L'HAYE
No $ REN ù A:
L'HAJE.
formément noire; parfois l'animal est noir,
avec des parties jaunes entremèlées.
Distribution géographique. — L'Haje se
trouve sur presque toute l'étendue du conti-
nent africain; il est commun dans tout le bas- |
sin du Nilet dans les régions du Cap; il a été signalé sur la côte occidentale, aussi bien que
Fig. 303. — L’Haje.
sur la côte orientale d'Afrique ; Livingstone a |
plus d’une fois vu cet animal dans l'Afrique centrale.
Moœurs, habitudes, régime, — En Égypte, on trouve le Naja dans les champs et dans les endroits un peu déserts, principalement dans le voisinage des monuments en ruines. Dans le Soudan et au cap de Bonne-Espérance, on le rencontre principalement dans les endroits ombragés, où il vit entre les racines des arbres ; il trouve un abri sous de gros blocs de pierre ou au milieu d’épaisses broussailles.
Bien qu'il ne soit rare nulle part, on ne peut dire cependant qu'il soit commun.
Geoffroy Saint-Hilaire assure que les femmes fellahs ne sont guère troublées lorsqu'elles aperçoivent un Naja dans leurs champs, parce qu’elles savent, par expérience, que cet animal n’attaque pas si on se trouve à quelque distance de lui et qu'il se conteute de suivre du regard tous les mouvements que l’on fait près de lui.
L'Haje est cependant redouté, et pour cause, de tous les Égyptiens, qui le tuent chaque fois qu'ils le peuvent. Bien que farouche, ce Serpent, lorsqu'il est poursuivi, se retourne bravement et fait face à l’adversaire, se dressant sur sa queue, gonflant son cou et sifflant violemment, S'il est serré de trop près, l'Haje
se jette sur l'homme et cherche à le mordre.
« Un de mes amis, raconte Anderson, échappa à grand’peine à l’un de ces Serpents. Un jour qu'il était en train d’herboriser, un Naja passa tout près de lui. Mon ami prit la fuite à reculons, aussi vite que possible. Le Naja le poursuivit et allait l’atteindre, lorsque l’homme trébucha contre une fourmilière et tomba à la renverse. Effrayé sans doute, le Serpent fila, rapide comme une flèche. » Waller rapporte un fait du même ordre. « Une jeune fille, dit-il, trouva la mort d’une façon vraiment dramatique. Elle marchait à la suite de porteurs dans un étroit chemin, lorsque tout à coup un Aspic sortit d’un épais buisson, se jeta sur elle et la mordit à la cuisse ; en dépit de tous les moyens employés, la malheureuse expira en moins de dix minutes. Ge fait, absolument authentique, prouve la véracité des relations de plusieurs voyageurs. Les indigènes assurent qu'un Haje adulte poursuit toujours l'homme ou un animal, quelle que soit sa taille, lorsqu'ils viennent à passer à sa portée (voyez la planche XIV). Chose digne de remarque: un Arabe raconta aux porteurs dont nous venons de parler que, quelque temps après l'accident dont il vient d’être question, il avait passé par le même chemin et que l’un de ses hommes avait été attaqué par un Naja; l'issue avait été également funeste. »
Les Najas africains sont souvent désignés sous le nom de cracheurs. Les colons du cap de Bonne-Espérance, ainsi que les nègres des côtes occidentales, assurent que ces animaux peuvent lancer à plusieurs pieds leur salive mêlée de venin, surtoul si le vent souffle du côté de la projection. Gordon Cumming assure avoir vu le fait se produire et raconte avoir été victime d’une agression semblable.
« Les Serpents aspics, écrit Reichenow, sont, avec la Vipère arietans, très communs dans la Côte d'Or. Ils habitent les steppes et évitent les forêts épaisses. Dans le milieu de la journée, ils rampent volontiers le long des chemins pour se chauffer au soleil. Si quelqu'un passe près d'eux, ils se redressent, sifflent, gontlent leur cou et lancent à près d’un mètre, et surtout dans la direction des yeux, un liquide principalement composé de salive. D’après les assertions des missionnaires de la région et le dire des indigènes, cette bave produit la cécité si elle arrive jusqu’au globe oculaire. » Falkenstein rapporte les mêmes faits et ajoute que lorsqu'un nègre a reçu de celte
* salive, il s’empresse de laver l'endroit souillé | tion, ces jongleurs présentent parfois au public
avec du lait, qui passe pour un remède infaillible.
