CRAPAUD ACCOUCHEUR
Fig. 438. — L'Alyte (grand. nat.).
pour les faire éclore; les têtards sortent, d'un mouvement vif et brusque, par une petite déchirure qui se produit en général à l’une des extrémités de l'œuf. Il est merveilleux de voir avec quelle vivacité nagent ces frêles animaux au moment de leur naissance, fouillant de leur bec corné les débris de matière animalisée qui forment le fond de leur nourriture.
Suivant un auteur qui a éludié avec grand soin les Batraciens de France, Fernand Lataste, l'Alyte « vit en colonie dans les vieilles carrières, dans les talus ou le long des murailles qui bordent les chemins, dans les vieilles constructions et les terrains en démolition. On le voit rarement, à cause de ses habitudes exclusivement terrestres, mais son têtard se rencontre toute l’année à différents états de développement, et sa note s'entend tous les soirs, d’avril à octobre, quand le temps est doux.
«On enramassera bon nombre en une demiheure, en le cherchant le soir, avec une lumière, dans les lieux où il chante.
« Il creuse, paraît-il, profondément le sol à l'aide de ses membres antérieurs; pour moi, je l'ai vu surtout habiter les trous qui se trouvent à la base des vieilles constructions. Ils y vivent sans doute plusieurs ensemble, à en juger par le grand nombre d'individus que l’on rencontre autour d'un petit nombre de trous ; el les nombreuses générations qui s’y succèdent ont tout le temps d'agrandir et d'approprier leur demeure. Même en plein jour, on peut aisément distinguer les trous
fréquentés de ceux qui ne le sont pas, le seuil des premiers étant sans cesse balayé et poli par le passage de nombreux individus.
« L’Alyte est le plus terrestre de nos Batraciens. Il s’accouple à terreetne vaà l’eau qu'un instant pour y apporter ses œufs près d'éclore. Jel’ai toujours vu habiter des terrains secs
« Fatio suppose que le mâle, chargé de son précieux fardeau, se retire aussitôt sur le sol, où il attend, dans le jeûne et la retraite, le moment d'aller porter ses œufs à l’eau. Il n’en est rien. Il continue à sortir tous les soirs de son trou pour faire sa provision d'humidité et de nourriture. J'en ai vu se promenant ainsi avec des œufs à tous les degrés de développement, etils n’en paraissaient pas fort gênés. Si on les tourmentecependant, ou si on les réduit en captivité, ils s'en débarrassent et les laissent sur le sol pour ne plus les reprendre.
« Cette espèce ne saurait ètre celle qui fait le plus long stage à l'état larvaire; et ses tètards, à quelques moments qu'ils aient été pondus, me paraissentnormalement passer un hiver à l’eau avant de se métamorphoser.
« L'Alyte accoucheur passe l’hiver à terre, dans les trous, où il reste caché tout le jour durant la belle saison.
« Le chant de cette espèce se compose d’une seule note isolée, faible, brève, douce et flûtée. Millet dit que depuis le commencement d'avril jusqu'aux premiers jours de septembre, ces Grenouilles font entendre, surtout lorsque le temps est doux, le son clock, qu'elles répètent le
LES CYSTIGNATHIDÉES.
soir, ainsi que pendant la nuit, à des intervalles | plus ou moins rapprochés. Ils se cantonnent dans les villages, de manière cependant que la distance qui les sépare soit assez peu éloignée pour qu'ils puissent s’appeler et se répondre. Mais tous les individus différant entre eux par l'âge, ainsi que par la grosseur, il en résulte qu'ils ne produisent pas tous la même note ; et on en distingue ordinairement trois : m, ré, ut, qui, par leur succession diatonique, ainsi que par leur simultanéité, forment une espèce d'harmonie qui ne déplaît point à l'oreille, et qui participe sans doute au bonheur de ces petits Batraciens.
Voici comment M.Offroy anotél’effet produit sur son oreille par quelques-uns de ces chanteurs (fig. 439), un soir que je l’avais mené les entendre.