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contestablement aux terrains tertiaires, et mélangés à des mammifères d'espèces perdues, :
des débris de Tortues terrestres vraiment gigantesques; ces Tortues dont la carapace atteignait jusqu’à 4 mètres de long et 3 mètres de haut sont désignées sous le nom de Colossochelys Atlas; on a découvert en Amérique des sortes d'animaux qui indiquent des espèces de taille tout aussi gigantesque. On trouve enfin, à l’état subfossile, des Tortues bien plus grandes que celles qui existent aujourd’hui; ces Tortues ayant vécu à l'époque historique et n'étant détruites qu’à une époque relativement récente, nous en parlerons en faisant l’histoire particulière du genre et des espèces qui composent le groupe des Chéloniens. C’est à ce dernier groupe qu’il faut également rapporter le genre Motochelys trouvé dans les terrains terliaires d'Australie.
Distribution géographique.— Strauch fournit des renseignements précis sur les espèces de Tortues actuellement vivantes. En 1865, ce naturaliste estimait à 194 le nombre des espèces de Chéloniens cônnues et suffisamment établies dans la science; il répartit ces | animaux entre 7 domaines différents et bien | délimités. Six espèces vivent dans la première région qu'il appelle méditerranéenne et qui embrasse l’Europe méridionale, une partie de V’Asie occidentale ettoutle bord septentrional de l’Asie; trente-deux dans la seconde région, l’Africaine, qui comprend, à l'exception de la zone septentrionale, tout le continent de l’Afrique et les îles avoisinantes; cinquante-quatre dans la troisième, l’asiatique, à laquelle se rattachent aussi les îles correspondantes; huit dans la quatrième, celle de l'Australie ; trente- | deux dans la cinquième, celle de l'Amérique septentrionale, qui comprend aussi l'Inde oc- | cidentale et les îles de Galapagos; quarantequatre dans la sixième, celle de l’Amérique septentrionale et centrale; enfin cinq dans la seplième, celle de la mer. Entre les deux tropi-
ques se trouvent soixante-six espèces ; dans la région traversée par le tropique du Cancer, | trente-cinq; dans celle que coupe le tropique
du Capricorne, vingt-six; au nord du tropique | du Cancer, quarante-deux; au sud du tropique | du Capricorne, sept; dans l'hémisphère orien- | tale habitent quatre-vingt-dix-huit espèces ; dans l'hémisphère occidental soixante-dix-huit. Il y a treize espèces dont on ne connaît point | la patrie. Deux espèces de Tortues marinesont | été capturées dans toules les mers, à l’excep-
lion de la mer Noire; les autres espèces de cette famille ont un domaine relativement limité.
Habitat. — Des données précédentes il résulte que les Chéloniens se trouvent soumis aux lois générales de la répartition des Repliles. Dans les contrées chaudes et abondamment pourvues d’eau ils présentent la plus grande variété; pas une espèce ne pénètre jusqu’au cercle polaire. Ces animaux peuvent bien supporter la chaleur torride et la sécheresse, mais non le froid. Ils ont pour résidence les cours d’eau, les fondrières, les marécages, les forêts ombreuses et humides et même les steppes et les déserts, enfin la mer.
Légendes. — Les écrits anciens nous permettent non seulement de jeter un coup d'œil sur les connaissances qu’on possédait alors au sujet des Chéloniens, mais encore de fixer notre attention sur quelques détails historiques. Comme on peut s’en convaincre aisément, les animaux en question étaient bien connus des anciens: néanmoins leurs récits renferment des données que nous traitons aujourd’hui de fables : reste à savoir si c’est toujours à tort ou à raison. Cicéron se moque du poète Pacuvius parce qu’il remplace l’expression de tortue, qui est connue de tout le monde et qui ne prête à aucune équivoque, par la périphrase suivante : « Un être muni de quatre pattes, peu élevé, vivant sur terre, à marche lente, à tête courte, à cou de serpent, possédant des yeux mutins, dépourvu d’intesüins et d'intelligence, et dont la voix offre un caractère d’animalité. » Aristote, qui décrit la ponte, rapporte que la mère couve les œufs qu’elle a pondus, retourne au nid au bout de trente jours exactement, déterre ses œufs, ouyre leur coque et conduit les pelits à l’eau; il prétend aussi que les Tortues, après avoir mangé de la vipère, font immédiatement usage de l’origan pour se préserver de l'influence néfaste de leur précédent repas. Certains auteursaffirment que les yeux des Tortues rayonnent au loin, et que leurs cristallins clairs, blancs etbrillants, servent, après avoir été enchâssés dans l'or, à fabriquer des colliers très appréciés.
Julius Gapitolinus nous apprend qu’à Rome les princes de la famille impériale se sont baignés dans des carapaces de Tortues. « La mer des Indes, dit Pline, produit des Tortues d’une telle grandeur que l’écaille d'une seule suffit pour former le toit de cabanes habitables; la
navigation des îles de la merRouge se fait particulièrement avec ces écailles, qui servent de barques. »
Diodore de Sicile, en parlant des peuples Chélonophages ou mangeurs de Tortues, qui habitent de petites îles de la Méditerranée, non loin du {erritoire africain, écrit que :
« Ces peuples se servent des écailles, qui ont à peu près la forme d’une barque, soit pour se transportersur le continent où ils vontchercher de l’eau douce, soit pour se faire une sorte de hutte, et les plaçant dans une position inclinée sur les lieux élevés, et le côté plat tourné en dehors. Ainsi, la nature, par un seul bienfait, semble leur avoir donné les moyens de satisfaire à une foule de besoins, puisqu'ils trouvent à la fois dans un même objet un aliment, une maison, un vase et un navire (1). »
Auguste Duméril (2) cite les vers suivantstirés du curieux ouvrage sur la Septmanie ou Création du monde, publié en 1582, par Guillaume de Salluste, seigneur du Bartas.
