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Fig. 122. — Le Luth (1/20° de grand. nat.).
un individu pêché dans le port de Cette ; Delafont a décrit un exemplaire échoué en 1729, à l'embouchure de la Loire ; en 4756 enfin, un autre individu a été capturé sur les côtes de Cornouailles en Angleterre, d’après Borlase.
Mœurs. — Nous ne savons que fort peu de chose au sujet de la Tortue Luth. Sa nourriture paraît consister presque uniquement en poissons, mollusques et crustacés. D'après le prince de Wied, elle pond sur les côtes sablonneuses du Brésil ; chaque femelle se rend sur les lieux où la ponte doit s'effectuer quatre fois chaque année, à quinze jours d'intervalle, et y dépose chaque fois de dix-huit à vingt douzaines d'œufs. Cette assertion est confirmée, au moins indirectement, par Tickell. Le 1° février 1862, en effet, une Dermatochelys coriacea, guettée sur la côte du Tenasserim, auprès de l’'embouchure du fleuve Yu, par des paysans Burnesiens, après avoir ponduune centaine d'œufs, fut capturée par eux; on trouva dans l'ovaire de cet animal plus de mille œufs à tous les degrés de - développement.
De la relation donnée par Tickell, il résulte
que les descriptions des anciens auteurs relativement à la force déployée par le Dermatochélys n’a rien d’exagéré. La lutte entre les Tortueset les paysans restalongtempsindécise; six pêcheurs qui avaient voulu s'emparer de l’animal furent entraînés par lui et faillirent être précipités dans les flots; ce n’est que grâce au renfort apporté par d’autres pêcheurs, accourus au secours des premiers, que l’on put capturer la Tortue etl’attacher, à l’aide de liens solides, à de fortes.poutres ; l'animal était lourd à ce point qu’il n’a pas fallu moins de douze hommes pour le transporter jusqu'au village voisin.
Delafont rapporte qu'une Tortue Luth capturée auprès de Nantes, le 4 août 1729, fit entendre un cri effroyable qui fut entendu à plus d’un mille de distance lorsqu'on lui enfonça dans la tête un harpon de fer. Tous les anciens auteurs rapportent que cette espèce pousse des cris fort perçants et de là même vient le nom de spargis que Merrem a donné à cet animal.
Usages. — La chair de la Tortue Luth n'est pas utilisée; elle passe, en effet, pour mauvaise.
LE LUTH
Légendes. — D'après Rondelet, qui publia en 4558 un Zraité des Poissons si remarquable pour l’époque, la Tortue Luth est dite « Tortue mercuriale, à raison que c’est cette espèce de Tortue de la semblance de laquelle Mercure a trouvé l'invention du Leut ou Lue; après la retraite du Nil l’aient trouuée au riuage, la chaire toute consumée, restants les nerfs de-
sechés 6 tordus faisant son au toucher, a la |!
quelle nostre leut est si semblable que la teste
é les pieds ostés, il n'a persone la voiant de loin qui ne die que soit unleut dans sonestim, car come le leut, ainsi que cette Tortue d’une part est plate, de l’autre est voustée, faite de six pièces longues faisant angles aigus, toute à l’entour ronde fors à la queuë qui finist en pointe, au lieu de quoi le leut aussi par le col graisle, où sont attachées les chenilles pour tendre 6 détendre les chordes. »
LES CROCODILIENS — CROCODILIA
Caractères. — Par leurs formes générales les Crocodiliens, que beaucoup de zoologistes regardent comme les plus élevés des Reptiles actuels, ressemblent aux Sauriens avec leur longue queue et leurs quatre membres bien développés. Ils diffèrent toutefois des Sauriens par des particularités fort importantes de leur organisation. Chez les Sauriens etchezles Ophidiens ou Serpents, l'ouverture extérieure du cloaque est transversale, tandis qu’elle est fendue en longueur chez les Tortues et chez les Crocodiliens.
