LE DILOBA A TÊTE BLEUE
noire marginale. Au repos, les ailes recouvrent l'abdomen en toil ; parfois aussi elles reposent sur lui horizontalement, comme on l'observe spécialement chez les Agrotis.
Les Chenilles de cette famille constituent trois groupes naturels. Les unes se rapprochent des Chenilles de Bombycides par l'épaisseur de leurs poils et par leurs pattes au nombre de seize ; elles reposent pendant le jour sur leurs plantes nourricières, comme chacun peut s'en convaincre. Les autres munies également de seize pattes, mais dépourvues de poils, demeurent cachées le plus souvent pendant la journée et ne sortent que la nuit pour chercher les plantes dont elles font leur nourriture : c'est là que le collectionneur zélé sait à la lueur d'une lanterne les découvrir plus facilement que dans la journée ; leur nombre est des plus considérables. Celles du troisième groupe, enfin, ont une ou deux paires de pattes en moins, sont nues, et reposent librement pendant le jour sur les végétaux qu'elles dévorent; elles servent de transition entre les Noctuelles et la famille la plus proche, celle des Géomètres ou Arpenteuses.
Toutes ces Chenilles filent au moment de subir leur Nymphose, mais leurs Cocons sont imparfaits. Celles qui reposent librement sur leurs plantes nourricières fixent leurs tissus sur ces plantes ou parmi les feuilles sèches sur le sol ; celles du second groupe filent sous terre en englobant quelques petits fragments dans leurs tissus, ou se contentent de les accoler à l'aide de leur salive.
En raison de leur grande analogie, les Noctuelles se prêtent peu à une classification en tribus ; les limites des genres eux-mêmes ont changé bien souvent; c'est ainsi qu'on peut expliquer, sinon justifier, l'habitude regrettable des collectionneurs qui ne désignentces Papillons que par un seul nom, celui de l'espèce.
Distribution géographique. — Les 2500
espèces connues, environ, sont réparties sur toute la terre. S'il y en a près de mille en Europe, la conclusion à en tirer, c'est que ces espèces sont recherchées avec plus de soin dans nos contrées, et qu'elles ont souvent échappé aux investigations dans les autres pays, plus riches en Insectes, à cause de leur existence plus cachée et de leur aspect moins saisissant. Il ne faut pas oublier, non plus, quedans les régions équatoriales où le soleil règne bien plus longtemps que dans nos pays, les Noctuelles sont bien moins nombreuses que les
Papillons de jour, les grands Bombycides, et d'aulres Lépidoptères au brillant vêtement. Parmi les espèces allemandes, 104 passent l'hiver à l'état d'OEufs, 57 à l'état de Chenilles, 35 à l'état de Chrysalides, et 4 à l'état de Papillons.
LES NOCTUELLES BOMBYCOIDES — BOMBYCOIDIN.E
Sonne rartiijr Eulen.
Caractères. — Parmi les caractères génériques qui s'appliquent à l'espèce unique, nous signalerons des yeux accessoires petits, des palpes courts et pendants, une trompe faible, courte, invisible, des yeux ciliés.
LE DILOBA A TETE BLEUE. - DILOBA CJEB.ULEO- CEPHALA.
Blaukoj'f. — BHllcnvogel.
Caractères. — Le Papillon par lequel nous commencerons l'histoire des Noctuelles, et appelé par Geoffroy le double Oméga (Diloba cœruleocephala), se trouvait classé, dans les traités spéciaux, jusqu'à présent parmi les Bombycides; les livres récents le rangent parmi les Noctuelles.
Les antennes velues du Mâle, et le corps épais, velu, et laineux, de la Femelle, ne permettraient d'établir aucune parenté entre ce Papillon et les Bombyx, alors même que l'aspect général du corps ne suffirait pas à trancher la question. L'aile antérieure, de couleur chocolat, plus claire au niveau de l'aire marginale, est traversée par deux lignes transversales noires très anguleuses, qui ne se rapprochent pas beaucoup vers le bord interne. Les deux taches antérieures jaune-verdâtres se confondent, et la tache en zigzag forme une dépendance arrondie de la tache annulaire ; il en résulte une tache étendue, de couleur claire, qui se partage parfois en deux taches réniformes. L'aile postérieure, blanc grisâtre, tachetéedecouleur sombre vers l'angle interne, présente une septième nervure émanant de l'angle antérieur delà cellule médiane.
