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LA GRENOUILLE AGILE. — RANA AGILIS

Caractères. — Confondue avec la Grenouille rousse, à laquelle elle ressemble beaucoup pour la coloralion, la Grenouille agile en a été séparée en 1855 par Thomas, de Nantes.

La Grenouille agile se distingue, en effet, facilement de ses congénères par sa face allongée et fuyante, le tympan plus grand. Les membres postérieurs sont plus longs et, ramenés en avant le long du corps, le genou arrive au niveau de l’origine du bras, le talon dépasse fortement le museau, tandis que dans l’autre espèce il arrive à peine au niveau de l’œil ; l'Agile est, en effet, une espèce plus élancée que la Rousse.

L'adulte ressemble à cette dernière espèce par la tache noire ou brunâtre qui recouvre les tempes. La couleur du corps est d’un roux plus ou moins vif et peut passer au rosé; la coloration est généralement plus claire chez la femelle que chez le mâle. Les membres postérieurs sont rayés de brun. Le ventre est d’un blanc mat, comme poli; la gorge et la poitrine présentent souvent, principalement chez les femelles, une teinte d’un rose tendre, les aines, une nuance vert doré; le dessous des cuisses, une couleur de chair.

Le mâle est toujours de plus petite taille que la femelle.

D’après Lataste, «les jeunes sont assez semblables à leurs parents. La tête est forte, quoique acuminée en avant, le corps effilé, les membres grêles, et marqués de bandes transversales brunes, nombreuses et serrées. Les bandes se voient même chez la larve, sur le membre postérieur, bien avant l'apparition des bras. Les jeunes, après la métamorphose, mesurent de 15 à 20 millimètres, plus ou moins, du museau à l’anus.

« Les dimensions du têlard sont très variables. Le corps est ovale, mais plus court et beaucoup moins déprimé que chez la Grenouille verte ; le museau est un peu plus acuminé, la bouche plus petite; la queue, propor tionnellement plus courte et plus large, s6 termine également en pointe aiguë et ne remonte pas sur le dos. Les teintes de cette

LA GRENOUILLE-TAUREAU

espèce sont plus claires. Le dos est taché de gris brun sur fond jaunâtre clair; le ventre est btanc; une bande obscure le sépare de la gorge qui est d’un blanc moins pur. Mais c’est surtout la coloration de la queue qui diffère. Celle-ci présente bien, comme celle de la Grenouille. verte, trois bandes interrompues sur sa partie charnue; mais sa portion membraneuse et transparente est toute marbrée de taches d’un gris roux, grosses, nombreuses et rapprochées, tandis qu’on ne voit au même endroit, chez la Grenouille verte, que des points petits et éloignés.

Distribution géographique. — « C’est dans la Loire-Inférieure, près de Nantes, que Thomas a découvert l’Agile. Fatio la signale en Suisse etnous apprend qu'elle existe aussi en Italie. A. de l'Isle écrit qu'il l'avait trouvée à Toulouse et dans les Pyrénées, et qu'il l'avait reçue de Morée. En France, elle a encore été trouvée dans le Jura et dans les environs de Paris. Elle existe également dans la Charente-Inférieure ; elle n’y est même pas rare, et y est désignée par les paysans sous le nom de papegay. On voit que c’est une espèce méridionale qui, dans les départements plus septentrionaux et sur les Pyrénées, vit côte à côte avec la Rousse, mais qui, dans la Gironde, remplace cette dernière. »

Mœurs, habitudes, régime. — Dès les premiers jours de mars, le mâle de la Grenouille agile s’éveille; il monte du fond des étangs, dans la vase desquels il vient d’hiverner, et de son gloussement sonore, appelle sa femelle encore cachée sous la feuillée ou dans le creux des rochers. La ponte a lieu bientôt, non dans les petites flaques d’eau, comme le fait la Grenouille rousse, mais dans les eaux profondes. Les œufs, plus petits que ceux de cette dernière espèce, sont attachés aux bois morts ou aux rameaux flottants.

Suivant A. de l’isle, « comme la Grenouille des bois de l'Amérique du Nord, à laquelle elle ressemble beaucoup, l’Agile est une espèce exclusivement terrestre. Hors l’hivernage et le temps des amours, on ne la trouve jamais à l’eau. Elle recherche les frais vallons au bord des ruisseaux. C’est là, dans les prés, dans l'herbe des taillis ou sous les grands arbres, qu'on la trouve le plus souvent, isolée ou par petites bandes. Elles partent sous les pas par bonds de 4 à 5 pieds, vout tomber dans le

ruisseau ou se dérobent dans l'herbe de la prairie,

| «Une grande partie hivernent à terre sous la | feuillée, les autres dans la vase et dans les masses submergées de plantes aquatiques. »

Ajoutons que les mâles s'écartent beaucoup moins des mares ou des ruisseaux que les femelles.

| F. Lataste, qui a observé cette espèce avec

soin dans la. Gironde, où elle est commune, rapporte qu’elle se trouve assez abondamment dans les prairies ou les bois humides, à peu de distance des petits ruisseaux. Elle ne va jamais à l’eau hors du temps de la ponte; à peine y cherche-t-elle un refuge momentané quand elle part sous vos pas, faisant des bonds de près de 2 mètres. Peu rusée, elle se laisse prendre aisément avec un petit troubleau, soit à terre, soit à l’eau, sur les plantes aquatiques, à la surface desquelles elle s’arrête le plus souvent. Elle vit d'insectes qu'elle saisit adroitement au vol.

« Le cri du mâle, très faible, ne s'entend guère au delà d’une quinzaine de pas. Il se compose d’une seule note, comme parlée à voix basse, vite articulée et rapidement répétée. À. de l'Isle l’exprime fort bien par les cris : cau, CAU, CAU, CAU, CAU, CAU, COYT, COTT, COTT, Crrro.

« Ce cri ne peut être confondu avec celui d'aucun autre de nos Anoures. Il ressemble, paraît-il, à celui de la ÆRana oxyrhina, lequel est comparé par de Siebold au bruit produit par l’air qui s'échappe d’une carafe vide que l’on tient sous l’eau pour la remplir, et que Schiffexprime par l’onomatopée : rouen, rouen, rouen.

« Il diffère sensiblement du grognement continu de la Grenouille rousse, que A. de l'Isle rend par les mots : rrouou, grouou, ourrrou, rrououou, et Schiff par les mots : ouorrr, OUOTTT.

« La femelle en tout temps, et le mâle hors le temps des amours, sont muets. Cependant quelquefois, quand on les saisit et qu'on les pince, ils crient à, à, à, comme une souris.

Schiff fait la même remarque à propos de l'Oxyrhine. »

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