‹ Merveilles de la natureChapitre 171 sur 412 · LA SATURN1E MYLITTA · texte numérisé non relu

LA SATURN1E MYLITTA

et poursuivis sans interruption depuis 1870 avec un succès complet. Nous avons vu que le S. Pernyi avait deux générations par an, tandis que le 5. Yama-maï n'en a qu'une seule ; pourrait-on obtenir une race métisse univoltine? M. Bigot a fait à ce sujet des expériences tort intéressantes de croisement entre les Satuma Pernyi et N. Yana-maï'; il a constaté que les Mâles des seconds acceptaient volontiers les Femelles des premiers, et que ces unions donnaient des Œufs féconds ; tandis que les croisements inverses fort difficiles à obtenir étaient généralement stériles.

En Autriche, M. de Bretton obtenait 300,000 Œufs; en Espagne, M. le marquis de lliscal entreprenait en Estramadure l'éducation en plein air du Ver à soie japonais sur des taillis de Chêne tauzin ; il obtenait, en 1870, 17 kil. de Cocons et pouvait montrer, à l'Exposition universelle de 1878, 25,000 Cocons. M. Brizzolari tentait en Toscane d'élever le Yama-maï et obtenait un plein succès.

La Belgique paraît être la contrée européenne la plus septentrionale où l'on puisse espérer élever encore avec succès le Ver à soie sauvage du Japon. En 1878, Mmc Simon de Fuisseaux et son fils ont mis à l'éclosion 4000 Œufs, et l'éducation faite dans la Campine sur 2000 Chênes de six ans a donné environ 20)0 Cocons (1 .

En Allemagne, vers 1866, Mareh de Slatenegg entreprit des tentatives d'élevage, à l'air libre, avec une telle confiance dans le succès, qu'on regrettait uniquement la pénurie d'éleveurs jusqu'à cette époque ; mais l'élevage en chambre est le seul procédé pratique dans les conditions climatologiques qu'offrent ces pays froids.

D'après ses expériences, Taschenberg prétend qu'elles sont plus susceptibles que les précédentes, et moins aptes à procurer une soie rémunératrice, attendu qu'elles n'ont qu'une génération par an. Chez cette espèce, les OEufs passent l'hiver, et doivent être surveillés avec soin pour que les Chenilles n'en éclosent pas avant l'époque où leur plante nourricière existe. Si les Chenilles ne sont pas retardées dans leur développemert par des conditions atmosphériques défavorables, elles muent quatre fois au bout de huit à dix jours, se mettent à filer vers le cinquante-deuxième jour en moyenne, et quatorze jours plus tard,

(I) Balbiani, la Sériciculture nouvelle.

elles fournissent leurs Papillons dont l'accouplement dure beaucoup moins longtemps que dans l'espèce précédente.

Cette espèce a été exportée également de déférents côtés, de sa patrie jusque dans toute l'Europe, mais elle y est arrivée plus tard que la précédente.

Tout milite en faveur de l'espèce japonaise, et il est douteux que le premier rang ne lui soit ravi par quelques Saturnies des Pruniers, des Peupliers et des Saules importés tout récemment d'Amérique dont nous parlerons plus loin, parce que ces plantes nourricières conviennent moins bien que le Chêne à un élevage en grand.

LA SATl'BXIE MYL1TTA. — SATURNId MYLITTA.

Caractères. — Celte Saturnie, la plus anciennement connue, a beaucoup de ressemblance avec la S. Pernyi; les ailes falquées sont également d'un testacé fauve, traversées par une ligne blanche limitée de part et d'autre par une teinte violacée; et chacune d'entre elles porte de même un œil à pupille transparente cernée de jaune, puis du côté interne de blanc, puis de violet ; mais cet œil est plus rapproché de la base de l'aile.

Mœurs, Jia|ii<ui!vs, n'^ime. — Les Cocons,

gros comme un Œuf de petite Poule, d'une texture très serrée, lisses à l'extérieur, sans bourre extérieure, sont suspendus à un long pédicule corné et attachés par une boucle aux petites branches d'arbres; ce caractère les distingue nettement du .$'. Pernyi qui tisse son cocon entre les feuilles.

Les Chenilles, qui ressemblent un peu à celles de notre Grand Paon de nuit, arrivées au terme de leur développement, sont d'un beau vert coupé sur les côtés par une bande jaune orangé surmontée de points noirs, et relevée en dessous sur les 3e et 6e anneaux de deux taches bleues.

En 1801, le savant Botaniste, Williams Boxburg(l), a donné pour la première fois, sur les Yers à soie du Bengale nommés tusse/i, des renseignements exacts sur le Bombyx M y lût a qui vit sur le Ternrinalia glabra (Boxburg). M. W. H. Sykes s'est occupé aussi du Bombyx mylitla, ou d'une espèce voisine (2). Cet te espèce

(l) \V. Roxburg, Transactions of the Union Society oj London.

Ci) W. H. Sykes, Transactions of the royal asiatic Society.

LA SATURNIE MYLITTA.

a élé observée dans la province du Deccan, où elle est connue sous le nom de kolisurra. D'après les médiocres figures données par M. Sykes du Papillon et du Cocon, cette espèce s'éloignerait fort peu du Bombyx Mylitta, si elle n'en est pas une simple variété.