De même que le Serpent à lunettes, l'Haje est extrêmement agile : il grimpe aux arbres avec une grande facilité et sait parfaitement nager; dans ce dernier cas il tient la tête largement relevée au-dessus de l’eau et gonfle sa collerette.
L'Haje se nourrit de petits Mammifères, surtout de Gerbilles, de Campagnols ; il fait une chasse active aux Oiseaux, aux Reptiles et aux Batraciens, et ne dédaigne pas les œufs, qu'il va chercher dans les nids.
Charmeurs de Serpents en Égypte. — « Aujourd’hui, d’après les rapports des voyageurs, dans presque toutes les contrées de l'Asie, de la Perse et de l'Égypte, une curiosité respectueuse et fanatique entraîne les gens du peuple à s’assembler, à former des cercles nombreux autour de certains jongleurs, qui s’annoncent comme doués d'un pouvoir surnaturel, de facultés transmises héréditairement, ou comme possesseurs de certains procédés à l’aide desquels ils sont parvenus à apprivoiser et à faire obéir des Serpents à leur volonté. Dans l'espoir, et même avec la certitude de recevoir des rémunérations dont ils déterminent d’avance la quotité, ils font sortir de leurs cages ou des paniers dans lesquels ces Reptiles se trouvent placés et suivant un ordre déterminé, un assez grand nombre de ces Serpents. Ces hommes semblent exercer sur ces animaux une sorte d’enchantement, en donnant à leur corps et aux mouvements des membres certaines inflexions, soit au moyen de la voix modulée, soit à l’aide de sifflets et de petites flûtes dont ils tirent des sons monotones et traînants auxquels paraissent obéir ces animaux en se dressant ou en relevant le cou en cadence. D’autres, au moment où ils sont le plus animés, entrent à l’aide de certains attouchements dans une sorte de léthargie ou de mort apparente. A certains ordres, ils se raidissent alors et deviennent
inflexibles comme des baguettes, ou bien, à | quelques signes, ils reprennent leur flexibilité |
et s’enroulent sur un bâton, comme une corde sur sa poulie.
« Kæmpfer, Forskal, Olivier et Geoftroy Saint-Hilaire, ont donné sur ce sujet des détails fort intéressants dont nous venons d’indiquer les principaux. Ils nous ont appris de plus que, pour fixer encore davantage l’atten-
réuni dans les places et sur les marchés, des Vipères et sous l'apparence de Vipères cornues ou Cérastes, de gros Eryx, sur la tête desquels on avait implanté des ongles d'oiseaux qui ont continué de croître. C'est le résultat d’une greffe animale, analogue à celle qui se pratique dans certaines fermes quand on enlève à de jeunes coqs l'éperon qui devait armer leurs jambes, pour le fixer et le faire pénétrer dans la chair vive à la place qu'occupait la crête. On sait, en effet, qu’à la suite de cette implantation, cette matière cornée continue de croître et de se développer (1). »
Ainsi s'expriment Duméril et Bibron; depuis l’époque à laquelle écrivaient ces auteurs, nous avons à donner des détails complémentaires dont nous consignerons ici les principaux.
Nous sommes, un jour de fête, sur une des places publiques du Caire; des sons discordants, mais retentissants, lirés d’une grande co quille, se font entendre et annoncent qu'il va être donné une de ces représentations si chères aux fils et aux filles de la «capitale victorieuse et de la mère du monde ». Bientôt le cercle s’est formé autour du « Haui » et la représentation commence. Un jeune homme tout dépenaillé remplit le rôle de paillasse et débite une série de plaisanteries lourdes, grossières et triviales qui charment la foule et excitent le rire de tous les assistants. Un singe babouin à manteau fait force grimaces, tandis que l’impresario ramasse les menues pièces de cuivre qu'on lui jette. Pendant ce temps le paillasse et le singe se trémoussent à qui mieux mieux et font assaut de sottises.
