LE TRITON À VENTRE ROUGE — TRITON PYRRHOGASTER
Caractères. — Le Triton à ventre rouge ou Triton à petite crête (Zriton subcristatus) ressemble beaucoup par sa forme au Triton vulgaire ; l’arcade fronto-squammosale est cependant osseuse, tandis qu’elle manque dans cette dernière espèce.
Le corps est arrondi chez les femelles, un peu comprimé sur le dos chez les mâles; il n'existe pas de crête dorsale; on voit seulement, chez les animaux des deux sexes, une légère saillie le long du dos produite par le grand développement des processus épineux des vertèbres. La queue est fortement comprimée pendant la saison de la ponte, et porte, principalement chez le mâle, une crête à son bord supérieur et à son bord inférieur. La tête est large, plate en dessus; le museau est obtus. La peau est généralement verruqueuse ; les parotides sont bien distinctes. Le dessus du corps est d'un brun foncé, ou d’un brun olivâtre ; le ventre est coloré en rouge carmin relevé par des taches noires, ainsi que le dessous des pattes.
Distribution géographique. — Cette charmante petite espèce se trouve au Japon et dans les monts Kiukiang, en Chine.
Mœurs, habitudes, régime. — D'après Tschudi, le Triton à ventre rouge, ou Wimari des Japonais, est commun dans les eaux stagnantes, dansles champs de riz inondés. Geerts rapporte également que cette espèce se trouve presque partout au Japon, dans les sources des montagnes, ou le long des rochers humides, courverts de mousse. L'examen de plusieurs de ces animaux conservés à la ménagerie du Muséum de Paris, nous a montré qu'ils ont absolument les mœurs de notre Triton vulgaire. ]
D’après Geerts, le Triton à ventre rouge porte au Japon le nom d’/Z-mori, qui veut dire garde-puits, la croyance populaire étant que
L'EUPROCTE MONTAGNARD.
l’eau d’un puits est préservée de l'infection si on y jette un ou deux de ces petits animaux.
Son nom scientifique japonais est Vei-Gen, ou Gen-Koku-gyo, ou lya-i, littéralement médecin des Serpents, le vulgaire attribuant à ce Batracien la vertu de guérir les Serpents blessés ; on prétend que la Salamandre mâche des herbes pour en couvrir leurs blessures.
LES EUPROCTES — EUPROCTUS
Caractères. — Les Euproctes, que beaucoup de zoologistes réunissentaux Tritons, ne diffèrent guère de ceux-ci que par la langue fixée en avant seulement, dès lors libre en arrière et sur les côtés.
L'EUPROCTE APRE. — EUPROCTUS ASPER.
Caractères. — Chez cette espèce, le corps est plus lourd que chez les Tritons proprement dits ; le dos, plus arrondi, ne présente jamais de crête; la queue est plus large et moins longue chez les mâles que chez les femelles; le dessus de la tête est plat, les yeux étant tournés en dessus ; toute la partie supérieure du corps est fort rugueuse, comme parsemée de petits tubercules saillants, coniques, noirâtres, qui rappellent un peu les pustules des Crapauds ; ces tubercules sont plus ou moins nombreux, plus ou moins rapprochés suivant le sexe, l’âge, la saison, l'habitat. Cette espèce varie, du reste, lellement qu'elle a été décrite sous des noms différents (Molge aspera, Euproclus Rusconi, pyrenæus, Triton asper, cinereus, rugosus, Bibroni, repandus, punctulatus).
Lorsqu'il est à l’eau, le Triton des Pyrénées ou Euprocte âpre a le dessous du corps d’une teinte plus ou moins obscure ; le ventre est d’un jaune orangé, parfois très vif. A terre, jeunes et adultes ont le dos armé de grandes marbrures d'un jaune de soufre; on voit parfois sur le dos une large bande sinueuse de couleur jaunâtre, tandis que sur d’autres individus la ligne dorsale est étroite. Le ventre est de couleur rougeâlre uniforme, ou ornée de gros points de teinte foncée ; il est parfois coloré en gris uniforme avec de petites taches blanchätres.
habitudes, régime. — Suivant F. Lataste, qui a si bien étudié les Batraciens de nos pays, l'espèce que nous décrivons se rencontre dès les premiers jours de juin, alors même que la neige n’est pas encore fondue, car elle semble se complaire dans les hautes alti-
Mœurs,
tudes, jusqu'à 2,500 mètres ; on la trouve sous les pierres plates et parmi les plantes aquatiques au bord des lacs situés dans les hautes régions des Pyrénées.
L'EUPROCTE DE POIRET. — EUPROCTUS POIRETI.
Caractères. — L'Euprocte ou Triton de Poiret, qui arrive généralement à la taille de 02,20, a le corps de couleur olive-brunâtre en dessus, jaunâtre ou rouge-jaunâtre en dessous, parfois avec des marbrures brunes. Le corps est arrondi, un peu déprimé sur le dos, le long duquel se trouve un faible sillon. La peau est fortement granuleuse, surtout dans la région des parotides. La tête est large, déprimée, le museau arrondi ; les yeux sont petils. La queue est comprimée, plus longue que la tête et le corps réunis. Les dents palatines forment une série recourbée en fer à cheval.
Mœurs, distribution géographique. — Cette espèce, dont les mœurs sontabsolument celles de nos petits Tritons de France, n'a encore été trouvée qu’en Algérie.
L'EUPROCTE MONTAGNARD. — EUPROCTUS MONTANUS.
Caractères. — Cette espèce se distingue de celle que nous venons de faire connaître en ce que l'arcade fronto-squammosale est ligamenteuse, au lieu d'être ossifiée; les dents palatines forment, par leur ensemble, un À renversé; la langue, assez grande, de forme circulaire, est protractile. La tête, large, déprimée, est plus longue chez le mäle que chez la femelle; le corps est arrondi; la queue, qui est comprimée, est plus courte que la tête et le tronc réunis. La peau est finement granuleuse en dessus, lisse en dessous; les parotides sont très marquées. La couleur est d’un brun uniforme ou noirâtre avec des marbrures de couleur moins foncée; certains individus ont une ligne jaunätre le long du dos. La taille est d'environ 0%,15.
Distribution géographique. — L'Euprocte montagnard, particulier à la région montagneuse de la Corse, peut s'élever à une grande hauteur ; c’est ainsi qu'il a élé trouvé dans le lago d’Argento, au mont Cinto, à 6000 pieds d'altitude.
LES PLEURODÈLES.
LES PLEURODÈLES — PLEU- RODELES
Rippenmolche.
Caractères. — Le genre Pleurodèle, établi par Michahelles en 1830, ne comprend qu’une seule espèce, le Pleurodèle de Watl (P/eurodeles Watt).
Cet animal est svelte, bien que le corps soit assez fort, surtout dans sa partie médiane ; la tête est un peu plus longue que large, déprimée, le museau obtus, surtout chez les femelles ; il n'existe pas de crête dorsale; la queue est aplatie, plus longue que le corps, émoussée et arrondie à son extrémité avec une crête basse en haut et en bas. La peau est rugueuse; de chaque côté des flancs se voient une série de grosses tubérosités ; il existe un collier gulaire très marqué (fig. 468).
Michahelles décrit la couleur du Pleurodèle comme étant d’un brun sale, tirant sur le grisètre, avec des taches peu apparentes sur le dos, le ventre étant d’un jaune d’ocre, sur lequel se détachent des points de couleur grisnoirâtre. D’après Duméril, la face supérieure est gris-verdâtre avec des bandes jaunâtres transversales et longitudinales ; les tubercules des flancs sont entourés d’une auréole rougeâtre; le ventre est jaunâtre, nuancé de sombre et orné de bandes transversales d’un noir verdâtre ; on voit aussi des taches jaunes sur la tête, qui est colorée en gris sombre.
Schreiber, qui a observé de nombreux Pleurodèles vivants, dit que la couleur générale de la face supérieure est habituellement d’un ocre jaune sale qui, chez les femelles âgées, tourne au grisätre, chez le mâle au rougeûtre, parfois au noirâtre ou au brun-olivâtre ; la face inférieure est généralement plus pâle que la face supérieure ; elle est ornée de petitestaches irrégulières, noirâtres, qui peuvent se réunir de manière à former de grands espaces de couleur foncée. Le bord inférieur de la queue et les extrémités des doigts sont jaunâtres, le sommet des verrues est noir, brillant, corné. Les animaux jeunes se distinguent des adultes par le dos de nuance plus claire, tirant sur le rouge brique, et par le ventre de couleur uniforme.
Les larves sont de couleur jaune clair, avec des taches nombreuses d’un gris cendré un peu sombre; le ventre, de couleur blanchâtre,
est moucheté de petits points gris largement disséminés. Des trois panaches branchiaux, le moyen est le plus court, tandis que le postérieur, qui est le plus long, s'étend jusqu’à la racine du membre antérieur. La queue, à peu près de la longueur du corps, très aplatie latéralement, est bordée supérieurement par un large rebord. La peau est presquelisse.
Cette espèce peut atteindre la taille de 0,30. Au moment de la métamorphose, les pelits ont 0%,6 de long.
À ces caractères nous devons ajouter que l’arcade fronto-squammosale est osseuse, que la langue est petite, presque circulaire, libre dans sa partie postérieure et latéralement; les dents palatines sont disposées suivant deux rangées allongées, à peine courbées, divergeant seulement un peu en arrière.
Le Pleurodèle de Watl présente plusieurs particularités ostéologiques intéressantes. Les côtes sont apparentes en dehors sur les flancs et percent souvent même la peau, au niveau des gros tubercules dont nous avons parlé. Il existe 56 vertèbres ; les côtes sont au nombre de 14 paires.
