LES ECAILLES OU CHELONÏES
CHELONIA OU ARCTLA
Caractères. - La tête, petite, est cachée par le prothorax ; la trompe a ses mâchoires séparées ; le thorax est velu et laineux ; l'abdomen, gros, cylindrique, semble habillé de velours richement coloré, marqué ou annelé de noir.
SHstribution géographique. — Les Ecailles ont des représentants dans presque toutes les régions du globe.
La France est riche en Chélonies parmi lesquelles il convient de mentionner les Écailles fermière ou marbrée (Ch. villica), Hébée (Ch. H elie), pourprée (Ch. purpurea), fuligineuse (Spilosoma fuliginosa), mendiante {Sp. mendica), pied de Lièvre (Sp. lubricipeda), tigrée ou de la Menthe (Sp.menthastri), etc. La plus intéressante de toutes est l'Écaillé pudique.
Mœurs, habitudes, régime, — Ces Papillons, en général mauvais voiliers, se tiennent de préférence dans les buissons au voisinage du sol ; leurs Chenilles vivent exclusivement sur les plantes basses ; les Cocons qu'elles filent ont un tissu fort lâche qui laisse apercevoir la Chrysalide.
Insectes.
L'ECAILLE PUDIQUE.
L'ÉCAILLÉ MARTEE OU CHELON1E CAJA. — C1IE- LONIA CAJA,
Brauner Bàr.
Caractères. — La figure 1343 nous montre ce Papillon, l'un des plus communs du genre; il est revêtu des couleurs les plus vives. La teinte fondamentale est d'un brun-rouge velouté, ainsi que la tête et le thorax ; l'aile antérieure présente des marques blanches ; les ailes postérieures sont tachetées de noir bleuâtre, l'abdomen, vermillon, porte des marques noires. Les antennes, blanches, sont pectinées chez le Mâle et par suite plus épaisses que chez la Femelle représentée ici.
Vistribution géographique. — Il habite
toute l'Europe centrale et septentrionale.
Hii'iii-M, habitudes, régime. — Ce Papillon,
qui reste caché toute la journée, voltige lentement et posément, dans les nuits chaudes de juin et de juillet ; c'est à ce moment seulement que le Mâle et la Femelle, pour s'accoupler, s'abritent sous une feuille où on les surprend encore.au matin, dans la rosée.
La Chenille se rencontre souvent au mois d'août, puis de nouveau en mai, après avoir hiberné ; elle dévore toutes les plantes possibles, aussi bien les herbacées que les arbustes. « On pourrait les nourrir avec du pain », disait un jour un collectionneur, voulant exprimer ainsi qu'elle ne fait fi d'aucun aliment. Elle se distingue des autres Chenilles du genre par ses poils noirs à pointes blanches, qui permettent d'apercevoir entre les touffes la peau de l'Animal. Sur les côtés seulement, et au niveau des trois premiers anneaux, le revêtement de poils passe de la couleur noire à la couleur rousse.
La Chenille à maturité confectionne, à l'aide de ses longs poils, une coque libre (fig. 1344) dans laquelle la Chrysalide, noire et tortueuse, se repose à terre, sous les feuilles sèches, quelques semaines seulement, souvent aussi on ne la trouve pas dans sa coque, mais à sa place on aperçoit six à sept petites pupes noires en forme de barillets, d'où s'échappent, en leur temps, de petites Mouches [Muscidx) d'un noir grisâtre, appelées Tachina qui circulent parmi les herbes, cherchant à doter de leurs OEufs les Chenilles des Papillons les plus divers.
L'ÉCAILLÉ PUDIQUE. — CIIELOXIA PUD1CA.
Caractères. — Cette jolie Écaille a les ailes
supérieures d'un blanc teinté de carmin relevées de taches noires trianguliformes, les ailes inférieures d'un blanc rosé souvent agrémenté de quelques taches noires placées vers les bords, l'abdomen rose.
Oistributiou géographique. — C'est une espèce cantonnée dans le sud de l'Europe, qui n'est pas rare dans le midi de la France.
Mœurs, habitudes, régime. — Cette Ecaille
dont la Chenille se nourrit exclusivement de Graminées attire l'attention par une singulière particularité, elle a la faculté de faire entendre une stridulation très accusée, chose rare chez les Lépidoptères, faculté qu'elle partage, ainsi que l'a constaté Cuenée en 1864, avec les Setina qui leur sont d'ailleurs apparentées.
C'est de Villiers qui, en 1832, a constaté le phénomène. « J'ose me flatter, dit-il, d'avoir découvert le premier un fait extraordinaire, et je présente le fruit de mon observation aux Entomologistes, qui plusinstruits que moi, peuvent la faire tourner au profit de la Science, en les invitant à vérifier l'exactitude que je garantis.
« En chassant aux Lépidoptères dans le midi de la France, je m'étais aperçu que dans les belles soirées d'été, si communes aux environs de Montpellier, l'Écaillé pudique faisait, en volant autour de moi, entendre un petit bruit que je ne peux mieux comparer qu'à celui d'un métier de fabricant de bas. Ce bruit était môme si fort que, guidé parlui, j'ai souvent pris cette belle Ecaille au vol et sans l'apercevoir.
« Étonné de cette singularité, unique peutêtre dans le mécanismedu vol des Lépidoptères, j'ai cherché à découvrir quelle pouvait en être la cause, et je l'ai enfin trouvée.
« L'Écaillé pudique a de chaque côté de la poitrine, à la naissance des ailes inférieures, un espace profondément sillonné et creux, tapissé par une pellicule blanche et très dure et recouvert hermétiquement par une autre petite peau épaisse, luisante, bombée et bordée de poils, dont la partie la plus large est située vers l'endroit où le corps se joint à l'abdomen. Cette peau, qui m'a paru pareille à celle qui compose les timbales des Cigales, ne tient au corps qu'à la naissance de l'aile inférieure ; et lorsque l'Insecte vole, étant mise enjeu par les muscles qui font agir cette aile, elle presse fortement l'air renfermé dans la cavité et produit le bruit dont j'ai parlé. Cette singulière propriété est commune aux deux sexes ; seulement comme dans cette espèce, ainsi que dans toutes ses congénères, le Mâle vole beaucoup