Lorsque la foule est convenablement préparée, le chef de la troupe jette au milieu du cercle un sac en cuir, l’ouvre, entire un instrument qui a certainement dû être inventé par quelque démon, ennemi juré de la musique, met de côté la coquille dont il tirait auparavant des sons moins désagréables peut-être que ceux qu'il va faire sortir de sa sumara. Il fait entendre une série de bruits, nous n’oserions dire de sons monotones. On voit s’agiter quelque chose dans le sac; bientôt une petite tête apparaît à l'ouverture; c’est celle de l'Haje ; l'animal sort peu à peu du sac; il se soulève sur la partie postérieure de son corps,
| rampe lentement, en élalant son large cou.
Le Serpent darde ses yeux étincelants sur le
(1) Erpétologie générale, t. VII, p. 1284.
dompteur, et semble suivre tous ses mouvements. À ce moment, une épouvante générale s'empare de tous les assistants, car chacun sait qu'il a devant lui le terrible Haje, dont la blessure est mortelle. Le charmeur, lui, rit du danger, car il a auparavant arraché les crochets de l'animal venimeux ; aussi le prend-il sans crainte, le retourne-t-il en tous sens pour bien montrer sa docilité ; il le saisit parle cou, crache dessus, puis, ce que ne voient pas les spectateurs, lui comprime tout à coup un point déterminé de la nuque; le Serpent s’étend alors et devient raide comme une baguette.
Récits des anciens. — C’est en pressant ainsi la partie antérieure du corps des Najas hajes, et en faisant tomber l'animal dans une sorte de torpeur accompagnée de tétanos des muscles de l’échine, que les magiciens du roi d'Égypte opérèrent la prétendue transformation des verges en Serpents. Nous lisons, en effet : « Aaron jeta son bâton devant Pharaon et ses serviteurs et ce bâton fut changé en Serpent. Pharaon ayant fait venir les sages d'Égypteet les magiciens, ils firent la même chose par les enchantements et les secrets de leur art. Chacun d'eux ayant donc jeté son bâton, celui-ci fut changé en Serpent ; mais le bâton d’Aaron dévora les autres. »
Le Serpent avec lequel Moïse et Aaron jonglèrent devant le Pharaon, comme le fait aujourd’hui le Haui, c’est le fameux Aspic des Grecs et des Romains, l’Ara ou le Serpent sacré des anciens Égyptiens, le symbole de la puissance et de la grandeur, dont on voit l’image sculptée dans les temples des deux côtés de la sphère terrestre (fig. 305); c’est l'animal dont le roi portait au front une représentation, comme l’insigne de sa hauteur et de sa souveraineté ; c’est lui que l’on voit sur le diadème du dieu Horus, leradieux fils d’Isis et d'Osiris, le gracieux symbole du soleil printanier ; c’est lui, que, sous le nom d’Uraës, adoraient les peuples qui fleurirent pendant lant de siècles sur les bords du Nil. Les champs cultivés étaient placés sous sa garde tutélaire ; aussi son image était-elle suspendue à la porte des temples, aussi ses dépouilles étaient-elles embaumées et à tout jamais préservées.
Tous les auteurs anciens qui ont écrit sur l'Égypte parlent de l'Aspic. « On trouve, dit
Ælien, des Aspics longs de cinq coudées. La |
plupart sont noirs ou d'un gris cendré, quelques-uns seulement ceuleur de feu. » « Repré-
sente-toi, s’écrie Nicandre, l’Aspic sanglant avec ses couleurs sinistres. Lorsqu'il entend un bruit, il s’enroule en cercle et élève au milieu sa tête redoutable. Sa nuque alors se gonfle ; il siffle avec rage et menace de la mort quiconque se trouve sur son passage.» « Cet horrible animal, ajoute Pline, montre, sous de certains rapports, des sentiments délicats ; il vit dans une véritable union, et la moit
eule peut séparer les époux. Si on tue tn Aspic, une incroyable soif de vengeance s’empare de l’autre ; il poursuit le meurtrier, même au milieu des foules les plus compactes ; il surmonte toutes les difficultés, ne tient compte d'aucune distance et on ne peut se sauver que par une fuite rapide au delà des rivières. La nature a donné à ce Serpent de malheur des yeux crainiifs qui ne peuvent regarder en face, mais seulement de côté, aussi lui arrivet-il de ne voir son ennemi que lorsqu'il est à côté de lui.»
