‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 266 sur 276 · LL LL · texte numérisé non relu

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de leurs pas, et la trace laissée sur la vase par la queue.

C'est ainsi qu'en France des empreintes de Cheirothérium (fig. 509) ont été reconnues à Saint-Valbert (Meurthe), dans une carrière où l'on exploite le grès vert, à la limite même de minces couches de grès et d'argile qui alternent entre elles au-dessous de gros blocs rouges.

Des empreintes du même animal ont été recueillies dans les grès bigarrés de Lodève (Hérault).

Le Muséum en possède de très beaux échantillons.

Nous avons déjà dit que certains Labyrin-

BREUM. — V

511. — Le Mastodontosaure de Jæger dans un paysage de l'époque de Trias.

thodontes devaient atteindre une taille vraiment extraordinaire.

Dans les formations triasiques ont été trouvés des crânes mesurant jusqu'à 1,30 de longueur, ce qui fait supposer des animaux de plus de 6 mètres de long !

Nous avons dit également qu'on avait vu dans le terrain houiller de Pensylvanie des traces de pas mesurant près d’un pied de long, indiquant dès lors des animaux tout aussi gigantesques.

Les Labyrinthodontiensdesterrains permiens de l'Ohio et de l'Illinois étaient moins grands.

Chez les Parioxys, par exemple, le crâne n'aurait que 0,100.

LES LABYRINTHODONTES.

Fig. 512. — Le Pterophyllum de Jæger.

Chez le Cricotus hétéroclite il atteignait 0,180.

L’Eryops mégacéphale était de plus grande taille, le crâne ayant jusqu’à 02,900.

En Europe, à la même époque, l’Archégosaure atteignait environ 0®,40 de longueur totale.

Le crâne de l’Actinodon de Frossard a 0",185 de long, ce qui doit faire supposer un animal d'environ 0,90.

La respiration était certainement pulmonaire.

D'après Huxley, les Archégosaures avaient une respiration branchiale dans le jeune âge.

Il est probable qu'il en était de même chez les autres Labyrinthodontiens.

Le régime de ces animaux était carnassier, ainsi que l'indique leur dentition, admirablement disposée pour saisir et maintenir une proie, et non pour la broyer.

De l'examen de produits de déjection trouvés en même temps que ces animaux on à vu qu'ils se nourrissaient surtout de Poissons (fig. 510).

Fig. 513. — Voltzia heterophylla.

Bien que puissamment cuirassés el protégés par des écailles solides et en partie osseuses, les Paléoniscus n’échappaient pas cependant à la dent meurtrière de nos étranges Batraciens.

De même que chez les Requins de nos jours et les Ichthyosaures des temps secondaires, ceux-ci avaient dans l'intestin une valvule spirale, ce qui devait singulièrement augmenter la surface d'absorption.

Avec une grande habileté, Jobin nous a représenté un Labyrinthodonte, le Mastodontosaurus Jaegri ; un de ces animaux est vu de dos; l’autre, à demi plongé dans l’eau, nous montre les plaques qui garnissent la poitrine (fig. 511).

Dans ce paysage de l’époque Triasique, se trouve à droite un groupe de Fougères, appartenant aux genres Caulopteris, Anomopteris, Pecopteris et Tæniopteris, avec quelques Cycadées du genre Pterophyllum (fig. 512).

L'animal représenté à gauche de la figure est entouré de tiges d'Æquisetum columnare, reconnaissables à leur sommet non ramifié et

LES

LABYRINTHODONTES.

Fig. 514. — Branche et tige de Voltzia hétérophylle.

parfois fruclifié; cette plante est voisine, sauf la taille beaucoup plus grande, de nos Prêles actuels.

A cûôlé se voient des Calamites qui se distinguent par la disposition verticillée en parasol de leur sommet; les rameaux de ces

plantes sont connus sous le nom d'Anterophyllites Meriani.

A l'arrière-plan, enfin, se trouvent les essences foreslières, constituées par les Conifères des genres Voezia (fig. 513 el 514), Albertia et Widdingtonia.

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Fig. 515. — Restauration du Téléosaure de Caen, d'après E. Deslonchamps.

CONCLUSIONS

Après avoir fait, dans ce volume, l’histoire rapide des formes principales que renferment les Reptiles et les Batraciens, tant vivants que fossiles, il n’est peut-être pas inutile de jeter un coup d'œil d'ensemble surla marche qu'ont suivie ces animaux à travers le temps.

