À ENS
l'ig. 90, — Squelette d'Emyde (le plastron est rabattu).
est enfermé le corps de la Tortue (fig. 90, 91).
Parmi ces os cutanés ou dermiques il est hors de doute qu'il faut comprendre la plaque nuchale, la plaque pygale et les marginales; ce sont des os développés dans les téguments complètement indépendants des côtes, tandis que les plaques vertébrales et costales (nous parlons des plaques de la carapace osseuse et non de celles qui sont des écailles épidermiques), que ces plaques sont des expansions des cartilages, des épines supérieures des vertèbres et des côtes des vertèbres primitives, avant l’envahissement de ces parties par l’ossification. En un mot, les apophyses épineuses ou supérieures de sept verlèbres dorsales, de la deuxième à la huitième, constituent une série de plaques médianes; les côtes de huit de ces vertèbres, de la deuxième à la neuvième, sont transformées en larges plaques transversales unies par des sutures dentelées, qui présentent cette particularité d'envoyer aux apophyses épineuses de larges prolongements recouvrant les muscles du dos. « Les côtes, dit Carl Vogt, se prolongent généralement jusqu’au bord de la carapace; parfois cependant les lames ne sont développées qu’au voisinage de la colonne vertébrale : dans ce cas, les côtes se dessinent sur le squelette comme des rayons dirigés en dehors, tandis que chez l'animal vivant les espaces intermédiaires, laissés vides, sont com-
blés par d'épais écussons cutanés ou écailleux. Habituellement la carapace présente une bordure de plaques écailleuses spéciales dans laquelle les côtes s'engagent à leur terminaison, de sorte que, même dans le cas où les côtes se prolongent en forme de rayons, il existe un bord ininterrompu. »
Le bouclier inférieur plat ou plastron a été longtemps regardé comme un sternum modifié; d'après Rathke il est, au contraire, exclusivement conslitué par des os dépendant de la peau; il comprend d'ordinaire sept pièces osseuses plus ou moins développées, une pièce antérieure impaire et quatre. paires de pièces latérales, entre lesquelles il reste quelquefois un espace libre médian fermé par la peau ou du cartilage, ainsi qu’on le croit chez les Tortues de mer et chez les Tortues defleuve ou Trionyx. Huxley n’est pas de l’avis de Rathke; il nomme la pièce médiane entoplastron (fig. 87), la première latérale épiplastron, la seconde hypoplastron, la troisième hyperplastron, la quatrième ziphiplastron, et pense que l’entoplastron et les deux épiplastrons peuvent être assimilés à la clavicule et à l'interclavicule des autres animaux vertébrés.
Chez les Tortues, tous les os de la tête (fig. 88 et 89), excepté l'arc hyoïdien et les mandibules, sont solidement unis les uns aux autres et complètement immobiles. Cette tête, qui est
Tig. 91. — Squelette d'Emyde (la carapace est coupée longitudinalement).
remarquable par l'extrême brièveté de la face, se continue en arrière par une crête occipitale très développée; les fosses temporales, assez spacieuses, sont tantôt à découvert, comme chez les Tortues de fleuve, tantôt recouvertes d’une voûte osseuse, ainsi qu'on le voit chez les Tortues de mer ; cette voûte est formée par les poslfrontaux, jugaux, quadrato-jugaux et squamosals ; les pariétaux et les frontaux antérieurs sont volumineux; toutes les parties de l'appareil maxillo-palatin sont, ainsi que l'os carré, soudées aux os du crâne; la voûte osseuse du palais est formée par le vomer impair soudé avec les palalins, derrière lesquels s’ourent les orifices des fosses nasales ; les ptérygoïdiens sont très larges et lamelleux.
Tous les os de la mâchoire inférieure sont confondus en un os unique, très solide, les deux branches de la mandibule sont toutefois distinctes chez les Matamata; les dents font com-
plètement défaut, mais le bord des deux
mächoires est formé de lames cornées, tranchantes, parfois dentelées, qui dans certains cas peuvent occasionner de cruelles blessures.
