‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 215 sur 276 · PR · texte numérisé non relu

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Fig. 439, — Chant de l'Alyte (d'après Lataste).

« Ces notes doivent être sifflées doucement, nettement attaquées et brèves (1). »

A. Lataste écrit également ceci : « Dans l’hypothèse transformiste et sauf le cas de rétrogradation dont il ne saurait être question ici, un être est de souche d'autant plus antique que ses caractères anatomiques et embryonnaires le placent à un degré plus bas dans l'échelle zoologique. A ce compte, l’Alyte accoucheur appartiendrait à la plus vieille noblesse des Batraciens ; et nous connaîtrions à peine une quizaine d'espèces, parmi lesquelles le Pipa, mieux titrées que lui. Mais, si noble qu'il soil et malgré l’exiguité relative du territoire qu’il occupe à notre époque, il ne doit certainement pas être rangé parmi les espèces en voie de disparition. Il est trop bien doué dès sa naissance, comme nous venons de le voir. D’ailleurs les espèces qui s’en vont, et, parmi elles, je compte beaucoup de nos Batraciens et de nos Repliles, ont une aire de distribution géographique

interrompue et criblée de lacunes; elles sont dispersées par îlots, ceux-ci d’autantplus petits et clairsemés qu'elles disparaissent plus vite ou depuis plus longtemps : tel est, par exemple, le cas de la Cistude d'Europe, de la Couleuvre d’Esculape, des deux Pélobates, etc. ; tel est le cas du Castor, parmi les Mammifères ; mais tel n’est certes pas le cas de l’Alyte. En outre, dans la période actuelle, le grand destructeur des espèces animales, c’est l’homme ; et nous ne voyons guère disparaître que celles dont

l'existence n’est pas compatible avec les modifi-

cations quenousapportonsàla surface du globe. Nous voyons au contraire prospérer celles qui, commeles RatsetlesSouris,commeleMoineau, deviennent nos parasites et nos commensales.

L’Alyte se reproduit dans nos abreuvoirs, dans nos fossés, dans nos petites pièces d’eau; ilse cache dans nos vieilles carrières, dans les talus ou le long des murailles qui bordent nos chemins, dans nos villages, et, dans certains cas, jusqu’au milieu de nos grandes villes ! A Bordeaux, à peine avait-on transformé la place Dauphine en square avec pièce d’eau, que j'y constatais l'établissement d’une nombreuse colonie d’Alytes. Aux heureset durant la saison favorable, on peut entendre ses chants depuis le cours de l'Intendance, une des rues les plus centrales et les plus fréquentées dela ville (1)! » Venin, son action. — Nous avons dit que la peau de l’Alyte est parsemée de petits tubercules mousses et arrondis et que, derrière l'œil, se trouvent des parotides peu distinctes, formées par la réunion de quelques glandes.

De ces tubercules s'échappe, lorsque l’on irrite l'animal, un liquide blanchâtre, très facilement coagulable, d’une odeur forte et vireuse qui, introduit dans le sang, agit comme un véritable venin. E. Sauvage a démontré, en effet, que ce venin a une action des plus nettes au début sur le système nerveux, produit de la paralysie puisralentitles mouvementsde la respiration c de la circulation; vientensuitelaperte rapide de l’excitabilité des nerfs et des muscles. Ce venin agit, en un mot, comme celui du Crapaud.

LES CYSTIGNATHIDÉES — CYSTIGNATHIDÆ

Caractères. — Les Cystignathidées représentent dans le groupe des Arcifera la famille

(1) F. Lataste, Essai d'une faune herpétologique de la Güonde, 1816.

des Ranidées qui appartient au groupe des F#-

misternia, c'est-à-dire que les coracoïdes et les

(1) Science et Nalure, 19 juillet 1884.

LES CYSTIGNATHES.

Fig. 440. — Le Cystignate orné (grand. nat.).

précoracoïdes sont réunis par un carlilage spécial ou épicoracoïde.

Ajoutons que la mâchoire supérieure porte des dents, et que lesapophyses des vertèbres sacrées sont cylindriques ou à peine dilatées.

Cette famille renferme des animaux qui ont le port des Grenouilles; telles sont les Cystignathes; d’autres, comme les Hylodes, les Phyllobates, par leurs doigts dilatés à l’extrémité, rappellent les Rainettes.