Chez ces derniers animaux, le tronc est |
allongé, beaucoup plus large qu'il n’est élevé ; le dos est protégé par des écussons osseux ; la bouche est largement fendue, armée de dents disposées suivant une seule rangée ; la tête est déprimée, allongée en un museau à l'extrémité duquel se voient les narines; le cou est extrémement court; la queue, généralement plus longue que le corps et fortement comprimée latéralement, constitue une rame puissante ; les pattes postérieures sont sensiblement plus longues que les antérieures; les doigts sont réunis par des membranes plus ou moins déyeloppées.
Squelette, — Le crâne des Crocodiliens est plus ou moins allongé suivant les types examinés; il présente dans sa composition certaines particularités que l’on retrouve chez les Mam-
mifères, et d’autres qui lui sont propres |
(ig. 423).
La mâchoire inférieure se compose de 6 os de chaque côté. Les dents sont supportées par un os dans lequel sont creusées les alvéoles et que l’on connaît sous le nom de dentaire.
Un os couvre, sous forme de lamelle, presque toute la face interne de la mandibule, excepté en avant ; il est désigné sous le nom de operculaire, La partie postérieure de la mandibule est formée par l'angulaire et le surangulaire qui
laissent en avant un espace vide comblé parle complémentaire. L'union avec le crâne, par l'os de la caisse, se fait au moyen de l'articulaire.
Chez les Crocodiliens la colonne vertébrale se divise en régions cervicale, dorsale, lombaire, sacrée et caudale. Le nombre des vertèbres présacrées est de 24; les vertèbres sacrées sont invariablement au nombre de 2; on compte généralement 34 caudales, ce qui, suivant Cuvier, « justifie le nombre de 60 vertèbres, ainsi qu'Ælien l'avait annoncé d’après les prêtres égyptiens ». Il existe ordinairement 7 cervicales, 12 dorsales et 5 lombaires, mais ce nombre est sujet à d'assez nombreuses variations, de telle sorte que la distinction entre ces trois régions n’est pas toujours des plus faciles.
Chez les Crocodiliens vivants aujourd’hui, toutes les vertèbres, à l’exception de l’atlas et de l’axis, des deux sacrées et de la première caudale, sont procéliennes, c’est-à-dire qu’elles sont concayes en avant et convexes en arrière (fig. 124). Chez tous les Crocodiliens qui ont vécu avant la fin de l’époque jurassique et chez ceux quel’onrencontre dans les formations crétacées inférieures les vertèbres sont amphicéliennes, les deux faces articulaires étant planes, parfois même un peu concaves (fig. 125). M. R. Owen a fait connaître, enfin, un troisième type qu'il nomme opisthocélien et chez lequel la concavité de la vertèbre est tournée en arrière, la convexité en avant (fig. 126). Nous devons faire remarquer que l’on ne connaît encore que quelques pièces osseuses indiquant des animaux de ce type, que ce sont des vertèbres cervicales et qu’elles sembleraient indiquer que les animaux dont elles proviennent pouvaient, sans doute, rentrer leur cou sous la carapace, en tout ou en partie, à la manière des Tortues cryptodères.
Remarquons avec Huxley que le centre des
vertèbres des Crocodiles est uni par des fibrocartilages et que les sutures qui unissent le corps de la vertèbre au centrum, à l'arc neural ou arc del’apophyseépineuse, persiste pendant fort longtemps, parfois pendant toute la vie de l'animal,
Les deux premières vertèbres cervicales, l'atlas et l’axis, portent de petites côtesen forme de lamelles ; les cervicales suivantes sont pourvues de côtes de forme spéciale ; les vraies côtes, ou côtes dorsales, se réunissent au sternum par l'intermédiaire de prolongementsrecourbés et pliés à angle aigu; ce sternum reste cartilagineux, à l'exception d’une seule pièce plate, allongée, dont la partie antérieure se porte sousle cou, en avant des os de l'épaule; c’est en arrière de cette pièce que se voient les cartilages ventraux, si particuliers aux Croco-
diles, et qui se prolongent jusqu’au bassin |
(fig. 127).