On peut distinguer trois parties dans la colonne vertébrale, deux qui sont mobiles, la partie cervicale et la portion caudale, et une partie entièrement soudée à la-carapace, et dès lors complètement privée de mouvements.
Quelle que soit la longueur du cou, le nombre des vertèbres cervicales (fig. 92 et 93) est invariablement de huit, mais les longueursetles dispositions que présententles faces articulaires de ces vertèbres les unes parrapport aux autres varienthbeaucoup,ainsiquel'abien montréle professeur Léon Vaillant; ainsi quille faitiustement remarquer, « ce fait peut s'expliquer théoriquement au point de vue biologique, si on réfléchit à la variété de conditions d’existence des Tortues et à leur conformation toute particulière, Nous t'ouvons dans ce groupe des animaux complètement terrestres comme les Testudo ; d’autres
qu'on peut regarder comme essentiellement aquatiques : tels sont les CAélones et en général les autres Tortues de mer, qui ne viennent sur le rivage exclusivement qu’au moment de la ponte; entre ces deux extrêmes, les Terrapene, les Cistudes, les Trionyx, etc., donnent, on peut dire, tous les intermédiaires. D'un autre côlé, chez les Chéloniens, les membres, contournés pour sortir de la carapace au travers des ouvertures qui leur livrent passage, n’ont que des mouvements très peu variés, et: leur rôle se trouve réduit à la progression, qu’il s’agisse de la natation ou de la marche. Le cou et la tête sont donc les seules parties qui, pouvant jouir d’une certaine mobilité,
Fig. 93. — Vertèbre cervicale de Tortue éléphantine.
Fig. 92. — Vertèbre cervicale de Trionyx d'Ésypte.
permettent à ces Reptiles de se mettre en rapport avec les objets qui les entourent par le toucher, et ce sens paraît devoir être fort obtus sur la plus grande partie du tégument, revêtu d'ordinaire d’écailles sèches, dures, doublées d'une enveloppe osseuse, C’est encore le cou mobile qui permet à ces êtres de saisir leur nourriture; or, le régime étant tantôt végétal, tantôt animal, et consistant, dans ce dernier cas, soit en proies vivantes, soit plus rarement en proies mortes, on comprend que pour répondre à ces différentes nécessités la
nature ait dû modifier de façons multiples les parties osseuses, lesquelles formant la charpente de cette région en commandent les mouvements. »
Les vertèbres dorsales et lombaires, au nom-
Fig. 94. — Épaule de Tortue bordée (*).
bre de dix, sont suivies de deux vertèbres sacrées dont les prolongements latéraux sont libres ; on voit ensuite des vertèbres très mobiles entrant dans la constitution de la queue.
Les os des membres présentent une forme toute particulière, par suite de la singulière position des os de l'épaule et du bassin en dedans du tronc.
L'épaule (fig. 94) est constituée par deux os; l’un d’eux, en forme de lame aplatie, se porte
Fig. 95. — Fémur de Tortue bordée.
en arrière ; c'est le coracoïdien; l’autre os, quise
bifurque, est, en réalité, formé par la soudure |
de deux os dont l’un se dirige vers le bouclier osseux et doit être regardé comme l’omoplate, tandis que l’autre se fixe également au plastron et porte le nom d'acromion ou de précoracoïde. L'os du bras, ou humérus, et l'os de
(*) g, omoplate ; b, acromion; c, coracoïdien,
| la cuisse, ou fémur (fig. 95), sont fortement tor-
dus sur eux-mêmes.