Distribution géographique. — Cette espèce, d’abord signalée aux environs de Madrid, a été trouvée en d’autres points de la péninsule ibérique; elle vit également aux environs de Tanger.
Mœurs, habitudes, régime. — Wall, qui a découvert le Pleurodèle, a recueilli cet animal dans des citernes d'Andalousie ; ces réservoirs ont jusqu’à 6et même 30 mètres de profondeur. Depuis, l'espèce a été retrouvée dans des marais et dans des étangs.
Les Pleurodèles se reproduisant régulièrement à la Ménagerie des reptiles du Muséum de Paris; nous avons pu les observer pendant plusieurs années.
Ces animaux habitent un assez vaste aquarium dans lequel se trouve environ 0", 40 d’eau. La possibilité d’aller à terreleur a été laisséeau moyen de vases à fleurs et de briques creuses posées sur une dalle d’ardoise supporlée par des meulières ; ce terre-plein est constamment humide; des tradescantias y sont plantés et retombent en parlie dans l'eau.
En temps ordinaire, beaucoup de Pleurodèles se tiennent à terre, cachés sous le feuillage, dans les endroits un peu obscurs; d’autres, et c’est souvent le plus grand nombre, se retirent dans les briques creuses; ils y sont parfois
! pelotonnésplusieurs ensemble. Certains d'entre
LES CHIOGLOSSES.
El
Fig. 468. — Le Pleurodèle de Watl (2/3 grand. nat.).
eux se tiennent au fond de l'aquarium ; on les voit alors monter de temps en temps et lentement vers la surface de l’eau; les membres sont collés au corps et la progression se fait par les mouvements latéraux de la queue; pendant un instant très court, l’animal fait sortir l’extrémité de son museau, puis, donnant un coup brusque avec sa queue, il redescend lentement vers le fond, tout en lâchant quelques bulles d'air. Sur le fond de l’aquarium, la progression a lieu à l’aide des membres, et le corps est légèrement soulevé au-dessus du sol.
La nourriture se compose de Vers de vase que les Pleurodèles recherchent avec avidité ; leur manière de prendre leur proie est absolument celle des Tritons.
La ponte a élé observée par le professeur Léon Vaillant. Elle a lieu vers la fin de février ou dès les premiers jours de mars. Les œufs sont irrégulièrement groupés, soit sur les meulières qui garnissent une partie du fond de l'aquarium, soit sur les feuilles et les tiges des tradescantias qui se trouvent dans le bassin; ces œufs sont « libres et rappellent assez, par leur aspect, ceux des Axolotls; le diamètre de la sphère albumineuse est d’environ 8 à 10 millimètres, l'œuf lui-même en mesurant 2. Il présente, dans l’état le moins
blanchätre, l’aulre moitié étant noire avec un point central blanc-jaunâtre. Au bout de quelques jours, toute la masse prend cette dernière teinte. »
Comme chez tous les Tritons, au moment de la ponte le Pleurodèle est exclusivement aquatique ; la queue, chez les mâles,se modifie sensiblement alors, parsuite du développement de crêtes membraneuses.
LES CHIOGLOSSES — CHIOGLOSSA
Caractères, — Barboza du Bocage a fait connaître, en 1864, sous le nom de Chioglosse lusitanique (Chioglossa lusitanica) un animal qui ressemble assez, sauf sa taille, toujours beaucoup plus petite, à une Salamandre terrestre, mais qui en diffère essentiellement parce que la langue, large, de forme ovalaire, supportée par un pédicule médian et protractile, n’est libre que dans une partie du bord postérieur.
Le corps est cylindrique, la tête déprimée, plus longue quelarge, le museau court, arrondi; les yeux sont assez grands, proéminents; la queue, d’abord arrondie, devient progressivement comprimée; elle est plus longue proportionnellement chez les individus jeunes
avancé où on a pu l’observer, une demi-sphère | que chez les adultes. La peau est lisse; il existe
LES SALAMANDRINES.
un pli gulaire bien marqué; on remarque sur les flancs quelques sillons verticaux. La couleur est d’un brun foncé, le ventre étant de nuance plus claire; les flancs sont ornés de deux bandes d’un jaune rougeâtre qui se continuent sur la queue.
Mœurs, Distribution géographique. — Cette espèce, dont les mœurs sont celles de la Salamandre terrestre, n’a encore été trouvée qu’en Portugal et dans le Nord-Ouest de l’Espagne.
LES SALAMANDRINES — SALAMAN- DRINA
Stummelsalamander.
Caractères. — Le caracière le plus saillant de ce genre, établi par Filzenger, est de n’avoir que quatre doigts aux pattes de derrière. Ajoutons que la langue est large, entière, libre dans toute son étendue, à l'exception de la partie antérieure, que les dents palatines sont implantées suivant deux séries parallèles en avant et divergentes en arrière ; que l’arcade frontosquammosale est osseuse; que le maxillaire et le ptérygoïdien sont séparés.
La seule espèce du genre, la Salamandre à lunettes (Salamandrina perspicillata), est un animal de petite taille, 8 centimètres environ, au corps allongé, à la queue longue et terminée en pointe, à la peau peu tuberculeuse, à la tête fort distincte du tronc. Le corps est tout noir en dessus, excepté sur la tête, où se voit une ligne courbe, en fer à cheval, d’un jaune roux dont la pointe est en arrière et les deux branches dirigées vers les yeux; le dessous du ventre est blanchâtre avec des taches noires la gorge est noire avec une tache blanche ; le dessous des pattes et de la queue est d’un beau rouge de sanguine (fig. 469).
Distribution géographique. — L'Italie, les îles qui géographiquement en dépendent et, d’après Grey, la Dalmatie, sont la patrie de la Salamandrine.
Riœurs, habitudes, régime. —C'’esten1863 seulement que nous avons eu quelques renseignements sur cette charmante espèce; ils sont dus à Ramorino. En 1868, Salvadori nous a également fait connaître quelques particularités sur la Salamandrine.
Cet animal est abondant dans les environs de Gênes, principalement sur les collines qui s’étendent en amphithéätre de la mer aux envi-
rons de cette ville. De ces montagnes descendent des ruisseaux qui, aprèsles pluies d'orage, se changent en torrents, pour se dessécher plus tard et se transformer en petits marécages dans lesquels vivent des myriades d'insectes. C’est au voisinage de ces eaux que se trouvent sous les pierres ou dans la vase humide les Salamandrines. Ces animaux sortent de leur retraite au printemps et en automne pendant les jours pluvieux, pendant l'été au moment des orages; iln’est pas rare de les trouver, même au mois de janvier, alors que la température est douce. Leur nourriture se compose principaiement de Fourmis, d'Araignées, de petits Vers.
Dès les premiers beaux jours, en mars ou en avril, les Salamandrines se rendent à l’eau pour pondre. Les premières femelles arrivées choisissent de préférence les endroits voisins des parois rocheuses qui protègentleurs œufs contre les courants; les autres femelles pondent sur les feuilles qui se trouvent sur le fond, le long des branches qui pendent dans l’eau. Il arrive très souvent que par une crue subite et torrentueuse du ruisseau, les œufs sont entraîinés vers la mer. D’après Lessona, les femelles seules vont à l’eau. Les œufs sont entourés d’une masse glaireuse et ressemblent à ceux des Grenouilles.
A la température de 15 degrés, on voit apparaîlre après vingt-huit heures le rudiment du sillon dorsal, vingt-quatre heures plus tard, le renflement dorsal. Après le vingtième ou le vingt-deuxième jour, la larve, qui commençait à se mouvoir le dixième ou le douzième jour, se débarrasse de son enveloppe muqueuse et sombre alors au fond de l’eau; si on vient à la toucher, elle nage avec rapidité, pour se reposer de nouveau; vers la fin du troisième jour après l’éclosion, on remarque que la larve se maintient au fond à l’aide de deux appendices qui agissent à la façon de disques adhésifs.
C'est vers le cinquième jour que l’évolution de la larve est achevée.
Les larves des Salamandrines sont beaucoup plus paresseuses et plus sédentaires que celles des Grenouilles. Pendant longtemps elles restent au fond de l’eau appliquées contre une pierre. D’après les observations de Lessona, ces larves sont essentiellement carnassières ; elles dévorent des larves d’Insectes. Lorenzo Camerano, après avoir vu périr la plupart des Salamandrines qu'il tenait captives, eut l’idée de leur donner de la viande fort avancée; il la découpait en très minces filets qu'il attachait à
L'AXOLOTL.
l'extrémité d’un fil et qu'il promenait dans l’eau où se trouvaient ces animaux ; les larves s’emparèrent avec avidité de ces morceaux de viande; vers le cinquante-cinquième jour elles avaient achevé leur métamorphose; cinq jours auparavant les branchies étaient presque complètement atrophiées.
D'après Duméril, le prince Bonaparte rapporte que les paysans de la Tarantaise craignent. beaucoup ce Batracien, auquel ils attribuent l'antique préjugé de faire mourir les bestiaux quand ils l’avalent avec leurs aliments.
LES ONYCHODACTYLES — ONT- CHODACTYLUS
Caractères. — Tschudi à désigné sous ce nom des Urodèles chez lesquels les doigts sont pourvus d’un ongle, ce qui est une exception dans ce groupe de Batraciens. La langue est grande, arrondie, entière, libre seulement sur les bords; le palais est garni de dents disposées suivant une série sinueuse en forme d'M majuscule.
La seule espèce du genre, l'Onychodactyle japonais (Onychodactylus japonicus, unguiculatus, Schlegeli), arrive à la taille de 0,170. Le corps est cylindrique, la tête petite, plus longue que large, le museau arrondi; la queue est plus longue que le corps et la tête réunis, comprimée dans sa partie postérieure. Les yeux sont grands, proéminents. La peau est lisse, avec des plis plus ou moins saillants; il existe des parotides peu marquées.
