LA GRENOUILLE VERTE. — RANA ESCULENTA
Teichsrosch.
Caractères. — A l'exemple de Fatio, on
peut partager les Grenouilles de nos pays en deux groupes, mettant d'un côté les Grenouilles plus exclusivement terrestres, telles que les Grenouilles rousses, qui ont la livrée généralement roussâtre et dont les sacs vocaux sont internes ou nuls, et d’un autre les Grenouilles vertes, essentiellement aquatiques, chez lesquelles la livrée est généralement verdâtre ou jaunâtre et chez lesquelles les sacs vocaux sont externes.
La Grenouille verte, Grenouille commune, Grenouille mangeable, est une espèce aux formes sveltes et élancées, qui peut atteindre 0,22 de long, depuis l'extrémité du museau jusqu’au bout des pattes de derrière. La tête est triangulaire, aplatie, aussi large que longue. La membrane du tympan, parfaitement visible, a le même diamètre que l'œil. Le museau est arrondi. Chez le mâle deux vessies vocales peuvent sortir par une fente qui se prolonge presque jusqu’à l'épaule; ces sacs ont parfois près de la grosseur d’une noisette. Les bras sont un peu plus longs et plus gros chez le mâle que chez la femelle, ainsi que les
membres postérieurs. La palmature entre les orteils est grande, maïs varie un peu suivant la saison, l'habitat et les localités. La peau est lisse sous le ventre ou du moins très finement chagrinée; il existe de chaque côté des flancs une série de verrues disposées suivant une ligne longitudinale (fig. 434).
Nous ajouterons que les dents vomériennes forment une rangée interrompue au milieu et située entre les ouvertures nasales qu’elles ne touchent pas. Au printemps, on voit chez le mâle une pelote de couleur brunâtre située à la base du pouce. F:
La teinte générale est verdâtre : quant aux dessins du corps, ils sont des plus variables.
D'après F. Lataste, «les faces supérieures sont lavées de vert, de roux et de brun, l’une ou l’autre de ces teintes l’'emportant sur les autres. Trois lignes jaune pâle, orangé, rouge ou bleu, plus ou moins apparentes, plus ou moins effacées, parcourent le milieu du dos et le haut de chaque flanc. On voit des taches foncées, irrégulières par leur forme, leur nombre et leur situation, sur le dos et les membres, affectant sur les membres postérieurs l'aspect de bandes transversales. Ces taches peuvent faire entièrement défaut.
« Les faces inférieures sont plus claires, quelquefois tout à fait blanches, sauf sur le pourtour des mâchoires, où se voient presque toujours de petites taches brunes; d’autres fois elles sont toutes bigarrées de brun sur un fond jaune ou blanc, rappelant le dessin vulgairement appelé culolte de Suisse. Souvent les cuisses et le bas-ventre seuls sont ainsi bigarrés, le reste étant clair. Les flancs réunissent les taches du dos au fond clair du ventre. Il y a souvent une tache temporale brune de forme irrégulière. Une tache brune, allongée, se montre assez constamment sur la face antérieure du bras, à l'angle du bras et de la poitrine.
«En général, les Grenouilles qui habitent les marais sont plus brunes et plus foncées que celles des eaux claires.
«Les jeunes sontsemblables à leurs parents, ayant seulement en général les trois raies lon gitudinales du dos des plus évidentes et la teinte plus claire. Leur taille, au moment dé la métamorphose, est variable comme celle des têtards qui leur donnent naissance. »
Les yeux sont de couleur dorée.
Distribution géographique. — La Grenouille verte habite toute l'Europe, depuis ses limites méridionales jusqu’au Danemark au
LA GRENOUILLE VERTE
nord. On la trouve aussi en Algérie, dans l'Asie Mineure, la Syrie, la Palestine, la Perse et une grande partie de l'Asie centrale; elle vitégalement en Chine et au Japon, où elle est représentée par une race particulière, la Xana japonica.
Moœurs, habitudes, régime. — Celte espèce est essentiellement aquatique ; elle ne quitte l'eau, en effet, que pour se chauffer au soleil sur la rive, toujours prête à plonger à la moindre alerte. Au plus léger bruit elle s’élance à l’eau, s'enfonce dans les herbes aquatiques, et au bout de quelques instants revient à la surface, regardant de ses deux gros yeux dorés l’objet de sa frayeur; si elle prend peur à nouveau, elle replonge et va cette fois se cacher dans la vase et s’y enfonce la tête la première.