Motilité. — En général, les mouvements volontaires des Chéloniens sont lourds, lents et maladroits ; les Tortues qui vivent dans l’eau, les Tortues de mersurtout, nagent cependant avec une vitesse extrême. La force musculaire qu’on constate chez ces animaux est vraiment surprenante. Une Tortue terrestre de taille modérée peut porterun enfant à chevalsur son dos ; une Tortue de grande taille transportera facilement un homme, sansgrands efforts apparents; une Tortue marine, qui se traîne cependant péniblement sur le rivage, défie les forces d’un homme qui voudrait la retenir; de petites Tortues marécageuses qui ont mordu à un bâton ou à une corde y restent suspendues des jours entiers, sans lâcher prise, alors même qu’on les soumet aux secousses les plus violentes.
Système nerveux et organes des sens. — Le crâne des Tortues, si petit qu'il soit, n’est cependant pas, à beaucoup près, rempli parle cerveau, de telle sorte que chez des animaux pesant jusqu’à 44 kilogrammes, le poids de cette partie des centres nerveux s'élève à peine à 4 grammes ; chez les Tortues, en effet, les fonctions végétatives sont très développées, tandis que l’activité psychique, au contraire, est extrêmement limitée ettoul à fait rudimentaire.
À cause du revêtement osseux dont elles sont revêtues, le sens général du toucher doit être fort obtus chez les Tortues; en plus, les
| parties libres du corps sont recouvertes d’une
peau dure et coriace, le plus souvent garnie de
| plaques, de tubérosités, qui ne peuvent fournir
que des sensations très limitées.
Les yeux sont situés dans des orbites fermées et possèdent deux paupières et une membrane clignotante; ces yeux rappellent, par certains points, ceux des Oiseaux; lan.
neau qui entoure la cornée possède dans son intérieur de petites plaques osseuses; chez les Tortues de terre, le cristallin est lenticulaire ; il est, au contraire, sphérique, chezles Tortues de mer, comme, d’ailleurs, chez tous les animaux qui ont une vie essentiellement aquatique.
L’oreille est constituée par un vestibule et des conduits semi-circulaires ; la paroi qui sépare le vestibule du crâne reste en partie cartilagineuse; l'oreille externe faisant absolument défaut, la membrane du tympan est visible à l'extérieur; il existe une large trompe d'Eustache, ainsi qu'une fenêtre ovale et une
| fenêtre ronde (fig. 96).
Fig. 96. — Vue externe d'une section de la région auditive du crâne chez une Tortue (Chelona midas) (*).
Les orifices nasaux sont petits, et, chez quelques espèces, se prolongent en une sorte de trompe; la muqueuse forme plusieurs replis.
La langue est charnue, fixée sur le plancher de la bouche; chez les Tortues de terre et chez quelques Tortues de marais elle est recouverte de longues papilles.
Appareil digestif. — Il n'existe, chez les Tortues, ni voile du palais ni épiglotte. L’œsophage a plus ou moins de longueur suivant
la longueur même du cou; chez les Tortues |
de mer la paroi interne de l’œsophage est hérissée de longues pointes cartilagineuses dont les pointes sont dirigées du côté de l'estomac
(fig. 97); leurs parois, épaisses, se continuent |
par un intestin remarquable par sa longueur et, par suite, par le grand nombre de circonvolutions qu'il décrit. Le foie est généralement volumineux. Il existe une vessie urinaire très développée.
Les Chéloniens terrestres se nourrissent principalement de matières végétales, d’herbes, de feuilles, de fruits; néanmoins ils mangent aussi des Insectes, des Vers et d'autres animaux encore. Quelques Chéloniens marécageux et les Chéloniens marins mangent, au moins de temps à autre, des matières végétales, en particulier des feuilles de plantes marécageuses, des fruils flottants dans l’eau
{*) fo, fenêtre ovale ; fr, fenêtre ronde ; esc, asc, psc, canaux semi-circulaires cxterne, antérieur et postérieur; BO, tympanique; £O, mastoïdien (d'après Huxley).
BRENM. — V.