La couleur est d'un brun grisâtre en dessus, avec une large raie d'un jaune rougeâtre ou d’un brun jaunâtre, s'étendant tout le long du dos ; les contours de cette bande sont irrégulièrement festonnés par des taches brunes ; la bande se continue sur la queue, mais sur la tête se bifurque; le dessus de la tête porte des marbrures noirätres. Le ventre est brun clair souvent semé de taches de couleur foncée.
Distribution géographique. — Cetteespèce spéciale au Japon, se trouve principalement dans les provinces du Centre et du Nord.
Usages. — D'après Geerts, la Salamandre onguiculée est très populaire dans ce pays, Car « elle jouit de la réputation d'être un excellent vermifuge pour les enfants. Les herboristes les recueillent dans le Sagami, le Sinano, le Tamba, le Tazima, le Iga, le Tosa, etc., etc., et les dessèchent pour l'usage médical. Au village d'Hakoné, dans la province de Sagami, on les
trouve pendues en séries, à de petits bâtons en bambou, dans presque toutes les boutiques.
Les nombreux voyageurs qui passent à cet endroil, situé au Tokaïdan, en achètent fréquemment pour en faire emploi.
Moœurs, habitudes, régime. — «J'ai moimême observé la Salamandre onguiculée dans les montagnes d'Hakoné et de Hata, près des ruisseaux et dans les fentes des rochers humides. Sa nourriture consiste en petits Mollusques, en Insectes et en Vers. Elle sort pendant la nuit de son refuge, et c’est aussi pendant la nuit que les montagnards vont la chasser. »
LES AMBLYSTOMES — AMBLYS- TOMA Caractères. — Les Amblystomes, qui font
partie de la sous-famille des Amblystomatinées, ont la langue ovalaire, marquée de plis rayonnants et libre latéralement; les dents palatines, chez l'adulte, sont disposées suivant une longue série insérée à la partie postérieure du vomer; le parasphénoïde ne porte pas de dents; les doigts sont au nombre de cinq à chaque membre; les vertèbres sont amphicéliennes, c'est-à-dire que les deux faces articulaires sont concayes, ainsi qu’on le voit chez les Poissons.
Distribution géographique. — D'après Boulenger, ce genre se compose de dix-sept espèces. L'Amblystoma persimile à été rapportée de Siam par Mouhot ; cette espèce n’est, du reste, connue que par un seul exemplaire, de telle sorte que son origine réelle reste douteuse.
Toutes les autres espèces viennent du Mexique et des États-Unis, Pensylvanie, Floride, Wisconsin, Texas, Ohio, État de New-York, Géorgie, New-Jersey, Californie, Nouveau-Mexique, Orégon, territoire de Washington, îles Vancouver, sud du Canada.
L'AXOLOTL. — 4MBLYSTOMA TIGRINUM.
Axolotl.
Historique, — La première notion que nous ayons de l’Axolotl date du commencement du dix-septième siècle. En 1600, Hernandez, dans son {istoire des animaux de la Nouvelle-E'spagne, parle d’un Poisson très commun dans le lac de Mexico, Poisson qu'il désigne sous le nom de Atolacalt et qu'il décrit comme une bête ayant une peau molle et quatre pattes comme les Lézards; le corps est noir, tacheté de brun,
L'AXOLOT L.
Fig. 469. — La Salamandrine à lunettes (grand. nat.).
Dans son Astoire des poissons, publiée en 1767, Johnston nous apprend que l’Axolotl, issu de la boue, est un jeu des eaux, lusus aquarum, qu’il est couvert d’une peau molle et qu'il a la longueur d’une palme ; la langue est grande et cartilagineuse, la tête déprimée et large à proportion du reste du corps, la bouche fortement fendue et de couleur noire. « L’Axolotl, ajoute Johnston, fournit un aliment sain et agréable, ayant un peu le goût de l'Anguille. On le prépare de plusieurs manières, bouilli, frit, et le plus souvent grillé. Les Espagnols font une sauce avec du vinaigre, du poivre, des clous de girofle, du piment, tandis que les Mexicains se contentent de saupoudrer l’animal d’un peu de poivre, ou le mangent même sans aucun condiment. »
D'après Schneider, une espèce d’Axolotl se trouve aux États-Unis; cette espèce, provenant du lac Champlain, a été recueillie par les pêcheurs, qui «la craignent comme vénéneuse, quand ils la rencontrent dans leurs filets. »
Cuvier est le premier anatomiste qui se soit occupé de l'animal dont nous faisons en ce moment l’histoire. D’après les notes qui lui ont été remises par de Humboldt, « l’Axolotl est commun dans le lac où est bâtie la ville de Mexico. M. de Humboldt rapporte que c’est un des animaux que l’on trouve le plus haut dans les montagnes et dans les eaux les plus froides. C'est un rapport de plus avec nos Salamandres aquatiques, qui, au premier printemps, se trouvent souvent prises dans les glaçons et y restent gelées pendant plusieurs jours sans en périr. Il est assez singulier, ajoute Cuvier,
comme l’a remarqué Dufay, que les animaux
| auxquels on attribuait autrefois la propriété
fabuleuse de résister aux flammes aient réellement celle de résister à la gelée. »
Après avoir fait eonnaître l’ostéologie de l’'Axolotl, Cuvier, avec le coup d'œil qui le caractérisait, écrivait ceci : « Plus j'aiexaminé de ces animaux, etplus je me suis convaincu qu'ilssont les larves de quelque Salamandre inconnue. »
Cuvier avait vu juste, bien que toutes les observations fussent en apparence contre lui; c’est ainsi qu'à Mexico on n'avait pas trouvé la forme parfaite de l’Axolotl, d’où l’on concluait que cet animal ne se transforme pas.
Tel était l'état de la question, lorsqu'au commencement de l’année 1864, la ménagerie des reptiles du Muséum d'histoire naturelle de Paris, recevait du Jardin d’acclimatation, par les soins de Rufy de Lavizon, des Axolotls arrivés en France depuis quelques mois à peine.
Les animaux envoyés en don au Jardin des Plantes étaient au nombre de six, cinq mâles et une femelle. Pendant plus d'un an ces Axolotls avaient vécu à la facon des autres larves des Urodèles, lorsque, le 4 janvier 1865, la femelle se mit à pondre; la ponte continua les 19 février, 16 avril, 16 juin et 30 décembre de la même année. Auguste Duméril, alors professeur d’herpétologie, fit mettre soigneusement à part les plantes sur lesquelles les œufs élaient fixés; trente jours après la ponte, l’éclosion se faisait. Des petits nés de ces œufs proviennent les Axolotls, qui sont si abondamment répandus aujourd'hui dans tous les aquariums.
L'AXOLOTL.
Fig. 410 et 471. — Axolotl ayec ses branchies et Axolotl transformé en Amblystome (d’après A. Duméril).
Certains individus nés des Axolotls importés directement du Mexique ne restèrent pas tous semblables à leurs parents. Sous l'influence de la captivité, sans doute, sous l'empire de conditions de milieu tout autres que celles dans lesquelles vivent ces animaux dans leur patrie d'origine, des monstruosités se produisirent ; c’est ainsi que l’on constata la présence de trois doigts au lieu de quatre au membre antérieur, de quatre doigts au lieu de cinq au membre postérieur; que des anomalies par excès eurent lieu, et que l’on vit cinq, six et même huit doigts aux pattes de devant; six, sept et huit doigts aux paltes de derrière.
Ces monstruosités produites par la domesticité n'avaient rien de bien surprenant, eu égard aux profondes perturbations que devaient apporter dans l'économie de ces animaux les changements dus à l'habitat, au climat, au régime, changements en rapport avec l'adaptation à un nouveau milieu.
Mais d’autres modifications plus profondes devaient se produire.
L'un des Axolotls nés en France parut tout
Breum. — V.
à coup malade. Des taches d’un blanc jaunâtre se dessinèrent sur la teinte générale du corps; la crête qui de la nuque se continue jusqu’à l'extrémité de la queue s’atrophia peu à peu; puis disparut; la tête s'élargit, les panaches branchiaux se flétrirent. Cet Axolotl était, en un mot, devenu, quant à son aspect extérieur, absolument semblable à des Batraciens que les naturalistes connaissaient depuis longtemps sous le nom d’Amblystomes et qu'ils plaçaient dans un tout autre groupe zoologique. C’est ainsi que pour C. Duméril et Bibron, l'Axolotl ou Sirédon formait le premier genre de la section des Trématodères, à côté du Protée, de la Sirène, de la Salamandre du Japon; tandis que l’'Amblystome était regardé comme une Salamandridée ou Atrétodère.
Les observations faites par A. Duméril sont si intéressantes que nous croyons devoir donner ici le résumer des recherches faites par ce savant (1) :
(1) A. Duméril, Métamorphoses des Axolotis (Archives du Muséum et Annales des sciences naturelles, Zool., 5e série, t, VIT, p, 229, 1861), ct Expériences f'ailes sur
«Les Axolotls éclos en janvier eten mars 1865 étaient arrivés, dans les premiers jours de septembre, à ne presque plus différer de leurs parents.
« Un de ces Axolotls, qui n'avait point été, depuis une quinzaine de jours, l’objet d’un examen particulier, frappa l'attention par son aspect qui le rendait tout à fait distinct des
autres sujets de même âge. Il n’avait plus de |
Fig. 472. — Axolotl non transformé.
houppes branchiales, ou du moins n’en conservait que des traces; les crêtes membraneuses du dos et dela queue avaient disparu ; la forme de la tête s'était un peu modifiée. Enfin, sur les membres et sur le corps, on voyait de nombreuses petites taches irrégulières d’un blanc jaunâtre qui contrastait avec la teinte noire générale (voyez les figures 470 et 471 qui représentent l’Axolotl avant et après la transformation).