« Chez les Égyptiens, ajoute Ælien, les Aspics sont élevés avec grand honneur, aussi sont-ils rapidement dociles et sociables. On ne leur fait aucun mal. Ils sont habitués à sortir de leur repaire lorsque l’on bat des mains, car on ne les appelle pas avec des paroles. Lorsque les Égyptiens ont terminé leur repas, ils trempent du pain dans du vin et dans du miel et frappent des mains comme lorsqu'on veut avertir un hôte. Les Serpents sortent à ce signal bien connu d’eux, se placent autour de la table, la tête haute, et font leur repas. Lorsqu’à la nuit sombre, un Égyptien entre dans sa demeure, il frappe sur les mains ; les Aspics se retirent et ne peuvent dès lors plus être foulés aux pieds. L'espèce d’Aspic que l’on nomme Z'hermuthis est vénéré comme sacré et placé, comme un diadème, sur la tête d'Isis.
Les Égyptiens affirment que ces animaux ne causent jamais aucun préjudice aux hommes justes et n’attaquent que les criminels, ce que nous avons peine à croire. Les Égyptiens ne comptent pas moins de seize espèces d'Aspics
| différents, mais ils assurent que le Z'hermuthis
seul est immortel. Dans chaque coin des temples, ils construisent une demeure particulière pour ces animaux, qu'ils nourrissent de la graisse de jeunes veaux. »
Philarque, rapporte Pline, raconte qu’un Aspic se montrait régulièrement à l'heure du repas et se nourrissait des dessertes ; ce Serpent mil au monde plusieurs petits, dont un mordit le fils de son hôte et le fil ainsi périr,
P’animal, ayant appris le malheur qui était arrivé, tua sa progéniture et quitta la maison à Lout jamais.
Toute personne mordue par un Aspic, rapporte Ælien, est fatalement condamnée, aussi les rois d'Égypte portent-ils l’image de l’Aspic dans leur diadème pour marquer leur puissance invincible. Lorsque l’Aspic gonfle son cou, il enlève la vue à celui qui s'expose à son haleine. Les dents venimeuses sont entourées d'une mince membrane; quand l’Aspic mord, la membrane est refoulée et le poison se répand alors dans la plaie ; ce venin se répand très rapidement dans le corps, de telle sorte qu'il n’en reste que de faibles traces à la surface de la morsure.
écrit Dioscoride, c’est à peine si l’on voit deux petites piqûres; il en sort un peu de sang noir ; le plus souvent la mort arrive avant que le tiers du jour ne soit passé. Celui qui a été mordu par un Aspic, rapporte Pline, tombe dans un état de somnolenceinvincible ; de tous les Serpents, c’est l’Aspic qui tue le plus rapidement. Porté dans le sang ou sur une plaie récente, le venin tue instantanément ; l’action est moins prompte si ce venin est déposé sur une plaie ancienne ; on peut d’ailleurs le boire sans rien ressentir et même manger de la chair des animaux quiont succombé aux mor-
sures de ce Reptile. Avec la salive de l’Aspic, | | langue, avec une incessante volubilité, mur-
rapporte Aristote, on prépare un poison putréfiant contre lequel il n’y a aucun remède.
Lorsqu’à Alexandrie quelqu'un était condamné
à mort et devait succomber d'une manière |
douce, on le faisait mordre par un Aspic, d’après Galien.
Silius Italicus rapporte que les Serpents d’Afrique sont domptés et engourdis par les Psylles, grâce aux mouvements de la main et aux chants monotones. Nous voyons encore aujourd'hui se produire les mêmes effets.
