‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 205 sur 276 · Fig · texte numérisé non relu

Fig

Fig. 403 à 415. — OEufs, têtards et jeune de la Grenouille verte (*).

nent l’éclosion des œufs absolument au hasard. Les Alytes, les Pipa, ainsi que les Notodelphis et, suivant Wiegman, quelques espèces de l’Amérique du Sud, donnent cependant des soins à leur progéniture. Chez les Notodelphis de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud, la femelle présente, dans la partie postérieure du dos, une poche dans laquelle se fait l’incubation des œufs. La femelle des Pipa présente, au moment de la ponte, une série de petites cavilés qui se creusent dans les téguments du dos et dans lesquelles se développent les petits. D'après Spengel, le Æ#hinoderma Darwinii se

(*) Fig. 403, œufs, de grandeur naturelle; fig. 401, les mêmes œufs, grossis ; fig. 405, œuf grossi montrant la larve; fig. 406, larves immédiatement après la ponte, double de la grandeur naturelle; fig. 407, tétard avec branchies externes ; fig. 408, le même, fortement grossi ; fig. 409, 410, stades pendant lesquels les branchies sont recouvertes par la membrane operculaire; fig. 411, stade pendant lequel apparaissent les membres postérieurs ; fig. 412, 413, stades après la mue, les membres étant visibles; fig. 414, stade après l'atrophie partielle de la queuc; fig. 415, jeune Grenouille.

comporte comme quelques poissons siluroïdes,

Fig, 416. — Branchies internes d'un Têtard de Grenouille, d'après Th, Williams (**),

en ce que le mâle porte les œufs en voie de

(**) a, réseaux capillaires provenant du vaisseau branchial bc; €, arc cartilagineux; d, anse terminale dos vais- | scaux capillaires branchiaux

LES ANOURES.

Fig. 418.

l'ig. 417 et 418. — Contractions des petites artères. — Contractions irrégulières des petits vaisseaux de la membrane natatoire d'une Grenouille. La contraction

développement dans une poche laryngienne énormément développée.

L’Alyte mâle entoure les œufs autour de ses pattes et se charge de leur éclosion.

L'époque à laquelle a lieu la métamorphose varie beaucoup non seulement avec le climat et les conditions de température, mais encore et surtout avec les espèces. Suivant la remarque de Clauss, «en général, la grosseur relative des larves correspond à cette durée; plus l’évolution est lente, plus la structure des organes est parfaite, plus aussi est grande la taille des larves par rapport à l'animal adulte. Les Crapauds se développent relativement plus vite que les Grenouilles, et leurs larves, qui quittent de très bonne heure les enveloppes de l’œuf, sont petites. Parmi les Batraciens anoures de nos pays, ce sont les Pélobates dont les larves sont les plus grosses, aussi leurs métamorphoses exigent-elles deux fois plus de temps que celle des larves de la Grenouille verte, et quatre fois plus que celle des larves du Crapaud calamite et de l’Alyte. »

Au moment de la ponte, on voit apparaître chez beaucoup d’Anoures des rugosités au pouce, Connues sous le nom de brosses.

Moœurs, habitudes, régime. — Les Anoures

Fig. 419.

a été provoquée par une irritation (Wharton Jones), Fig. 419. — Vaisseau capillaire de la membrane natatoire d'une Grenouille (*).

sont bien moins aquatiques que les Urodèles, et la plupart d’entre eux ne vont à l’eau qu'à l’époque où s’effectue la ponte. Beaucoup d’entre eux, en dehors de ce moment, sont des animaux essentiellement terrestres et affectionnent principalement les endroits obseurs et humides : tels sont les Crapauds; chez eux les membres postérieurs sont privés de membrane natatoire ou du moins ces membranes sont peu développées. D’autres vivent exclusivement sur les arbres et mènent une vie aérienne; nous citerons les Rainettes dont les extrémités des doigts sont dilatées, ce qui leur permet de grimper avec la plus grande facilité. LesGrenouilles proprement ditessont plus aquatiques, et encore parmi elles s’il est quelques espèces, telles que les Grenouilles vertes, qui ne s'éloignent jamais beaucoup de l’eau, il en est d’autres, comme la Grenouille rousse et la Grenouille agile, qui sont beaucoup plus terrestres.

