‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 217 sur 276 · PR M · texte numérisé non relu

PR M

Paris, J.-B. Baillière et Fils, édit Corbeil, Crété, imp.

LE CÉRATOPHRYS DE BOYÉ.

LES PHYLLOBATES.

le long et en dehors des crêtes se trouve un feston brunâtre. Entre les yeux on voit une tache noire, ainsi que sur le front; une bande brune descend perpendiculairement de l’orbite au coin de la bouche, qui est énormément fendue ; d'autres bandes coupent obliquement les tempes. Le dessous des membres est rayé de brun. Le ventre est finement tacheté de noir, sur un fond jaunâtre.

Distribution géographique. — Le Cératophrys de Boié est originaire de l'Amérique du Sud ; il se trouve à Cayenne et au Brésil ; d’après de Wied on le rencontre dans toute la partie sud du Brésil, depuis Bahia jusqu’à Rio de Janeiro ; Azara signale l'espèce au Paraguay.

Mœurs, habitudes, régime. — «Dans l’intérieur des forêts de Sertong, du côté de Bahia, écrit le prince de Wied, j'ai assez souvent observé les Crapauds à cornes. Ils se tiennent surtout dans les marais des forêts vierges; on les voit parfois même sautiller dans les forêts sèches du Catinga. Dans les grandes forêts, sur les routes qui longent la rivière Ilheos, près Barra de Bareda, ou Sertong, par un temps chaud et sec, on ne rencontre pas un seul de ces animaux; mais dès qu’une pluie d'orage vient à tomber, on voit ces animaux sautiller en quantité. Ces bêtes ont la bouche si largement fendue, qu’ils peuvent, assuret-on, engloutir un jeune poulet ; elles mangent ordinairement des souris, des grenouilles, des limacons et autres petits animaux. À Mucuri, dans le silence de la nuit, nous avons souvent entendu leur voix retentir dans les immenses forêts vierges. »

Ce bel animal partage l’exécration que les Brésiliens ont vouée à tous les Crapauds. Par contre, ainsi que le rapporte Dumons, ilest adoré parlesaborigènes de la Guyaneespagnole quile tiennent fréquemment en captivité. Ils le renferment dans des vases et lui demandent de leur indiquer le temps qu'il fera ; ils le battent, s’il ne leur prédit le temps qu'ils désirent avoir.

LES PHYLLOBATES — PHYLLO- BATES

Caractères. — Par la conformation de leurs doigts, les Phyllobates rappellent les Rainetles; leur organisation est toutefois celle des Cystignatidées.

Chez les Phyllobates, la langue est grande, rélrécie, à angle aigu en avant, élargie en

demi-cercle en arrière, où elle est échancrée. Le tympan est visible; il n'existe pas de dents au palais. Les doigts, complètementlibres, sont dilatés à leur extrémité en un disque légèrement renflé et creusé à sa face inférieure d’un petit sillon très distinct.

Distribution géographique. — Les espèces qui composent ce genre sont des partiesles plus chaudes de l'Amérique; elles se trouvent à Cuba, à Costa-Rica, au Nicaragua, dans le sud du Mexique, au Pérou et au Brésil.

Venin, son emploi. — Ed. André, qui a été chargé d’une mission scientifique dans l’Amérique du Sud pendant les années 1875 et 1876, raconte, dans un fort curieux article, qu'il a vu préparerle poison des flèches à l’aide du venin d’une espèce de Phyllobate. Nous croyons intéresser nos lecteurs en transcrivant iciles passages les plus saillants du récit de notre voyaheur :

« Un jour, dit-il, après avoirfaitune excursion d’Anserma-Viejo au chemin de Tatana (Nouvelle-Grenade), un vieux nègre nommé Pédro rapporta une Grenouille d’une espèce particulière, qu'il avait eu grand’peine à capturer. C’étaitun petit animal de forme un peu grêle, d'un jaune citron vif à la partie inférieure du corps, avec les pattes et l'abdomen noirâtres. Il l’avait rencontré sous bois, en terre tempérée (£ierra templada), par conséquent vers 1500 à 2000 mètres d’altitude.

« C’est la Grenouille Veaarä, ainsi nommée par les Indiens de Choco.

« Ce Batracien, en apparence inoffensif, porte un des venins les plus terribles que l’on connaisse. Il sert à empoisonner les flèches, et remplace, pour les Chocoës, le fameux curare des sauvages de l’Orénoque et du Brésil. Les trois tribus qui habitent les immenses forêts de Choco sont les Gunas, les Noanamas et les Chocoës.

« Depuis de longs siècles, la chasse a lieu chez eux au moyen de la sarbacane, bodequera, long tube de 3 mètres, fait de deux moitiés de tige de palmiers, fendues, vidées, et ajustées au moyen de fibres enroulées autour comme un ruban etrecouvertes d’une gomme noire qui se durcit en séchant. De petites baguettes de bambou, fines et deux fois longues comme une aiguille à tricoter, constituent les flèches. Elles sont aiguisées par une extrémité, entourées de l’autre d’un peu de coton sauvage pour les ajuster à la grosseur du truc et poussées violemment par une forte expira-

LES HYLODES.

tion du chasseur. Ces flèches, contenues dans un petit carquois placé à la ceinture et taillé dans un entre-nœud de bambou, sont rainées à leur extrémité et trempées dans un poison subtil qui n’est autre que le venin de Grenouille dont j'ai à entretenir mes lecteurs.