Tig. 97. — OEsophage de Tortue de mer.
ou bien des varechs ; mais le plus grand nombre d’entre eux est composé de carnassiers qui poursuivent diverses espèces de Vertébrés, de Mollusques, d’Articulés, de Vers, et peut-être aussi de Rayonnés ; certains d’entre eux sont des animaux de proie très habiles. Ils ne mangent, à proprement parler, que pendant les chaudes journées de l'été, ou bien pendant la saison des pluies qui représente le printemps dans les pays équatoriaux; ils se repaissent durant l’espace de quelques semaines, puis cessent peu à peu de se nourrir, et tombent dans l’engourdissement ou dans le sommeil hivernal soit à l'entrée de l'hiver, soit au début de la période de sécheresse. Nous ne savons pas encore si les choses se passent différemment pour les espèces qui vivent toute l’année dans les forêts humides.
Circulation et respiration. — Lorsque l’on étudie l'appareil central de la circulation chez les animaux Vertébrés, on peut reconnaître trois types distincts. L'un de ces types, qui appartient exclusivement à la classe des Poissons, est caractérisé par l'existence d'un cœur composé de deux cavités seulement, ne recevant que du sang veineux, et correspondant dès lors au cœur droit des Vertébrés supérieurs. Dans un second type, le cœur a deux cavités, deux oreillettes et un ventricule où, anatomiquement, peut se faire le mélange du sang artériel et du sang veineux; celle disposition appartient aux Batraciens et aux Reptiles
Rrerrinus, — 7
proprement dits. Un dernier type enfin est | laquelle viennent se jeter des fibres muscu-
propre aux Mammifères et aux Oiseaux, il existe dans ce cas quatre cavités bien distinctes, deux oreillettes et deux ventricules, formant deux cœurs, l’un droit ou veineux, l’autre gauche ou artériel, dans lequel tout mélange entre le sang noir et le sang rouge est impossible. Il résulte de ces faits que les différences qui caractérisent ces trois types peuvent s'exprimer de la manière suivante :
4° Vertébrés à circulation simple, Poissons; 2 Vertébrés à circulation double et incomplète, Batraciens et Reptiles; 3° Vertébrés à circulation double et complète, Oiseaux et Mammifères.
Bien que les Tortues soient des Reptiles relativement élevés en organisation, leur cœur est cependant bien reptilien, c’est-à-dire ne se compose que de trois cavités; du ventricule unique partent les artères pulmonaires qui charrient le sang veineux aux poumons; après avoir respiré, le sang est versé dans l'oreillette gauche par les veines pulmonaires, tombe dans le ventricule et est projeté dans toutes les parties du corps par deux vaisseaux se dirigeant l’un à droite, l’autre à gauche; ces deux vaisseaux qui, après un certain trajet, se réunissent en un tronc commun, sont les aortes.
De la disposition que nous venons de brièvement indiquer, il semblerait résulter un mélange intime du sang noir et du sang rouge, ces deux sangs étant versés dans une cavité unique par les deux oreillettes. Il n’en est rien cependant. Il existe dans ce ventricule unique des brides fibreuses et musculaires, indépendamment d’une cloison qui s'élève de la paroi antérieure du cœur; de plus la laxité des différents vaisseaux qui partent du cœur n’est pas la même; du jeu des brides et de la cloison ventriculaire, de l’inégale pression qui s'exerce dans les vaisseaux, il résulte que le mélange des deux sangs n’a lieu que dans une faible proportion; c’est presque exclusivement du sang noir qui est charrié aux poumons; c’est presque exclusivement du sang rouge que reçoivent les aortes pour le porter dans toute les parties du corps.