Les Anoures se nourrissent principalement d'insectes, de vers, de petits animaux aquatiques; ceux qui sont de grande taille ne dé-

(*) r, courant central des globes rouges; ///, couche périphérique du courant sanguin où se meuvent plus lentement les globules blancs (gross. 200). (Kuss et Duval, Cours de physiologie.)

LES ANOURES. s61

Fig. 420, — Grenouille montrant la direction et la position des incisions dans diverses opérations.

Fig. 424. — Grenouille montrant les effets du curare.

Breum. — V.

Fig. 422 et 423, — Grenouille préparée pour l'étude de la contraction musculaire.

fig. 425. — Grenouille montrant Fig. 426. — Grenouille mon les effets du curare. trant les effets du curare. REPTILES. — 71

LES ANOURES.

daignent pas les jeunes oiseaux, les petits mammifères et parfois d’autres Batraciens plus faibles. Duméril et Bibron rapportent qu’une espèce, la Tigrine, fréquente de préférence les eaux saumâtres, où elle fait une guerre acharnée aux Crabes. Tous les Batraciens sont fort yoraces.

Dans nos pays froids, les Anoures s'engourdissent pendant l'hiver; quelques-uns, comme les Grenouilles, se cachent dans la vase; d’autres se retirent sous de vieilles souches, dans des trous du sol, dans les murs tombant en ruine, dans des caves obscures.

Utilité des Anoures. — Les Batraciens anoures sont des animaux essentiellement utiles, en ce sens qu'ils détruisent une grande quantité d'insectes. Le Crapaud, entre autres, cette pauvre bête si décriée et si calomniée, rend de fort importants services à l’agriculture, Il est vrai que le pauvre hère est accusé de faire parfois la chasse aux abeilles; mais, s’il commet ce crime, le Crapaud le rachète, et au delà, par la guerre acharnée qu'il fait aux limaces, aux vers de terre et à toutes les bêtes malfaisantes qui sont le désespoir des jardiniers. Détruit sans pitié, comme sans discernement dans beaucoup de localités, son utilité a été finalement reconnue et l’on s'efforce dans bien des endroits de l’acclimater de nouveau.

« À l’occasion d’un insecte coléoptère sans ailes, nommé Oliorhynchus ligustici, qui cause dans les vignes de très grands ravages, en détruisant pendant la nuit les bourgeons des jeunes plants, Rouget a donné une note conte-

nant des détails précis sur l'efficacité des ser- |

vices rendus par les Batraciens nocturnes.

«Le véritable ennemi des insectes aptères, ditil, le seul peut-être parmi les animaux vertébrés, est le Crapaud, que j'ai plusieurs fois observé le soir, attendant sa proie comme un chasseur à l'affût, et la saisissant, au moyen de l’organisation particulière de sa langue, avec laquelle il produit alors un petit bruit caractéristique. J'ai pu aussi, à la suite de l’ouverture de plusieurs de ces reptiles, me rendre compte de la quantité d'insectes détruits par eux. Ainsi, une heure seulement après celle où leur chasse a commencé, l’estomac de ces animaux contenait déjà 20 ou 30 insectes. Il est facile, d’après ce résultat, de se faire une idée de ce qu'il peut être après la nuit tout entière, et même se rendre approximativement compte de laconsommalion d'insectes faite par un seul

Crapaud pendant toute la belle saison. A la vérilé, tous les insectes détruits ainsi ne sont pas nuisibles, mais ceux-ci néanmoins y entrent dans une notable proportion.

«Si l’on réfléchit que, en tout temps comme en tout lieu, le Crapaud a été la victime d'un préjugé ridicule, il est facile de comprendre de quelle influence a été sa destruction sur la multiplication de certains insectes nuisibles. Épargnez cet animal, laissez-le se reproduire à son aise dans les vignes, les dégâts causés par ces insectes, les espèces aptères surtout, ne tarderont pas à diminuer considérablement, s’ils ne cessent pas tout à fait.

