’état de prostration se manifeste, on place des sinapismes, des linges chauds.

Les anciens avaient de singuliers moyens curatifs contre le venin des Serpents.

Écoutons ce que nous dit Pline à cet égard:

« Contre les morsures venimeuses, écrit-il, on emploie, en linéamant, des crottes de brebis récentes cuites dans du vin. On applique aussi des rats coupés en deux; ce dernier animal a des propriétés importantes, surtout à l'époque de l’ascension des astres, vu que le nombre de ses fibres croît et décroît avec la lune.

« De tous les oiseaux, les vautours sont ceux qui donnent le plus de secours contre les Serpents. Les noirs ont moins de force. L’odeurde leurs plumes brulées fait fuir les reptiles.

Muni d’un cœur de vautour, on peut braverles rencontres des Serpents et de plus le courroux des bêtes féroces, des brigands et des princes.

«La viande de coq, appliquée encore chaude, neutralise le venin des Serpents. Leur cervelle, avalée dans du vin, produit le même effet. Les Parthes, pour cet usage, se servent de la cervelle du poulet. La chair fraîche de pigeon et d'hirondelle, les pieds de hibou brülés, sont bons contre les morsures des Serpents.

« A-t-on été mordu par un Serpent ou piqué par quelque animal venimeux, on se guérit aussi avec du poisson salé et du vin, qu'on prend de temps en temps, de manière à vomir le soir. Ce moyen est principalement bon contre la morsure des Chalcis, du Céraste, du Seps, de l'Élops, dela Dipsade ».

Opinion dés anciens sur l’action du venin.

LES SERPENTS VENIMEUX

— Les anciens étaient persuadés que l’action du venin des Serpents variait complètement suivant l'espèce à laquelle on avait affaire. C’est ce qui ressort très clairement d’une relation faite par Lueain, ayant trait à une marche entreprise par Caton après la bataille de Pharsale, à travers les déserts africains.

Après avoir rappelé la fable de la production du venin des Serpents, et avoir décrit de la façon la plus poétique comment ces horribles animaux naquirent des gouttes de sang qui tombèrent sur la terre de la tête décapitée de la Méduse, Lucain s’exprime ainsi:

« Le Reptile qui le premier souleva la tête, éclos de cette fange putride, ce fut l’Aspic qu'on vit soudain enfler son cou, prêt à donner la mort. Un sang plus abondant, un plus épais poison s’épancha pour lui; nul Serpent n’en sentit davantage se coaguler dans ses veines. La chaleur est son élément, aussi ne passe-t-il pas volontiers dans les régions froides; le Nil l’enferme dans les sables du désert.

Aussitôt l'Hémorrhoïs, ce Reptile quine doit laisser aux malheureux aucune goutte de leur sang, surgit tout couvert d’écailles et déployant ses anneaux immenses. À son tour, se lève le Chersydre, que son instinct envoie aux rives incertaines des Scythes, et le Chélydre, qui répand de la fumée sur ses traces; puis le Cenchris, qui glisse toujours droit devant lui; sur son dos segravent des milliers et plus de petites taches qu'on n’en voit peintes sur l'Ophite, ce bloc sorti des mines de Thèbes ; et l'Hammodyte, dont l’écaillure, au reflet ardent, se confond avec les sables qui l’entourent ; et le Céraste, qui va incessamment se repliant sur son dos ; et le Scytale, qui seul, avant tous les autres, s'apprête à dépouiller sa parure d'hiver ; et le brülant Dipsas, et le redoutable Amphisbène, qui court dressant ses deux têtes; et le Natrix, qui souille les ondes; et l’ailé Jaculus, et le Paréas, qui se borne à sillonner la terre de sa queue; et l’avide Prester, qui entr'ouvre sa gueule écumante ; et le Seps, dont le poison corrupteur fait dissoudre et le corps et les os; et le monstre dont le cri épouvante tous les autres, le Basilic, qui tue ayant même l'emploi de son venin; écartant loin de lui la foule des Reptiles, il règne en maître dans la solitude des sables.

« Et vous qui recevez nos pieux hommages, qui n'êtes redoutables nulle part dans l’univers, Dragons brillants d'écailles d’or, seule la Libye vous rend venimeux sous son ciel ardent.

On vous voit sillonner de vos ailes les hautes régions de l'air et, suivant de l'œil les troupeaux de nos étables, vous fondez sur les Taureaux, les embrassant, les étouffant dans les plis de votre queue. L'Éléphant lui-même n’est pas garanti par sa masse énorme. Tout périt sous vos coups, vous n’avez nul besoin du poison pour donner la mort.

