‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 229 sur 276 · LES CRAPAUDS · texte numérisé non relu

LES CRAPAUDS

nous ont été fournies par un très grand nombre | pris à l'intérieur, est sûrement mortel. À sa

‘de sujets de divers genres, dans l'estomac

desquels nous n'avons ordinairement trouvé |

que des débris de mollusques et d'animaux articulés, auxquels étaient souvent mêlées des pierres d’une nature plus ou moins dure, el quelquefois des morceaux de charbon d'un certain volume, relativement à la grosseur des individus qui les contenaient. »

LES CRAPAUDS — BUFO Landkrôten.

Caractères. — Les Crapauds proprement dits se reconnaissent à leurs formes lourdes et trapues, aux glandes qui forment deux amas de chaque côté du cou, à leur bouche largement fendue et dépourvue de dents, à leur langue allongée, elliptique, généralement un

peu plus large en arrière qu’en avant, entière |

et libre postérieurement dans une certaine portion de son étendue; le palais est dépourvu de dents; la pupille est horizontale.

À ces caractères essentiels nous ajouterons que le tympan peut être visible ou caché suivant les espèces, que le crâne peut être fortement rugueux, qu'il existe parfois sur les côtés de la tête des prolongements cutanés plus ou moins longs.

Distribution géographique. — Le genre Crapaud se trouve dans toutes les parties du monde, à l'exception de l'Océanie; sur les soixante-dix-sept espèces que mentionne le catalogue de Boulenger, trois sont de la région européo-asiatique ou paléarctique, sept de la région nord-américaine, huit de la région africaine, vingt-trois de la région indienne, trente-six de la région tropicale américaine.

Légendes, préjugés. — Peu d’animaux ont été aussi injustement calomniés que les Crapauds et ont donné lieu à autant de fables. Il est vrai que ces animaux sont lourds et disgracieux, et que leur peau est froide et visqueuse; ils inspirent la répulsion, et cependant aucune bête n’est aussi inoffensive et aussi utile.

« Le Crapaud, dit Gessner, en parlant d’une de nos espèces d'Europe, a la peau extrèmement froide et humide; cet animal est très vénéneux, horrible à voir et extrêmement nuisible. Lorsqu'on le touche, il entre en colère, souille l'homme de son urine et l’empoisonne par son haleine délétère. La peau du corps touchée par son urine et par sa bave entre de suite en putréfaction; son poison,

vue seule l’homme pâlit et se trouve mal. Le Crapaud empoisonne les herbes sur lesquelles il passe et celles qu'il souille de sa bave.

« En Angleterre, il est d'usage de couvrir le sol de bottes de jonc, pour donner de la fraicheur dans les appartements. Un jour un moine avait ainsi emporté des joncs dans sa cellule et les avait élendus sur le sol ; ilse coucha sur le dos dans l'intention de dormir, sans s'être aperçu qu’un énorme Crapaud se trouvait au milieu des herbes qu'il venait de rapporter. Ce Crapaud sortit alors des joncs et alla se placer sur la bouche du moine, les deux pattes de devant placées en haut, dans la position d’un animal qui va pondre.

Enlever la bête, c'était à coup sûr faire périr le dormeur ; la laisser n’était guère moins dangereux. On donna alors le conseil de porter le moine étendu vers la fenêtre où se trouvait une araignée en train de lisser sa toile ; ce qui fut fait. Aussitôt que l’araignée vit son ennemi le Crapaud, elle se laissa glisser et le piqua ; le Crapaud enfla aussitôt, mais ne mourut pas de suite ; l’araignée piqua deux fois encore le reptile, ce qui le fit mourir.

« Il arrive parfois que ceux qui boivent de l’eau des mares avalent à leur insu des œufs

-de Crapauds ou de Grenouilles, ce qui est fort

dangereux, car ces œufs éclosent dans le corps de l’homme et il faut alors une médicalion des plus énergiques pour les expulser. »

Le récit du naturaliste allemand du seizième siècle, tout absurde qu'il soit, ne le cède guère à certains récits, tout aussi apocryphes, racontés dans ces dernières années.