« Les Grenouilles d'arbres ou Raïinettes annoncent la pluie par leurs coassements. On peut donc, comme le fait Ræsel, l’auteur d’un très beau livre sur les Batraciens, se faire un hygromètre ou un hygroscope vivant en mettant un de ces animaux dans un vase où l’on a soin de lui donner de l’eau et des insectes pour sa nourriture. Un chirurgien de Breslau, ajoute-t-il, a conservé ainsi une même Rainette pendant sept années consécutives. On a parfois occasion de voir plusieurs de ces animaux conservés dans le but que j'indique et munis dans leur prison de verre d’une petite échelle dont l’ascension par la Rainette donne lieu de supposer que le temps restera sec. Son prochain changement nous est bien souvent annoncé dans la ménagerie par le bruyant coassement de ces animaux à l'approche de l’orage.

« C’est ici le lieu de rappeler quelques paroles prononcées par le maréchal Vaillant devant l’Académie des sciences à l’époque où y fut discuté le projet d'établir de nombreux postes d'observations météorologiques sur toute l’étendue de l’empire et sur nos possessions de l’Afrique septentrionale. Il disait, en insistant sur la nécessité d'observations de ce genre dans notre colonie, alors même qu’elles n'auraient pas une exactitude scientifique absolue : « La Grenouille du père Bugeaud, aussi bien que sa casquette, égaye encore aujourd'huiles bivouacs de nos soldats en Afrique. Ce grand homme de guerre, qui à tant fait pour l'Algérie, ense et arahro, consultait sa Rainette avant de mettre ses troupes en marche pour une expédition (4). »

On fait une assez grande consommation de Grenouilles, dont on mangeles cuisses de der-

(1) A. Duméril, les Reptiles utiles (Revue nationale, 1863).

LES ANOURES.

rière; on en prépare aussi en bouillon. Cette dernière préparation était autrefois très employée, ainsi que nous le voyons par les écrits de Pline et de Dioscoride. « Leur chair, dit Rondelet, en 1558, est blanche, dure. Aucuns médecins conseillent aux phthisiques è hétiques d’en manger au lieu de Tortues, non sans raison, si on les fait cuire avec bouillon de Chapon, pourvu que ce ne soit durant le temps qu'elles frayent, pourvu aussi qu’elles soient prises aux ruisseaux nets et aux rivières, non aux lieux desséchés de grande chaleur.

Touchant ce que les Grenouilles servent en médecine, il en faut lire Dioscoride et Pline, qui en ont beaucoup écrit. Jean de Vigo a composé un emplastre où il entre des Grenouilles, pour ce est nommé Æmplastrum de Ranis, qui est fort bon contre les douleurs. »

Pline raconte que le suc de Grenouilles macéré dans du vin est un antidote contre le venin

des Salamandres et des Crapauds. D’après cet |

auteur, les cachectiques se trouvent bien d’un bouillon d’écrevisse et d’un potage de farine et de Grenouilles bouillies dans du vin; la chair de ces animaux, cuite dans l’huile, a la propriété de guérir les fièvres quartes; l’œil droit de l’animal, arraché de la main droite et suspendu au cou dans un fragment d’étoffe de la couleur de l'animal, préserve de la lippitude, etc.

Nous rappelons enfin en terminant que les animaux de l’ordre des Grenouilles, en raison de leur organisation très particulière, ont fourni aux personnes qui se livrent à l'étude des sciences d'observation les circonstances les plus favorables pour interroger la nature dans un grand nombre de recherches importantes.

Les singularités que présente la structure de ces animaux ont produit de merveilleuses découvertes.

Nous montrerons d’abord d’après Livon (1) la face dorsale d’une grenouille pour indiquer la direction et la position des incisions nécessaires dans diverses opérations (fig. 420) : abcd, incision en T, pour ouvrir le crâne. — efgh, incision pour mettre la moelle à nu. — i, incision pour découvrir les nerfs lombaires.

— jh, incisions pour arriver sur le sciatique. — ol, incision pour découvrir le tendon d’Achille. — mup, points où doit passer le lien pour priver l’arrière-train de circulation en ménageant les nerfs lombaires découverts. La

(1) Livon, Manuel de vivisections. Paris, 1852,

ligne pointillée indique la limile inférieure des verlèbres.