« C'est par cet aride chemin, tout semé de ces Reptiles venimeux, que Caton mène ses soldats endurcis aux fatigues; chaque jour il les voit périr misérablement, frappés d’une mort inouie, atteints d’une imperceptible blessure. Un porte-enseigne, le jeune Aulus, du sang des Tyrrhéniens, foule un Dipsas qui le mord soudain, en renversant la tête en arrière. À peine a-t-il senti pénétrer sa dent subtile : rien n’annonce ou lui fait craindre la mort. Mais le poison glisse en secret; de son feu dévorant il brûle, il consumeles entrailles; il absorbe l'humeur qui s’épanche dans ses intestins. Sa langue s’enflamme dans son gosier desséché ; aucune sueur ne se répand sur ses membres épuisés; les larmes même tarissent dans l'orbite de ses yeux. Ni l'honneur de nos drapeaux, ni la voix de Caton qui s’afflige des ardeurs qui le consument, rien ne peut le retenir; il jette son enseigne, il court furieux, çà et là, cherchant partout une eau qui éteigne le poison qui dévore son cœur. On le plongerait dans le Tanaïs, dans le Rhône, dans le Pô ou dans les flots débordés du Nil, qu’il brûlerait encore. Les ardeurs de la Libye ajoutent aux tourments de sa mort, et ce surcroît de chaleur du climat fait que le renom du Dipsas reste au-dessous de ses mérites. Le malheureux fouille au sein des sables arides, ou il court vers les Syrtes s’abreuver aux flots de la mer; ces flots charment son ardeur, mais ne peuvent suffire à l’éteindre. Il ne sent pas de quel genre de mort il va mourir, quel poison le consume; tout ce qu'il sait, c'est qu'il est dévoré de la soif; de son glaive il va jusqu'à s'ouvrir les veines, et s’abreuve de son sang.

« Caton ordonne aussitôt qu’on lève les étendards : il ne veut pas que ses soldats voient de leurs yeux à quels excès peut pousser la soif. Mais un objet plus douloureux encore se présente à lui; un Seps, au corps effilé, a mordu à la cuisse l'infortuné Sabellus. Celuici l’arrache aussitôt de la plaie où sa dent reste attachée, et du fer de son javelot il le fixe sur le sable.

« Bien que le plus petit, le Seps est le plus

terrible de tous les Reptiles. Autour de la plaie qu'il a faite, on voit fuir les chairs que le venin dévore et qui laissent les os pâles et dépouillés. Bientôt elle s’étend, et ce n’est plus qu'une vive blessure qui fait disparaître le corps. Les membres se couvrent de sang corrompu; les jambes, les genoux, se dépouillent; les nerfs des cuisses se relâchent, tombés en pourriture; des flancs suintent de noires humeurs ; le ventre s'écoule ainsi que les viscères que ne retiennent plus aucune membrane. Mais tout le corps, comme on le devrait croire, ne s’est point répandu en fluide sur la terre. Le poison de son action cruelle consume ces membres; la mort réduit tout en quelques débris corrompus. Les ressorts des nerfs, les jointures des flancs se détendent; le mal pénètre jusqu'au cœur, jusqu'aux fibres qui s’attachent aux sources de la vie; l'homme tout entier s'ouvre aux ravages du fléau corrupteur. Tout ce que la nature lui donne de mortelest atteint par la mort; ses bras, ses vigoureuses épaules se dissolvent; son cou, sa tête, se réduisent en fusion.

« La neige ne fond pas plus vite au souffle brûlant de l’Auster, ou la cire aux feux du soleil. IL y a plus; à voir avec quelle puissance le virus consume le corps, on dirait la flamme qui le dévore. Eh ! quel bûcher anéantit complètement les os? Le virus, lui, les réduit à néant; consumés presque aussitôt que la moelle qu'ils contiennent, il ne laisse aucune trace du rapide destin qui les moissonne. Seps cruel, tu deviens, entre tous les fléaux de la Libye, le fléau le plus funeste; ils tuent leur victime; toi, tu lui ravis jusqu’à son cadavre.