L'épaule se compose de deux os seulement,
est en rapport avec la colonne vertébrale, est l'omoplate; l'inférieur, qui va s’unir au sternum, est le coracoïdien ; il manque donc la clavicule. L’humérus est légèrement courbé; il existe 4 os au carpe ; les doigts sont au nombre de5; le pouce a 2 phalanges, l'index 3, le médium et l’annulaire 4, le petit doigt 3; les deux derniers doigts ne possèdent pas d’ongle.
Ontrouve,comme d'habitude, troisosaubas- |
sin. Notons que les pubis se présentent sous forme de lames aplaties quine se réunissent pas sur la ligne médiane, mais sont continués par l'aponévrose quiréunitles fausses côtes abdominales. Le fémur, un peu plus long que l’humérus, est courbé en sens contraire. Quatre doigts seulement sont bien développés, le 5° n'étant représenté que par un petit osselet; en partant de la face interne, on compte respectivement aux doigts 2,3, 4 phalanges.
Les Crocodilesayant une vie en grande partie aquatique, la queue, si développée, leur sert d’organe actif pour la natation; les muscles de cette région acquièrent, dès lors, un grand développement.
Carapace. — Le corps des Crocodiliens est protégé par des plaques ou écussons qui, au moins danslarégion du dos, sont fort résistantes et de consistance osseuse. Chez les Crocodiles proprement dits, chez certains Caïmans, les plaques qui revêtent le ventre n'ont que peu de solidité, et restent cartilagineuses, tandis que chez certaines espèces dont on a fait le genre
LES CROCODILIENS.
| variable suivant les espèces.
unis presque à angle droit; le supérieur, qui | réciproque fournissent d’utiles caractères dans
Jacare, ces pièces sont dures, osseuses, solidement engrenées entre elles et constituent un moyen de protection très efficace. Les Crocodiliens des terrains secondaires, qui ont été désignés sous le nom de Téléosauriens, avaient aussi le corpsrenfermé dans une sorte de carapace formée de pièces solidement unies entre elles par des surfaces s’engrenant réciproquement.
Les écailles qui revêtent la partie supérieure du corps se relèvent en carènes plus ou moins saillantes; elles sont toutes marquées de fossettes et de vermiculations. On distingue différentes parties dans le bouclier supérieur, tel qu'un bouclier nuchal composé de quelques petites écailles, disposées transversalement, un bouclier cervical formé généralement degrosses écailles et enfin, à partir du niveau du membre antérieur, un bouclier dorsal proprement dit, sur lequel les séries d’écailles sont en nombre L’arrangement de ces plaques ou écussons, leur disposition
la distinction des espèces.
Système nerveux et organes des sens. — De même que chez les Tortues la cavité crânienne, si petite qu’elle soit, n’est pas entièrement remplie par le cerveau, qui ressemble à celui des Tortues, dans ses traits généraux ; le crâne étant toutefois allongé chez les Crocodiles, la partie antérieure ou lobe olfactif se prolonge chez ces animaux.
La partie cervicale du grand sympathique est logée dans le canal vertébral entre la tête et le tubercule de la côte; le tronc interganglionnaire est double, entouré d’un abondant pigment de couleur foncée.
La peau des Crocodiles est coriace, épaisse et si résistante que les anciens disaient qu'elle est comme couverte d’une écorce, vohidwros; nous avons vu qu'elle est recouverte d’écailles.
On trouve sous la mâchoire et près du cloaque des pores qui sont la terminaison de canaux par lesquels suinte une sorte d'humeur onctueuse, grasse, qui possède uneforte odeur de musc.