Mœurs, habitudes, régime. — Ce Papillon,
qui vole à partir du mois de septembre, appartient aux « Noctuelles d'automne» ; le jour, il repose sur les troncs d'arbre, ou sur des murs. Au printemps apparaissent les Chenilles épaisses, d'un blanc-grisâtre, striées de jaune,
LE DIPTHKRE OHION.
et pourvues de verrucosités noires ; leur tête bleue a valu au Papillon son nom ; on les trouve sur les Épines noires et les Pruniers, auxquels elles peuvent devenir nuisibles lorsqu'elles s'y montrent en grandes masses, en mai et juin. Une fois à maturité, la Chenille confectionne a l'aide de copeaux de bois, à l'aide du Plâtre des murs, etc., une coque agglutinée qu'elle fixe à quelque objet solide, et dans laquelle la Chrysalide, obtuse, d'un brun rougeâtre, est enfermée étroitement, comme une Chrysalide de Bombycide.
LES ACRONYCTES — ACRONYCTA
Caractères. — Les antennes assez courtes, cylindriques, sont filiformes dans les deux sexes ; les palpes bicolores dépassent un peu le front; la trompe est longue; le thorax convexe est bordé de noir, l'abdomen assez long et gros est velu latéralement; les ailes ont les franges entrecoupées, les supérieures très épaisses et nébuleuses à lignes distinctes, les inférieures peu développées.
Toutes les Chenilles frappent les regards par leur revêtement bariolé.
Distribution géographique. — L'Europe et
l'Amérique du Nord sont la patrie de la grande majorité des espèces.
L ACRONYCTE DES ERABLES.
ACERIS.
Ahorn Pfeilmotte.
tcitoyrcTj
Caractères. — Ce Papillon, aussi peu remarquable que ses nombreux compagnons, est d'un gris blanchâtre, son aile antérieure est poudrée de jaune et de brun mélangés ; toutefois les deux lignes transversales et les taches antérieures sont assez nettes pour qu'on reconnaisse la Noctuelle.
Mœurs, habitudes, régime. — En août, et
surtout en septembre, nous remarquons sur divers arbres des villes, notamment sur les Érables, les Ormes, les Tilleuls et les Maronniers d'Inde, une belle Chenille qui repose, ratatinée, à la face inférieure des feuilles; on la trouve souvent aussi sur les Chênes dans les forêts. Elle est jaune, elle porte des touffes de poils jaunes sur les côtés, et présente sur le dos une série de taches d'un blanc éblouissant entourées de noir, ainsi qu'on l'a représenté. Certaines années, cette espèce dépouille entièrement de ses feuilles les Marronniers plantés
dans nos villes, les Insectes épuisés de faim tombent alors du haut de l'arbre sur la lêle des passants et jonchent le sol.
Le Papillon éclôt en mai et en juin de l'année suivante.
L' 'Acronycta psi est une de nos espèces indigènes les plus répandues; elle habite également l'Amérique du Nord.
LES DIPTHÈRES — DIPTIIERA
Caractères. — Ces Lépidoptères se reconnaissent aisément à leurs antennes veloutées pubescentes chez les Mâles, simples chez les Femelles; à leur thorax à ptérigodes écartés, à leur abdomen généralement à crêtes poilues, à leurs ailes supérieures à dessins noirs bien accusés.
Distribution géographique. — Ils sont Cantonnés dans les régions boréales de l'ancien et du nouveau continent.
LE DIPTHÈRE OIUO.V — DIPTHEIt t OU MOM t ORIOX.
Orion.
Caractères. — L'Orion (fig. 1441, p. 389) est un très joli Papillon, le thorax revêtu de poils caducs sur lequel les écailles alaires ou plêrygodes ■forment des huppes latérales, l'abdomen, et les ailes antérieures, ont une teinte fondamentale d'un vert clair et des marques noires et blanches. Sur l'aile antérieure on distingue deux lignes transversales bien noires; et, dans le milieu de l'aile médiane très large, on remarque quelques hiéroglyphes qui constituent une troisième ligne transversale. L'aile postérieure, brun grisâtre, plus foncée en dehors, présente une tache marginale interne noire et blanche; ses franges sont tachetées de noir et de blanc, comme celles des ailes antérieures.
