LA VANRSSE DU CHARDON
trouvât 10 à 12 Chenilles de cette espèce qui se reproduit deux ou trois fois dans la belle saison. Cette apparition subite a duré deux années, puis l'Insecte a presque disparu. On peut dire la môme chose de diverses Tortricides qui apparaissent tout à coup sur la Vigne, où elles font de grands ravages, et qui, au bout de quelques années, disparaissent subitement. »
M. Chaboz, de Pont-de-Beauvoisin (Isère), raconte que se trouvant, le 11 juin 1879, sur les collines de Saint-Franc (Savoie), derniers contreforts des Alpes, à une altitude d'environ 600 mètres, il ne fut pas peu surpris de rencontrer une véritable nuée de Vanessa Carilui. Ces Insectes, dans un espace restreint, se trouvaient en nombre si considérable, qu'on pouvait en prendre une dizaine d'un seul coup de filet; ils paraissaient très affairés, et il put constater qu'ils étaient occupés à pondre sur de jeunes Chardons abondants à cet endroit. Ayant capturé une douzaine d'individus, il a constaté que tous étaient des Femelles.
Cette abondance de Vanessa Cardia lui rappela une observation faite jadis aux environs de Montpellier. Des Chenilles du môme papillon se rencontraient alors en telle abondance qu'elles avaient entièrement dévoré les feuilles de champs entiers d'Artichauts, et que, devant traverser une route pour se rendre sur un champ voisin, elles couvraient littéralement le sol.
Peut-on conjecturer la cause de ces innombrables invasions de Papillons? Dans le cas présent, en se rappelant que le manque de nourriture est en général une des causes principales des migrations, ne peut-on supposer que le printemps dernier ait été favorable à la multiplication de la Vanesse et qu'elle ait pullulé soit en Algérie, soit dans le midi de la France, sur les Carduacées qui y croissent spontanément ou que l'on y cultive; que les Chenilles de la première génération auraient dévoré entièrement ces plantes avant de se transformer en Nymphes et en Insectes parfaits, et, qu'après l'accouplement, les Femelles, par un instinct spécial, auraient émigré vers les pays où elles pouvaient trouver les plantes nécessaires à la nourriture de leurs Chenilles?
J'ajouterai que, d'après des témoignages dignes de foi, une invasion de Vanessa Cardui a été également observée, du 10 au 20 juin, dans les environs de la Tour-du-Pin.
M. le Dr Regimbart, de son côté, écrit d'Evreux (Eure) :
«Pendant tout le mois de juin, sans un seul
jour d'exception, et môme pendant les pluies modérées, il y a eu un passage continu et constant, du sud au nord, de Vanessa Cardui, volant assez près de terre, avec une grande rapidité, passant et s'élevant au-dessus de tous les obstacles sans jamais les contourner ; presque toutes avaient les ailes déchirées et comme rongées et à peu près dépourvues d'écaillés colorantes ; à côté de cela, il y avait, de place en place, des exemplaires parfaitement frais, mais paraissant éclos ici et sédentaires, car ils voletaient de fleur en fleur, sans rapidité et sans direction aucune. Généralement ce Papillon est assez rare à Evreux; dans la première huitaine de juin, il en est passé un nuage véritable, toujours du sud au nord.
« Je n'ai point remarqué que la jf/uss'a Gamma lut plus commune que d'habitude. »
M. E. Ragonot ajoute que pendant le voyage qu'il vient de faire, du 10 au 28 juin, de Paris à Autun et jusque dans la Côte-d'Or, il a pu constater partout, sur la route qu'il a parcourue, aussi bien que dans les environs d'Aulun, des VanesasCarduien très grande quanti té. Il a vu les jeunes Chenilles mangeant YEri/ntjïum campes tre.
D'après M. le Dr Victor Fatio (1), le passage des Vanesses, à la date du 20 juin, a été observé en Suisse non seulement en plaine dans beaucoup de cantons, mais encore, paraîtil, jusqu'à d'assez grandes hauteurs dans les montagnes, à 2, 150 mètres au-dessus de la mer, au Saint-Gothard, par exemple. Le transport anormal de ces Lépidoptères sur ce col élevé qui est aussi pour les Oiseaux une des principales lignes de passage au travers des Alpes, semble bien indiquer que les Vanesses que l'on a vu traverser ce pays ne sont pas toutes nées dans ces contrées ; toutefois il est très difficile jusqu'ici de dire s'il faut attribuer ce déplacement insolite aux rigueurs du printemps sur le versant méridional des Alpes, aux inondations des plaines de Lombardie, ou encore à la persistance des vents du midi.
« Une bande de l'espèce Vanesse, raconte M. M .-P. Toussaint du Havre, s'est élevée dans le nord de la France et est passée sur Bolbec (arrondissement du Havre) le samedi 22 juin, se dirigeant vers l'ouest- quart-nord-ouest et volant serrée sur une largeurde prèsde l,500mètres. »
M. A. Cheux donne quelques détails au sujet du phénomène observé dans le Maine-et-Loire :
« Le passage des Vanessa Cardui, nous écrit M. A. Cheux, a eu lieu près d'Angers le lOjuin,
(i) Falio, La Nature, 1879.