Le tympan est le plus souvent distinct. La pupille peut être horizontale, ce qui est le cas le plus général, ou verticale; presque toujours il existe des dents au vomer; ces dents font cependant défaut chez les Phyllobates.

Distribution géographique. — Suivant G.

Boulenger, cette famille comprend 16 genres renfermant 160 espèces. Leur véritable patrie est l'Amérique du Sud, dans laquelle on connaît 95 espèces ; vient ensuite l'Amérique cen-

trale et le Sud du Mexique avec 30 espèces, |

puis les Antilles avec 15 espèces.

En Australie et en Tasmanie, on a jusqu'à

présent recueilli 20 espèces, appartenant toutes | à des genres particuliers, tels que Lymnody- |

nasles, Crinia, Chiroleptes.

Dans les Andes du Pérou, certaines espèces, telles que des Telmotobus, s'élèvent jusqu'à l’allitude de 42,500 pieds.

Breum. — V.

LES CYSTIGNATHES — CYSTI- GNATHUS

Ladenbläser.

Caractères. — Tel que ce genre a été compris par Duméril et Bibron, il comprend des « Raniformes à tête non cuirassée, à tympan plus ou moins visible, à paupière supérieure non prolongée en pointe et à talon sans éperon

| tranchant, qui ont les orteils tout à fait libres

ou seulement réunis à leur racine par une membrane rudimentaire, des dents au palais, une vessie vocale, et chez lesquelles les apophyses transverses de la neuvième vertèbre ne sont pas dilatées en aïles ou en palettes, mais cylindriques, ou à peu près cylindriques, de même que dans les Grenouilles ».

Ajoutons que la langue est grande, ovale ou circulaire, entière ou échancrée à son bord postérieur, mais toujours libre en arrière, et que le tympan est tantôt bien distinct, tantôt à peine visible.

Ce genre comprend des espèces à formes sveltes, élancées et d’autres à corps trapu, à membres courts.

LE CYSTIGNATHE OCELLÉ.

LE CYSTIGNATHE ORNÉ. — CYSTIGNATHUS ORNATUS.

Schmudfrosch.

Caractères. — Le Cystignathe orné, que Boulenger place dans la famille des Hylœidées, sous le nom de Chlorophilus ornatus, est un gracieux petit Batracien qui n’alteint guère que 3 centimètres de long. Le dos, d’un rouge brun tendre, est orné de taches allongées, d’un brun foncé, bordées de jaune d'or (fig. 440); le ventre est d’un blanc d'argent et acheté de gris; les membres sont rayés de brun.

Distribution géographique et mœurs. — Cette charmante espèce se trouve en Georgie et dans la Caroline du Sud; elle se tient constamment sur le sol sec et semble éviter l’eau.

LE CYSTIGNATIIE OCELLE. — CYSTIGNATHUS OCELLATUS.

Pfeiffrosch.

Caractères. — Cette espèce se reconnaît facilement à la présence de renflements glanduleux longitudinaux et de grosses glandes sur les flancs. Les yeux sont saillants; le tympan est bien distinct, la bouche grande; les dents vomériennes sont disposées suivant deux rangées transversales, presque contiguës, immédiatement situées en arrière des narines.

La partie supérieure du corps est d’un brun roussâtre ou olivâtre, relevé par des taches de couleur foncée et de formes régulières; les côtés du museau portent une raie qui s'étend de son extrémité à l'angle de l’œil, en passant par la narine ; une tache de même couleur se trouve entre les yeux. Le dessous du corps est blanc, excepté vers les parties postérieures qui sont généralement nuancées de brun ou de grisâtre.

Distribution géographique. — Le Cystignathe ocellé est répandu dans toute l’'Amérique méridionale, au Brésil, à Cayenne, à Buenos-Ayres ; Duméril et Bibron le signalent aux Antilles.

Mœurs, habitudes, régime, — Au Brésil, de Neuwied a observé cette espèce à une faible distance des côtes. Maladroit et inhabile dans l’eau, ce Cyslignathe se meut avec adresse et vivacité sur terre el exécute des bonds vraiment prodigieux, en égard à sa laille. Pendant le jour, il se cache dans les mares, les marais,

les eaux croupissantes, qu'il quitte sitôt le soir arrivé pour se meltre en chasse au milieu des herbes; il fait alors entendre son chant, qui est tout à fait caractéristique et ressemble au sifflement que l’on produit lorsque, par exemple, on veut appeler un chien. Pendant la ponte, qui a lieu dans l’eau, cette espèce fait entendre un son élevé et de peu de durée qui ne ressemble pas à celui dont nous venons de parler.