« Personne n'ignore aujourd'hui que les Grenouilles ont été la cause, ou du moins ont fourni l’occasion des plus grandes découvertes sur l'électricité et des explications ingénieuses et plausibles sur la manière dont paraissent se transmettre, par l’intermède des nerfs et avec la rapidité de l'éclair, d'une part les perceptions venues du dehors, et de l’autre cette sensibilité qui gouverne et régit, comme une puissance autocratique, tous les rouages si compliqués de la machine animale.

« La ténuité des membranes natatoires étendues entre les doigts des pattes postérieures, la transparence du péritoine, celle des vésicules pulmonaires qui sont larges, amplement développées, qui peuvent être gonflées par l'animal, s’affaisser et se remplir de nouveau, ont permis de suivre le cours du sang et de soumettre les vaisseaux à une pression atmosphérique moindre ou augmentée. C’est alors qu’on a pu admirer à loisir et pendant longtemps la rapidité et la régularité du cours du sang dans les canaux qu'il parcourt ; d’un côté dans les veines, où le flux est continu et si constant, qu'il ne saurait être aperçu ou distingué sans les globules colorés que cette humeur charrie et qui se laissent parfaitement voir au milieu de la portion séreuse plus fluide qui les enveloppe; et de même dans les artères par les pulsations et les jets successifs plus ou moins rapprochés ou éloignés, suivant l'impulsion que le cœur leur communique pendant un espace de temps qui peut être fort long (fig. 417, 418 et 419).

« Aucun animal n’est plus propre que la Grenouille à la démonstration de plusieurs faits importants relatifs à l'absorption et à l’exhalation par la peau, ainsi que la résistance à l’action du calorique.

« Faisant des recherches sur la contractilité des muscles, Swammerdam explique pourquoi il a choisi des Grenouilles pour faire ses expériences. Dans ces animaux, dit-il, les nerfs sont très apparents; il est facile de les découvrir et de les mettre à nu; en outre, il est aisé de reproduire les mouvements des muscles en les ressuscitant par l'irritalion des nerfs. Il raconte comment il a rendu évidente la contraction d'un muscle séparé de la cuisse d'une Grenouille et de quelle manière il a fait

| ces expériences, en 1658, devant le grand-duc ! de Toscane.

264 LES ANOURES

Fig. 427. — Grenouille préparée pour l'étude | Fig. 428. — Grenouille en expérience sur le myographe de Marey.

des anesthésiques (*).

£ VEGHOBCKEN.SG \ Ÿ 4. KAEMANSKI | Fig. 429. — Grenouille en expérience sur le cardiographe pour l'étude des cœurs lymphatiques (*).

(*) Ayant une ligature par le milieu du corps pour mon- (**) c, tête de l’épingle appliquée à travers la peau sur trer que l’action des anesthésiques se produit dans les | le cœur lymphatique et soulevant le levier L; 6, support centres nerveux, et frappe de là toute l'étendue des nerfs | du levier; v, lame de verre du cardiographe ; p, plaque sensitifs. — AA, nerfs lombaires au-dessus de la ligature | de liège sur laquelle est fixée la Grenouille (Ranvier, Le- B, aorte au-dessous du fil et comprise dans la ligature | çons d'anatomie générale. Paris, 1880).

{Claude Bernard).

LES ANOURES.

« On connaît assez la circonstance fortuite qui, en 1789, fit découvrir à Galvani l’excitabilité des muscles de la Grenouille lorsqu'il venait à toucher les nerfs qui se distribuent dans ces organes et le mouvement rapide de contractilité qui est produit par l’action réunie de deux métaux hétérogènes (fig. 421). »

Claude Bernard, dans des expériences célèbres, qui ont été dessinées sous ses yeux, mais qui n'ont pas été encore publiées (1), a montré que pendant la contraction musculaire (fig. 422 et 493), provoquée au moyen des électrodes p, p', n, n', il se dégageait de l'acide carbonique. Les trains postérieurs de la grenouille ce étaient plongés dans un flacon À contenant une solution de baryte F :

d indique l'origine des nerfs; 60" sont les tubes destinés à permettre l’analyse de l'air du flacon.

C’est aussi sur des Grenouilles que Claude Bernard (2) a étudié les effets du curare (fig. 424 à 426) et des anesthésiques (fig. 427).

