‹ Merveilles de la natureChapitre 128 sur 412 · L'ACHÉRONTIE ATROPOS OU SPHINX TÊTE-DE-MORT · texte numérisé non relu

L'ACHÉRONTIE ATROPOS OU SPHINX TÊTE-DE-MORT

montrent à présent intraitables et farouches. Ils filent, comme un trait, de fleur en fleur parmi les Vipérines, les Chèvrefeuilles, les Bellesde-Nuit, les Pétunias, etc. , et s'enfuient en décrivant des arcs de plus en plus grands ou en ligne droite, s'ils n'ont plus rien à y prendre ou s'ils se trouvent troublés par quelque perturbation extérieure, comme la présence d'un chasseur aux aguets. Leur vol rapide se prolonge sans interruption, très tard dans la soirée, jusqu'à ce que les sexes s'accouplent, si l'amour est en jeu, ou jusqu'à ce que les muscles, fatigués enfin de cette activité sans relâche, qui dure des heures, réclament impérieusement le repos. Cette perfection du vol lient à la conformation de leurs ailes étroites et longues, au développement du réseau des conduits aériens qui pénètrent leur corps trapu et mieux encore à la puissance de leurs muscles moteurs des ailes; l'énorme quantité de travail qu'ils produisent s'accuse par un développement de chaleur animale considérable qui fait de ces Insectes de véritables Animaux à sang chaud (1) et leur température, ainsi que Newport et M. Maurice Girard (2) l'ont démontré, peut dépasser la température ambiante de plus de 10°.

Une faut pas s'étonner si avec une pareille intensité de vie quelques Sphingides de l'Afrique ou tout au moins de l'Europe méridionale, tels que les Sphinx Nerii, celerio et lineata, pénètrent jusque sur les côtes septentrionales du territoire allemand et dans l'Angleterre, soutenus, peut-être aidés par les vents qui soufflent du sud. Le Dr Boisduval a même pensé d'après cela que ces grands Sphinx n'étaient réellement pas indigènes, qu'ils étaient importés régulièrement du continent africain et ne se propageaient chez nous qu'à la faveur de la douceur de certains hivers.

La tribu des Smérinthines, que nous étudierons bientôt, doit la perfection extraordinaire de son vol à une disposition différente de ses ailes; mais elle se rattache à cette famille par le développement et la structure de ses Chenilles. Toutes les Chenilles de Sphingides sont nues, allongées, le plus souvent un peu rétrécies en avant; elles possèdent seize pattes, et portent, en général, sur la face dorsale de l'avant-dernier anneau, une corne plus ou moins longue ; elles ont souvent des couleurs très vives. Pendant le jour elles se tiennent tranquilles, comme leurs

(1) Voy. Introd., page 43.

(2) Girard, Traité d Entomologie. Paris, 1873, t.I, p. 42.

Papillons, et demeurent fortement cramponnées à leur plante nourricière. La nuit, elles déploient toute leur voracité, et font remuer leurs mâchoires autant que les Papillons leurs ailes. Jamais elles ne vivent en société. Quand l'heure de la Métamorphose a sonné, elles s'enfoncent en terre, sans exception, elles polissent les parois de leur couchette, sans se tisser d'abris, puis se transforment en Chrysalides fusiformes et minces, parfois de couleur claire. Elles agitent leur abdomen vivement quand on les trouble, et montrent sur le fourreau de leur trompe une saillie particulière qui peut prendre tout à fait la forme d'un ardillon; l'extrémité de leur corps se termine par une pointe aiguë. Elles atteignent généralement leur développement complet au bout d'un hiver; quelques-unes, par exception, ne l'atteignent qu'au bout de plusieurs années.

Toutes les espèces européennes passent l'hiver à l'état de Chrysalides.

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