La Grenouille verte habiteindistinctementles eaux couranteset les eaux tranquilles ; elle préfère cependant ces dernières. Les petits étangs entourés de buissons, sur le miroir desquels s'étendent leslis d’eau, les marécages où poussent les roseaux et les plantes sur lesquelles elle aime à s’exposer aux rayons ardents du soleil, sont ses lieux de prédilection; on la trouve aussi dans les fossés, les rivières et même dans les simples flaques d’eau.
Cette espèce aime beaucoup la chaleur; elle se tient en général, pendant le jour, la tête hors de l’eau, les pattes de derrière largement étendues ou se pose sur quelque plante aquatique, sur un morceau de bois flottant, sur une pierre qui émerge.
Veut-elle s'emparer d’une proie, la Grenouille verte s’élance dans l’eau, souvent à unegrande distance ; elle nage vigoureusement et se dirige vers le fond par des mouvements doux.
A moins d'être troublée, elle ne reste jamais longtemps dans l’eau, et après une courte hésitation, elle nage lentement vers la surface, sort la tête hors de l’eau, tourne ses grands yeux dans toutes les directions et cherche à se placer à l'endroit qu’elle occupait auparavant.
Lorsqu'elle est à terre la Grenouille verte s’avance rapidement entre les herbes par des sauts puissants. Elle nage plus rapidement à une certaine profondeur qu’à la surface et peut s’élancer hors de l’eau, soit pour s’emparer de l’insecte qui bourdonne, soit pour atteindre un endroit où elle veut se reposer.
Cette espèce développe un certain degré d'intelligence, car elle règle ses actions suivant les circonstances. Là où elle n'est pas d’habi-
tude pourchassée, elle pousse l’audace jusqu’à s'approcher à la distance d’un pied d'une personne qui ne fait pas de mouvements; si, au contraire, elle est poursuivie, elle s’enfuit au loin par des bonds puissants. Les vieilles Grenouilles sont toujours plus prévoyantes que les jeunes,et comme les Mammifères et les Oiseaux,instruits par l'expérience, surveillentles petits qui sont assez intelligents pour savoir que ce qu'ils ont de mieux à faire c’est d’imiter les actions de leurs parents ; aussi se tiennentelles sur leurs gardes en présence d'animaux qui leur sont nuisibles; dans les étangs que visitent habituellement les cigognes, elles prennent la fuite à l'approche de ces oiseaux aussi rapidement qu'à l’arrivée de l’homme.
La Grenouille verte use souvent de ruse pour s'emparer de sa proie. C’est ainsi que Naumann et Gräfe ont observé qu'une grosse Grenouille d’étang fit preuve d’une véritable intelligence pour s'emparer d'une petite Grenouille rousse. Elle avait saisi par derrière cet animal qui se débattait de telle sorte qu'il ne pouvait être avalé. Notre Grenouille, après un instant de réflexion, trouva évidemment une solution, car elle se précipita tout à coup contre un arbre; après avoir étourdi sa victime, elle finit par pouvoir la déglutir.