« Un spectacle de mort, tout différent, succède bientôt. Un soldat marse, du nom de Nasidius, reçoit la brûlante atteinte du Prester. Un rouge de feu colore son visage; sa peau s’enfle, ses traits se défigurent, tout son corps s’ensevelit dans une masse monstrueuse; et, telle qu'il n’en fut jamais, on voit autour des membres suinter une affreuse corruption qu'étend au loin l’action du poison. Il disparaît lui-même sous l'obésité qui l’accable: sa cuirasse ne peut suffire à le contenir. L’onde bouillonne sous un moindre volume dans l’airain brûlant; la voile se déploie moins spacieuse, au souffle du Corus. Mais bientôt ses membres, qui ne cessent d’enfler, font déborder de toutes parts la masse informe de ce tronc hideux où ne serévèle plus rien d'humain. Il reste exposé à la voracité des oiseaux qui

LES SERPENTS VENIMEUX

n'osent y toucher, des bêtes féroces qui paieront cher d'en avoir fait leurproie. Et ses compagnons, qui tremblent de le livrer au bûcher, fuient loin de ce cadavre qu'ils voient s'enfler toujours.

« Nouveau et plus terrible spectacle encore!

L'Hémorrhoïs blesse de sa dent cruelle Tullus, ce noble jeune homme, l'admirateur des vertus de Caton. Et de même que, sur nos théitres, jaillit sous la pression du siphon et de tous les pores des statues à la fois, l’odorante rosée du safran de Corycium, ainsi de tous ses membres s'échappe en même temps un poison yermeil qui a pris la place de son sang, c’est du sang encore que ses larmes. De toutes les issue qui s'ouvrent aux humeurs, il coule à flots abondants; il le vomit de sa bouche et de ses larges narines. Il le couvre d’une sueur de sang, qui s’'épanche par toutes ses veines, tout son corps n’est qu'une plaie.

«Pour toi, malheureux Levus, c'est l’Aspic qui fait glisser un froid mortel jusqu'à ton cœur; sans qu'aucune douleur te révèle sa morsure, soudain tes yeux se ferment à la clarté du jour, et le sommeil de la mortt'envoie rejoindre tes compagnons au sombre séjour. Moins actif est ce mortel breuvage où se dissout le poison dont la tige cruelle devient l’image mensongère de la tige du fruit d'Arabie, et que recueille l’astrologue sabéen, dans sa maturité.

« Soudain, du tronc stérile d’un chêne s'élance de loin, en serpentant dans les airs, un affreux reptile; l’Africain le nomme Juculus. Il vient fondre sur la tête de Paullus, et fuit en traversant les tempes. Le poison n’est pas ce qui le tue; il meurt sur le coup. On le voit : moins rapide est la pierre que brandit la fronde et la flèche du Scythe qui sillonne les airs.

«Que sert à l’infortuné Murrus d’avoir percé le Basilic du fer de sa lance ? Le subtil poison court le long du trait et pénètre dans sa main. Lui de son glaive aussitôt il frappe et ampute

| son bras tout entier. A cette triste image de la

mort qui lui fut réservée, il s’'applauditde vivre quand il voit périr cette portion de lui-même. Qui croirait, à voir le Scorpion, qu'il porte avec lui l'arrêt du destin, qu'il a la puissance de donner une mort aussi prompte ? Armé de ses nœuds, du dard redoutable de sa queue, il rend le ciel témoin de sa glorieuse victoire sut Orion.

« Qui craindrait de fouler le sable où tu te dérobes, imperceplible Salpuya ? Les filles du

LES SERPENTS VENIMEUX

Fig. 289. Fis. 290.

Fig. 289. — Mächoire supérieure de Naja (dentition protéroglyphe.

Fig. 290. — Mächoire supérieure de Couleuvre à collier; dentition aglyphe.

Slyx, cependant, t'ont donné des droits sur la trame des jours comptés aux mortels (1). »

Ilest évident que cette narration de Lucain est fantaisiste et qu'il faut grandement tenir compte de l’exagération du poète ; elle n’en montre pas moins que certains symptômes ont été bien observés.

Ennemis des Serpents venimeux. — Certains animaux font la chasse aux Serpents venimeux. C’est ainsi que Ramon Urueta rapporte qu'il connaît «deux Oiseaux, le Culebrero et le Guacabo, espèces de Pélicans qui se nourrissent spécialement de Serpents dans les forêts de la Colombie. Malheureusement ils ne sont pas nombreux, et on ne fait rien pour les multiplier. Bien mieux, comme ce sont des Oiseaux d’une forme peu commune et que leur plumage a des couleurs très vives, les amateurs les tuent volontiers.