« Pour préparer leurs flèches, les Chocoès se mettent en quête de la Grenouille ÆVeaard, qu'ils trouvent généralement dans le district du Rio-Tatamä, affluent du San Juan. M. Triana me dit également l’avoir rencontrée une fois dans les bois de Tananàâ, sur le chemin de Cartago à Novita. Il était à ce moment perché

sur le dos d’un Indien carguero, seul moyen

de locomotion dans ces sentiers affreux dont aucun chemin de l’ancien monde ne peut donner l’idée, lorsqu'il vit le sol couvert de citrons tombés d'un arbre. Il s’approcha..., tous les citrons, c'est-à-dire les Grenouilles Veaard, se mirent à sauter avec précipitation.

«Pour s'emparer de l’animal sans le mettre en contact avec la peau, les Indiens se garnissent les mains de larges feuilles, et après l'avoir pris, opération que sa viv:cité rend assez malaisée, ils l’enferment dans un morceau de bambou. Arrivés à leur campement, ils allument du feu. Lorsque les tisons sont bien allumés, la Grenouille est saisie avec précaution au moyen d’une fine baguette de bois, pointue, qui lui est passée dans la bouche et à travers les pattes postérieures. Puis on tourne et retourne cette baguette au-dessus des charbons ardents. La peau se boursoufle et éclate bientôt sous l'influence dela chaleur et exsude un liquide jaunâtre, âcre, dans lequel on trempe immédiatement les flèches qui doivent être empoisonnées. On dit, maïs cela me semble difficile à croire, que l’animal nemeurt pas toujours de cette exposition au feu et qu’alors il est rendu à sa forêt natale, afin d’être repris et martyrisé quelque jour si le besoin se fait sentir de lui emprunter une nouvelle dose de poison.

«Lorsque les Chocoès veulent préparer une assez grande quantité de venin, ils opèrent sur une plus grande échelle et installent un petit appareil. Trois cannes de bambous, rassemblées à leur sommet, sont placées en pied de marmite au-dessus des tisons enflammés. La pauvre Grenouille est alors suspendue à une ficelle ; lorsque son corps surchauffé se couvre de l’exsudation du fameux venin, une femme le racle avec un petitcouteau et le dépose dans un petit pot de terre, ollita, où elle est pré-

cieusement conservée et ne tarde pas à prendre la consistance solide du curare. On n'y trempe lesflèches qu'avant sa solidificationcomplète, et comme il se conserve quelque temps dans cet état, les hommes le portent à la ceinture à côté de leur carquois de bambou.

« Les effets du venin de la Grenouille du Choco sont semblables à ceux du curare… Lorsqu'on pique un oiseau avec l’un de ces dards, même préparé depuis quelques années, ilest pris de halètement et de tremblement, une bave épaisse sort de son bec, et il meurt au bout de trois ou quatre minutes, sila quantité de poison a produit tout son effet. Une seule flèche lancée contre un chevreuil le met hors de combat en moins de dix minutes, et le double de ce temps suffit pour tuer un jaguar adulte. On ne connaît pas de contrepoison au venin de la Grenouille du Ghoco. Les pauvres Indiens le savent si bien que, si l’un d'eux a le malheur de se blesser avec une flèche empoisonnée, il se couche immédiatement et attend la mort sans rien tenter pour sa guérison (1). »

LES HYLODES — AYLODES

Blattfrôsche.

Caractères. — Les Hylodes seraient des Raïnettes dans l’acception que Duméril et Bibron donnent à ce mot, siles apophyses transverses des vertèbres sacrées étaient dilatées. Comme chez les Raïnettes, en effet, les doigts sont dilatés à l'extrémité; ajoutons que ces doigts sont grêles et complètement libres, que la langue est grande, oblongue, entière ou très faiblement échancrée en arrière, libre dans sa moitié postérieure, qu’il existe des dents sur les palatins, que le tympan est généralement visible.

Chez les mâles il existe un sac vocal, dont les orifices sont situés l’un à droite, l’autre à gauche, assez près de l'articulation des màchoires.

Distribution géographique. — Les 45 espèces d'Hylodes sont toutes cantonnées dans les parties les plus chaudes du nouveau-monde; elles se trouvent dans le sud du Mexique, dans l'Amérique centrale, Costa Rica, Guatemala, Panama, Colombie, Nicaragua, aux Antilles, aux Guyanes, au Brésil, au Pérou, au Vénézuala, dans le Chili et le nord de la Patagonie.

(1) A. André, Le poison de Grenouille en Colombie (La Nature, 22 novembre 1879).

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