Fig. 413. — Axolotl transformé.
« Le 28 septembre un deuxième individu avait revêtu la même livrée et perdu presque complètement ses branchies, ainsi que les crêtes du dos et de la queue.
« Les deux animaux furent placés dans un bassin particulier pour que l'observation n'offrit pas de difficultés, et depuis ce moment on ne cessa d'exercer une surveillance active sur la population de l'aquarium habité par les animaux nés en février.
les Axolotis, démontrant que l'ivie aquatique se continue sans trouble apparent après l’ablation des houppes branchiales (Comptes rendus de l’Acad. des sc., 1867, t. LXV, p. 242).
L'AXOLOTL.
« Le 7 octobre, un troisième cas de transformation se présenta : un de ces Batraciens commençait à se tacheter; déjà la crête dorsale avait presque complètement disparu, mais elle n’offrait encore aucune diminution sur les bords supérieur et inférieur de la queue; les branchies avaient perdu un peu de leur longueur. Placé aussitôt dans la même eau que
Fig. 414. — Axoloti non transformé:
les deux précédents, il y est soumis à une observation régulière.
« Enfin, le 10 octobre, je pus étudier, dès son origine, le travail de métamorphose dont je me trouvai avoir sous les yeux un quatrième exemple.
« Ce jour-là, quelques points d’un blanc jaunâtre se voyaient sur les membres, et la por-
Fig. 415. — Axolotl transformé.
tion de la crête la plus rapprochée de la tête avait disparu.
«Le 12, je constate une réduction plus considérable de la crête, qui manque jusqu’à la région pelvienne ; sous la queue, elle a diminué de hauteur, mais en dessus elle ne présente aucun changement. Les tiges branchiales n’ont rien perdu en longueur; il n’en est cependant pas ainsi pour leurs petites lamelles qui ont subi un raccourcissement peu prononcé. Les membres sont couverts de très nombreuses
L’'AXOLOTL.
maculatures claires, et l’on en voitsur les faces latérales de la queue. L'animal, comme les trois autres dont je viens de parler, ne mange presque plus.
« Le 95 octobre, c’est-à-dire au bout de seize jours, la transformation était enlièrement accomplie.
« D’autres Axolotls se sont successivement
Fig. 416. — Triton marbré (tètard). |
métamorphosés, et au commencement de 1866, onze de ces animaux avaient revêtu leur forme nouvelle.
« A la fin de 1866 et dans le courant de 1867, cinq transformations ont encore eu lieu.
« Ainsi, jusqu’au moment actuel (10 juillet), on à élé seize fois témoin des curieuses modifications que je viens de décrire, et elles sem-
Fig. 417. — Triton marbré (adulte).
blent devoir se produire bientôt chez plusieurs individus.
« Quant aux parents que le Muséum possède depuis janvier 186%, ils n'ont subi d'autre modification qu'un accroissement de taille.
« Aux métamorphoses extérieures correspondent des modifications internes tout à fait comparables à celles qu’on observe sur les Batraciens urodèles, lorsqu'ils passent de l’état de larve à l’état adulte.
« La rareté des sujets soumis à l'observation ne m'a pas permis de suivre, dans leur marche progressive, les changements qu’éprouve l’appareil hyobranchial. Cependant l'étude anatomique de cet appareil, chez le deuxième de nos Axolotls transformés, montre sa simplification. Les trois ares branchiaux les plus internes ont disparu; il ne reste que le plus externe;
Fig. 418. — Euprocte de Poiret (tètard).
il a perdu ses dentelures membraneuses, et, uni à la corne thyroïdienne, il en constitue l'article postérieur. En dehors de cette pièce, on voit, de chaque côté, la branche antérieure de l’'hyoïde. Quant à la pièce médiane ou basihyal, elle s’est beaucoup développée, et là, comme dans les autres portions de l’hyoïde, l’ossification est plus avancée qu'elle ne l'était avant la métamorphose (voy. fig. 473).
Fig. 479, — Euprocte de Poiret (adulte).
« La face postérieure du corps des vertèbres est légèrement creuse, avant comme après la disparition des branchies; mais la face antérieure l’est moins chez l'animal transformé qu'elle ne l'était auparavant. Peut-être la différence devient-elle plus manifeste encore avec les progrès de l’âge, mais déjà cette modification démontre la justesse de la supposition de Cuvier (1) sur la possibilité de la disparition
(1) Cuvier, Ossements fossiles, t. V, partie 11, p. 417,
des concavités des vertèbres par l’ossification du cartilage intervertébral.
« Les dents vomériennes, par suite du développement des os qui les supportent, se sont déplacées. Elles formaient de chaque côté, derrière l'os intermaxillaire, une petite bande un peu obliquement dirigée d'avant en arrière et de dedans en dehors. L’obliquité de l’une et
Fig. 480. — Amblystome ponctué.
l'autre bande ayant augmenté, elles se sont rencontrées sur la ligne médiane, en formant un angle très ouvert, et elles sont disposées maintenant en une rangée presque transversale (voy. les figures 474 et 475).
« Les figures 476 à 479 montrent qu’un changement dans la disposilion des dents de la voûte palatine a également lieu chez les
autres Batraciens urodèles, comme Dugès l'a |
indiqué et représenté (1). Nos dessins mon-
Fig. 481 et 482. — Axolotl non transformé.
trent la tête du Triton marbré (fig. 416 et 477) à l'état de têtard, puis à l’état adulte, et celle de l'Euprocte de Poiret (fig. 478 et 479) aux mêmes époques de la vie que le précédent.
Chaque palatin soudé au vomer correspondant, à la suite duquel il est placé, s’est porté en dedans, en se rapprochant de son congénère, et en même temps s'est prolongé en arrière.
(1) Dugès, Recherches sur la myologie et l'ostéologie des
Balraciens à leurs différents âges. Paris, 1834, p. 173, figures 86 et 89.
L'AXOLOTL.
! Durant cette période du développement, ou
bien les petites scabrosités répandues sur la surface de l'os voméro-palatin se sont réduites, selon l'opinion de Dugès, en une bande longitudinale qui garnit tout le bord interne du prolongement postérieur du palatin; ou bien ces petiles dents n’élaient que provisoires et sont tombées pour être remplacées par les dents palatines permanentes.
« La différence qui se remarque entre l’Axolotl transformé et les deux Batraciens urodèles dont les têtes sont également figurées, c'est que chez ces derniers, comme dans presque tous les genres du même ordre, les dents palatines forment deux rangées longitudinales, tandis qu’elles sont en bande transversale chez l’Axolotl transformé et chez les Amblystomes (voy. la figure 480), Tritons de l'Amérique du Nord dont les Axolotls semblent être les tètards.
«A la mâchoire inférieure des Axolotls, il y a, derrière la rangée marginale, de très petites dents (fig. 481, 482), montrant la mâchoire très fortement abaissée, et l’une de ses moitiés vue par sa face interne. Elles sont réunies, de chaque côté, en un groupe oblong prolongéen avant jusque vers la ligne médiane, et n’atteignant pas l'extrémité postérieure de l'arc maxillaire. » -
Nous donnons ici (fig. 410 et 471) la représentation de l’Axolotl et de l’'Amblystome tels que ces animaux ont été dessinés pour illustrer le mémoire d’Auguste Duméril sur l’Amblystome.
Objectant que les Axolotls s'étaient reproduits, certains zoologistes en avaient conclu que les Axolotls étaient des animaux à l’état parfait et que les Amblystomes n'étaient que des êtres dégradés, anormaux, malades en un mot; tandis que d’autres naturalistes croyaient que les Axolotls n'étaient que des Têtards d’une espèce plus élevée en organisation. De nombreuses années devaient s'écouler avant que la question, si longtemps débattue, füt définitivement tranchée dans un sens ou dans l'autre.
Depuis la ponte du mois de janvier 1865 jusqu'en juillet 1867, seize transformations eurent lieu; elles ne se reproduisirent plus jusque dans ces dernières années; il était tout au moins singulier que sur un aussi grand nombre d'animaux nés à la ménagerie du Muséum et tous soumis aux mêmes conditions de milieu, un si petitnombre se seraient changés en
L'AXOLOTL.
Amblystomes ; il était, du reste, à remarquer que les Axolotls venus directement du Mexique n'avaient subi aucune modification que celle que l’âge apporte chez tous les animaux ; ils ont vieilli, ils ne se sont pas transformés.
Auguste Duméril voyant que, d’aquatique, la respiration devenait plus aérienne chez l’animaltransformé, remarquant que l’Amblystome avait des habitudes plus terrestres, essaya plusieurs fois de forcer l’Axolotl de venir respirer l'air en nature, et pour cela coupa les branchies chez un certain nombre de ces animaux; ce fut en vain, la respiration cutanée suppléa à la respiration par les branchies et la métamorphose ne s’opéra pas.
Les expériences d'Auguste Duméril ont un tel intérêt que nous croyons devoir les rapporter ici telles que le savant professeur les a publiées.
« L’atrophie des houppes branchiales, puis leur disparition, étant un des premiers signes de la métamorphose qui va se produire, je me suis efforcé, par diverses tentatives, d'amener un changement dans le mode de respiration, en obligeant les animaux à se servir de leurs organes pulmonaires.
« Quelques Axolotls ont été placés dans un aquarium dont on a graduellement abaissé le niveau d’eau. Peu à peu on est arrivé à laisser les animaux sur une couche de sable mouillé et le corps n'était plus immergé; mais leur état de dépérissement m'a prouvé l'impossibilité d'arriver à aucun résultat si l’on continuait à procéder ainsi.