C'était une croyance populaire chez les anciens que par les grandes tempêtes il tombaït parfois du ciel des Crapauds, nommés par les Grecs Dionectes, c'est-à-dire engendrés de Jupiter. Aristote croit que ces animaux prennent naissance dans les nues. Notre vieil auteur français, Rondelet, qui écrivait en 1558, nous apprend que « d’aucuns pensent que les petits Crapauds d’eau, ou par la vertu des astres, ou par l'impétuosité des vents, sont portés en haut, puis qu'ils retumbent ; le signe de ce estre qu'il n’en tumbe jamais, que l’air estant esmeu é pluuieux. Aucuns pensent qui n’en tumbent point d'en haut, mais que c'est une espèce de Crapaud qui vit caché dans les creux de la terre, lequel dominant la tempeste sort de son trou creux, é lors on croit qu'il tumbe du ciel, parce que devant

LES GRAPAUDS.

on n’en voient point. Mais l'expérience montre le contraire avec lauthorité des grands personages. »

De nos jours encore « les journaux et la correspondance des sociétés savantes ont fait de temps en temps mention de pluies de Grenouilles et de Crapauds. Presque toutes les années, en eflet, vers la fin du mois d'avril il n’est pas rare, après de grandes sécheresses, s’il survient des pluies d'orage, d’apercevoir tout à coup sur la terre, dans certaines localités, une énorme quantité de petites Grenouilles ou de Crapauds, qui sautillent ou couvrent des espaces considérables. Il ne manque pas alors d'hommes crédules qui affirment, avec des circonstances très détaillées, qu'ils ont eux-mêmes vu tomber ces pelits animaux, non seulement sur les feuilles des arbres, sur les toits, sur leurs vêtements et même sur leurs coiffures.

« Les plus instruits avouent qu'ils savent bien que ces Grenouilles ne sont point nées dans l'air, mais ils supposent qu’elles ont été enlevées, emportées des bords de certains marécages par une frombe méléorique, par une colonne d’air et d’eau élevée dans l’atmosphère à une grande hauteur; et qu’ainsi transportés de fort loin, à peu près comme les Sauterelles, ces myriades de petits Batraciens ont été abandonnés à eux-mêmes, et que, soumis à leur propre poids, ils sont tombés sur la terre avec la pluie. Même avant qu'on connût bien les métamorphoses de ces animaux, on allait jusqu'à supposer que c’étaient les gouttes d’eau elles-mêmes qui se transformaient en Grenouilles (4). »

Théophraste d'Éphèse, qui vivait 322 ans environ avant notre ère, avait cependant écrit que les petites Grenouilles ne tombent pas avec la pluie, comme beaucoup le pensent, mais paraissent seulement alors, parce que, étant précédemment enfoncées dans la terre, il a fallu que l’eau se Gt un chemin pour arriver jusqu’à leurs trous.

On sait aujourd’hui, à n’en point douter, que les pluies de Crapauds, de Grenouilles n'existent pas; par les temps humides et ora-

geux, ces animaux sortent de leur retraite et |

se montrent en grand nombre sur les points où quelques instants auparavant il n’y en avait aucun. « Je suis tellement éloigné de croire

(1) Duméril et Bibron, Erpélologie générale, t. NII, p. 223.

* aux pluies de Grenouilles, nous dit Ræsel en

1758, qu'aujourd'hui j'ai, comme l'illustre Ray, la conviction que, s’il pleut des Grenouilles, il peut pleuvoir des veaux; car si dans l'air une Grenouille peut naître et acquérir le parfait assemblage de ses organes internes et externes, tandis que dans l'ordre naturel il lui faut quatorze semaines pour arriver à l’état parfait, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas s’y former aussi bien d'autres animaux. »

Depuis plus de deux siècles, une trentaine d'observations plus ou moins exactes, de récits plus ou moins apocryphes, ont donné lieu à cette croyance que les Crapauds pouvaient vivre dans des pierres. L'amour du merveilleux est allé même jusqu'à prétendre que l’on trouve de ces animaux au milieu de roches anciennes, dans des cavités sans aucune espèce de communication avec l'extérieur et que, par suite, les Crapauds, contemporains de la formation de ces rochers, y étaient enfermés depuis des centaines de siècles.

