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L'HYLODE DE LA MARTINIQUE

L'HYLODE DE LA MARTINIQUE. — HYLODES MARTINICENSIS.

Antillenfrosch.

Caractères. — Tschudi a désigné sous ce nom un petit Batracien dont les formes sont assez trapues. Chez lui, l'extrémité du museau est tronquée, la tête plate ; les yeux sont proéminents; la langue est élargie. La tête, le dos, la poitrine, sont lisses ; mais des glandules couvrent les flancs, le ventre et les cuisses; les doigts et les orteils sont courts.

Le fond de la partie supérieure du corps est généralement d'un gris blanchâtre, assez souvent piqueté ou tacheté de brun; sur la partie postérieure de la tête se voit une grande tache noirâtre ; deux bandes blanches limitent à droite et à gauche la région dorsale; les membres, dont la couleur est variable, sont striés transversalement de bandes d’un brun sale; les parties inférieures du corps sont blanchâtres. Certains individus sont violacés, avec quelques chevrons brunâtres sur le dos.

Tous ont l'extrémité du museau noirâtre et une ligne de même couleur en dessus du tympan.

Distribution géographique. — L'Hylode a été d’abord signalée à la Martinique, d’où est venu son nomspécifique, puisretrouvée à Haïli, Porto Rico, Saint-Vincent, aux Barbades; dans cette dernière localité elle est connue sous le nom de Coqui.

Mœurs, habitudes, régime. — Grâce à une fort curieuse particularité de mœurs, l'Hylode peut se perpétuer à la Martinique, où ne se rencontrent pas d'eaux stagnantes et où on ne connaît aucune autre espèce de Batraciens.

En 1871, le docteur Bello rapporta que les jeunes Coquis sortent de l'œuf à l’état parfait et ne subissent dès lors plus aucune métamorphose, « En 1870, dit ce naturaliste, j'observai dans un jardin une Hyloïdée placée sur une feuille de lis sur laquelle une trentaine d'œufs se trouvaient fixés à une matière cotonneuse. La bête se tenait à côlé de ces œufs, comme si elle eût voulu les couver. Quelques jours après, je trouvai les petites Rainettes venues au monde, longues de 6 à 7 millimètres, pourvues de quatre pattes parfaitement déveioppées, en tout semblables, en un mot, sauf la taille, aux animaux adultes; quelques jours après l'éclosion, les pelits élaient à leur taille, Le jardin dans lequel je fis celte observation

est entouré d’un mur de 2 mèlres de haut et ne contient pas d’eau; la plante sur laquelle l’éclosion a eu lieu renferme de l’eau à l'aisselle des feuilles, bien qu’elle ne soit pas aquatique. »

Martens, qui rapporte celte observation, exprime l'opinion qu'elle n’est pas exacte et que, entre le moment de la sortie de l’œut et l'état parfait, l'animal a dû subir quelque transformation, si courte qu'ait été cette période. La chose se passe cependant exactement comme l'indique Bello et comme Bavais l’avait fort bien vu.

Grundlach a confirmé ces observations dans une lettre adressée à Peters. « Le 14 mai 1876, écrit-il, j'entendis un bruit étrange comme celui qui serait produit par un jeune oiseau. et me mis à la recherche de l'animal qui venait de le pousser. Je trouvai trois mâles et une femelle de Coqui entre deux larges feuilles d'oranger. Je mis ces animaux dans un verrehumide queje recouvris d’un bouchon percé d’untrou. Quelques minutes après, la femelle avait pondu de seize à vingt œufs, de forme arrondie, entourés d’une enveloppe transparente. Je déposai ces œufs dans de la terre humide. Leur masse vitelline était blanchâtre ou d’une couleur de paille claire, et l’on distinguait au travers de l'enveloppe transparente la queue en voie de développement, ainsi que l’ébauche des membres. Je fus obligé de m'absenter pendant quelques jours, et lorsque je revins, le 16 juin, je vis encore les petits œufs ; le jour suivant, les petits vinrent au monde el absolument à l’élal parfait.

« Plus tard, je recueillis entre les feuilles d’une grande Armaryllidée vingt œufs groupés à côté des uns des autres et sur lesquels se tenait la mère. Je coupai les feuilles qui portaient les œufs, et la mère se sauva. Je mis le morceau de feuille dans un verre dont le fond était garni de terre humide. Vers le quatrième jour, j'examinai les œufs de grand malin; les œufs étaient dans le même élat que les jours précédents. En revenant le soir vers 9 heures, je constatai que lous les pelits élaient sortis de l’œuf et étaient encore pourvus d’un rudiment de queue, qui avait disparu dès l’aprèsmidi. »

D'après les dessins qui ont été donnés par Peters, les œufs forment une vésicule transparente de 4 à 5 millimètres de diamètre, qui adhère, en partie, à une masse opaque floconneuse, analogue à du blanc d'œuf. La vésicule

LES HYLÆDIDÉES.

Fig. 443. Fig. 414,

Fig. 445.

l'ig. 446.

Fig. 447.