Les Chéloniens étant renfermés dans une carapace solide et les côtes étant chez eux complètement immobiles, on a admis pendant longtemps que la respiration se faisait chez ces animaux, comme chez les Grenouilles, au moyen de la déglutition de l’air. Il n’en est rien cependant; il existe une membrane sur
laires rayonnantes qui s’attachent à la carapace, et un autre muscle situé en arrière entre la carapace, le bouclier sternal et le membre postérieur, qui sont des muscles à l’aide desquels a lieu la respiration; l'inspiration se fait par une dilatation véritable de la poitrine, et non par déglutition. Cette inspiration est aussi, au moins chez les Tortues de terre proprement dites et chez les Tortues cryptodères, facilitée par les mouvements des membres. Le rhythme respiratoire est singulier, ainsi que l’ont montré les expériences de Paul Bert (fig. 98).
Ponte. — Les Tortues pondent des œufs qui, par leur forme et leur apparence, ressemblent tout à fait à des œufs d'Oiseaux;la coquille enest dure, résistante, toujours de couleur blanche; elle n’estjamais membraneuse, flexible, comme on le voit chez les Lézards'et chezles Serpents. La forme et le nombre de ces œufs varient suivant les groupes.
Chez les Tortues de terre proprement dites les œufs sont généralement sphériques, tandis qu'ils sont toujours plus allongés chez les Tortues de marais ou Tortues paludines de Duméril et Bibron; les œufs de Tortues de fleuve, gymnopodes et cryptopodes, ont une forme sphérique et la coque en est plus fragile que celles des autres Tortues ; chez les Tortues de mer les œufs sont également sphériques, comme des balles, et ont parfois jusqu’à trois pouces de diamètre. Les œufs des Tortues diffèrent de ceux des Oiseaux en ce que le blanc ou albumen ne se coagule pas; cet albumen a fréquemment une teinte légèrement verdâtre ; il est parfois inodore, parfois, au contraire, imprégné d’une odeur qui rappelle celle du muse, ainsi qu'on le remarque pour plusieurs Tortues de mer. L’éclosion des œufs est laissée au hasard, l'animal ne s’occupant pas de ses petits ; la ponte a parfois lieu en quelques endroits spécialement choisis par les femelles, ainsi que nous le dirons lorsque nous aurons à nous occuper des Tortues de terre.
VWitalité. — Les tortues sont, de tous les Reptiles proprement dits, peut-être ceux chez lesquels la division du travail physiologique et la localisation des diverses fonctions est portée au moindre degré. Certains Chéloniens peuvent rester un laps de temps réellement considérable sans respirer ; après les mutilations les plus effroyables, ils peuvent se mouvoir pendant des mois encore et exécuter ainsi certaines manœuvres semblables à celles des
Fig. 95. — Graphique dé la respiration d’une Tortue (*).
individus indemnes. Des Tortues décapitées se meuvent pendant plusieurs semaines : lorsqu'on les touche, par exemple, elles retirent leurs pattes sous leur carapace ; une Tortue à laquelle Rédi avait enlevé le cerveau se traîna encore pendantsix mois; dansle Jardin des Plantes à Paris, une Tortue marécageuse vécut plusicurs années sans prendre aucune nourriture.