Les yeux sont très petits, relativement au volume de l’animal ; ils se présentent sous la forme d’une fente allongée dans la direction du museau. On trouve 3 paupières, une supérieure, une inférieure; qui sont cutanées, et une membrane clignotante ou nicticante, presque transparente, qui peut venir recouvrir le globe de l’œil et Le protéger lorsque l'animal
LES CROCODILIENS.
plonge et ouvre les yeux sous l’eau. La pupille | les distinctions des espèces et des genres.
est verticale, le cristallin convexe. Il existe une glande lacrymale très développée ; les larmes sont dirigées par un conduit vers la partie moyenne du canal des narines.
Parune exception unique dans tout le groupe des Vertébrés à sang froid, il existe un rudiment d’oreille externe. Elle se présente sous la forme de replis de la peau du crâne circonscrivant une étroite fente transversale, au fond de laquelle s'ouvre la membrane du tympan.
11 n’existe, dans la caisse, qu’un seul osselet allongé, évasé à l’une de ses extrémités, comme le pavillon d'un cor de chasse. L'ouverture de la trompe d'Eustache est unique, médiane, commune aux deux oreilles; le canal se loge entre le basioccipital et le basisphénoïde (fig. 498).
Les narines sontsituées à lapartie tout à fait antérieure du museau; elles sont portées sur un tubercule charnu percé de deux ouvertures qui peuvent se fermer à la volonté de l’animal. Chez le Gavial mâle et adulte, ce tubercule se renfle au point qu'il peut parfois acquérir un volume supérieur à celui du poing. L'ouverture postérieure des fosses nasales est très reculéc et se trouve à la base du crâne, un peu en avant seulement de l'articulation de la tête avec la colonne vertébrale.
La langue est complètement attachée au plancher de la bouche; elle est assez épaisse et paraît être privée de papilles à sa surface.
Appareil digestif. — On a pudire avec raison de la tête du Crocodile qu’elle se compose de deux mâchoires, tant le crâne proprement dit est réduit comparativement à la face; la bouche est dès lors très grande.
Les dents qui arment ces mâchoires sont en nombre très variable suivant les types examinés. C’est ainsi qu’on ne compte que 38 dents à la mandibule et en nombre égal à la màchoire supérieure, soit 76 dents en tout, chez le Caïman à museau de brochet; les Crocodiles proprement dits ont généralement 15 dents de chaque côté à la mâchoire inférieure, 19 de chaque côté à la mâchoire supérieure, soit 68 dents seulement ; chez le Gavial du Gange, au contraire, dont le museau est très allongé, il existe 25 à 27 dents de chaque côté en bas, 27 à 28 en haut, soit un total de 404 à 410 dents; le nombre de ces dents peut aller à 420.
La forme, la force, l’arrangement réciproque de ces dents varient suivant les types exa-
Chez le Gavial, ces dents ont même forme et sont toutes sensiblement égales, à l'exception des cinq ou six premières paires, en haut comme en bas, qui se dirigent en dehors et passent par des échancrures que l'on voit à la mâchoire supérieure. Les dents sont inégales chez les Crocodiles; les premières de
| la mâchoire inférieure percent la mâchoire su-
périeure et, à un certain âge, font saillie en dehors; les quatrièmes, qui sont les plus fortes de toutes, se dirigent un peu en dehors et passent par une échancrure qui se voit à la màchoire inférieure; les quatrième et dixième dents de la mâchoire supérieure sontplus fortes que les autres et viennent déborder largement sur les mandibules. Les Caïmans ont également les dents inégales, bien qu’elles le soient moins que chez les Crocodiles ; les quatrièmes dents de la mandibule, souvent les plus longues, viennent se loger dans des creux qui se voient à la mâchoire supérieure, où elles sont reçues lorsque la bouche est fermée; elles ne passent jamais par des échancrures.
Les dents des Crocodiliens tombent avec une grande facilité, car elles ne sont adhérentes dans l’alvéole que par des replis de la gencive. La facilité avec laquelle se détachent ces dents est mise à profit, dans certaines circonstances, par certaines tribus de Madagascar, ainsi que nous l'a raconté notre savant ami, M. Alfred Grandidier.