« Si j'avais attendu, pour faire celte expérience, que les branchies eussent déjà subi un commencement d’atrophie, j'aurais peut-être hâté la transformation. C’est ainsi que M. V. Fatio, dans ses ingénieuses recherches sur le mode de reproduction du Triton alpestre (1), a pu laisser à sec des têtards avant la disparition complète des houppes branchiales ; mais alors j'aurais eu de l'incertitude relativement à l’influence exercée par l’expérimentation sur la métamorphose qui, peut-être, se serait accomplie dans les conditions ordinaires.
(1) Les Rept. et les Batr. de la haute Engadine, dans Arch. sc. phys. el nat. de la Bibl. univers. de Genève, 1864, p. 48 du tirage à part.
Le résultat de ses observations est que, probablement, par suite des conditions particulières où se trouve placé le Triton alpestre quand il vit sur les grandes hauteurs des Alpes, loin des eaux, il y a, chez cetie espèce, ovoviviparité.
« Je dus par conséquent recourir à un autre moyen de continuer l'expérience.
« On établit alors, à l’un des bouts d’un aquarium, un plan incliné formé par du sable très humide au milieu d’un cadre de bois dont le bord antérieur était au niveau de la surface de l’eau que contenait l’autre portion de l’aquarium. Les Axolotls pouvaient donc, sans difficulté, sortir à leur gré de l’eau, et se trouver encore dans de bonnes conditions d'existence. Si, à l’état de liberté, la métamorphose est précédée de certains changements dans les habitudes, ou si ces derniers accompagnent la transformation, on était en droit de supposer qu'ils se produiraient sous les yeux de l’observateur. Jamais cependant on n’a vu les Axolotls soumis à cette sorte d’expérimentation quitter l'eau pour monter sur le plan incliné. A tous les moments de la journée, ou dans la soirée, ou bien encore de grand matin et quelquefois même au milieu de la nuit, une surveillance a été exercée, et l’on n’a pas une seule fois vu les habitants de l’aquarium se poser sur le refuge.
« Une autre expérience restait à faire pour parvenir à modifier la fonction de la respiration. Elle consistait à détruire les branchies, afin de constater si, devenus forcément animaux à respiration pulmonaire, les Axolotls subiraient l’ensemble des modifications décrites plus haut.
« En conséquence, le 4 juillet 1866, je pratiquai l’ablation complète des trois tiges branchiales du côté gauche sur deux Axolotls et de celles du côlé droit sur un troisième; puis du 14 au 98, je coupai, de semaine en semaine, une destiges branchiales du côté opposé.A cettedernière date, les Axolotls auraient été complètement privés de leurs branchies extérieures, si, durant les vingt-quatre jours écoulés depuis le moment de la première opération, la force étonnante de régénération, dont les Batraciens urodèles sont doués, n'avait déterminé un commencement de reproduction des organes enlevés. Aussi, pour maintenir les Axolotls dans l'état où je voulais les placer, afin qu’il me fût possible d'apprécier les résultats de l'expérience, j'excisai successivement, tantôt d'un côté, tantôt de l’autre, les tiges branchiales nouvelles aussitôt qu'elles commencaient à faire une saillie suflisante pour pouvoir être emportées par le tranchant des ciseaux. C’est ainsi que, depuis le 28 juillet 1866 jusqu'au 24 mai 4867, c'est-à-dire dans une période de
(=?) C2 res
dix mois, je fus obligé de pratiquer l'opération
chez les trois Axolotls, portant sur mon registre |
d'expériences :
A droile.
J'en "Cerrriee 4 fois (10 août, 28 septembre, 5 avril, 24 mai).
Leo PEER 4 fois (31 août, 7 décembre, 5 avril, # mai).
Lonoreeerec 3 fois (10 août, 28 septembre, 5 avril), | À gauche.
En flyoocs vo 3 fois (2? et 31 août, 24 mai). Ho uoosoucod 5 fois (24 août, 28 septembre, 7 décembre, 5 avril, 24 mai).
Momo Terre 2 fois (24 août, 5 avril).
« Ge tableau indique la lenteur avec laquelle le travail de reproduction s'est fait surtout pendant l'hiver, bien que la température de l’eau où les animaux vivent ne soit jamais descendue au-dessous de —+ 12° ou 13° centigrades, et que les animaux aient toujours été abondamment nourris.
« Une autre série d'expériences a été poursuivie parallèlement à la précédente. Elle a porté sur six Axolotls dont les branchies nouvelles, soit d’un côté, soit de l’autre, ont toujours été amputées simultanément chez tous.
«Le 10 août 1866, je coupai, sur chacun, les trois tiges branchiales droites, et voulant exercer une action plus générale et plus prompte, j'enlevai, le 17 août, également d’un seul coup, les trois branchies du côté gauche.
Comme chez les autres Axolotls, il n’y eut, en quelque sorte, pas d’hémorrhagie; aucun accident ne survint; la cicatrisation futprompte, et la force de reproduction ne tarda pas à se manifester. Les sections suivantes ont été faites sur les six Axolotls à la fois :
« À droite, le 21 septembre, et à gauche, le 28 du même mois.
« Les branchies, à partir de l’époque de la seconde ablation, se sont à peine développées, et plusieurs des opérés ont commencé à prendre un nouvel aspect par suite de l’apparition de quelques taches jaunes sur les téguments. Deux de ces individus se sont de plus en plus tachetés, ont perdu leur crête, et enfin sont devenus semblables aux Axolotls précédemment transformés. Leur métamorphose étant complète en décembre et en janvier, on les a placés dans une cage contenant de la terre humide avec un bassin et destiné à devenir la demeure des Axolotls qui ont subi
L'AXOLOTL.
leurs modifications à la fin de 1866 ou en 1867. « Les quatre autres Axolotls de la série dont il s’agit, et deux en particulier, présentent,
| comme les précédents, quelques taches, sans
aucune autre trace de métamorphose; les branchies d’ailleurs, ayant pris un peu de développement, on en pratique l’amputation à
gauche le 8 mars, et à droite, le 5 avril.
« Un seul de ces quatre Axolotls reste bien tacheté, mais sans autre changement marqué, si ce n’est que la régénération des branchies est presque nulle. Chez les trois autres, elle est un peu plus évidente, et le 24 mai j'en fais l’excision de chaque côté, puis, le 22 juin; de petits bourgeons s'étaient développés.
« Le résultat des expériences qui précèdent est donc le suivant : sur six Axolotls privés de leurs branchies et chez lesquels on a eu soin de s’opposer à la restauration des parties perdues, deux de ces animaux se sont métamorphosés complètement dans l’espace de quatre à cinq mois, et un troisième, au bout de dix mois, semble devoir éprouver les mêmes changements, tandis que les trois autres, après le même laps de temps, sont dans un état qui laisse l'observateur encore incertain sur le résultat définitif de l’expérimentation. Il semble même probable que, commeles trois Axolotls de la première série, ils ne se transformeront pas, et que, par conséquent, trois Axolotls seulement, sur neuf privés de leurs branchies, auront passé de l'état de larve à l’état parfait.
« Une semblable proportion est infiniment plus forte que celle qui se remarque parmi les individus chez lesquels aucun trouble n’a été apporté par une lésion traumatique.
« Je constate ces faits, mais sans vouloir cependant en tirer la conclusion que la perte des houppes branchiales est une condition très favorable pour l’accomplissement de la métamorphose. Elle s’est produite, à la vérité, chez un individu qui avait subi une très grave mutilation des deux pattes antérieures et pendant le travail de régénération des parties détruites par les morsures des Axolotls avec lesquels il vivait. De plus, je dois l’ajouter, deux ou trois Axolotls qui ont été blessés par leurs compagnons de captivité, semblent devoir, dans un temps plus ou moins rapproché, changer complètement d'aspect. Les lésions traumatiques exerceraient-elles donc quelque influence?
« Il ne faut cependant pas, en cherchant les causes des fails dont je viens de présenter
L'AXOLOTIT..
Fig. 483 et 484. — Larves d'Amblystome ponctué (*).
l'exposé, perdre de vue que les onze premières transformations survenues en 1865, à partir du mois de septembre et au commencement de 1866, n'avaient été précédées par aucun désordre fonctionnel résultant de blessures.
En décembre 1866, on a vu également, au milieu d’un aquarium peuplé par vingt-cinq Axolotls bien nourris et non blessés, une métamorphose se produire.
« J'insiste sur ces détails, parce qu’il paraît singulier que, sur un très grand nombre d’animaux nés à la ménagerie, il y en ait eu si peu de transformés quand ils sont arrivés à l'âge de dix, douze ou quinze mois, c’est-à-dire à l’époque de la vie où l’on a vu, chez quelques-uns, les premiers changements se manifester.
« En même temps j'appelle l’altention sur le très grand intérêl que présentent au physiologiste les mutilations dont il s’agit. Voici, en elfet, des animaux qui, privés presque subitement, c'est-à-dire dans l’espace d’une semaine, de leurs organes de respiration aquatique, semblent, quelques-uns du moins (6 sur 9), n éprouver aucun trouble et continuent à vivre comme si les houppes branchiales n'avaient point été enlevées. Ne venant pas plus souvent
(*) n ,fossette nasale ; /, invagination buccale ; op, œil; #, balanciers; /{, membres antérieurs ; br, branchies,
d'après Balfour, Trailé d'embryologie et d'organogénie.
Paris, 1885,
que les Axolotls non opérés prendre de l'air à la surface de l’eau, ils n’ont offert, dans leurs allures et dans leur genre de vie, aucune modification apparente, la respiration cutanée remplaçant la respiralion branchiale.
« Une résection que l’on supposerait devoir être si grave peut être plus prompte encore.