Marey (3) a étudié la contraction musculaire sur un appareil à la fois enregistreur et amplificateur appelé #myographe à transmission (fig. 428), grâce à un levier dont la pointe note sur un cylindre noirci ses moindres excursions ; le levier auquel le muscle est relié transmet le mouvement sans altérer aucun de ses caractères, à la membrane d’un petit tambour, tambour explorateur qui communique par un tube plein d'air avec un second tambour, {ambour enregistreur; le moindre tressaillement de la première membrane se transmet à la seconde avec une fidélité scrupuleuse par l'intermédiaire de l'air contenu dans le tube. On a pu étudier ainsi les variations de la pression du sang dans les artères, les mouvements du cœur, les mouvements respiratoires, ceux du vol, etc.

C'est également sur des Grenouilles que M. Ranvier (4) a fait ses belles recherches sur les cœurs lymphatiques (fig. 429).

« J'ai cherché, dit Constant Duméril dans la notice dont nous avons donné les pas-

(1) Nous devons ces renseignements à l’obligeanco de M. le Dr d'Arsonval.

toxiques. Paris, 1883. — Leçons sur les aneslhésiques et sur Pasphyxie. Paris, 1875. — La science expérimentale, 2° édition. Paris, 1878.

(3) Littré, Diclionnaire de Paris, 1884, p. 1045.

(4) Ranvier, Leçons d'anatomie générale faites au Collège de France. Paris, 1880-1881.

médecine, 15° édition.

sages les plus saillants, j'ai cherché à rappeler combien l'étude de l’organisation des Grenouilles avait été utile, et pouvait l'être encore, aux diverses sciences d'observation, à l'anatomie, à la physique, à la chimie et surtout à la physiologie (1). »

Classification. — Duméril et Bibron divisent les Batraciens anoures en Anoures à langue distincte ou Phanéroglosses et Anoures privés de langue ou Phrynaglosses. Les premiers sont, à leur tour, subdivisés en Phanéroglosses privés de dents à la mâchoire supérieure, ou Crapauds, et Phanéroglosses pourvus de dents. Deux familles sont admises dans cette dernière section, celle des Zylœformes ou Rainettes, comprenant les animaux dont l’extrémité des doigts est neltement dilatée et les Raniformes ou Grenouilles qui n'ont pas les doigts dilatés.

Différentes classifications ont depuis été proposées.

A. Günther, accordant plus d'importance à la forme des doigts qu’à la présence ou à l’absence des dents à la mâchoire supérieure, divise les Anoures ayant la langue adhérente en avant, libre en arrière, Anoures qu'il nomme Opistoglosses, et qui correspondent, en réalité, aux Phanéroglosses de Duméril et Bibron, en deux sections, les P/atydactyles, chez lesquels les doigts sont dilatés à leur extrémité, etles Oxydactyles, qui ont les doigts cylindriques ou terminés en pointe. Cette division réunit ainsi les Grenouilles aux Crapauds et place parmi ces derniers des animaux qui rentraient dans le groupe des Rainettes, tels que le groupe avait été délimité par Cuvier et par Duméril et Bibron:

Ed. Cope n’attache également pas grande importance à la présence ou à l'absence de dents au maxillaire, et réunit les deux tribus des Grenouilles et des Crapauds en une seule qu'il nomme Æaniformia. Gope avait, du reste, proposé de séparer des Ranoïdes certains Anoures qu'il désigne sous le nom de Arcifera et chez lesquels les deux os de l'épaule, les coracoïdiens et les épicoracoïdiens, sont réunis par un arc Cartilagineux, par opposi-

(2) Claude Bernard, Leçons sur les effets des substances | tion aux Ranoïdes proprement dits, qui ont

les axes du coracoïde et de l’épicoracoïde parallèles et séparés par un cartilage articulaire.

F. Lataste, faisant cette intéressante remarque que, chez les Batraciens d'Europe,

(1) Duméril et Bibron, £rpélologie générale, t. VIN, p. 304,

Fig. 430 à 432. — Têtards avec branchies externes (emprunté à Huxley

d'après Ecker) (*).

les espèces qui ont les vertèbres procéliennes, c'est-à-dire à cavité articulaire tournée en avant, ont les têtards pourvus d’un spiraculum ou orifice de sortie de l’eau pour les branchies placé à gauche (fig. 430 à 432), tandis que cet orifice est médian chez les espèces à cavité vertébrale dirigée en arrière (fig. 433), ou Opisthocéliens, a proposé d'admettre deux sous-ordres. Le premier sous-ordre comprend, en haut, les Grenouilles et, en bas, les Pélobates ; la famille des Rainettes et celle des Crapauds se rangent, dans l'intervalle, à une faible distance l’une de l’autre. Le second sous-ordre comprendrait les Discoglosses, les Sonneurs et les Alytes.