Suivant ce voyageur, lorsque le souverain ou quelque haut et puissant seigneur de la grande île africaine vient à tomber malade, on conjure le sort à l’aide de certains ingrédients placés dans la cavité de la dent d’un Crocodile, mais il faut, pour que l’amulette ait toute son action, que la dent ait été prise sur un Crocodile vivant. Or, voici comment on opère.
Les Crocodiles, abondants dans certaines régions de l'ile, sont attirés à l’aide d’an appât placé à l'extrémité d’une planchette. La bête vorace se jette sur la nourriture qui lui est présentée et fait du même coup entrer dans sa vaste gueule l’extrémité de la planchette; on s'approche alors et à l'aide de liens solides on lui ficelle la mâchoire et les membres de manière à la mettre dans l'impossibilité absolue de nuire. On applique un corps chaud, généralement une patate bouillante, sur un des points de la mâchoire; la chaleur fait bientôt tomber la dent correspondant à
minés et fournissent de bons caractères pour © l'endroit brûlé.
LES CROCGODILIENS.
PM ; | ù NE
Fig. 123, — Squelette de Crocodile.
Les dents de Crocodiles sont creuses; elles présentent une série de cônes successifs, emboîtés les uns dans les autres comme des cornels de papier; ces cônes sont des dents en voie d'évolution qui remplaceront au moment opportun les dents tombées (fig. 129).
L’estomac est volumineux et fait suite à un œæsophage dont les parois sont épaisses; parmi les Reptiles, ce n’est que chez les Crocodilieans que l’on voit la portion duodénale de l'intestin nettement distincte. Notons que l’on trouve souvent dans l'estomac des cailloux plus ou moins volumineux avalés par l’animal, évidemment pour servir à la trituration des aliments ; ces cailloux doivent remplir le même rôle que les petites pierres et les graviers qui se rencontrent dans le gésier ou estomac membraneux des Oiseaux. L’intestin débouche dans une cavité ou cloaque qui reçoit également les conduits excréteurs de l'urine et l'extrémité des organes destinés à assurer la perpétuité de l'espèce. |
Le foie est très grand, le pancréas assez développé. Les reins, d'un rouge foncé et lobés, sont appliqués contre les vertèbres lombaires ; la vessie fait défaut. ki
Il existe des cœurs lymphatiques dans la région lombaire.
Circulation et respiration. — Lorsque l’on s'élève des Vertébrés les plus inférieurs aux plus élevés en organisation, le cœur présente pour la première fois, chez les Crocodiles, la réalisation d’une séparation complète, non pas des deux sangs, mais des deux cavilés du ven-
tricule ; tout en conservant encore des carac: tères essentiellement reptiliens, ce cœur n'en commence pas moinsà représenter le type que l'on voit chez les Oiseaux et chez les Mammifères. Ainsi que l'indique si nettement Sabatier, « ce cœur sert de trait d'union entre l'organe central de la circulation des animaux à sang froid et celui des animaux à sang chaud, et, comme tel, il forme la clef devoûte d’uneinterprétation rationnelle de la constitution primitive du cœur, du mode de développement qu'il affecte et des modifications diverses qu'il présente, soit chez l'individu, soit chez l’espèce. »
Ce cœur présente une structure fort compliquée dans l'explication de laquelle nous ne pouvons entrer ici. Contentons-nous de dire que bien que les deux ventricules soient parfaitement distincts, il existe une perforation, dite foramen de Panizza, qui fait, à leur base, communiquer les deux aortes. Par le jeu de certaines valvules l'aorte droite ne reçoit guère de sang artériel ; l'aorte gauche, n'ayant reçu que peu de sang provenant du ventricule droit ou ventricule veineux, est presque entièrement rempli par le sang rouge que lui fournit le ventricule gauche ou ventricule artériel.