La première observation est due à Agricola, qui, en 4546, nous parle d’un Crapaud trouvé vivant dans une pierre meulière à Toulouse.

Une observation semblable est rapportée en 1561 par Melchior Guillandinus; en 1565, Fulgose, dans son 7raité des merveilles, mentionne qu’un Crapaud a été trouvé vivant par des carriers à Autun. Vers la même époque, Ambroise Paré raconte « qu’estant en une mienne vigne, près le village de Meudon, où je faisois rompre de très grandes é grosses pierres solides, on treuva au milieu de l’une d’icelles un gros Crapaut vif, et n’y avoit aucune apparence d'ouverture, et m'émerueillay comme cet animal avoit peu naïistre, croistre é avoir vie. Lors le carrier me dit, qu'ilnes’en falloit esmerueiller, parce que plusieurs fois il auoit treuvé de tels animaux au profond des pierres, sans apparence d'aucune ouverture. »

Nous passons sous silence les faits rapportés par Weinrich, Libavius, Gesner, Nieremberg, Aldrovande, Stengel, Bauschius, Herman, Becanus, Sachs, Nardius, Pallinus, à la fin du seizième et dans le cours du dix-septième siècle ; nous rappellerons seulement les trouvailles de Richardson, de Bradley, de Hubert, de Seigné, faites de 1698 à 1756, pour dire quelques mots du Crapaud dont la découverte fit tant de bruit dans le monde scientifique vers le milieu du siècle dernier.

Ce Crapaud provenait d’un mur au Raiïincy,

| près Paris, et avait été trouvé dans un massif

CO

de plâtre dans lequel on supposait qu'il avait dû vivre pendant quarante ou cinquante ans; la pièce fut remise par le duc d'Orléans à l’académicien Guettard qui, avec son collègue Hérissant, fit quelques expériences desquellesil sembla résulter que des Crapauds renfermés dans des boîtes entourées de plâtre, étaient encore vivants après dix-huit mois de captivité. Depuis, en 1824, William Edwards a répété avec succès les expériences de Hérissant.

En novembre 1895, Buckland, à Oxford, fit creuser dans un gros bloc de calcaire grossier - douze cavités arrondies de 0",13 de diamètre jusqu’à 4 mètre de profondeur. Chacune de ces cavités était pourvue d'une rainure circulaire dans laquelle pouvait s’ajuster une plaque de verre et au-dessus d'elle une plaque d’ardoise, le tout luté avec de la terre glaise. Dans une autre masse de grès dur on creusa ésalement douze cavités plus petites n'ayant que 02,15 de profondeur et pouvant se fermer de la même manière. Le 24 novembre, on plaçca dans chacune des vingt-quatre cellules un Crapaud vivant, on luta les couvercles et on enterra les blocs à 1 mètre de profondeur; ils ne furent déterrés que le 10 décembre de l’année suivante. Dans les petites cellules, tous les Crapauds étaient morts et tellement putréfiés qu'il était grandement probable que la mort remontait à une date éloignée. Au contraire, dans les grandes cavités la plupart des Crapauds étaient vivants, et tandis que certains d’entre eux étaient fort maigres, d’autres au contraire avaient augmenté de poids; seulement comme les disques en verre étaient légèrement fendus, rien ne s’opposait à ce que des insectes aient pu s’introduire dans les cavités, dans lesquelles, en tous cas, l'air avait dû pénétrer. Buckland recommenca l’expérience en s'arrangeant pour que des insectes ne pussent pas pénétrer dans les cavités où étaient enfermés des Crapauds; on examina ceux-ci après une année , ils étaient tous morts et complètement putréfiés.

Il ressort de ces recherches et d’autres qui ont été faites depuis, que la vitalité des Crapauds n’est pas aussi grande qu’on le croit généralement; ces expériences démontrent que l’on n’a pas suffisamment étudié les circonstances dans lesquelles ont pu se trouver les animaux qui étaient renfermés dans des silex ou d’autres pierres; on doit reléguer au nombre des fables les prétendues découvertes de Crapauds

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