A peine le marchand de Lisbonne ou de Tyr Peut une seule nef de maint arbre bastir.
Mais l’Arabe pescheur bastit tout un navire D'une seule tortue, et, mesnager, retire
D'’elle tant de profits, que son couvercle fort Luy sert de nef sur l’eau et d’hostel sur le port.
On sait que la lyre, qui est regardée comme le plus ancieninstrument à cordes, futinventée, d’après Pausanias, par Mercure qui, ayant trouvé une Tortue sur le mont Chelydora, fit une lyre de la carapace. Pausanias raconte, en outre, que sur les hauteurs du Parthénon, il y a des Tortues dont la carapace permet de produire des sons très agréables, mais qu’on ne peut emporter ces animaux qui sont consacrés au dieu Pan. Le récit de Pausanias a généralement été regardé comme véridique par tous les poètes de l’antiquité qui ont fait souvent, par une licence poétique, Tortue synonyme de lyre; Homère, Horace, Virgile, Properce attribuent tous l'invention de la lyre à Mercure :
Mercuri….
Te canam, magni Jovis et Deorum Nuntium, curvæque lyræ parentem (3),
s’écrie Horace.
(1) Diodore de Sicile, traduction Miot de Melito. (2) Duméril, les Reptiles utiles (Revue nationale, 1860).
(3) «Je te chante, Mercure, messager des Dieux et du |
grand Jupiter, inventeur de la lyre recourbée. »
« Suivant Lucien, cependant, ce n’est pas à Mercure que l'invention de la lyre doit être altribuée, mais à Apollon, qui, ayant trouvé une Tortue morte, ajouta à la carapace, dit l'historien grec, des bras qu'il réunit par une traverse; elle lui servit pour fixer à l'extrémité supérieure des cordes, qu'il attacha par l’autre bout à la carapace, et il obtint ainsi une puissante harmonie (4). »
Classification. — Dans leur important ouvrage sur les Reptiles, véritable monument élevé à l'Erpétologie, G. Duméril et Bibron divisent les Tortues en quatre familles.
Chez les espèces exclusivement terrestres, la carapace est toujours bombée; les doigts sont réunis, empâtés en une sorte de moignon qui ne peut servir que pour la marche. Certaines Tortues, quoique pouvant vivre à la fois sur la terre et dans l’eau, recherchent cependant de préférence les endroits bas et humides, les marécages; elles sont faites pour nager et pour plonger avec facilité ; leur cara-
| pace est, en effet, généralement moins bom-
bée que chez les Toîtues de terre; les doigts sont distincts, mobiles, garnis d'ongles et
| réunis entre eux par une membrane plus ou
moins lâche. D'autres espèces encore, qui habitent exclusivement les grands fleuves des pays chauds,sont conforméespour unenatation rapide, et ce n’est qu’exceptionnellement qu’elles se traînent sur le rivage; leurs pattes sont fort aplaties; le corps, très déprimé,
| n’est plus revêtu par une carapace osseuse el
solide, mais bien par une peau lisse, molle, coriace ; le sternum est joint à la carapace par un cartilage. Des Tortues enfin habitent la haute mer et ne viennent sur la rive qu'à des époques déterminées et pour effectuer leur ponte ; comme chez les Tortues de terre, les doigts sont presque immobiles; les membres sont aplatis, déprimés, étalés comme des rames ; la disposition des pattes et la forme déprimée du corps, toujours rétréci à l’arrière, sont admirablement disposés pour une natation des plus rapides.
Partant de ces données, C. Duméril et Bibron admettent quatre familles dans les Tortues :
les Tortues de terre ou Chersites: les Tortues de marais, Tortues paludines ou Elodites; les tortues de fleuves ou Potamites; les Tortues de mer ou Thalassites. Suivant que la tête peut rentrer directement sous la carapace,
(1) A. Duméril, Les Reptiles utiles (Revuenationale, 1860).
ou qu'elle est rejetée de côté, les Elodites |
sont partagées en Cryptodères et en Pleurodères ; ces dernières sont plus exclusivement aquatiques que les premières dont certaines espèces rappellent, par leur forme, les Tortues terrestres.
Cette transition entre les Tortues de terreet les Tortues de marais qui composent la section des Cryptodères est à ce point insensible, par les Manouria principalement, que la plupart des naturalistes modernes réunissent ces deux groupes sous le nom commun de Chersemydina ; ils admettent comme une tribu bien
distincte les Elodites pleurodères de C. Duméril
et Bibron, tribu à laquelle ils donnent le nom de Chelydina ; les deux tribus sont réuniessous lenom commun de T'estudinida. La famille des Tortues de fleuve est conservée et prend le nom de Zrionychida. Quant à la famille des Tortues de mer, on admet généralement une tribu distincte, celle des Sphargidina, pour une singulière espèce connue sous le nom de Luth ou de Tortue à cuir; avec la tribu des Chelonina, cette tribu constitue la famille des Chelonida.
C'est de l’histoire générale et particulière de ces trois familles qu’il va être question dans les pages qui suivront.
LES TESTUDINIDÉES — 7ESTUDINIDÆ
Caractères. — Les Testudinidées se caractérisent par le corps plus ou moins bombé, la carapace et le plastron étant toujours revêtus de plaques écailleuses. Les pattes, destinées à la marche ou à la natation sont armées d’ongles de forme variée ; les pattes antérieures ont généralement cinq ongles, jamais moins de quatre ; les pattes postérieures ont presque toujours quatre ongles, rarement cinq et tout à fait exceptionnellement trois.