Le 7 juin 1867, j'ai enlevé, chez huit Axolotls, les branchies des deux côtés, et rien de particulier n’a été observé depuis ce moment; de plus, les 22 juin et 6 juillet, j'ai pratiqué l’ablation de tous les bourgeons de formation nouvelle.»
Weismann s'était également demandé si on ne pourrait pas forcer les Axolotls à se métamorphoser en les plaçant dans des conditions particulières leur rendant difficile l'usage de leurs poumons, en les forçant à vivre en partie à terre; de même que Duméril il avait échoué.
Mademoiselle de Chauvin, de Fribourg en Brisgau, déjà connue par ses observations sur les insectes, reprit ses tentatives sur six larves d’Axolotl, à peu près âgées de huit jours, qui lui restaient sur douze qu’elle venait de se procurer.
Les Axolotls furent placés dans un vase de 0",30 de diamètre, contenant de l’eau à température à peu près constante; dès les premiers temps on leur donna des Daphnides,
L'AXOLOTL.
Fig. 485. — L’Axolotl grand. nat.).
puis des proies plus grosses, de telle sorte qu'ils se développèrent rapidement. A la fin de juin, les pattes antérieures commencèrent à apparaître (fig. 483 et 484), puis, le 9 juillet, les pattes postérieures. Au commencement de septembre, l'observateur vit un de ces animaux se maintenir constamment à la surface de l’eau, ce qui lui fit croire que cet Axolotl allait se métamorphoser. L'individu en question fut séparé des autres et placé dans un vase en verre à large fond, disposé de telle sorte que l’animal n'avait assez d’eau pour être complètement submergé qu'en un seul point. On diminua encore et peu à peu la quantité d’eau et les premiers symptômes de la métamorphose ne tardèrent pas à se manifester. Les branchies commencèrent à s'atrophier. Le % novembre l’animal quitta l’eau et se rendit, en rampant, sur un point où se trouvait de la mousse humide, séparée de l’eau par une couche de sable. L'animal étant à terre, une mue eut lieu et en quatre jours, du 1% auZnovembre, d'importantes modifications se produisirent; toutes les houppes des branchies disparurent, la crête dorsale s’effaça, la queue prit une forme arrondie, de comprimée qu'elle était aupara-
vant; en un mot, l’Axolotl était devenu un Amblystome.
A la fin du mois de novembre, trois autres larves ayant manifesté de la tendance à sortir de l’eau, elles furent soumises au même traitement. L'une d’entre elles se métamorphosa exactement dans le même espace de tempset dans les mêmes conditions que la première; chez les deux autres larves la transformation demanda plus de temps. Le dernier des Axolotls enfin se transforma lui aussi, el la métamorphose demanda quatorze jours à s’accomplir; lorsque cet animal était resté trop longtemps exposé à l'air, sa couleur devenait plus pâle et il exhalait une odeur spéciale tout à fait semblable à celle que répand la Salamandre terrestre lorsqu'elle est irritée ou inquiétée; si on replaçait l'animal à l’eau, il plongeait de suite et se remettait peu à peu ; à la longue cependant, et comme nous venons de le dire, l’animal se métamorphosa.
De ces observations, mademoiselle de Chauvin tira la conclusion suivante : la plupart des Axolotls, sinon tous, peuvent accomplir leurs transformations lorsqu'ils sont en bonne santé et suffisamment nourris et surtout lorsqu'on
L'AXOLOTL. 657
Fig. 486. — L'Amblystome (grand. nat.).
s'arrange de manière à les obliger de venir respirer l’air en nature.
Weismann pense que l’Axolotl n’est pas une forme en voie de progrès, mais une forme rétrogradée; pour lui, ces animaux qui peuplent aujourd’hui les lacs de Mexico étaient des Salamandres parfaites à une époque antérieure; les modifications qui se sont produites dans leurs conditions d’existence les ont ramenés au degré primitif des Ichthyoïdes; cette rétrogradation a été causée par l'impossibilité où s’est trouvé l’Axolotl de pouvoir se rendre à terre; il ne s’est plus métamorphosé, obligé qu'il élait de rester constamment à l’eau. Humboldt nous à appris que le niveau des lacs de Mexico se trouvait, à une époque relativement récente, plus élevé qu'aujourd'hui; le plateau était, en outre, couvert d'épaisses forêts détruites de nos jours.
«On peut admettre, dit Weismann, qu’à l’époquediluviennelesforêtss’étendaientjusqu’au bord du lac alors profond, à bords abruptes; les conditions de milieu étaient à cette époque tout à fait différentes de ce qu’elles sont maintenant. On peut admettre avec une certaine certitude qu’au commencement de cette époque les forêts qui bordaient les rives du lac de Mexico étaient peuplées d'Amblystomes. Les conditions ayant été changées, ceux-ci auraient
BREnM. — V.
disparu fatalement, s'ils n'avaient rétrogradé vers la forme ichthyoïde. »
Raphaël Blanchard (1) a analysé les récentes recherches faites par les Américains sur l’Axolotl et en particulier les intéressantes études de M. José Velasco (2) sur les mœurs de cet animal.
« Weismann avait émis l'opinion que, au Mexique, l’Axolotl ne se transforme jamais en Amblystome et que l'on ne l’y connaît que sous la forme Jlarvaire d’Axolotl. Velasco a pu constater au contraire, en 1878, la transformation complète de l'espèce qu'il a désignée sous le nom de Sredon tigrina : cette observation fut faite sur des individus provenant du lac de Santa Isabel, situé à une lieue et demie environ au nord de Mexico. De plus, il a présenté à la Sociedad mexicana de historia Natural des Siredon Humboldii, transformés, qui provenaient des lacs de Xochimilco, Chalco et Zumpango; ce dernier est situé à seize lieues au nord de Mexico.
« En outre, les Axolotls transformés sont bien connus du vulgaire dans toutes les localilés situées sur les bords de ces lacs, et ils y sont désignés communément sous les noms
1) Raphaël Blanchard, Revue scientifique, 13 mai 1882. (2) José Velasco, La Naturaleza, journal que publie la Société mexicaine d'histoire naturelle, t, V, 1880-1881. REPTILES. — 83
L'AXOLOTL.
EEE EEE]. …"…
d'ajolotes pelones (Axolotls pelés) ajolotes mu- ;
chos (Axolotls tondus) ajolotes sin arieles (Axolotls sans cornes de bélier): ces dénominations diverses s'appliquent à l’Axolotl dépourvu de branchies. Sur les bords du lac de Xochimilco et de Chalco, on connaît l’Amblystome sous les noms de Zlalajolotl, c'est-à-dire Axolotl terrestre, le mot aztèque Z/al désignant la terre. Enfin, il est fréquent de le trouver caché sous les pierres ou dans les lieux humides, dans les montagnes qui s'étendent au sud de Mexico : on lui donne alors le nom de ajolole de cerra (Axolotl de colline).
« Le lac de Santa Isabel se dessèche tous les ans. Que le dessèchement se fasse naturellement ou qu'on l’active artificiellement, tous les Axolotls que renferme ce lac se transforment dès que le niveau des eaux commence à baisser. Ces animaux ne suivent pas le courant dérivateur qui entraîne les eaux en dehors du lac; ils ne meurent point non plus par suite du manque d’eau, mais ils gagnent la terre et continuent d'y vivre.
« Le lac de Zumpango se dessèche quelquefois quand les pluies sont peu abondantes ; les lacs de Xochimilco et de Chalco ne se dessèchent jamais.
«Dans ces derniers, les Axolotls se transforment tout aussi bien que dans le lac de Santa Isabel, bien que l’eau, qui est d'excellente qualité et qui renferme une abondante végétation, semble réunir les meilleures conditions pour que les Axolotls y puissent demeurer à l'état larvaire.
« Ces observations de Velasco montrent bien la fausseté de l'opinion qui a cours actuellement en Europe et dont Weismann s'était récemment fait le champion : l'Axolotl se transforme en Amblystome au Mexique tout aussi bien qu’en Europe, que les conditions dans lesquelles il se trouve soient d'ailleurs favorables ou non à la conservation de son état larvaire. »
La question posée plus haut, à savoir, sil’Amblystome est bien réellement l’état parfait de l’Axolotl est aujourd’hui résoluedéfinitivement.
Au mois de mars 1876,les Amblystomes ont enfin pondu au Muséum de Paris.
La constatation de ce fait a une telle importance que nous croyons devoir donner ici le résultat des observations faites par le professeur Léon Vaillant :
« Nos Amblystomes, dit-il, dont aucun n'est âgé de moins de trois ou quatre ans (l’exis-
tence de plusieurs d’entre eux remonte même aux premières observations de Duméril), avaient déjà, l'année dernière, montré quelques tendances à se reproduire, ce que témoignait le développement de l'abdomen chez les femelles. Ces symptômes disparurent sans qu'on pül constater aucun résultat; aussi, vers le 10 mars dernier, ayant reconnu les mêmes modifications, c'est sans grand espoir de succès que je recommandai la plus grande surveillance.
Cependant, le 19, on put constater que des œufs avaient été fixés à des tiges de Zradescantia, qui baignaient dans l’eau de l’aquarium. La ponte remontait à quelques jours de là à en juger par les modifications du vitellus; mais les animaux ayant d’abord attaché leurs œufs aux parties des plantes cachées par les pierres, ceux-ci n'avaient pu être découverts dès le début.
« L’aquarium où ces observations ont été faites ne renferme que des Axolotls transformés, cinq mâles, dont un individu albinos, et trois femelles ; il est donc hors de doute que les œufs proviennent de ces animaux qui présentent les caractères des vrais Amblystomes: absence des branchies et fermeture des orifices respiratoires correspondants, tête obtuse, œil saillant, queue subarrondie, perte de la nageoire dorsale. Les œufs, de plus, ont été fécondés, car il est facile de constater sur la plupart d’entre eux les premiers phénomènes du développement et la formation des embryons; ilsne présentent d’ailleurs aucune particularité permettant de les distinguer des œufs d’Axolotls non transformés.