Kersten relate des faits qui confirment ce que nous avons ditprécédemment : « Nous nous sommes donné beaucoup de peine, dit-il, pour trouver une manière quelconque de tuer les Tortues que nous voulions placer dans nos collections, en les torturant le moins possible et en évitant autant que faire se pouvait d’endommager la peau et la carapace; mais leur vitalité déjoua tous nos efforts. Il ne nous resta finalement qu’à scier circulairement, sur les côtés, la carapace résistante dans laquelle se réfugiait l'animal en vie, puis à déterminer la mort en lésant seulement alors les parties nobles. J’entrepris plus tard des expériences nombreuses dans le but de rechercher le procédé le plus propice pour tuer ces Chéloniens. Je plaçai l'animal, la tête en bas, dans un seau rempli d’eau, je serrai le cou dans un lacet aussi solidement que possible: mais même après avoir été privé d'air pendant des jours, l'animal vécut encore aussi sain que précédemment; j'enfonçai une forte aiguille entre la tête et la première vertèbre cervicale et je la remuai de côté et d'autre afin de séparer l’encéphale de la moelle : vains efforts, la Tortue demeura vivante. J’essayai de l’empoisonner : à l’aide d’un tube de verre effilé, j'insufflai de l'alcool dans la bouche et dans les cavités buccales et nasales, je répétai cette manœuvre avec une solution empoisonnée de cyanure de potassium, j'insufflai même cette redoutable liqueur dans les cavités oculaires et dans des points limités où la peau avait été dénudée: à ma grande stupéfaction la Tortue resta en vie. La décollation, elle-même, n'atteint pas le but
(*) 1, animal avec les pattes étendues au maximum; 2, animal libre (d'après P. Bert),
proposé; car, pendant des jours encore, la tête décapitée mord aux alentours, et les membres s’agitent avec le tronc pendant un temps assez long. Le seul moyen qui paraît efficace pour tuer une Tortue sans l'ouvrir consiste à la plonger dans un mélange réfrigérant ; car ces animaux, qui d’ailleurs ont la vie si dure, sont absolument vulnérables au froid. »
Intelligence. — Il est évident que des animaux chez lesquels l’encéphale est si peu développé ne peuvent occuper un rang bien élevé au point de vue des fonctions psychiques; néanmoins, les Tortues témoignent à cet égard d’une capacité supérieure à celle qu’on serait tenté de leur attribuer a priori si l’on voulait juger de leurs facultés intellectuelles d’après le volume exigu de leur cerveau. Leur intellect est plus développé, leur excitabilité psychique plus grande qu'il ne semblerait tout d'abord. Certaines Tortues de terre reconnaissent les personnes qui les soignent et arrivent lorsqu'elles sont appelées.
Captivité. — Depuis les temps les plus reculés, on garde des Tortues en captivité. Il faut, du reste, pour les élever, plus de soins et de précautions qu’on ne le suppose ordinairement. Malgré leur étonnante vitalité, les Tortues sont sujettes à maintes maladies qui dépendent principalement des soins insuffisants donnés pendant la captivité. Fischer, auquelon doit de nombreuses observations au sujet des Tortues maintenues en captivité, écrit ceci:
« On fait beaucoup de tort à ces pauvres créatures en s'imaginant que leur surprenante vitalité répond à une santé très solide. Non, les Chéloniens sont très sensibles à des influences extérieures qui sembleraient insignifiantes. Ils ne pâtissent que lentement. Et c’est là ce qui conduit à croire qu'ils peuvent tout supporter. »
Ennemis. — Lacépède qui, à la fin du siècle dernier, a publié des travaux sur les Reptiles, considère la carapace des Tortues, non seulement comme une demeure, mais encore comme une relraite défensive, une
forteresse, dans laquelle l'animal peut se meltre à l'abri de ses nombreux ennemis.