Nous avons vu que la langue est attachée presque complètement au plancher de la bouche; elle se relève en arrière en un pont contre lequel vient butterle voile du palais; un cartilage soutenu par deux cornes provenant de l'os hyoïde se relève et vient protéger la glotle. Il
| existe un véritable pharynx, c’est-à-dire un
LES GROGODILIENS. 121
Fig. 124.
Fig. 124. — Vertèbre cervicale de Crocodile.
Fig. 125. — Vertèbre cervicale de Sténéosaure.
vestibule commun aux arrière-narines, à la bouche, au larynx et à l’œsophage.
La trachée artère est longue, entourée d’anneaux fort résistants, plus ou moins recourbée en S au moment de sa bifurcation ainsi qu'on le voit chez les Oiseaux; les bronches pénètrent dans les poumons, en conservant pendant quelque temps leur apparence cartilagipeuse, par une série de rameaux secondaires qui s'ouvrent dans des poches présentant des sortes de murailles, d'élévations, sur lesquelles
Fig. 127, — Sternum de Crocodile,
se ramifient les vaisseaux; les poumons sont volumineux,
Lorsque l’on observe un Crocodile vivant, on lui voit exécuter de fréquents mouvements du plancher de la bouche, ce qui a fait croire pendant longtemps que ces animaux avalaient l'air par déglutition; il n’en est rien cependant et ces mouvements paraissent avoir pour but de brasser en quelque sorte l'air contenu dans l'intérieur des poumons. La respiration se fait comme à l'ordinaire par appel direct du fluide aérien dans les cavités respiratoires, par le jeu
BREuM. — V.
Fig. 125.
Fig. 126.
Fig. 126. — Vertèbre cervicale du Streptospondyle de Cuvier.
d’ampliation et de resserrement dela poitrine. A une inspiration fait suite un long repos pendant lequel on observe précisément ces mouvements de la gorge; les narines, fermées à ce temps de la respiration, s'ouvrent alors, l’expiration a lieu, puis l'inspiration recommence, et ainsi de suite. Les Crocodiles peuvent résister
Fig. 128. — Section longitudinale et verticale de la partie postérieure du crâne d'un Crocodile (*).
longtemps à l’asphyxie et rester sous l’eau un temps considérable sans respirer.
Ponte. — Les Crocodiles pondent des œufs,
(*) Eu, trompe d'Eustache ; PN, ouverture postérieure des narines; P, fosse pituitaire; BO, basioccipital; EO, exoccipital; Pa, pariétal ; SO, supraoccipital ; BS, basisphénoïde; Fr, frontal (d'après Huxloy).
RePriLes. — 16
4122 LES CROCODILIENS.
qui, par leur forme et leur résistance, ressemblent à des œufs d’Oiseaux. Ces œufs sont de couleur blanche ou légèrement jaunâtre; leur surface est souvent comme chagrinée, ils sont toujours allongés, et c’est ainsi que ces œufs de Crocodile vulgaire ont 80 millimètres de long sur 50 millimètres de petit diamètre.
La femelle seule s'occupe de la préparation du nid ou plutôt de la fosse qu'elle creuse dans le sable et qu’elle garnit de feuilles; le nombre des œufs pondus varie de 20 à 400.
A l'inverse des Tortues qui abandonnent complètement leur progéniture, la femelle du Crocodile reste près du nid et surveille le trésor qu’elle a confié à la terre. Au bout d’un temps assez long, sous l'influence de la chaleur du soleil et sans doute aussi de la chaleur dégagée par les matières en fermentation qui recouvrent le nid, les petits viennent au monde et se hâtent de gagner l’eau.
Fig. 129. — Coupe de la mächoire d'un Alligator.