Suivant Hensel, au contraire, le Cystignathe ocellé ne va pas à l’eau, même au moment de la ponte;ilcreuse dansle voisinage immédiat de la rive des cavités de la grandeur d’une tasse ordinaire; ces cavités, praliquées sous des pierres, des troncs d'arbres renversés et pourris, sont toujours placées à un niveau tel qu’elles puissent être inondées lors des grandes pluies. Le

Cyslignathe ocellé y dépose son frai qui ressemble à sy méprendre à du blanc d'œuf battu ; au milieu de cette masse, les œufs se détachent en couleur jaune pâle.

Les larves, d’abord de cette couleur, deviennent bientôt d’un brun verdâtre, puis blanchâtres.

Lorsque, par suite de grandes sécheresses, les marais se dessèchent, le corps de l'espèce qui nous occupe se couvre d’une sécrétion muqueuse abondante. Les animaux se retirent alors dans leurs abris, au milieu des feuilles sèches, sous les troncs d'arbres et s’y rassem)blent en nombre, en attendant le retour de la pluie.

Une autre espèce paraît avoir des mœurs semblables. Au printemps, au moins à Rio Grande de Sul, après le sommeil hivernal, elle ne dépose pas ses œufs directement dans les marais, mais creuse, à l'endroit où la rive est large et vaseuse, des cavités évasées, parfois de 0,30 de diamètre, qui, par infiltration, se remplissent d'eau. C’est dans ces cavités qne fraye cette espèce; les larves attendent que la crue des eaux soit telle qu’elle réunisse ces petits bassins artificiels aux mares, dans lesquelles les têtards achèvent leur développement. Si les pluies du printemps font défaut, beaucoup d’étangs se dessèchent, et l’alevin périt. Hensel ajoute que l'espèce dont nous parlons fait entendre des bruits que l'on peut comparer à celui de la hache frappant un arbre

en cadence.

Chez le Cystignathus typhonius où Cysti- | gnathe galonné, Grundlach observa le 4 no-

| vembre une masse spongieuse se trouvant

LES CALYPTOCÉPHALES.

dans une cavité semblable à celle dont nous avons parlé plus haut; les œufs avaient une couleur jaune paille; le 25 novembre, on remarquait les premiers vestiges des pattes postérieures ; le 3 décembre apparurent les membres de devant; le 7 du même mois, les petits animaux avaient la forme de leurs parents, à l'exception de la queue qui persistait ; celle-ci s’atrophia peu de temps après.

LES PSEUDIS — PSEUDIS

Caractères. — « On trouve à Surinam, à Cayenne et dans d’autres parties de l'Amérique méridionale une espèce de Grenouille :

c’est le Jackie (Rana paradoxa, Pseudis de Wagler), pelite espèce qui a le tronc court, les pattes postérieures très longues, la peau lisse. Elle provient d’un têtard dont le volume est énorme et dont l’ensemble est tellement volumineux, comparativement à l'animal qui en provient, lorsqu'il est devenu quadrupède, que les premiers observateurs furent trompés par les récits de gens qui n'avaient pas eu l’occasion de suivre les développements d'un même individu ; et avant qu’on connût bien les métamorphoses des Grenouilles, on crut sur leur dire que celle-ci se changeait en poisson (1). »

Le Batracien qui a donné lieu à l'erreur que nous venons de signaler est le type du genre Pseudis, qui se caractérise par la langue entière, deux groupes de dents entre les orifices internes des narines, le tympan visible. Les doigts, au nombre de quatre, sont complètement libres, le premier étant opposé aux deux suivants, de telle sorte qu’il existe une sorte de main. Les orteils sont réunis jusqu’à leur pointe par une très large membrane. Sous la gorge du mâle se voit une vessie vocale.

Parmi les espèces que comprend le genre Pseudis, la plus connue est la Grenouille paradoxale, Pseudis paradoza, ou Pseudis de Mérian.

