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LA CINIXYS DE HOME

Fig. 105. — Cinixys de Home i1/4 de grand. nat.).

Usher décrit la Cinizys Lhomeana comme une Tortue assez commune dans la région de Fanti, où elle sert de nourriture aux indigènes qui apprécient tout particulièrement sa chair et qui, pour ce motif, l’apportent rarement sur les marchés. « Cette espèce, ajoute Usher, paraît vivre très longtemps dans l’eau; un individu que j'ai gardé en captivité est resté des mois entiers dans un bassin rempli d’eau. » La relation de Falkenstein coïncide parfaitement avec la précédente : « Relativement aux Cinixys, écrit-il, je n’ai pu apprendre grand'chose ni par des observations personnelles, ni par les récits des nègres. La seule chose que je sache c’est que l'espèce que j'ai rapportée vivante (Cénixys erosa), et qui ne se rencontre pas fréquemment, se trouve dans les cours d’eau ou dans leur voisinage jusqu’à la limite où se fait sentir l'influence de l’eau de mer. De là, elle se rend vers le rivage pour pondre ses œufs, et c’est alors qu'on la caplive; je ne sais pas exactement à quelle époque cette ponte a lieu. Bien qu’elle marche comme un véritable pied-bot, je suis persuadé que

BRENM. — V,

c'est une excellente nageuse; celles que j’élevais en captivité, du moins, cherchaient leurs aliments à une assez grande profondeur dans le bassin et plongeaient pour cela jusqu'au fond. »

Fischer a laissé quelques observations sur les Cinixys maintenus en captivité. Toutes les espèces du genre ont les mêmes habitudes; ce sont des animaux diurnes très indolents et fortlents ; ils sont, dil cet observateur, si maladroits pour prendre leur nourriture, que l'on ne comprend guère comment, à l'état de liberté, ils parviennent à se rassasier.

Effeldt a élevé une Cinixys en captivité; elle ne voulait manger que des cerises. Celle qui a été observée par Fischer ne touchait qu'aux pommes ; elle ne mangeait guère plus de deux ou trois fois par mois, et encore se passait-il souvent de longues semaines avant qu'elle ne se décidàt à toucher à ces aliments. Effeld rapporte que la marche des Cinixys diffère de celle de toutes les autres tortues terrestres; elles s'avancent comme si elles étaient montées sur des échasses, en s’élevant sur leurs ongles.

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Sous l'influence de la peur, elles se laissent brusquement retomber sur le sol, et se retirent sous la carapace qui se clôt hermétiquement en arrière.

LES TORTUES DE MARAIS Sunpf-Schildlôten.

Caractères. — La plupart des auteurs réunissent aux Tortues de terre proprement dites, dans une même famille, les Tortues de marais caractérisées par une carapace très peu bombée et par des paltes pouvant servir à la natalion ; on ne saurait, en effet, établir d’une manière absolue la différenciation entre les Tortues dites de marais et les Tortues appartenant à la même famille et vivant exclusivement sur la terre ferme. Les Tortues marécageuses présentent, en revanche, dans leur mode d’existence, assez d'uniformité pour qu'il soit possible d’en donner une description générale pouvant exactement s'appliquer à elles toutes, et pour qu'on en forme une tribu distincte.

Mœurs, habitat. — « Si l’on veut, écrit Weinland, étudier les Tortues marécageuses dans leur pleine liberté, il convient d’explorer les parties chaudes et tempérées de l’Amérique septentrionale. Dans cette partie du monde, qui est la vérilable patrie de ces animaux, on voit de nombreuses espèces vivre côte à côte dans les étangs, dans les fleuves, dans les bois et dans les vallons; elles sont si nombreuses, que de longtemps le zoologiste n'aura pas à déplorer leur extinction.

« En se promenant par une chaude après-midi d’été dans la Nouvelle-Angleterre, dont l'aspect rappelle celui des campagnes de l’Europe centrale, le naturaliste guettera en vain quelque Lézard filant rapidement à travers les broussailles; il retournera inutilement les pierres dans l'espoir de trouver de petits reptiles.