« Ce résultat, si longtemps attendu, doit certainement être attribué aux changements apportés dans l'aménagement de la ménagerie et à l'excellente installation des aquariums construits, il y a deux ans, d’après les indications de M. le professeur Blanchard. Les dimensions de ces réservoirs ont permis d'établir un terre-plein, non seulement laissant aux animaux la faculté de sortir de l’eau ou d'y rentrer suivant leurs besoins et de s’y creuser des réduits, mais encore permettant à la végétation de se développer et favorisant la multüplication de certains animaux, les vers de terre, par exemple, qui ont pu fournir aux Amblystomes une nourriture plus en rapport avec leurs habiludes semi-terrestres.
« Silatempérature, devenant plus douce d'ici l’éclosion, permettait le développement des animalcules dont ces Batraciens, au sortir de
L’'AXOLOTL.
l'œuf, doivent faire leur proie, on peut espérer suivre les métamorphoses de cette espèce, dont nous retrouverons peut-être aujourd'hui seulement le cycle normal. »
L'expérience est complèle aujourd’hui; les Amblystomes ont donné naissance à des Axolotls; parmi ces nouveau-nés plusieurs n’ont pas tardé à se transformer en Amblystomes; le
cycle est maintenant complet : l'Amblystome |
est bien l’élat parfait de l'Axolotl qui, comme
d’autres Batraciens, peut se reproduire à l’état |
larvaire.
Le fait si intéressant de la ponte de l’Ambiystome et de la transformation de celui-ci en Axolotl a été observé au Muséum par le professeur L. Vaillant, aidé de l’habile commis à la ménagerie des Reptiles, Desguez.
Albinisme. — Sous l'influence, sans doute, de la captivité, certains Axolotls deviennent albinos. C'est également à Auguste Duméril qu'est due la constatation de ce fait intéressant. Voici, en effet, ce qu'en 1870 nous apprend ce savant observateur :
« A la fin de novembre 1868, la ménagerie a reçu de M. Méhédin un Axolotl complètement blanc, à l'exception d’un point du dos qui porte une tache noire grande comme une lentille. Ce sujet très remarquable, qui est un mâle, semble constituer simplement une variélé albine.
« Désireux de savoir s’il pourrait, avec des femelles de coloration habituelle, créer une race blanche, je lui fis consacrer un aquarium particulier, où furent placées en même temps quelques-unes de ces femelles. Dans le courant desannées 1867 et 1868, plusieurs fécondations eurent lieu, et un assez grand nombre de nouveau-nés se montrèrent, dès les premiers instants qui suivirent l’éclosion, revêtus d’une robe beaucoup moins sombre qu'à l'ordinaire.
Celte modification de couleurs persista chez la plupart d'une facon très notable. Aussi, pour continuer l'expérience, les femelles provenant de cette première génération, et dont les teintes étaient les plus pâles, furent-elles introduites dans l'aquarium où leur père, resté seul après les pontes dont je viens de parler, ne tarda pas à féconder les œufs abandonnés par les nouvelles venues.
« Les embryons étaient encore enfermés dans leurs enveloppes, que déjà sur beaucoup l’albinisme commençait à se manifester. Il s’est prononcé de plus en plus, à mesure que
que complet aujourd’hui. On ne peut donc pas
| douter que les jeunes qui proviendront des
femelles de cetle seconde génération, dont les
| œufs seront fécondés par le sujet blanc d'ori-
gine mexicaine, ne soient parfaitement semblables à ce dernier. Dans quelques mois seulement, les albinos auront atteint l’époque où la reproduction peut s’accomplir, mais il est facile de prévoir, dès maintenant, qu'une abondante population blanche garnira les bassins de la ménagerie en 1871. »
Les prévisions de A. Duméril se sont accomplies et la ménagerie du Muséum de Paris possède aujourd'hui une race parfaitement fixée d’Axolotls blancs, se reproduisant entre eux; certains individus, il est vrai, sont parfois piquetés de noir ou de brunâtre et semblent vouloir retourner au type primitif. La création de cette race albinos n’en est pas moins fort intéressante à tous égards
Caractères — L’Axolotl esl un animal qui peut arriver à la taille de 0",20 ; le corps est lourd, bien qu’allongé; la tête est déprimée, le museau obtus, arrondi; la queue est longue, comprimée latéralement, se terminant en une pointe mousse, bordée, en dessus et en dessous, d’une crête assez élevée; la peau est finement granuleuse et sa coloration est le plus généralement un noir foncé (fig. 485).
L’Amblystome (fig. 486) a tout à fait les caractères d’un animal terrestre ; la queue est sensiblement arrondie et la crêle n’existe plus; les branchies ont complètement disparu. Les modifications ne sont pas seulement extérieures, elles portent sur la structure même de l'animal.
De quatre os, supports des branchies qui, chez l’Axolotl flottent en dehors, trois sont résorbés chez l'animal transformé; la face antérieure des vertèbres est de même moins concaye.
Les dents qui chez l’Axolotl garnissent les mâchoires derrière la rangée marginale, ont disparu; les dents du vomer se sont déplacées, et de longitudinalement situées sont devenues transversales.
La peau est parsemée de taches d’un blanc jaunâtre ou d’un gris clair, plus ou moins grandes, plus ou moins nombreuses, parfois réunies en bandes.
Distribution géographique.
— L’Axolotl est particulièrement abondant dans le lac de
Mexico et dans le lac Chalco, aux environs de
le développement s’est effectué, et il est pres- | cette ville ; la forme parfaite a été trouvée sur
le volcan d'Orizaba et dans certains points des États-Unis, au Kansas, au New-Jersey.
Il est un fait intéressant à noter, c’est que, tandis que les Axolotls sont communs au Mexique, tandis que dans ce pays il paraît y avoir peu d'Amblystomes, l'inverse a lieu pour l'Amérique du nord; d’après ce que l’on sait, les Amblystomes y sont nombreux et les Axolotls, par contre, très rares.
Mæœurs, habitudes, — Quoique pourvus à la fois de branchies et de poumons, les Axolotls ont cependant des habitudes essentiellement aquatiques. Ces animaux, pendant le jour, restent presque toujours sur le sol de leur aquarium ou nagent à une certaine distance de la surface. Le plus souvent l’Axolotl se tient au fond de l’eau, dans les parties les plus sombres de l'aquarium; on ne lui voit exécuter d'autre mouvement que celui qui a pour but d’abaisser et de relever les panaches branchiaux qui, de chaque côté, garnissent le cou.
Parfois, cependant, l’animal monte perpendiculairement vers la surface; l'extrémité de son museau vient faire saillie; un peu d’air pénètre par les narines dans les organes respiratoires ; puis il plonge, et quelques bulles de gaz s’échappent de la bouche.
Pendant la nuit, les Axolotls se suspendent à quelque plante située au voisinage de la surface de l’eau.
L’Axolotl est fort vorace, aussi, lorsqu'un certain nombre de ces animaux sont enfermés dansun même aquarium, n'est-il pasrare de les voir se mutiler réciproquement; ils se dévorent une partie des panaches branchiaux, souvent même des morceaux de la crête caudale.
Leur nourriture se compose de vers de terre, de vers de vase, de puces d’eau, de larves de grenouilles.
Cuvier a trouvé une Écrevisse entière dans les intestins d’un des individus qui lui avaient été apportés par A. de Humboldt. D’après la conformation de la bouche de l’Axolotl, on peut supposer qu'il saisit sa proie en la happant, ainsi que font les Tritons.
Vienne le moment de la ponte, la femelle s'accroche soit aux pierres, soit aux tiges ou aux feuilles des plantes aquatiques; tantôt elle s'applique à plat sur les corps flottants, tantôt elle s’y suspend par ses pattes de derrière, ou bien, se placant de côté, se rapproche le plus possible de l'endroit où elle veut déposer ses œufs. Toutes ces manœuvres, pendant les-
régime.
L'AXOLOTL.
quelles elle va fréquemment respirer à la surface, ou se laisse descendre avec lenteur vers le fond de l'aquarium, ont pour but de lui permettre de se débarrasser de ses œufs.
Les pontes n’ont point lieu au hasard, et, de même que chez les Tritons de nos petits cours d’eau, la femelle de l’Axolotl choisit lesendroits les plus favorables à l'éclosion; elle prend de grandes précautions pour assurer le succès de son œuvre et ne s'arrête que là où les œufs, à l’aide de la matière gélatineuse qui les entoure, peuvent contracter une adhérence suffisante avec les corps sur lesquels elle les a déposés; à l’aide de ses pattes de derrière, la femelle ramène, du reste, en un même point les œufs qu’elle vient de pondre.
Ces œufs apparaissent comme un globe tremblotant et transparent dans lequel on remarque un petit point noir; ce point est le futur embryon.
Peu de temps après la ponte, ce point s’allonge, puis se recourbe en arc de cercle ; deux petites taches noires sont l’'emplacementdes yeux; une têle et une queue apparaissent, l'animal est dès lors formé. :
Des mouvements rapides, en quelque sorte convulsifs, l’agitent fréquemment, et vingt jours environ après la ponte, le petit, rompant l'enveloppe, se met à nagerlibrement, déjà en quête d’une proie proportionnée à sa taille. Il n’a alors que 14 à 16 millimètres de longueur; sa couleur est d’un vert clair avec de fines mouchetures noirâtres, plusserrées en arrièrequ’en avant.