D'après Lucain « un seul peuple, parmi ceux
qui errent dans l'Afrique, reste affranchi de la |
morsure des Serpents ; cesont les Psylles, qui se mêlent aux Marmorides. Ils joignent à la vertu des herbes la puissance des enchantements ; leur sang même, à part les enchante-
ments, reste incorruptibleà leur venin. Chaque |
jour en contact avec ces Reptiles, la nature, grâce à leurs habitudes, les a rendus invulné-
rables ; ils font un pacte avec la mort. Telle |
est la confiance qu'ils placent dans leur sang,
qu’aussitôt que leurs enfants viennent au |
| monde, s'ils craignent quelque mélange adul-
tère, ils éprouvent la pureté douteuse de ce sang par la morsure empoisonnée de l'Aspic.
« Ainsi, l'oiseau de Jupiter, dès qu'il a fait éclore de l'œuf ses petits, avant qu'ils se couvrent de duvet, les présente au soleil levant. Ceux qui de leur regard peuvent soutenir ses rayons, fixer les clartés du jour, sont réservés pour l’empire des cieux ; ceux qui baissent les yeux sont abandonnés.
« Telle est l'épreuve que le Psylle fait subir au fils de sa race ; n’a-t-il point horreur demanier les Serpents, se plaît-il à jouer avec les reptiles : voilà son vrai sang. »
Et plus loin, « si quelqu'un pendant le jour
| recoit l’atteinte mortelle des Reptiles veni- Lorsque quelqu'un est mordu par un Aspic, |
meux, c’est alors que le Psylle fait éclater les
Fig. 304. — Têtes de Haje, d'apres Mariette (temple de Denderah).
prodiges de son art, que dans la lutte qui s’'engage, il triomphe du poison qu'ilarrête dans les veines. De sa salive d’abord il trace l’en-
| droit où s’enfermera le venin corrupteur; il
l’enchaîne dans l’orifice de la plaie. Puis, sa
mure des formules magiques, qu'accompagnent des flots d'écume. L’électrique effet du poison ne lui donne pas le temps de respirer ; un seul instant de relâche et le malheureux cesse d’exister.
« Souvent le venin, qui a déjà injecté les entrailles, fuit au premier appel des enchantements. Mais s'il est sourd à la voix qui l’évoque, s’il refuse de sortir quand il en a recu l’ordre, alors, se couchantsur sa victime, il applique sa bouche sur la plaie livide, il presse le venin entre ses lèvres, l’exprime avec les dents ; puis, exhumant la mort de ce corps
| glacé, il le rend mêlé à des flots de salive, et
reconnaît au goût quel est le reptile qui fit sentir ses atteintes victorieuses (1). »
Capture de l’Haje. — Chaque jongleur égyptien prend lui-même les Aspics dont il a besoin pourses spectacles, et cela d'une manière très simple. Armé d'un long et fort bâton
(1) Lucain, La Pharsale, trad. Courtaud-Diverneresse, livre IX.
L'HAJE.
Fig. 305. — Figure symboliaue représeniant le disque ailé accompagué de deux Araüs (d'après Mariette).
fait généralement de bois d’une mimosée appelée Nabut, le jongleur explore tous les endroits dans lesquels il pense trouver le Serpent. A l'extrémité du bâton est attaché un paquet de chiffons, qu'il présente au Naja; celui-ci se dresse menaçant et, de la défensive, passe rapidement à l'offensive. Dans sa rage, le Serpent mord furieusement l’étofie; c’est alors que le charmeur retire rapidement le bâton, de manière à arracher les crochets au Serpent. Le charmeur ne se contente pas de cette première tentative ; il fait mordre le Naja plusieurs fois, de manière à être bien certain que les crochets sont cassés et que l’animal est épuisé. Le jongleur presse alors la tête du Serpent contre le sol, saisit l'animal avec précaution par le cou, le comprime en un point de la nuque déterminé, produisant ainsi un état de contracture, pendant lequel le Reptile est peu à craindre ; c’est ce moment que le chasseur choisit pour examiner la bouche de l'Haje et s'assurer que les crochets à venin sontréellement arrachés. Le charmeur sait, du reste, parfaitement que les crochets repoussent et sont remplacés, aussi a-t-il grand soin de répéter le même manège de temps en temps.