« Un fait généralement connu dans les pays à Serpents, c’est que le porc est réputé grand destructeur de ces animaux, dont il est très friand, et il aurait même le privilège de les allaquer sans danger pour sa vie. Nous ne pensons pas que cet animal jouisse d'aucune immunité; mais il est pourvu d’une couche fort épaisse de tissu graisseux qui l'enveloppe etle préserve par suite du peu d'activité de la circulation à travers cette région.

« Voici, du reste, ce que rapporte Mitchell à ce sujel: « On dit que le porc n’est pas suscep- « tible de mourir par la morsure du Crotale, et

(1) M. A. Lucain, La Pharsale ; traduction Courtaud- |

Divernéresse, t. IL, livre IX.

BREuM. — V,

Fig. 291. Fig. 292.

Fig. 291. — Mächoire supérieure de Xenodon; dentition aglyphe.

Fig. 292. — Mächoire supérieure de Vipère ; dentition solénoglyphe.

«il est bien connu que cet animal attaque les « Serpents avec vigueur et succès. Cette im- « munité apparente peut probablement être « due à ce fait que la peau du porc est très « épaisse et très dure, et que la forte couche « du tissu adipeux est peu nourrie par les « vaisseaux capillaires.

« Quoi qu'il en soit, Mitchell s’est assuré qu'un porc maigre mordu dans les parties vasculaires ne jouit d'aucune immunité contre le venin des Serpents.

« On peut ajouter le Chat à la liste des animaux destructeurs de Serpents, et, à cette occasion, nous rapporterons le fait suivant :

« Lorsque nous étions encore en Colombie, nous avons pu constater que fréquemment un chat de la maison s’attaquait aux Serpents et leur mangeait la tête et la queue. Les cadavres de ses victimes étaient laissés par lui bien en évidence sur une espèce de fourche en bois plantée dans le jardin. Après avoir sorti longtemps sain et sauf de ces luttes journalières, il fut un jour mordu à une patte et eut une plaie qui suppura pendant longtemps; mais il ne succomba pas à sa blessure et finit par guérir complètement. »

Les Serpents de mer ont pour ennemis redoutables les aigles de mer et surtout les requins. Peron a trouvé assez fréquemment dans l'estomac de ces derniers animaux des débris d'Hydrophidées.

Les violents orages qui règnent si fréquemment dans l’extrème Orient projettent fréquemment les Serpents de mer par masses sur

REPTILES. — à2

le rivage ; ils sont alors perdus si quelque onde favorable ne les ramène vers la haute mer.

L'ennemi le plus redoutable des Serpents venimeux doit être l'homme, et c’est agir sage-

LES SERPENTS DE MER

ment que de donner des primes pour la destruction de ces animaux. Le défrichement bien entendu, les progrès de l’agriculture aideront sans doute beaucoup à l'extinction de la race maudite.

LES PROTÉROGLYPHES — APISTOPHIDIÆ

Caractères généraux. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, les Serpents venimeux se divisent en deux grands groupes, les Protéroglyphes et les Solénoghyphes.

Les Protéroglyphes ou A pistophidiens ont l'apparence d'inoffensives Couleuvres, ce qui les rend d’autantplusdangereux.Le dessous deleur têle est presque toujours couvert de grandes plaques; ils manquent d’écailles frénales. La partie postérieure de la tête n’est jamais élargie, ni suivie par un rétrécissement très marqué, ainsi qu’on le voit chez les Vipères.

Au point de vue de la dentition, les Protéroglyphes (fig. 289) font la transition entre les Colubriformes (fig. 290, 291) et les Solénoglyphes (fig. 292). Les os sus-maxillaires se prolongent plus ou moins en arrière sous la lèvre supérieure, qu'ils supportent; le devant de la mâchoire supérieure est armé de dents venimeuses, cannelées, et non perforée dans

leur base, dents derrière lesquelles se trouvent en nombre plus ou moins considérable des crochets lisses, non sillonnés. Les os de la mâchoire supérieure sont solidement articulés en arrière avec les os transverses du ptérygomaxillaire. Les os palatins et ptérygoïdiens sont armés, comme la mâchoire inférieure, de dents à crochet.

Classification. — Parmi les Protéroglyphes, on peut distinguer deux groupes. L'un comprend les Serpents qui vivent habituellement sur terre ; ils ont la queue conique et arrondie, ce sont les C'onocerques de Duméril et Bibron tels sont les Najas, les Elaps, les Bungares. Les espèces qui rentrent dans le second groupe sont essentiellement aquatiques, aussi chez elles la queue est-elle transformée en rame ; cesecond groupe, qui comprend les Serpents de mer, a été désigné par Duméril et Bibron sous le nom de Platycerques.

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