Si la nourriture est abondante, les pattes ne tardent pas à apparaître, le petit être grossit rapidement et au bout de quelques mois il est presque impossible de le distinguer de ses parents.
Captivité,
Ainsi que nous l’avons déjà dit, les Amblystomes ont une vie beaucoup plus aquatique que terrestre.
Au Muséum de Paris, cesanimaux habitentun vaste aquarium dont une partie seulement est remplie d'eau sur une hauteur d'environ 020; le reste de l'aquarium est occupé par une plage un peu boueuse et par endroits caillouteuse, plantée de Cypéracées.
Les Amblystomes, hors le moment de la ponte, sont presque toujours à terre.
Leur nourriture se compose principalement de vers de vase et de têtards de Pélodyte qu’ils vont chercher dans l’eau.
Régénération des membres. — Comme
LES AMPHIUMIDÉES.
chez les autres Urodèles, les membres peuvent se régénérer chez l’Axolotl.
Ainsi que l'a fait observer le professeur Vulpian, il arrive souvent que lorsque l’on garde un certain nombre d’Axolotls dans un même aquarium, ils se font entre eux des morsures sur diverses parties du corps.
« Lorsque ces morsures portent sur les extrémités des membres, on voit parfois, comme l’a indiqué Auguste Duméril, se produire des difformités remarquables.
« Sur les moignons des extrémités des membres, suivant la direction et la profondeur des morsures, il peut se développer alors, au moment de la régénération, un nombre de doigts supérieur au nombre normal. C’est ainsi qu’on voit de jeunes Axolotls présenter un des membres antérieurs Lerminé par cinq ou six doigts au lieu de quatre, nombre normal; c’est ainsi également qu'un des membrespostérieurs peut se terminer par six ou sept doigts au lieu de cinq, nombre normal.
« Sur un Axolotl qui offrait ainsi cinq doigts à l’un des membres antérieurs, on a amputé ce membre. La régénération s’est faite d'une façon assez rapide ettrès régulière, et les doigts régénérés ont repris le caractère numérique du type normal, c’est-à-dire que le membre reproduit était terminé par quatre doigts.
« Comme on pouvait s’y attendre, il résulle donc de cette expérience que les difformités acquises accidentellement dont il s’agit sont pour ainsi dire tout à fait superficielles, et ne se reproduisent pas dans le cas de régénération du membre qui les présente. »
Emploi, usages. — L'Axolotl a été très anciennement indiqué par les auteurs despremières descriptions du Mexique. Hernandez, qui, d'après Cuvier, paraît en avoir donné le premier une assez bonne description, l’appelle Lusus aquarum (jeu des eaux) Piscis ludicrus
(poisson folâtre) et Gyrinus edulis (Têtard comestible).
On peut en conclure qu'il était recherché par les Mexicains comme aliment.
LES GEOTRITON — GEOTRITON
Caractères. — Gené a désigné sous le nom de Géotriton brun (Geotriton fuscus, Spelerpes fuscus) un petit Batracien d'environ 0,10 de long, qui présente cette particularité que la langue, en champignon, forme un disque libre dans tout son pourtour et supporté au centre et en dessous par un pédicule grêle et protractile ; ce disque est reçu dans une concavité que présente le plancher de la bouche; les dents palatines forment deux séries étendues en travers et en arrière des orifices internes des narines, suivies elles-mêmes de deux autres séries longitudinales de dents.
Le corps est assez peu allongé, la tête plus longue que large, le museau tronqué; les yeux sont grands, proéminents; chez les individus jeunes l'ouverture de la narine est très large. La queue à une forme cylindrique; elle est plus courte que le tronc et la tête réunis. La peau est lisse; il n'existe pas de parotides. Tous les doigts et les orteils sont légèrement palmés à leur base.
La coloration est brune, avec des lignes rougeâtres peu marquées ; le ventreest de couleur cendrée, avec de petits points blancs ou noirs.
Distribution géographique. — Cetteespèce a été trouvée en Italie dans les Apennins et en Sardaigne; elle est signalée aux environs de Gênes et vers la frontière francaise.
Moœurs, habitudes, régime. — Genée nous apprend que le Géotriton se trouve fréquemment, lhiver, sous les pierres, au bas des montagnes, mais qu'il ne va pas habituellement à l’eau.
LES AMPHIUMIDÉES — AWPHIUMIDÆ
Caractères. — Wagler a, le premier, réuni dans un groupe spécial, sous le nom d’/chthyoïdes, les Batraciens qui, étant pourvus d’une queue, présentent un ou plusieurs trous branchiaux sur les côtés du cou.
Duméril et Bibron ont donné à ce groupe le nom de 7rématodères et l'ont élevé au rang de sous-ordre.
Pour Claus, le groupe des Dér'otrèmes se composent des Pérennibranches dépourvus de branchies externes, mais chez lesquels il existe une ouverture branchiale de chaque côté du cou ; ce groupe se sépare en deux familles :
Les Amplhiumides, qui ont le corps allongé, anguilliforme, des pattes courtes, très éloignées l’une de l’autre, avec troisorteils rudimentaires
Et la famille des Wénopomides, composée d'animaux aux formes de Salamandres, avec quatre orteils aux pattes antérieures et cinq aux paltes postérieures.
Les deux familles sont réunies par G.-A.
Boulenger en une famille unique, qu’il nomme les Amphiumidées.
LES ANDRIAS — ANDRIAS
Historique. — « À côté du témoignage infaillible de la parole de Dieu, nous avons bien d’autres témoins de ce déluge universel et effroyable, tels que nous en fournissent les pays, les villes, les villages, les montagnes, les vallées, les éboulements de pierre, les glaisières. On en trouve des témoins innombrables dans les plantes, les poissons, les quadrupèdes, les insectes, les mollusques; mais des hommes qui périrent alors on a trouvé bien peu de traces; ils surnagèrent morts à la surface des eaux, et entrèrent en putréfaction, de telle sorte que les ossements que l’on trouve çà et là ne doivent pas toujours être attribués à l'homme. La figure que nous donnons et que nous soumettons aux méditations des gens savants et curieux représente un des restes les plus certains et les plus indubitables du déluge. On n'y trouve pas seulement quelques traits d'après lesquels l'imagination féconde peut reconstituer quelque chose de semblable à l'homme, mais encore une coïncidence réelle, une ressemblance parfaite avec les parties de squelette humain, dans ces os trouvés dans une roche venant des carrières de pierre d'OEningen (Suisse); les parties molles ellesmêmes ont laissé leur empreinte et se distinguent facilement de la pierre. Cet homme, dont l'antiquité laisse loin derrière elle tous les monuments romains, grecs, égyptiens et orientaux, se présente de face. »
Le passage que nous venons de transcrire sert d'explication à une figure que Johann Jacob Scheuchzer, docteur en médecine, à la fois naturaliste et théologien, et membre de plusieurs sociétés savantes, ajouta à une dissertation parue en 1726 et intitulée Æomo diluvii testis (1).
Il le représentait comme une des plus rares reliques de la race maudite engloutie par le
(1) Scheuchzer, Philos. trans., 11726, t. XXXIV, p. 88,
et L'Homme témoin du déluge,in Physica sacra, iconibus |
æneis illustrata, Aug. Vindel., 1731.
LES ANDRIAS.
déluge, et dans son religieux enthousiasme, à son aspect, il s’écrie :
D'un vieux damné déplorable charpente, Qu'à ton aspect le pécheur se repente.
Dans ce fragment de squelette, le savant suisse prétendait retrouver des vestiges du frontal, des débris du cerveau et un fragment notable de l'os maxillaire et de la racine du nez ; la tête était prise pour les os des hanches.
Pendant longtemps encore on crut avoir découvert dans les schistes des carrières d'OEningen, les restes d’un homme d'une haute antiquité.
Gesner (1) cite ce squelette fameux comme un Anthropolithe ; mais ayant pu, dansla suite, se procurer un exemplaire semblable, des doutes s’élevèrent dans son esprit, et il le considéra comme ayant appartenu à un Silure.
L'autorité de Camper (2) et celle de Cuvier (3) ont renversé tout cet échafaudage :
ils n’ont eu qu’à gratter un peu la pierre pour mettre les pattes à nu.
Cuvier démontra que le fossile décrit par Scheuchzer, estimé au poids de l'or et vénéré comme une sainte relique, n’était pas un homme.
Etant en 1811, à Harlem, Guvier avait pu étudier en effet, grâce à l’obligeance de Van Marrum, l’exemplaire figuré par Scheuchzer ; le grand naturaliste, ayant fait découvrir les os engagés encore dans la gangue, vit apparaître successivement le système dentaire, les omoplates, les os des extrémités et s’assura que le prétendu Anthropolithe n'était qu'un Batracien urodèle, qu'une Salamandre, de taille extraordinaire.
Cette Salamandre fut nommée Andrias par Tschudi (4), et l'espèce recut le nom d'Andrias Scheuzert.
En 1833, Schlegel faisait connaître sous le nom de Salamandra mazxima, une Salamandre de fort grande taille provenant du Japon.
Les anatomistes qui s’occupèrent de cet animal étrange à tous les points de vue recon-
(1) Gesner, De petrificationum differentiis, Tiguri, 1152; De petrificalis, Lug. Bat., 1758.
(2) Camper, Verhundl. Wetens. Harlem, 1190, t. VIII.
(3) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, 4e édition, Paris, 1834-36, t. X, p. 360.
(4 Tschudi, Mém. Soc. hist. nalurelle de Neuthatel, 1839, t. II, p. 22. Voyez aussi Pictet, Traité de Paléontologie ou Histoire naturelle des animaux fossiles, £® édition, Paris, 1853, t. I, p. 565.
Breum, Reptiles. T. V, p, 663. PI. XX.