Lors de son séjour dans le Fayoum, vers le lac Mœæris, Brehm rapporte qu’un Haui se montra un jour dans son habitation et lui donna l'assurance qu’il n’élait venu que pour chasser les Serpents qui y avaient élu domicile. Le voyageur lui expliqua qu'il avait déjà eu soin de chasser les Serpents, mais qu'il
Breum. — V.
était cependant disposé à lui permettre de donner une représentation. Le Haui ouvrit aussitôt le sac à Serpents et fit danser devant lui six ou sept Najas. « Je l'invitai alors à m'en apporter quelques-uns qui fussent encore en possession de leurs dents venimeuses, car je savais parfaitement que ceux qui étaient devant nous étaient inoffensifs. Le chasseur protesta, jusqu’à ce que nousnous présentâmes à lui comme des charmeurs venus de Frangistan, la patrie des Européens. Notre Haui cligna des yeux d’une manière expressive, et proféra quelques paroles d'usage sur «ce qu'il faut « voir et laisser voir, sur la dureté des temps, « la difficulté de gagner honorablement son « pain, sur le peuple stupide, fils, petit-fils et « arrière-petit-fils d’une postérité d'ânes», parmi lesquels il comprenait certainement ses fort honorables spectateurs. Déterminé enfin, probablement plutôt plus par la promesse d’une bonne récompense que par la considération résultant de la confraternité, le Haui nous promit, à moi «lecharmeur de Serpents », et à mon ami « le célèbre médecin » de nous apporter un Haje adulte avec ses dents à venin intactes. Le Haui reparut le jour suivant, le sac en Cuir sur l'épaule, l’ouvrit avec beaucoup de précautions et, sans aucune sorte de jonglerie, prit son bâton et attendit que la bête sortit. Lorsque l'animal se fut un peu avancé, et avant que l'Haje se changeât en « Ara », l'Haui l'avait pressé sur le sol à l’aide de son bâton, saisi à la nuque avec la RepriLEs. — 56
main droite, enveloppé du sac en cuir à l’aide de la main gauche, et lorsque la gueule s'ouvrit, les crochets à venin apparurent absolument intacts. « Ainsi, frère, dit le charmeur, ma parole est la vérité, et mon dire sans mensonge. J'ai pris le dangereux animal sans le blesser. Dieu, le Très-Haut est grand, et Mahommed est son prophète. »
HRemèdes contre la morsure. — Malgré toute la prudence que le Haui met à s'emparer du Naja, il arrive parfois cependant qu'il est mordu et qu'il meurt, car il ne paraît employer aucun remède contre la blessure. Au Cap, au contraire, les remèdes auxquels on attribue une vertu curative sont communs. Les Anglais emploient l’eau de Luce, l’'ammoniaque, etc.
Les paysans hollandais, à ce que raconte Anderson, fendent la poitrine à une poule vivante et l’appliquent sur le point blessé. On voit alors les signes d'empoisonnement se manifester sur la poule, qui laisse tomber la tête et meurt. On prend alors une seconde poule, puis une troisième, une quatrième même si cela est nécessaire, jusqu’à ce qu'on n’observe plus sur elles aucun signe d’empoisonnement ; on croit alors que le blessé est hors de danger, car le venin est retiré de la blessure. Certains pensent que les grenouilles employées de la même manière rendent un service semblable.
On emploie également au Cap une fève blanche qui pousse dans différents points de la colonie et qu'on nomme la fêve monsieur ;
elle passe pour un remède contreles morsures
de Serpents et d’autres animaux venimeux.
On la coupe, on la place sur la plaie à laquelle elle adhère si intimement qu'on ne peut l’en arracher que par force; la fève tombe d’ellemême lorsqu'elle a aspiré tout le venin. Autrefois le sang de Tortue passait pour un remède très énergique contre les morsures des Serpents;lesindigènes en emportaienttoujours avec eux dans leurs voyages. Il n’est certes pas besoin de dire la confiance qu'il faut avoir dans de semblables remèdes.
