‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 18 sur 276 · UTILITÉ DES REPTILES · texte numérisé non relu

UTILITÉ DES REPTILES

le]

dant, en laissant de côté l’idée de domestication, | ment de petits mammifères essentiellement nui-

on est amené à se demander si, parmi tous ces Reptiles qui vivent autour de nous, on n’en trouve pas dont il serait avantageux d'utiliser les instincts carnassiers pour la destruction d'espèces nuisibles par leurs ravages dans nos habitations et dans nos cultures. Or, un certain nombre d'observations permet de faire à cette question une rénonse affirmalive. » :

« Au pied oriental du Jura, dit M. Nicolet, naturaliste suisse, dans une petite vallée assez humide, où les limaces et les chenilles avaient élu domicile, je cullivais jadis un jardin clos de murs, qui, vu l'innombrable quantilé de ces animaux destructeurs, ne rapportait presque rien. J'eus l’idée d’en faire une sorte de ménagerie en y réunissant tous les animaux protecteurs que je rencontrai, et bientôt il fut difficile d’y faire un pas sans se trouver en présence soit d’une Couleuvre ou d’un Lézard, soit d'un Hérisson ou d’un Crapaud, tandis que de nombreux insecles coléoptères carnassiers, parcourant la surface du jardin, y trouvaient sur tous les points ure abondante nourriture. Le résultat de cette expérience fut l'extinction complète des animaux nuisibles, limaces, vers blancs, chenilles, courtilières, tout disparut. Une magnifique verdure remplaça la chétive végétation qui existait auparavant; les arbres fruitiers restant couverts de feuilles purent donner de bons fruits, et le travail du jardinier fut diminué de toute la peine qu'il se donnait pour s'opposer à la destruction de ces produits (1). »

Ce fait-el beaucoup d’autres encore témoignent de l’ulilité de certains Reptiles qu’on tue sans pilié comme sans discernement; il en est d'eux comme des bêtes de mauvais augure qui cependant nous rendent de réels services; mort au Reptile! tel est le cri général.

Dans certains pays, on souffre volontiers dans les habitations de hideux Sauriens nocturnes dits Geckos ; ils font, en effet, leur nourriture des blattes, des araignées et de tous les hôtes incommodes qui pullulent dans les pays chauds. D’après le docteur Guyon, une élégante couleuvre, le Fer à

cheval, se trouve en plusieurs points du nord de |

l’Afrique jusque dans les maisons, car elle fait une guerre acharnée aux petits rongeurs. Plusieurs voyageurs, Catesby, Bartram, Palissot-Beauvois, entre autres, rapportent qu’on protège aux États- Unis le Coryphodon constrictor qui rend-de réels services en éloignant des greniers les souris et autres animaux nuisibles. Dans certaines provinces du Brésil, le Boa détruirait les rats qui, sans eux, finiraient par tout dévorer. Dans notre pays, plusieurs couleuvres, absolument inoffensives, du resle, si elles prennent de temps en temps quelques oiseaux, se nourrissent presque exclusive-

(Nicolet, Moniteur des comices et Science pour tous, 1856, p. 12.

sibles aux moissons.

A part les Chéloniens ou Tortues, on peut dire qu'aucun Replile ne donne de produits à l’industrie. Les Torlues de mer fournissent la matière

| précieuse connue sous le nom d'écaille ; les œufs

de ces Tortues, ainsi que ceux de certaines espèces fluviatiles, sont recueillis ayec soin en plusieurs points de l'Amérique du Sud. La graisse liquide des Tortues de mer dont la chair nese mange pas et dont l’écaille a peu de valeur, c’est-à-dire des Couanes, sert pour l'éclairage et on en fait tout particulièrement usage dans différentes île des Antilles, où l'espèce est abondante. Depuis quelque temps on emploie la peau des crocodiles et celle des grands serpents, tels que les Pythons, pour servir de revêtement à de petits meubles de fantaisie et pour couvrir quelques objets tels que portecartes, étuis à cigarettes; préparée par le tannage et polie, cette peau est assez jolie. Le prince Maximilien Wied de Neuwied, qui a voyagé dans les deux Amériques, rapporle que dans la partie sud du Nouveau Monde la peau des Serpents sert à fabriquer des chaussures; on peut voir dans les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris une botte faite en cuir de Boa, très élégante par les jolis dessins diversement colorés dont elle est naturellement ornée. « Au rapport d'Audubon, on emploie, comme la peau des serpents Boa de l'Amérique du Sud, celle des serpents à sonnettes dans différentes contrées des États-Unis. Du temps du Père Dutertre (1667), on se servait, à la Martinique, de la peau du serpent dit Fer-de-lance (Bothrops lanceolatus), pour confectionner des baudriers qui, suivant lui, étaient parfaitement beaux. A Calabazo, province de Caracas, dans la république de Vénezuela, on confectionne des cordes de guitare avec les parties tendineuses des muscles dorsaux des grands Boas, et particulièrement des Eunectes, qu'on maintient plongés dans l’eau jusqu’à ce que, par suite de la putréfaction, il soit facile de détacher les lendons; les cordes ainsi obtenues sont préférables à celles que donnent les intestins des singes Alouattes (1). »

Les Tortues sont presque les seuls Reptiles qui servent à l'alimentation; quelques peuplades mangent cependant divers serpents, et quelques tribus d’Indiens ne dédaignent même pas le serpent à sonneltes. Un grand Saurien, l’Iguane, est fréquemment apporté sur le marché de Bélize, dans l'Amérique centrale, la gueule fermée au moyen d’un lien solide, les membres ficelés au corps, afin qu’il ne puisse ni mordre, ni griller ; sa chair, qui est fort délicate, entre couramment dans l’alimentation.

Aucun Reptile ne fournit aujourd’hui de produits médicinaux; on peut voir cependant encore dans

(1) Humboldt, Voyage aux régions équinoæiales, t. VI,

Fig. 55. — Genre Lézard, caractéristique de la faune européenne. — Lézard vert (2/3 de grand.).

quelque coin de certaines officines de 1a chair et des têtes desséchées des Vipères qui entraient autrefois dans la confection de plusieurs remèdes. Tombée aujourd'hui, et à juste titre, dans le plus complet oubli, la chair de Vipère est allée rejoindre

Page 1