Mais en revanche, si sa route l'amène au bord d'un petit lac ou d’un ruisseau coulant paisiblement au travers d’une verte prairie, il trouvera en cet endroit de quoi satisfaire amplement sa curiosité. Il se demandera certainement quel est cet animal, à la forme arrondie, à la couleur brune, grand comme une pièce de cinq francs, qui repose sur les feuilles des plantes d’eau. S'il s'approche, il verra une petite Tortue, car c'est de cet animal qu'il s'agit, il verra une petite Tortue qui, prompte comme l'éclair, s’élance du haut de la feuille sur laquelle elle était perchée, se jette à l’eau, et

filant avec rapidité, va se cacher dans la vase, entre les racines des herbes aquatiques. Une heure peut s’écouler avant que la petite bête reparaisse à la surface de l’eau ; comme le chas-

|! seur à l'affût, le naturaliste, s’il veut la revoir,

doit se garder de faire aucun mouvement, de produire aucun bruit. Il verra alors émerger au-dessus de la surface de l’onde une gentille Tortue dont les yeux noirs brillent d'un vif

| éclat et dont il pourra s'emparer facilement ;

comme tous les animaux qui ont l'intelligence peu développée, la Tortue ne craint l’homme, en effet, que lorsqu'il bouge; une Tortue en liberté grimperait sur la main qu'on lui tendrait aussi bien que sur une pierre voisine, à la seule condition qu'on garde une immobilité absolue. C'est par milliers que ces pelites Tortues se trouvent aux États-Unis. »

Toutes les Tortues de marais vivent, ainsi qu'on devait s’y attendre, dans des contrées humides ; la plupart habitent les rivières ou les cours peu rapides, les lacs, les étangs. Leur marche sur la terre ferme est lente et embarrassée, bien qu’elles s’avancent sur le sol, incontestablement moins lentement que les Tortues de terre proprement dite; leur progression dans l’eau est le plus souvent très rapide.

Lorsque tout est calme autour d'elles, elles prennent le plus ordinairement plaisir à se laisser flotter à la surface de l’onde, la tête hors de l’eau ; mais vient-il à se produire un bruit subit, elles plongent de suile avec la plus grande rapidité et vont se cacher parmi les herbes. « Ces bêtes semblent avoir appris à se rendre invisibles, dit CG. Muller. J’ai parfois vu les bords des ruisseaux et des étangs, ainsi que les pierres qui en émergeaient, liltéralement couverts de Tortues dans l'Amérique du Nord; ces animaux se chauffaient tranquillement aux rayons du soleil; mais venait-on à s'approcher d’elles, elles plongeaient rapidement; ce n'est que sur un fond n'offrant pas de retraites, dans une eau limpide et peu profonde, qu'il était possible de les capturer; le plus souvent, même dans ces circonstances, elles vous échappent encore, ets’enfoncent rapidement dans la vase molle. »

A l'inverse des Tortues de terre proprement dites, quisont exclusivement herbivores ou frugivores, les Tortues de marais se nourrissent de préférence de matières animales, de petits mammifères, d'oiseaux, d'autres Reptiles morts ; elles s’atlaquent aux poissons et recherchent les Vers, les Mollusques, les Insectes

LES TORTUES DE MARAIS

d'eau ; ce n’est que poussées par la faim, et faute de mieux. qu’ellesse décident à se repaîlre de végélaux ; d’après une observation qui a été faite à la ménagerie des Reptiles du Muséum d'histoire naturelle de Paris, une Emyde de grande taille, l'Emyde batagur de l'Inde, est exclusivement herbivore; mais ce fait est une exception dans le groupe.