Les Aglosses mis à part, Clauss divise les Anoures, qu'il nomme Batraciens, en deux groupes, les Discodactyles ou animaux dont

l'extrémité des orteils est munie de pelotes :

adhésives (Rainettes, Hylodes, Dendrobates) etles Oxydactyles, qui ont les doigts pointus ; ces derniers sont les Grenouilles, les Pélobates, les Crapauds.

La classification proposée par Cope est, en partie, celle qui a été adoptée dans un récent travail publié par G. Boulenger; c’est cette

(*) A, vue de profil d'un jeune Têtard.

B, vue par la face ventrale d'un Têtard un peu âgé.

k.b, branchies externes; "”, bouche; 7, sac nasal; e, œil ; 0, vésicule auditive; z, mandibule cornée ; s, ventouse ventrale; d, repli operculaire.

C, larve plus avancée dans laquelle le repli operculaire a presque entièrement recouvert les branchies.

s, ventouse yentrale; ks, branchies externes ; y, rudiment du membre postérieur.

LES ANOURES.

Ü Fig. 433. — Tètard de Bombinator, vu par la face ventrale, les parois abdominales enlevées (d'a-\ près Gôütte) (**).

classification que nous allons suivre, au moins dans ses traits essentiels, car elle nous paraît résumer tout ce que l’on sait de l’organisation des Batraciens Anoures.

Distribution géologique. — Les Nan paraissent être les plus récents de tous les Batraciens; on n’en connaît pas de plus anciens, en effet, que ceux qui vivaient vers la partie smmérienre des terrains éocènes.

Les Grenouilles proprement dites ont été trouvées dans les couches d’eau douce d’Aix en Provence, dans les terrains sudorènes d’Auvergne et de la Limagne et dans différentes parties de l'Allemagne, à Weisenau, Osnabruck, Halsback, en Bololie, en Bohème, et dans des roches schisteuses situées aux environs de Bombay.

Les Asphærios et les Panne sont des animaux fort voisins des Grenouilles ; ces deux genres proviennent des environs de Laschitz, en Bohême, et des limites des Siebengetirge.

A Æningen, en suisse, ont été trouvés des Lalonies, des Bombinators et des Pelophiles.

Du même gisement, Tschudi signale des Palæophrynx, qui diffèrent à peine des Crapauds.

Des débris indiquant ces animaux, ainsi que des Grenouilles, sont signalés dans les couches

| quaternaires et dans les cavernes à ossements

de différentes parties de la France et du nord de l'Italie.

(**) En arrière dela bouche en voit les deux ventouses

et en avant de celles-ci les branchies font saillie par les spiraculums.

LES RANIDÉES.

LES RANIDÉES — RANIDÆ

Galttsrüschen.

Caractères généraux. — Cette première famille des Anoures comprend, pour Duméril et Bibron, « touteslesespèces dont l’extré"ité libre des doigts et des orteils n’est pas dilatée en disque plus ou moins élargi, comme chez les Hylæformes et dont la mâchoire supérieure est armée de dents ; ce qui les distingue éminemment des Bufoniformes, qui en manquent dans cette partie dela bouche, aussi bien qu'à la mâchoire inférieure. »

Telle que la famille des Ranidées a été comprise par Boulenger, elle comprend des animaux qui rentreraient dans les Hylæformes de Duméril et Bibron ; tels sont les Ixales, les Raphia, les Hylambates, les Cornufer, qui ont l'extrémité des doigts plus ou moins dilatée. Boulenger a séparé ces genres des Hylæidées proprement dites, car les os coracoïdiens sont réunis par un simple cartilage épicoracoïdien. Nous ajouterons que ce savant n’admet également parmi les Ranidées que les espèces chez lesquelles les apophyses transverses des vertèbres sacrées sont cylindriques ou tout au plus faiblement dilatées.