Intelligence. — Bien que la dose d'intelli-
ence que l’on peut accorder aux Crocodiles | 8 q
soit bien faible, ces animaux sont cependant, sous le rapport de l’intellect, supérieurs aux autres Reptiles. On peut les appeler par un claquement de la langue et les habituer à venir prendre leur nourriture à l'extrémité
d’une pince ou d’un bâton. Leurs manifesta- |
tions psychiques peuvent aller plus loin et indiquer une sorte de réflexion. Un Caïman à museau de brochet, conservé à la ménagerie des reptiles du muséum de Paris, châtié une fois à cause de méfaits qu'il avait commis sur un de ses camarades, s’empressait de plonger au fond de l’eau lorsqu'il voyait un bâton qui lui rappelait certainement le châtiment mérité qui lui avait été infligé; il existait chez cet animal la notion de la relation de cause à effet.
Distribution géographique. — Les Crocodiliens se rencontrent dans toutes les parties du
monde, à l'exception de l'Europe; on les trouve aussi bien dans les zones tempérées et même froides, que dans les zones torrides. C’est en Amérique qu'ils s'étendent le plus versle nord; c'est en Afrique et en Asie qu'ils s'étendent le plus vers le sud. Les limites de leur habitat sont, vers le nord, le 34e de longitude est et le 35° de longitude ouest, versle sud le 34° delongitude est et le 36° de longitude ouest : on ne trouve en Afrique que des Crocodiles proprement dits; le Gavial, une espèce de Caïman, des Crocodiles, se rencontrent en Asie; les fleuves du nord de l'Australie nourrissent des Gavials et des Crocodiles ; les Caïmans vivent dans l'Amérique du Nord, les Caïmans et les Crocodiles dans l'Amérique centrale et dans l'Amérique du Sud.
Mœurs et habitats. — Tous les Crocodiliens sont des animaux essentiellement aquatiques, ainsi que le montrent tous les détails de leur organisation ; ils peuvent vivre, du reste, indifféremment sur la terre ferme et dans l’eau. Ils ne vont guère cependant sur la terre ferme que pour dormir, étendus aux rayons du soleil. Ils marchent généralement les membres soulevant le corps assez haut au-dessus du sol, la queue trainant à lerre; ce n’est guère que dans l’eau qu'ils ont toute leur force; ils nagent avec une rapidité extrême, les pattes collées au corps, par des mouvements rapides de leur queue, qui forme une rame d’une
| grande puissance.
Lorsque les cours d’eau dans lesquels les Crocodiles ont l'habitude de vivre viennent à se dessécher, ils n’émigrent que lorsque la distance à parcourir est peu considérable ; en
| est-il autrement, ils s’enfouissent dans la vase
et tombent alors dans le sommeil hivernal.
C'est ce que l’on observe aussi bien dans l'Amérique du Nord, là où les lacs gèlent, que dans le Mexique, où les Crocodiles s’enterrent dans la boue. Le fait de l’hivernation du Crocodile était parfaitement connu d’Aristote et d'Hérodote, qui rapportent que ces animaux restent cachés pendant les quatre mois les plus froids sans rien manger.
Les Crocodiles, grâce à la disposition deleur pupille, qui est linéaire, sont des animaux plutôt nocturnes ou tout au moins crépusculaires que diurnes. Ils ne chassent guère, en effet, que la nuit, pendant le jour on les voit dormir étendus sur les rives ou cachés au milieu des joncs et des roseaux, le corps immergé, ne laissant passer hors de l’eau que l'extrémité du
LES CROCODILIENS PROCÉLIENS.
museau oùse trouve l'orifice des narines. Leurs
poumons gonflés d'air, ils se laissent flotter |
au gré des courants.
Les Reptiles que nousétudions sont essentiellement carnassiers ; ils se nourrissent de poissons, de petits mammifères, d'oiseaux aquatiques ; tout leurest bon, proie morte ou proie vivante. Les dents, quoique puissantes, ne sont pas assez résistantes pour leur permettre de déchirer une proie un peu volumineuse, aussi emploient-ils souvent un procédé fort curieux pour la déchirer: que deux Crocodiles viennent à saisir une même proie, ils se mettent à tourner rapidement en sens inverse, de telle sorte que par des mouvements de torsion, la proie est déchirée en morceaux qui sont avalés entiers, sans subir de mastication.