Captivité. — L'Haje arrive assez souvent en Europe, mais presque toujours avec les crochets arrachés, de telle sorte qu'il vit peu de temps en captivité. Mutilé ou non, l’animal est au commencement de la captivité d'humeur intraitable, et l’on ne peut s'approcher de sa cage sans qu'il se dresse, enfle le cou et se jette contre les vitres ; il resle ainsi souvent dressé pendant des heures entières. Plus tard son irri-
L'HAJE.
tabilité diminue et il devient moins farouche, bien que, de même que tous les Serpents venimeux, il ne s’apprivoise jamais.
Des Aspics, que Effeld tenait en captivité, mangèrent au bout de peu de temps, bien que privés de leurs crochets ; ils prirent d'abord des oiseaux et de pelits rats vivants, plus lard morts; ils préféraient les Mammifères aux Oiseaux et dédaignaient absolument les Lézards et les Batraciens ; bien plus, ils semblaient avoir de la répugnance et de l’aversion pour ces animaux et se reliraient dans un coin de leur cage lorsque ces bêtes se trouvaient en leur compagnie.
L'eau paraît être absolument indispensable aux Hajes, ils se baignent très régulièrement et restent souvent plusieurs heures dans leur bassin. D'après les observations d'Effeld, les crochets avaient repoussé près d'un an après leurenlèvement, de telle sorte queles Serpents ne pouvaient plus être maniés qu'avec les plus grandes précautions, carcesanimaux attaquent d’une manière imprévue et avec la plus grande rapidité, projetant leur tête en haut et en avant à une distance vraiment incroyable.
Albert Günther nous a donné d'intéressants détails d'après les observations faites au jardin de la Société zoologique de Londres. « Deux magnifiques spécimens de la variété noire des dangereux Hajes, les voisins des Vipères aquatiques, forment, avec celles-ci, un contraste des plus frappants. En raison de leur vivacité et de leur taille, il leur faut un assez grand espace. Les vitres de leur cage ont été rendues opaques jusqu’à un tiers environ de la hauteur, soit pour donner plus de repos aux Serpents qui sans cela seraient, à cause de leur grande irritabilité, dans un état de colère continuelle, soit pour les forcer à se dresser en hauteur et à regarder au-dessus de la partie sombre du verre. C’est du reste ce que les Serpents font à la moindre occasion. Lorsqu'on introduitune proie dans la cage, il arrive fréquemment que les Najas se battent ; ils se tournent l’un contre l’autre, dilatent leur cou, et c’est à celui d’entre eux qui se dressera le plus haut. Il est réellement étonnant que ces animaux ne se blessent pas. Lorsque l’on introduisit un troisième Aspic dans la cage où étaient déjà les deux autres, une véritable bataille s’engagea,; l'intrus fut mordu de telle sorte que le jour suivant on le trouva mort. Nos Najas tuent tous les animaux qu’on met avec eux, même lorsqu'ilsnes’ennourissent pas. Le mouvement
L'HAJE.
qu’ilsfontpour mordre est extraordinairement rapide; cette action est si prompte qui si on ne voyait pas la victime tomber et succomber, on ne saurait même pas qu'elle a été mordue. Au moment de la morsure, la bouche du Serpent est peu ouverte, à l'inverse de ce qui se passe chez les Serpents venimeux, et la blessure paraît être causée plutôt par une égratignure que par une piqûre réelle, absolument comme lorsqu'on effleure le flanc d’un animal avec une aiguille tenue verticalement, au lieu de l’enfoncer dans le corps. Nos Najas se tiennent fréquemment et pendant longlemps dans l’eau ; en hiver ils se retirent volontiers sous le tapis qui garnit le plancher de leur cage. »
Représentation de l’'Haje. — « Il est avéré que les anciens Égyptiens adoraient les Najas, auxquels ils attribuaient, dit-on, la conservation des grains. Ils les laissaient vivre et se reproduire au milieudes champs cultivés qu'ils semblaient confier à leur garde tutélaire, ayant reconnu que ces Reptiles les débarrassaient des Rats, animaux rongeurs et voraces, dont le nombre immense produisait d’ailleurs d’effrayants ravages et même des disettes absolues. C'était donc par reconnaissance qu'ils avaient voué à ces Serpents cette sorte de culte; que leur image était suspendue dans les temples; qu'ils embaumaient leurs dépouilles; que leur effigie, si facile à reconnaître et à reproduire grossièrement (fig. 304), était gravée ou sculptée sur la pierre de leurs monuments, où elle se retrouve encore fréquemment. C'est ainsi qu’on s’explique comment des peintures, des dessins très reconnaissables sont souvent reproduits dans les hiéroglyphes et même sur les sarcophages des Egyptiens (1). »
L'Haje ou Araüs est le symbole de la puissance et du commandement chez les anciens Égyptiens. Nous n’avons qu’à parcourir les planches que Mariette-Pacha a consacrées aux temples de Dendérah et d’Abydos pour voir à chaque instant l’image du Serpent sacré.