Presque toutes lesRanidéesontle palais garni de dents situées plus ou moins en avant ou en arrière sous les ouvertures postérieures des fosses nasales. Les dents sont courtes et en petit nombre; leur arrangement est assez variable ; tantôt, en effet, elles sont implantées suivant une ligne transversale droite interrompue au milieu ; tantôt elles ne forment que deux petits amas ; d’autres fois, au contraire, les dents sont disposées suivant un chevron à branches plus ou moins ouvertes et plus ou moins divergentes; toutes ces combinaisons fournissent d'utiles caractères pour la distinction des espèces et parfois même des genres.

Chez quelques Ranidées il n'existe pas de dents au palais; nous citerons, entre autres, les Oxyglosses.

La forme de la langue est variable; elle est entière chez les Oxyglosses, cordiforme chezles Eucnémis, plus ou moins échancrée chez les Grenouilles proprement dites, profondément échancrée chez les Ixales. Ainsi que nous l’avons déjà dit, la langue est attachée en avant, libre en arrière et réversible.

La membrane du tympan peut être entièrement cachée sous la peau, comme chez les Oxyglosses ; elle est généralement plus ou moins visible à l'extérieur.

La pupille est le plus habituellement horizontale ; elle est verticale chez les Cassina ; chez les Nyctibatrachus de l'Inde, la forme de la pupille est intermédiaire entre ce que nous voyons chez le Sonneur, où elle est triangulaire, et chez le Pélobate, où elle a une forme elliptique.

La plupart des Raniformes ont de chaque côté du cou des poches vocales; ces organes, qui n’existent que chez les mâles, se trouvent placés tantôt en dessous du tympan, tantôt sous la gorge; tantôt elles sont internes, tantôt elles font saillie au dehors au travers d’une fente qui leurlivre passage lorsque l'animal s’en sert pour émettre des sons souvent fort éclatants. Ces poches reçoivent l’air par deux fentes ou deux trous ouverts à droite et à gauche de la langue.

Le nombre des doigts est constamment de quatre à la patte de devant, de cinq à la patte de derrière ; les palmures qui réunissent ces derniers doigts sont plusou moins développées, non seulement suivant les genres, mais encore suivant les espèces. On remarque au bord externe de la patte de derrière un tubercule généralement faible et de consistance molle.

Distribution géographique. — Les Ranidées abondent surtout dans la région indienne et dans la région africaine; elles sont rares dans la région tropicale ou américaine et manquent dans les sous-régions australienne et néo-zélandaise ; on en trouve cependant une espèce dans la sous-région austro-malaise.

D’après les recherches de Boulenger, le nombre des espèces faisant partie de la famille des Ranidées s'élève à 298 ; sur ce nombre 114 sont de la région indienne, 62 de la région africaine, 15 de la région nord-américaine, 43 de la région paléarctique ou européoasiatique, 11 de la région tropicale américaine.

Moœurs, habitudes, régime, — Telle que Duméril et Bibron avaient compris la famille des Ranidées, cette famille ne comprenait que des animaux essentiellement terrestres ou

LES RANIDÉES.

Fig. 434. — La Grenouille verte (5/6 grand. nat.) (p. 571).

aquatiques. « Les espèces qui ont les membres postérieurs fort allongés ne changent guère de place sur le sol, autrement qu’en sautant, et souvent à des distances considérables relativement au volume de leur corps ; celles chez lesquelles les pattes de derrière sont d’une médiocre étendue jouissent également de la faculté de sauter, mais à un moindre degré, et pour elles, la marche n'est plus impossible : sous ce rapport, elles se rapprochent des Crapauds, et leur corps, comme

celui de ces derniers, est court, un peu ramassé, trapu. La plupart des Raniformes dont les orteils sont réunis par des membranes natatoires bien développées, telles que la Grenouille verte, la Mugissante, etc., passent la plus grande partie de leur vie dans l’eau. Pourtant il y a de ces espèces palmipèdes qui, de même que celles dont les orteils sont libres, n’y restent que le temps de la ponte, après quoi elles se retirent les unes dans les localités humides des bois, se cachant dans l'herbe,

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