L'époque actuelle, si on la compare aux époques anciennes, est pauvre en Reptiles et en Batraciens ; ces animaux sont en décroissance très marquée, et certains groupes présententde telles lacunes qu’il est certain que nous n’avons plus aujourd'hui que des rameaux isolés d'un arbre dont les racines se trouvent dans les terrains les plus anciens, que des rejetons dont l'origine se perd dans la nuit des temps.

Iln’existe du resle, aujourd’hui, aucun grand groupe qui n’ait vécu autrefois.

Les Tortues, par exemple, les plus élevés en organisation de nos Reptiles, existaient certainement dès les premiers temps de l'ère secondaire et n’ont pas varié depuis cette lointaine époque; c’est ainsi qu’on trouve dans les terrains jurassiques des Tortues qui rentrent toutes dans les divisions qui ont été formées pour recevoir les animaux actuels,

Les vrais Crocodiliens datent de la base de l'époque crétacée; les Téléosauriens jurassiques (fig. 515) qui ont vécu avant eux leur sont évidemment inférieurs en organisation ; il en est de même pour les Crocodiliens triasiques, de telle sorte que cet ordre est aujourd'hui représenté par les animaux les plus parfaits.

Le grand groupe des Sauriens apparaît dès l’époque devonienne; son antiquité est, on le voit, des plus reculées.

Nous savons aujourd’hui que les Ophidiens ou Serpents existaient dès le milieu de l’époque crétacée. Les Ophidiens que nous connaissons à l’époque tertiaire appartiennent aux principaux types, Serpenis inoffensifs et Serpents venimeux, Serpents fouisseurs, Serpents d'eau, Serpent{s d'arbre, Serpents enrouleurs.

Parmi les Batraciens, les Urodèles, qui sont les plus inférieurs, datent certainement des temps primaires; on les retrouve dans les terrains permiens. Les Anoures, d’après le peu que nous en savons, paraissent être beaucoup plus récents.

En un mot, tous nos grands groupes actuels étaient représentés aux époques anciennes.

Mais que de groupes disparus ! Les Dinosauriens (fig. 516), si élevés en organisation qu'ils se rapprochent des Mammifères dont ils semblent avoir joué le rôle et que ce ne sont plus des Reptiles au sens propre du mot, les singuliers Ptérodactyliens ou Ptérosauriens(fig.517), qui, par certains traits, nous rappellent les Oiseaux, ont apparu avec les temps secondaires et se sont éteints avec les temps secondaires. Les gigantesques Enaliosauriens, dont rien dans la nature actuelle ne peut nous donner la moindre idée, ont eu le même sort. Les Labyrinthodontiens n'ont vécu que de l'époque carbonifère à la fin de l’époque triasique.

On peut dire que si l’ère primaire a vu le règne des Poissons, l'ère tertiaire le règne des Mammifères, c'est pendant l'ère secondaire que les Reptiles sont arrivés au saummum de leur développement. Jamais, à aucune époque de la vie du globe, ces animaux n'ont présenté

autant de formes différentes et autant de formes aussi parfaites ; c’est à cette époque qu'ils ont atteint le maximum de leur taille; tous ceux qui ont apparu depuis ne sont que des pygmées en comparaison.

Ily a done, on le voit, de grandes inégalités dans le développement des animaux; certains se sont éteints à tout jamais après être arrivés au dernier degré de la perfection qu'ils pouvaient atteindre, tandis que d’autres n’ont pas changé. C’est ce qu'a fait parfaitement ressortir AlbertGaudry dans son beau livre sur les enchaînements du monde animal dans les temps géologiques ; aussi ne croyons-nous mieux faire que de donner ici les conclusions auxquelles est arrivé le savant paléontologiste, après avoir étudié les animaux de l'époque primaire :

« Si insuffisantes que soient nos études sur les Reptiles fossiles, elles offrent quelques enseignements pour l’histoire de l’évolution.

Quand on voit les vertèbres incomplètement formées dans l’Archegosaurus et même dans l'Actinodon et l'Euchirorasus, qui, à certains égards, sont des êtres assez perfectionnés, on ne peut se défendre de l’idée que l’on surprend le type vertébré en voie de formation, au moment où va s'achever l’ossification de la colonne vertébrale. Et, lorsque l’on considère les os des membres de l’Archegosaurus et de l'Actinodon, avec leurs extrémités creuses, autrefois remplies par des cartilages, ne pouvant exécuter que des mouvements généraux, il est naturel de croire qu'ils indiquent des animaux dont l’évolution n'était pas Llerminée. M. Dawson, en faisant les découvertes de Reptiles dont nous avons parlé, a été frappé de l’état imparfaitement ossifié de leurs os; voilà ce qu'il dit de l’Aylonomus : « Rien n’est plus remarquable dans le squelette de cette créature que le contraste entre les formes principales parfaites et belles de ses os et leur condition imparfaitement ossifiée, circonstance qui soulève la question de savoir si ces spécimens ne représentent pas les jeunes de quelques Reptiles de plus grande taille. »