En 1829, M. Lamare-Piquot observait, au Bengale, les Cocons du Bombyx Mylitta, que les Indiens vont recueillir dans les bois pendant les mois d'octobre, novembre et décembre, et dont les Chenilles se nourrissent des feuilles de terminalia et de jujubier. Avec ce zèle pour le bien du pays qui a rendu son nom si recommandable, M. Lamare-Piquot avait apporté des Cocons de cette précieuse espèce à l'île Bourbon, et les autorités de cette colonie française avaient promis de soigner cette nouvelle espèce de Vers à soie dans le jardin botanique du gouvernement. Quelques-uns de ces Cocons, apportés à Paris par cet intrépide voyageur, mais malheureusement en trop petit nombre, à cause de la mortalité qu'ils avaient subie pendant le voyage, y ont donné trois Papillons femelles, en sorte que cet essai si louable n'a pas eu de suite. Quant à ceux qu'il avait laissés à l'île Bourbon, on n'en a plus eu de nouvelles, ce qui indique qu'ils ont dû subir le même sort qu'en France.

Depuis cette époque, M. Lamare-Piquot est revenu à plusieurs reprises sur cette question, mais sans plus de succès, par suite de l'indifférence avec laquelle ces tentatives ont été reçues chez nous. Latreille lui-même se montra hostile à l'introduction d'un Ver à soie nouveau.

C'est en 1837 que l'attention a de nouveau été attirée sur ces Vers à soie de l'Inde par un autre voyageur naturaliste, M. Helfer, mort depuis dans le cours de ses explorations(l). L'Inde, dit M. Helfer, possède des ressources pour approvisionner l'Europe d'une matière qui peut rivaliser avec le coton et la laine, et qui serait préférable à l'une et à l'autre dans une foule de cas, pour peu qu'elle fût mise à la portée de tous par un prix peu élevé, et cette matière peut devenir une source de richesse et de revenus illimités, lorsqu'elle sera l'objet d'une exploitation convenable.

Les soies des espèces sauvages sont très recherchées dans le Bengale. D'après M. Hugon, bien que la production s'en fût élevée dans l'Assam par suite de l'accroissement de la population, son prix avait augmenté de vingt pour

(I) Journal de la Société asiatique du Bengale.

cent. « Quand j'arrivai dans ce district, raconte-t-il, on pouvait l'obtenir facilement des éleveurs à trois roupies et demie ou quatre roupies (7 à 10 fr., la roupie vaut environ 2 fr.) le seer, qui correspond presque à notre kilogramme (993 grammes). Il est maintenant difficile de s'en procurer à cinq roupies. La concurrence est actuellement si grande, que les marchands payent d'avance, non pas, comme pour les autres produits, dans le but de se la procurer à un meilleur taux, mais seulement pour assurer leurs approvisionnements. »

Dans ces derniers temps, il a élé encore question des Vers à soie sauvages, mais sans plus de succès pour leur introduction.

En 1855, M. Chavannes, de Lausanne, tenta d'introduire en Europe cette 5. Mylitta et releva en plein air sur le Chêne, l'Alisier, le Cognassier, le Néflier avec succès pendant plusieurs années; puis sans aucune cause apparente ses éducations périclitèrent en ne fournissant même plus de reproducteurs.

Depuis, d'autres tentatives furent renouvelées, mais les accouplements ne se firent pas; les éclosions de Mâles et de Femelles n'ayant lieu simultanément que par exception.

Usages. — Aujourd'hui la soie tussah est employé en Europe, et chaque année voit le chiffre des importations augmenter considérablement. Mais ce n'est pas elle seulement qui a conquis droit de cité, toutes les soies provenant des divers Vers à soie des Chênes sont également recherchées : ce n'est pas seulement au Bengale que le commerce va s'approvisionner, la Chine et le Japon fournissent un large tribut. Comme toujours les Chinois, les Japonais, les Hindous ont élé nos précurseurs et ont su utiliser avant nous les produits des Vers à soie sauvages; en les imitant, nous leur empruntons leur matière première pour l'approprier à nos usages et nous stimulons chez eux sa production.

D'après une statistique officielle publiée par les soins du Gouvernement anglais en 1^81, l.t Chine tirerait à elle seule 2,100,000 kilogr. de soies grèges des Vers à soie du Chêne sur les 10,560,000 kilogr. de soies grèges diverses (provenant des Vers à soie du Mûrier, du Chêne, et de l'Ailante) qu'elle produit annuellement; le Ver à soie de l'Ailante ne fournirait qu'un appoint de 300,000 kilogr.

En résumé, si nous devons souhaiter l'acclimatation en Europe, et particulièrement en France, des Vers à soie du Chêne (S. Mylitta

Brehh, Insecte

T. Vlll. PI. X\I\, p. 383.

Parn,J.-B Bjill.ère el Fils, édit.

Fis 1. Chenille sortant de l'OEuf.

Fig.î. nhenille après la premier,

Fig. 3. Chenille après la Inu-imi.

Fig. 4. Chenille après la quatrièm

LA SATURNIE SELENE.

Fig. 7. Crochet suspenseur trés-gn

Page 1