Notre espèce est, comme tousles Batraciens, essentiellement carnivore et ne recherche que les animaux vivants ; elle se nourrit d'insectes, de petits mollusques aquatiques, de larves, de vers. Aussitôt qu'elle voit une proie à sa convenance, elle s’élance sur elle, ouvre largement la bouche, projette et ramène sa langue avec une rapidité réellement inconcevable. La Verte semble préférer par-dessus tout, d’après Gredler, les guêpes, les araignées, les limaçons de petite taille; elle rend dès lors de réels services. Roësel, qui a longtemps et patiemment observé les Grenouilles, assure que les individus adultes ne craignent pas de s'attaquer aux jeunes souris et aux moineaux nouvellement nés et qu’il leurarrive trop souvent d'essayer de noyer des poussins de canards. La Verteest parfois très nuisible dans les étangs, car elle s’atlaque aux alevins ou au frai de poisson,
Après avoir passé toute la mauvaise saison en léthargie, la Grenouille verte secoue bien plus tard que la Grenouille terrestre l’engourdissement de l'hiver, « Dans les mois d'avril et de mai, dit de l'Isle, elle ne fait que préluder à son chant par quelques coassements timides, et laisse le Calamite et la Rainette troubler de
LA GRENOUILLE VERTE
leurs clameurs sonores les premières heures de la nuit. Ce n’est guère qu’au commencement de juin qu’elle le fait éclater au loin par longues salves. C’est aussi à la même époque que la majeure partie de l'espèce se réunit par bandes nombreuses, au milieu des eaux stagnantes des vastes étangs et des marais où elles pullulent, pour y frayer en liberté. Cependant la ponte de cette espèce n’est point brève etsimultanée, comme celle dela Rousse, de l’Agile et du Crapaud commun. Un cerpain nombre, habitant des eaux plus tièdes et plus circonscrites, telles que depetitsétangs ou des mares pluviales, pondent un mois, deux mois plus tôt, en mai et en avril, et produisent des têtards quise métamorphosent dès le commencement d'août. »
«Le coassement de cette espèce, dit Fatio, varie un peuayec les circonstances. C’est quelquefois, chez le mâle, une sorte de ricanement que l’on peuttraduire parle mot brekeke,oubien une exclamation sur deux notes exprimant le mot koaar; souvent dans les deux sexes, c’est encore un cri rauque, roulé et plus ou moins prolongé, toujours plus puissant chez le mâle, qui, pourvu de sacs, est orné quand il chante d’une vessie blanche grosse comme une noisette de chaque côté de la tête. »
Lataste ajoute que la Grenouille verte est l'espèce dont le chant est le plus compliqué et donnera le plus de mal au musicien qui voudra tenter de le noter.
Les Grenouilles vertes se retirent assez tôt, fin octobre au plus tard, dans la vase au fond des eaux, et même, dit Fatio, dans un trou, sous quelque herbe.
Les œufs très nombreux, et réunis en un gros paquet, sont généralement déposés au fond de l’eau. Le têtard, souvent d’une grande taille, a le dessus du corps lavé de bru», de roux et de jaune, tandis que les flancs présentent parfois des reflets d’un rouge cuivreux; la queue est piquetée, sur un fond roussâtre, de points bruns irrégulièrement semés; le ventre est bleuâtre ou blanchâtre.
Roësel, qui a suivi le développementde cette espèce, a vu que la ponte ayant eu lieu du 12 au 16 juin, les membres postérieurs étaient assez longs au mois d'août, bien que la métamorphose ne fût compiète que du 31 octobre au 4 novembre.
Les œufssont d’un jaune clair d’un côté, d’un jaune foncé de l’autre; ils sont enveloppés d'une matière glaireuse très abondante; ils
sont moins gros que ceux de la Grenouille rousse et même que ceux de la Rainette.
Dès le quatrième jour après la ponte, l’embryon commence à se mouvoir; à la fin du cinquième ou sixième jour, l'œuf se rompt, et l'on voit alors un têtard d’un millimètre de long, qui, après s'être fixé un instant à quelque plante ou contre une pierre, se met à nager.
Si on l’observe à l’aide d’un verre grossissant, on aperçoit distinctement deux points qui sont les yeux, une bouche et, de chaque côté de la têle, des appendices d'où sortentles branchies. Le développement de la larve avance rapidement. Au treizième ou au quatorzième jour, les branchies s’atrophient. Lorsque le têtard a atteint une longueur de 6à 7 centimètres, les quatre membres sont complètement développés, maislaqueueestencorepluslongue quele corps, comprimée latéralement et très étendue en hauteur. Ce n’est que près de quatre mois après la ponte que la transformation est complète.
Usages. — D'après Lataste, on prend la Grenouille verte « des plusieurs façon : à la ligne amorcée d’un objet quelconque, d’un morceau de drap rouge afin qu’il se voie de loin ; on trouble l’eau, en raclant la vase dans laquelle elle a piqué une tête à l'approche du chasseur ; à l’arbalète, ou mêmeavec une lance, dont on peut approcher la pointe à quelques centimètres de son corps; voyant le pêcheur à une certaine distance, elle a l'intelligence trop obtuse pour se méfier de l'instrument qui doit la transpercer. »
Dans le sud de l'Allemagne, en France et dans quelques autres contrées, on s’emparedes Grenouilles, car leurs cuisses donnent un mets agréable, sain et nourrissant, contrairement à ce qu'a écritGesner, qui prétend qu'ellesconstituent «un aliment détestable et malsain, qui rend pâles ceux qui en font usage ».