Les Tortues de marais nagent pendant des heures entières, flottant à la surface de l’eau; semblables à un Oiseau de proie en quête d’une victime, elles fouillent soigneusement du regard la surface qui s’étend au-dessous d'elles. Ont-elles aperçu une proie à leur convenance, elles laissent échapper quelques bulles d'air qui viennent bouillonner à la surface de l’eau, plongent obliquement et se jettent sur la victime la gueule ouverte; le malheureux animal est happé, fortement tenu entre les mächoires de la Tortue, comme entre les branches d’une puissante tenaille. Le morceau est généralement trop gros pour être avalé d'une seule bouchée; la Tortue le déchire alors à l’aide des ongles acérés qui arment ses pattes de devant et le dévore peu à peu. La hardiesse des Tortues d’eau, même de celles qui ont une faible taille, est vraiment incroyable; elles s'attaquent à des bêtes parfois aussi fortes qu'elles et ne craignent pas, d’un coup de màchoire, d'enlever quelque morceaude chairaux poissons qui nagent dans leur voisinage. Certaines Tortues sont des animaux de proie qui ne cessent pas d'être dangereux et qui ne craignent pas de s'attaquer à des oiseaux de la taille du Canard; lorsqu'on les excite ou qu’on veut s’en saisir, elles se jettent sur l'homme lui-même et ne laissent pas que de causer de cuisantes blessures. Tristran rapporte qu'il vit avec surprise les Tortues marécageuses d’Afrique entrainer au ‘ond de l’eau desoiseaux aquatiques, tués ou blissés par lui ; elles ne lâchaient jamais le butin, une fois celui-ci capturé, et se laissaient plulôt entraîner avec la proie que de s'en dessaisir. C'est aux Tortues de marais et aux Poules purpurines que le naturaliste que nous venons de citer attribue le-pillage des nids et la destruction des couvées qu'on constate très fréquemment le long des lacs et !des marais de l'Algérie.

Les facultés physiques des Tortues marécageuses, bien que peu développées, semblent êtré cependant supérieures à celles des Tortues de terre; quelques-unes, pour s'emparer de

Icur proie, emploient la ruse et la prudence ; :

elles choisissent parfaitement leur retraite, et savent se mettre à l'abri des attaques. En captivité, il paraît qu’elles s’apprivoisent assez facilement et qu’elles savent qu’on va leur distribuer leur pâture.

A l'approche de l'hiver, les Tortues marécageuses s’enfouissent assez profondément et passent la mauvaise saison dans un élat de mortapparente.Dans les pays équatoriaux elles s’enterrent, alors que par suite de la chaleur les endroits qu’elles habitent viennent à se dessécher. Müller rapporte que dans l'Amérique septentrionale ellescreusent les rives des cours d’eau dans lesquelles elles se tiennent pour y chercher un abri contre les intempéries; elles sortent généralement de leurs cachettes vers le mois d'avril ou dans les premiers jours de mai.

Dès les premiers beaux jours, alors que le soleil recommence à verser sa douce chaleur, les femelles creusent dans la lerre meuble ou dans le sable el y pondent de 6 à 20 œufs.

Usages. — Certaines Tortues de marais servent à l'alimentation. Bates raconte que le long de l'Amazone chaque propriétaire possède un petit élang danslequel on tientde ces Tortuesen captivité ; lorsque la provision estépuiséeonenvoie des Indiens, surtout alors que les eaux sont basses, pour s'emparer des Tortues à l’aide de filets. La chasse se fait aussi à l’aide de flèches dont la pointe mobile pénètre dans le corps; la tige, fixée à la pointe par une corde assez longue, surnage, et l’on parvient ainsi à s'emparer des animaux. Les indigènes préparent les Tortues de différentes manières, car ces bêtes sont pour eux d’une précieuse ressource alimentaire; la chair des Tortues de marais est, d'après eux, tendre, savoureuse et agréable au goût; on prétend cependant qu’on s’en faligue très rapidement. Bates rapporte qu'à Éga, sur les bords de l’Amazone, il a été contraint de se nourrir presque exclusivement de Tortues pendant près d’une année; il était tellement écœuré de celte nourriture, toujours la même, qu'il lui est fréquemment arrivé de préférer souffrir de la faim, plutôt que d'y avoir recours.

Les Tortues de marais supportent bien la captivité, à la condition deleur donner pendant l'hiver une chaleur suffisante. Celles qui vivent à l'air libre ont soin, pendant la mauvaise saison, de s’enterrer et de se préserver ainsi de l’action funeste du froid; pour celles qui sont en espace clos, il faut, si on veut les conserver,

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