&« Il paraît que les Grocodiles ne sont pas si intrépides ni aussi courageux qu'on ile dit en Europe, d’après les récits exagérés de certains voyageurs. Leur férocité et leur cruauté apparentes dépendent du besoin qu'ils ont de se procurer leurs aliments, car ils ne peuvent les atteindre que par la ruse et la patience. On a reconnu que les Crocodiles à museau effilé de Saint-Domingue sont émus par le moindre bruit, qu'il suffit d'imiter l’aboiement du chien pour les faire fuir, ou de produire tout autre son. Ælien rapporte à peu près les mêmes
circonstances pour le Crocodile du Nil.
» Voici un passage extrait du manuscrit du père Plumier, qui nous donne quelques observations curieuses surles mœurs des crocodiles d'Amérique. « Si le Crocodile n'est pas assez fort pour se rendre maître des gros animaux, il est d’autant plus adroit pour attraper le gibier, dont le lac de Miragoan est assez bien pourvu en certaines saisons de l’année, comme canards, sarcelles, vingeons et autres animaux aquatiques. Quand il veut en attraper quelqu'un, il se metun peu au loin, en se tenant de manière que le dessus du dos paraît presque tout entier et demeure comme immobile. En effet, on ne le voit pas du tout remuer; on aperçoit bien qu'il a changé de place, mais d’une manière presque imperceptible, tant son mouvement est lent; on le prendrait alors pour une pièce de bois flottante, comme cela m'est arrivé plusieurs fois. C’est ce qui fait que le gibier, ne se méfiant de rien, le laisse approcher de si près, et est gobé avant qu'il ait élevé ses ailes pour fuir. Le Crocodile, en s’approchant, tient toujours les yeux élevés sur l’eau vers son gibier; il tient aussi la mâchoire inférieure tellement abaissée, qu'elle semble pendre de la supérieure, et, quand il est à portée, il l'élève en manière d’une bascule avec une vitesse surprenante (1). »
LES CROCODILIENS PROCÉLIENS OU CROCODILIENS PROPREMENT DITS
Caractères. — Tous les Crocodiliens actuels, ainsi que ceux que l’on trouve dans les terrains terliaires et dans la partie supérieure de la formation crétacée, sont procéliens, c'est-à-dire que la face antérieure du corps de la vertèbre est concave, la face postérieure présentant une convexilé ou tête assez développée ; ils paraissent êlre plus élevés en organisation que les Téléosauriens quiles ont précédés dans la série des âges (fig. 424).
Les Crocodiliens actuels ne forment réellement qu'une seule famille très naturelle que l’on peut diviser en trois genres : les Caïmans, les Crocodiles et les Gavials. Certains zoologistes, bien à tort, ont voulu élever ces trois genres au rang de familles et établir dans cha-
cune d'elles un certain nombre de coupes gé- |
nériques. On pourrait, sans doute, à l'exemple
| de M. Th. Huxley, reconnaître trois subdivi-
sions, l’une comprenant les Alligators, les Jacares et les Caïmans proprement dits, la seconde les Crocodiles et les Mecistops, la dernière les Gavials et le Rhyncosuchus.
Distribution géologique. — Si les Crocodiliens procéliens sont à peine connus pendant l'époque crétacée, il n’en est pas de même pour
| ceux qui vivaient à l'époque tertiaire. Ces Cro-
codiliens peuvent être rapportés aux genres actuels Crocodile, Alligator et Gavial. Certaines espèces du terrain miocène de l'Allier, bien que voisines des Caïmans par la forme de la tête, s’en séparent cependant en ce que la troisième’ dent inférieure, est aussi développée que la
(1) Duméril et Bibron, Erpélologie générale ou Hisloire naturelle des Reptiles, t. TN, p. 36,
LE CROCODILE DU NIL
quatrième ; ces reptiles sont connus sous le | centre du continent africain ; une race parti-
nom de Piplocynodon.