Dans certaines parties del'Italie, en Ligurie, par exemple, ce mets est en horreur, tandis qu'il est fort recherché dans le Piémont. En France, en Allemagne on ne mange que les pattes de derrière ; dans le Piémont, au contraire, on sert l'animal entier, après l'avoir préalablement vidé.
Nocivité. — Dans certains étangs, les Grenouilles occasionnent parfois des dégâts considérables en détruisant les œufs et les alevins de Poissons. Elles font souvent aussi périr les poissons adultes en se cramponnant sur eux et par léurs mouvements désordonnés en faisant tomber les écailles.
LA GRENOUILLE ROUSSE
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Nordmann, qui faisait valoir aux environs d’Altembourg un vivier considérable, rapporte, d'après Schlegel, qu'environ 12,000 Carpes se trouvaient dans ce vivier; elles pesaient en moyenne une demi-livre. Quelques jours avant le moment de la pêche, un paysan raconta au propriétaire qu'il avait vu une grosse Carpe qui malgré tous ses efforts n’avail pas pu se débarrasser d’une Grenouille cramponnée sur son dos. La pêche qui fut faite confirma la vérité de ce récit, au grand étonnement de Nordmann. On vit, en effet, presque sur chaque Carpe une, parfois deux Grenouilles cramponnées avec leurs pattes de derrière sur la tête, sur les branchies; quelques Grenouilles s'étaient fixées si énergiquement qu'il était difficile de les détacher avec les mains. Les plus belles Carpes étaient écorchées; une partie de leurs écailles étaient tombées. Près de mille poissons auxquels les Grenouilles avaient crevé les yeux, arraché les branchies, a’avaient plus aucune valeur marchande.
LA GRENOUILLE ROUSSE. — RANA TEMlORARIA.
Mürzfrosch.
Caractères. — La Rousse est une espèce plus trapue que la Verte. La face est courte et bombée, les membres postérieurs sont raccourcis, les allures sont assez lourdes. Le mâle manque de sacs vocaux externes. Les dents vomériennes forment deux petits amassitués immédiatement en arrière d’une ligne qui réunirait le bord postérieur des arrière-narines. Le dos <st bordé, à droite et à gauche, par un remflement glanduleux qui s'étend depuis l'orbite jusqu’à l'extrémité du tronc. Au moment de la ponte, le pouce chez le mâle se recouvre d’aspérités qui lui donnent l’aspect d’une petite brosse noire.
Ainsi que l'ont bien vu Duméril et Bibron, «un signe distinctif de la Grenouille rousse, c’est d’avoir la région latérale de la tête comprise entre l'œil et l'épaule, colorée en noir ou en brun foncé, circonstance qui lui a valu la qualification latine de temporaria ou marquée à la tempe; cette grande tache noire ou brune se termine généralement en pointe derrière l'angle de la houche. Une raie noire, passant par la narine, s'étend du bord antérieur de l'œil au bout du museau; un trait de la même couleur est marqué en long sur le devant du haut des bras. Les mâchoires sont blanches
ou jaunâtres, bordées ou tachetées de noir ou de brun. Les pattes postérieures sont presque toujours coupées en travers par des bandes d’une couleur foncée. La plupart des individus ont toute la face supérieure du corps d’une teinte rousse uniforme ou tachetée de noirâtre ; puis il y en a de verts, de verdâtres, de gris, de bruns, de noirâtres, de jaunâtres, de blanchâtres et même de colorés en rose avec ou sans taches plus ou moins foncées que le fond sur lequel elles sont semées. Les régions inférieures sont souvent d’un blanc jaunâtre, mais elles offrent aussi quelquefois des taches cendrées,brunesou roussâtres.La pupille estnoire, oblongue, et l'iris de couleur d’or (fig. 435). »
Distribution géographique. — La Grenouille rousse se trouve dans toute l’Europe, depuis les parties méridionales jusqu’au Cap Nord; elle est également représentée en Sibérie.