Cet animal atteint à peu près la taille de notre Grenouille verte ; il a le museau moins allongé, la tête proportionnellement moins longue, les bras beaucoup plus courts. Tout le dessus du corps est absolument lisse. L'extrémité des doigts est pointue. Le dos offre généralement une couleur d’un gris bleuâtre ardoisé, marbré de brun; parfois les marbrures

(1) Duméril et Bibron, Erpélologie générale, t. VIN, p.216.

sont plus nettes et se détachent sur le fond, qui est roussâtre ; les cuisses sont barrées de brun marron; le ventre est de couleur blanchâtre.

Distribution géographique. — Les quatre espèces qui rentrent dans le genre Pseudis sont de l'Amérique du Sud ; elles se trouvent aux Guyanes, au Brésil, au Paraguay, dans la République Argentine.

LES CALYPTOCEPHALES — PTOCEPHALUS

CALY-

Caractères. — Les Calyptocéphales ou Peltocéphales sont des Batraciens chez lesquels le dessus de la tête est protégé par un véritable bouclier rugueux; celui-ci est recouvert par la peau qui y adhère si intimement qu’elle semble faire corps avec lui. Les fosses temporales sont tout à fait cachées sous une voûte, comme chez les Tortues de mer. Le tympan est distinct. La langue est circulaire, entière. Les orteils sont réunis par une membrane plus ou moins étendue. Une vessie vocale interne se voit chez les mâles de chaque côté de la gorge.

Parmi les deux espèces que renferme le genre, la mieux connue est le Calyptocéphale de Gay (Calyptocephalus Gayi).

Cette espèce ales formesrobustes et trapues, la tête courte, large et faiblement aplatie, le tronc déprimé est enveloppé, comme chez beaucoup de Crapauds, d’une peau molle dans laquelle, suivant l'expression de Duméril, il se trouve contenu comme dans une sorte de sac renfermant aussi une certaine partie des cuisses. Le dos et surtout les flancs sont parsemés de tubercules et de renflements longitudinaux tuberculeux.

Le dessus du corps est tantôt d’un brun fauve ou marron, tantôt d’un brun olivätre, parsemé de taches plus foncées et irrégulières ; les membres sont marqués de raies transversales. Le ventre est le plus souvent blanchâtre ; parfois la gorge est tachetée de brun. -

Cette espèce arrive à une taille aussi considérable que la Grenouille mugissante.

Distribution géographique. — Le Calyptocéphale de Gay habite le Chili, le Calyptocéphale testudiniceps est de Panama.

Moœurs, habitudes, régime. — D'après l’examen des individus conservés vivants à la ménagerie du Muséum de Paris, nous savons que les mœurs du Calyptocéphale de Gay sont

LE CÉRATOPHRYS DE BOIÉ.

celles de la Grenouille mugissante. Tandis cependant que cette dernière espèce se tient assez fréquemment à terre, à moitié plongée dans l’eau, le Calyptocéphale est plus aquatique. L'ouverture de la bouche est énorme, aussi l'animal déglutit-il des Grenouilles relativement de forte taille. Malgré tous les soins qui leur ont été prodigués, ces animaux ne se sont pas reproduits.

LES CÉRATOPHRYS — CERA- TOPHRYS

Hornfrüsche.

Caractères. — Les Cératophrys sont de singuliers Batraciens chez lesquels le bord de la paupière supérieure est prolongé en pointe, ce qui leur donne l'air d’avoir des sourcils en forme de corne. La tête est diversement relevée de crêtes et d’aspérités plus ou moins prononcées ; elle est large et grosse. La bouche est énorme, la langue en forme de cœur, le tympan plus ou moins distinct ; il existe deux groupes de dents vomériennes entre les arrière-narines. Les doigts sont complètement libres, les membres étant médiocrement développés.

La surface du corps est hérissée de tubercules variables pour la forme et le nombre ; une espèce présente ure sorte de bouclier dorsal formé de la réunion de plusieurs lames osseuses développées dans l'épaisseur de la peau, lames tout à fait indépendantes des pièces du squelette qui se trouvent au-dessous d’elles.

Distribution géographique. — Le genre Cératophrys se compose de dix espèces ; sur ce nombre, huitsetrouvent au Brésilet à Cayenne, une dans le nord du Chili, et une à Montévidéo et à Buenos-Ayres.

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