Voici, d’après Mariette, les représentations d'une sculpture se trouvant dans le grand temple de Dendérah. L'inscription qui l’accompagne se rapporte au culte de la déesse et de ses parèdes. Le temple y est figuré par la montagne solaire ; le disque ailé symbolise la force protectrice de ladivinité, qui s'étend sur l'édifice sacré; deux Araüs sont de chaque côté du disque ailé (fig. 305).
(1) Duméril ct Bibron, Erpétologie générale, t. VII, p- 1285.
Voici encore la déesse Ramen, le symbole de l’abondance, dont la tête représente un Haje (fig. 306) et le dieu à tête de Serpent, Neh-Ir,
où dx
LE
= À ESù eo
Fig. 306. — La déesse Ramen (d’après une peinture du temple de Dendérah).
cité au rituel parmi les quarante-deux juges (fig. 307).
Dans le monument de Dendérah, le roi figure comme le fils d'Horus qui a triomphé de ses ennemis, sous la forme d’hippopotames, de crocodiles, de varans qu'il perce de sa lance; sur sa coiffure se trouve l'Araüs (fig. 208, p. 244).
On voit fréquemment les représentations de ce même Serpent sur la tête d'Horus Hut, le dieu fils, le vainqueur desanimaux typhoniens, amis des ténèbres et de la mort, d'Hathor, la déesse dispensatrice de l'existence, d'Horus, à la tête d'épervier, de Nekheb Sekher, le grand soleil femelle, de Mout, la grande vache
Az
L'IAJE.
qui a enfanté le soleil, créé les hommes et produit les dieux, des huit Hathor-Osiris, qui ont
la tête ornée du diadème divin, de Mehem, |
dont la beauté illumine les deux Égyptes: on
Fig. 307. — Le Dieu Reh-Ir (d'après une peinture du temple de Dendérah).
retrouve la même image sur la têle d'Anoukis, de Bast, de Saosis, d Isis, d'Osiris et d’autres dieux encore.
Dans une des cryptes du grand temple de Dendérah, on voit le roi sous les traits du fils d'Horus faisant des offrandes à une vache sacrée dont le corps est représenté par un Naja (fig. 308), et à un Serpent qui n’est autre que
Fig. 308. — La vache sacrée au corps de Naja {d'après Mariette).
l'Haje (fig. 309) et qui symbolise Hathor. Ces figures sont accompagnées de celles des Serpents protecteurs du temple. L'un de ces Reptiles est le Serpent génie Sa-Hathor, qui se ma-
on lit: « Urœus est son nom; il est le Serpent de la maîtresse de Dendérah. » Ce Serpent est suivi de trois autres qui sont couchés et
dont le nom du premier est Sop, le nom du
second Schra-am, le troisième portant le nom
de l'étoile Æeb-Xab ; ces Serpents sont des Cou- : leuvres dont il est impossible de déterminer !
l’espèce.
Le Naja était le dieu tutélaire des temples et devait en interdire l'entrée aux profanes. C'est ainsi que dans une des cryptes de Dendérah se trouvent représentés les Serpents génies dont la tête a la forme d'un Naja supporté par un corps d'homme dont les mains sont armées de larges coutelas.