« Comme le savant paléontologiste du Canada, je crois que ces os représentent un état de jeunesse; seulement je suppose qu'il faut distinguer dans les animaux fossiles deux sortes de jeunesse : la jeunesse des individus et la jeunesse de la classe à laquelle ils appartiennent. À l'époque primaire, la classe des Reptiles était jeune, plusieurs de ses types étaient peu avancés en évolution; c’est pour cela que,

CONCLUSIONS

même dans les individus adultes, quelques-uns de leurs caractères peuvent refléter ceux des Reptiles actuels à l’état jeune ou même à l’état embryonnaire; ce sont là des applications des idées qui ont été mises en avant par Louis Agassiz sur les rapports de l'embryogénie et de la paléontologie. :

« L'examen des Reptiles primaires permet encore de faire une remarque sur la question de l’archétype. La persistance dela notocorde, le faible développement des cerveaux, l’imperfection des membres portent à croire que l’A!chegosaurus et l’Actinodon se rapprochaient des êtres que l’on peut supposer avoir été les prototypes reptiliens. S’il en est ainsi, les prototypes reptiliens ont-ils réalisé l’idée qu'on s'est faite de l’archétype ? Comme pour les Poissons, je réponds : les Reptiles primaires n’ont pas réalisé l’idée de l’archétype ; car l’archétype du Reptile devait avoir pouraxe une colonne vertébrale, et la paléontologie nous apprend que plusieurs des anciens Reptiles, de même que les anciens Poissons, ont eu les centrums de leurs vertèbres incomplètement ossifiés. Dans l’archétype du Reptile, les membres auraient dù procéder des vertèbres ; or, il est vraisemblable que les membres des Reptiles ont été formés avant les vertèbres, puisqu'ils sont très perfectionnés chez l’£ucharosaurus dont les vertèbres sont encore incomplètement ossifiées.

Dans l’archétype reptilien, les côtes devraient être une dépendance des vertèbres ; mais, s'il en est ainsi, comment se fait-il qu’elles aient dans l'Zuchirosaurus un grand développement, alors que les vertèbres sont incomplètement formées. Dans l’archétype reptilien, les mandibules devraient s'attacher à la vertèbre frontale, et, au contraire. chez l’Actinodon et l'Archegosaurus, elles s’attachent touten arrière du crâne. Dans l’archétype reptilien, le crâne deyrait être composé de vertèbres encore peu modifiées et très reconnaissables; or, dans l’Actinodon et l'£uchirosaurus, quoiqu'il y ait des condyles occipitaux, on ne peut pas dire qu'il y ait une vertèbre occipitale. En vérité, rien ne ressemble moins à une réunion de vertèbres que le crâne d’un Archegosaurus ou d’un Actinodon; quand d'une part je vois l'occipital, le pariétal, les frontaux, les temporaux si complètement développés, si solides, si brillants, qu'ils ont fait imaginer le nom de Ganocéphales, quand d'autre part je constate l'état rudimentaire des vertèbres, je ne puis croire que le crâne des premiers Reptiles ait été le

CONCLUSIONS. sil

Fig. 516. — Les Dinosauriens des Montagnes Rocheuses à l'époque jurassique.

résultat d’une simple extension des vertèbres. Chez les Reptiles des époques plus récentes, on trouve un peu plus de tendance vers la forme que l’on a attribuée à l’archétype ; par exemple, dans le Varan, le basilaire forme le centrum d’une vertèbre crânienne très reconnaissable, etmêmele sphénoïde peut être considéré comme le centrum d'une seconde vertèbre crànienne. Il est probable que les vertèbres du crâäne se sont formées tardivement dans les temps géologiques, lorsque lé cerveau des animaux ayant pris plus de développement a eu besoin d’être mieux protégé.