« La plupart des Tortues, écrit ce naturaliste, retirent quand elles veulent leur tête, leurs pattes et leur queue, sous l'enveloppe dure et osseuse qui les revêt par dessus et par dessous, et dont les ouvertures sont assez étroites, pour que les serres des oiseaux vora-
ces, ou les dents des quadrupèdes carnassiers |
n'y pénètrent que difficilement. Demeurant immobiles dans cette position de défense, elles peuvent quelquelois recevoir sans crainte, comme sans danger, les attaques des animaux qui cherchent à en faire leur proie. Ce ne sont plus des êtres sensibles qui opposent la force à la force, qui souffrent toujours par la résistance et qui sont plus ou moins blessés par leur victoire même; mais, ne présentant que leur épaisse enveloppe, c’est en quelque sorte contreune couverture insensible que sont diri-
gées les armes de leurs ennemis; les coups qui |
les menacent ne touchent, pour ainsi dire, que sur la pierre, et elles sont alors aussi à l'abri sous leur bouclier naturel qu’elles pourraient l'être dans le creux profond et inaccessible d’une roche dure. »
Ce sont là des descriptions élégantes et ingénieuses, mais qui sont loin de la vérité. Déjà Rechstein, qui a traduit en allemand les œuvres de Lacépède, fit observer que les Tortues terrestres trouvent dans le Jaguar, comme les Tortues marines dans le Requin, un ennemi qui peut devenir pour euxbien plus dangereux encore que l’homme;nous savons d'ailleursque non seulement le Jaguar, mais encore le Tigre, détruisentmême de grands Chéloniens, et que les Adjags, sorte de chiens sauvages des îles de la Sonde, massacrentles Tortues marines; les carnassiers de la race féline retournent les Chéloniens pour les manger à leur guise eten tirer les parties charnues à l’aide de leurs griffes; des Porcs engloutissent des Chéloniens, malgré leur carapace, alors qu'ils sont jeunes; les Chats ont été pour beaucoup dans la destruclion des Tortues que l’on rencontrait autrefois en abondance dans certaines îles; nous sayons aussi que de grands Oiseaux de proie, comme le Vautour barbu, saisissent les pelites espèces et les emportent très haut dans les airs pour les laisser choir sur les rocs à plusieurs reprises jusqu’à ce que la carapace se brise; outre ce puissant oiseau de proie, des Buses et des Faucons, des Corbeaux et des Hérons, dévorent au moins les jeunes Tortues. On ne
sait pas aclucllement à quels ennemis encore les animaux revêtus de carapace peuvent être exposés ; mais, sans aucun doute, leur nombre est plus grand que ne l’indiquent les données précédentes.
Wortues fossiles. — Dès la fin de l’époque jurassique, c’est-à-dire pendant les temps secondaires, les Tortues sont représentées par tous les groupes, à l'exception des Tortues de terre proprement dites. D’après Rülimeyernous trouvons à cette lointaine époque des Emydidées cryptodères, telles que les Zhalassemys, les Tropidemys, les Platychelys et des Pleurodères parmi lesquelles nous citerons les genres Plesiochelys et Craspedochelys ; les Hydropelta rappellent les Chélydres, animaux de l'Amérique équinoxiale, qui, parleur carapace incomplète, méritent de former un groupe distinct parmi les Tortues. On trouve également des Tortues de marais et des Tortues de mer, £urysternum.
À l’époque du Weald, c’est-à-dire pendant que se formaient les couches d’eau douce qui forment passage entre les terrains jurassiques et les terrains crétacés, vivaient des espèces qui rappellent les Emydes et les Trionyx de l’époque actuelle. Les Plewrosternon qui vivent à cette époque sont caractérisés par un bouclier déprimé, et par un sternum sans ouverture, composé de onzeetnon deneuf os, comme chez les espèces actuelles.
Pendant l'époque de la craie proprement dite
| nousretrouvons le type Chélydre avec le genre
Palæochelys des terrains crétacés inférieurs du cap de la Hève; ce genre se caractérise essentellement par la présence de huit côtes; le genre Pleuropholis, de la craie de Gosau, appartient au même type. On trouve également de vraies Chélones, des Emydes, des Trionychidées. Les Adonis de la craie des Élats- Unis représentent les Emydes; la Chélone
| d'Hoffmann caractérise la craie supérieure de
Maestricht.
C’est à l'époque tertiaire inférieure ou éocène que semblent apparaître pour la première fois les vraies Tortues de terre; le genre Testudo proprement dit a été trouvé par Cope dans les terrains tertiaires de l'Amérique du Nord; les vraies Chélones sont de l’argile de Londres et du terrain bruxellien, c’est-à-dire de la base des terrains tertiaires; nous connaissons de l’époque tertiaire tous les types qui vivent actuellement.
Dans les contreforts inférieurs de l'Himalaya
| on trouve, dans des couches appartenant in-