Fig. 441 à 447. — L'Hylode de la Marlinique et son développement (*).

est remplie d’un liquide limpide, au travers duquel on voit nettement toutes les parties de l'embryon (fig. 441 à 447). Cet embryon, qui page dans le liquide, est replié vers la paroi abdominale, de telle sorte que la tête et les membres de derrière sont rapprochés les uns des autres; les membres sont accolés au corps; la queue est rabattue en dessous, infléchie soit à droite, soit à gauche, et recouvre une partie des membres postérieurs. Dans trois œufs, les membres étaient complètement développés et leur extrémité était garnie de disques semblables à ceux que l’on voit chez les adultes ; dans un cinquième œuf, les membres ne formaient que des moignons, et l’on pouvait

| s'assurer que, contrairement à ce qui existe

chez les autres Anoures, les membres antérieurs apparaissent en même temps que les membres postérieurs. On ne voit chez ces embryons aucune trace ni de branchies ni de fentes branchiales. La queue est relativement développée ; elle est fort richement vascularisée.

En un mot, l'Hylode de la Martinique pond ses œufs à terre, sous des pierres ou des détritus organiques, entre des feuilles. La larve subit dans l'œuf toutes ses métamorphoses, et lepetit naît à l’état parfait, ne se distinguant de ses parents que par sa faible taille,

LES HYLÆDIDÉES — AYLÆDIDÆ

Baumfrüsche.

Caractères. — Telle qu'elle est comprise par Duméril et Bibron, la famille des Hylæidés ou Raïnettes comprend les Batraciens anoures, chez lesquels la langue est distincte, qui ont des dents à la mâchoire supérieure et dont les doigts sont dilatés en disques, de telle sorte que ces animaux sont essentiellement arboricoles.

D’après ce que nous savons de l’anatomie des Batraciens, nous avons vu que nous ne devrons comprendresousce nom que les Batraciens phanéroglosses qui ont le coracoïde et l'épicoracoïde réunis par un cartilage spécial,

@) Fig. 441 à 444. Embryon dans l'œuf; fig. 445 à 441. Animal le premier jour après l'éclosion (3/1° grand. nat.).

l'épicoracoïde, et les apophyses des vertèbres sacrées dilatées.

Distribution géographique. == Ainsi COMprise, la famille des Hylæidées se compose de 10 genres comprenant 179 espèces.

Le sud de l'Amérique, dans lequel ont été signalées 91 espèces, est la véritable patrie de cette famille; vient ensuite l'Australie et la Nouvelle-Guinée avec 34 espèces, puis l’'Amérique centrale et le sud du Mexique, 30 espèces; aux États-Unis, ont été signalées 20 espèces, dont une, le Chlorophile septentrional, est l'espèce qui s’avance le plus au nord, car elle a été recueillie aux environs du lac du Grand- Ours, par 123 degrés de longitude ouest et 65 de latitude nord; 7 espèces sont spéciale

LES HYLÆDIDÉES.

Fig. 448. — La Raincite verte (grand. nat.).

aux Antilles ; on ne trouve que 2 espèces dans l'Inde et dans l'Asie centrale ; une espèce est particulière aux parties tempérées de l’Europe, de l’Asie et nord de l'Afrique.

Mœurs, habitudes, régime. — Ainsi que nous venons de le dire, c’est dans l'Amérique du Sud qu’abondentles Raïinettes. « Au Brésil, dit de Wied, ces animaux habitent en grand nombre les buissons qui se trouvent au voisinage des habitations, des cours ; ils sont surtout fort communs dans les forêts vierges.

C’est là que se trouvent les Batraciens dont la taille, la coloration, le chant, sont des plus variables. Leurs accents, variés à l'infini, forment dans le silence de la nuit, surtout lorsque le temps est chaud et humide, un concert merveilleux et étrange au plus haut point. La plupart des Rainettes élisent leur domicile au sommet des arbres les plus élevés de la forêt et se tiennent surtout parmi les feuilles des Broméliacées ; beaucoup de petiles espèces pondent dans l’eau qui s’amasse entre les feuilles de ces plantes ; d’autres, au moment de la ponte, descendent à terre et vont confier leur progéniture aux eaux marécageuses quise trouvent dans les fouillis inextricables des forêts vierges. »

En dehors du moment de la ponte, en dehors ae la saison froide, qui chez nous et dans le

BReum. — V.

nord de l'Amérique oblige les Hylæidées à chercher un abri dans la vase, sous des pierres, sous l'écorce des arbres, ces animaux habitent exclusivement les arbres et mènent une vie aérienne.

Si variée qu'elle puisse être, la coloration rappelle beaucoup celle des plantes au milieu desquelles vivent les Raineltes. Toutes les espèces peuvent, du reste, s'adapter à merveille à la couleur du feuillage qui les environne, car elles changent de coloration tout autant que le Caméléon. Une Rainette qui est verte comme la feuille sur laquelle elle est posée peut, quelque temps après, paraître roussâtre ou grisâtre comme l'écorce de la plante contre laquelle elle va grimper. « Une de ces charmantes créatures, écrit Tennant, placée au pied de ma lampe, avait pris, après quelques minutes, si bien ia couleur d’or des objets qui l’environnaient, qu'il était fort difficile de l’en distinguer. » Celui qui a vu des Rainettes tachetées, mouchetées, barrées de brun, de bleu, de rouge, de jaune, toutes couleurs plus brillantes les unesque lesautres, a peine à croire ce fait du changement de couleur et de l’accommodation de la coloration au milieu qui entoure l'animal, Tous ceux qui ont parcouru les forêts tropicales savent, au contraire, que la riche coloration de Ja Rainette n’est qu’un fort pâle

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