« Ceux même des Reptiles primaires où l’on observe des caractères d'infériorité n’établissent pas de liens entre la classe des Reptiles

(allantoïdiens ou anallantoïdiens) et celle des Poissons. Ge sont là des faits d'une importance considérable. »

« Les inégalilés, ajoute le savant paléontologiste, ne confirment pas l’idée d’une lutte pour la vie, dans laquelle la victoire serait restée aux plus forts, aux mieux doués. La paléontologie nous montre que le contraire a pu avoir lieu. Plusieurs êtres ont été comme des rois de passage ; ils sont devenus des personnalités saillantes qui ont donné à leur époque une physionomie propre; de même qu'on dit le siècle de Charlemagne, lesiècle de Louis XIV ,onpeutdire l'âge des Parodoxites, l'âge du Slimonia, l'Age du Pterichthys et, du Coccostens, l'âge du Megalichthys, l'âge de l'£Zuchürosaurus. Ge sont quel-

CONCLUSIONS

Fig. 5117. — Restauration du Rhamphorhynque (d'après Marsch).

quefois les êtres qui ont été les plus spécialisés et les plus parfaits dans leur genre qui se sont éleints le plus vite. Paradoxides du Cambrien, Slimonia du Silurien, Pterichthys du Dévonien ont marqué le saummum de divergence auquel leurtype devait atteindre. Ils ne pouvaient donc plus produire de formes nouvelles, et comme le propre de la plupart des créatures est de changer ou de mourir, ils sont morts.

« À cÔLé de ces êtres de passage offrant les formes extrêmes, il y en à eu d’autres dont la personnalité était moins accusée, créatures mixtes, représentant dans le monde animal] le juste milieu ; parmi ceux-là, on trouve les types qui ont persisté davantage. De même qu'il y a de nos jours des formes cosmopolites

encontre dans tous les pays du monde, il y a eu des formes qu'on pourrait appeler panchroniques, car elles ont été de toutes les époques. Elles ont constitué comme un réservoir permanent duquel sont sortis, à chaque instant des temps géologiques, des êtres destinés à prendre une place plus ou moins élevée.

«Il se pourrait que la moindre longévité des genres qui dans leur classe présentent le plus grand perfectionnement, ait eu quelquefois sa cause dans ce perfectionnement même.

Plus les organismes sont compliqués, plus il y a de chance pour qu’une de leurs parties se modifie ; par conséquent ils doivent ressentir davantage les changements de milieu, et marquer l'heure avec plus de délicatesse au grand calendrier des temps géologiques. La force de

longévité des êtres inférieurs réside en partie dans leur faiblesse; ils nous rappellent la fable du chêne et du roseau. Comme le roseau, ces” chétives créatures des temps géologiques sen sont pliées devant les bouleversements du globe, et ainsi se sont conservées pendant que tombaient les puissants du monde organique.

« Il faut, du reste, convenir que nous ne pouvons expliquer que bien imparfaitement la cause de l'inégalité dans les évolutions des animaux, Car nous voyons dans une même classe et dans une même époque des êtres qui sont à des états différents de développement, par exemple, dans le terrain permien d’'Igornay on rencontre à la fois l’Acfinodon, dont les vertèbres ont encore les pièces de leur centrum distinctes, et le Séereorachis, où les centrums sont en un seul morceau.

« La difficulté que nous avons àcomprendre les causes de telles inégalités dans les évolutions des anciens êtres n’est pas une raison pour nier ces évolutions, car les métamorphoses embryogéniques dont nous sommes les témoins chaque jour ne sont pas moins inégales que les évolutions paléontologiques ; les Coléoptères changent peu, pendant que les Papillons passent par de grandes métamorphoses; les Crapauds et les Grenouilles commencent sous la forme de Tétards tandis que les Salamandres, en venant au monde, diffèrent peu des Salamandres adultes ; beaucoup de Gastéropodes marins (Prosobranches) subissent des modifications considérables, au lieu que les

GONCLUSIONS.

Fig. 518. — Restauration d’un Ptérodactyle.

jeunes Golimaçons, dès leurs premiers développements, sont Colimacons.

« Si toutes les créatures avaient changé également vite dans les temps géologiques, celles qui nous ont été transmises par les âges passés seraient toutes aujourd’hui des êtres élevés; il ÿ aurait ainsi plus d’animaux supérieurs que d'animaux inférieurs, plus de mangeurs que de bêtes à manger : l'harmonie du monde organique serait depuis longtemps rompue. En

outre, l'inégalité dans l’évolution est une des causes de la variété des spectacles que présente l’histoire du monde ; à toutes les époques, sauf sans doute au début, il y a eu des êtres au premier stade de leur évolution, d’autres qui ont atteint au second stade, d’autres au troisième, d’autres à des stades plus élevés ; c'est de ces inégalités que résulte en partie la merveilleuse beauté de la nature dans tous les temps géologiques. »

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