Certains naturalistes ne considèrent que comme des races locales la Æana sylvatica ou cantabrigensis et la Rana arvalis ou o:cyrhina. Si cette manière de voir se vérifiait, la Rousse se retrouverait encore dans l’ouest de l’Asie, au Japon et dans une grande partie des États- Unis.
L'espèce monte, en Europe, jusqu'à 2,000 mètres d'altitude et même plus haut, par exemple au Grimsel, près du Spital, ou dansles lacs alpins des zones supérieures, au Saint- Gothard, bien que souvent ces lacs soient encore couverts deglace dans les derniers jours du mois de juillet.
Mœurs, habitudes, régime. — La Grenouille rousse est, du reste, l'espèce dont la ponte a lieu le plus tôt dans nos pays. Dès le mois de février, alors que la température est encore rude et quela glace couvre chaque nuit la surface des étangs et des mares,ce Batracien se rend à l’eau pour y déposer son frai.
Les œufs, qui sont plus gros, mais moins nombreux que ceux de la Grenouille verte, tombent au fond de l’eau après la ponte; les amas sont rapidement gonflés par l’eau et remontent bientôt à la surface, formant de grosses masses épaisses et mucilagineuses, qui contiennent jusqu'à cent cinquante pelotes.
Le développement de ces œufs est d’abord assez lent. Vers le quatorzième jour, on peut apercevoir la larve; trois ou quatre semaines après, si le temps est favorable, on voit celleci quitter l'œuf, sortir en rampant, puis re
LA GRENOUILLE AGILE
lourner de temps en temps vers le mucilage qu'elle vient de quitter, sans doute pour s'en nourrir. La transformation s'opère alors rapidement, car vers la fin du troisième mois, la métamorphose est complète, et les Grenouilles quittent l'eau parfois en si grand nombre que la vieille légende des pluies de Grenouilles trouve dans ce cas une explication toute naturelle.
Dans les pays de montagnes, la ponte a évidemment lieu plus tard qu’en plaine. Lorsque le froid se produit plus tôt que d'habitude, il peut arriver que l'animal passe l'hiver à l'état de larve non métamorphosée.
La Grenouille rousse, différente en cela de la Grenouille verte, s'éloigne des eaux dès qu'elle a pondu et n’y revient plus que l’année suivante ou bien vers la fin de l’automne pour y passer l'hiver, engourdie dans la vase. Dans l'intervalle de ces époques, elle habite les prairies et les jardins, les champs et les forêts; elle recherche de préférence les endroits un peu humides, aussi peut-on être certain de la trouver au milieu des hautes herbes. Pendant la grande chaleur, elle se cachesous les pierres, entre les racines des arbres, dansles trous du sol, pour ne reparaître que le soir, moment où elle se livre à la chasse.
La nourriture consiste en insectes, en vers, en chenilles, en petits mollusques nus. Sitôt qu’elle aperçoit une proie à sa portée, la Rousse fond rapidement sur elle, projette sa langue et avale l’animal ; elle sait parfaitement faire la distinction entre une proie qui lui convient etune qui n’est pas à sa convenance; c'est ainsi, dit-on, qu’elle dévore les abeilles, mais rejette les guêpes.
La Grenouille rousse n’est pas bonne musicienne. Au moment de la ponte seulement, elle fait entendre un coassement sourd et peu prolongé; ce bruit peut se faire entendre sous l'eau. Le printemps passé, la Rousse redevient silencieuse.
Ennemis. — Aucun Batracien peut-être n’a autant d’ennemis que la Grenouille rousse ; tous les animaux carnassiers l’attaquent et sur terre et dans l'eau; elle n’est réellement à l’abri des poursuites que lorsqu'elle s’enterre dans la vase pour y passer l'hiver. Beaucoup d'oiseaux, la plupart des Serpents de nos pays la pourchassent; avec le Crapaud, elle est la proie préférée de la Couleuvre à collier; pendant les premiers temps de son existence la Grenouille verte s’en nourrit; les écrevisses recherchent ses larves. Malgré toutes ces cau-
ses de destruction, la Grenouille rousse est si prolifique, qu'un printemps favorable suffit à combler les vides faits par les nombreux ennemis qui pourchassent cette espèce sans l'êve ni merci.