Mœurs, habitudes, régime. — L'Orion Se voit
souvent en mai et en juin, reposant sur lesarbres des forêts, toujours la tête en bas, sa belle Chenille (fig. 1442, p. 389) se rencontre quelques semaines plus tard, d'abord en colonies, sur les Chênes ; elle descend le long d'un fil lorsqu'elle redoute quelque danger. Sa face supérieure est d'un noir velouté ; ses flancs sont jaunâtres ; elle porte de longs poils rouge-bruns sur ses verrucosités rouges; sur la face dorsale des deuxième, quatrième et septième anneaux elle présente de chaque côté une grande tache
LHADENE DU CHIENDENT.
jaune. Plus tard, quand elle commence à atteindre sa maturité, elle recherche l'isolement et façonne un tissu solide pour accomplir sa Nymphose, avant la venue de la mauvaise saison.
LES HADÉNINES — HÀDEMNÈ
Hadcninen.
Caractères. — Les antennes des Mâles sont rarement ciliées ou pectinées; les palpes sont ascendants; le thorax porte des touffes de poils formant crête; les ailes supérieures sont ornées des taches et des lignes caractéristiques des Noctuelles, mais la ligne ondulée h dessine souvent en son milieu un ^ très nettement accentué.
Hœurs, habitudes, régime. — Ces Papillons vivent dissimulés et visitent dans l'obscurité les fleurs, les épis de Blés et de Graminées fleuris, ainsi que les arbres, les buissons et d'autres végétaux enduits de suc des Pucerons, pour y lécher le sniel et la rosée. A moins qu'il n'en voltige un, par hasard, dans une habitation humaine, soit attiré par la lumière, soit en quête d'une retraite obscure pour la journée, ces Papillons restent pour la plupart invisibles pour nous.
Tandis que les Chenilles des Noctuelles décrites jusqu'ici et de leurs apparentés sont, à peu d'exceptions près, généralement recouvertes de poils, de façon à attirer l'attention, lorsqu'elles reposent à découvert sur les plantes ligneuses, la plupart de celles que nous allons étudier ne sont visibles que pour ceux qui savent découvrir leurs cachettes.
Elles se nourrissent, de préférence, de plantes herbacées et de graminées, elles ont toutes seize pattes et recherchent la terre pour subir leur Nymphose. Bien que ces Chenilles demeurent aussi dissimulées, plusieurs d'entre elles nous font sentir leur présence par les ravages qu'elles causent parmi nos plantes cultivées.
LES IIADÈNES — HADENA
Caractères. — Les antennes pubescentes sont rarement pectinées chez les Mâles; les palpes droits, velus, ne dépassent qu'occasionnellement la tête; thorax à crête bifide, les ailes supérieures ont un ^ bien dessiné.
Distribution géographique. — Les nom-
breuses espèces de ce genre se rencontrent dans toute l'Europe, dans les deux Amérique, à la Nouvelle-Hollande et probablement dans d'autres régions du globe.
Nous citerons comme exemple la Noctuelle du Chiendent [Hadena ou Apomea basilinea),de Guénée, dont nous décrirons les mœurs en quelques mots.
LHADENE DU CIUENDENT. — HADENA B.iSlLlNEd-
Queckeneuh.
Caractères. — De couleur brun-de-cuir, parfois teintée de gris, ce Papillon (fig. 1143) a des ailes antérieures d'unenuanceplus roussàtreau bord antérieur et dans l'aire médiane. La tache annulaire est grande ainsi que la tache rcniforme qui est plus claire, surtout vers la lisière de l'aile. Du milieu de la base de l'aile, part un rayon noirâtre; cette aile a donc une « ligne baèilaire » (basi/inea). Les deux stries transversales, bordées d'une teinte plus sombre sur la face supérieure, sont nettement reconnaissablés, ainsi que la ligne ondulée et la tache en zigzag. De petites taches noires semi-lunaires entre les nervures constituent la ligne marginale; deux autres séries de taches foncées analogues forment une bande sur les franges ondulées. L'aile postérieure d'un brun-jaune brillant, plus foncée vers la lisière et au niveau des nervures, porte une septième nervure émanée de l'angle antérieur de la cellule médiane. Lesyeuxsontnusetdépourvusdecils,la trompe est forte, et les palpes se terminent par un article court et incliné. Au bord antérieur, comme au bord postérieur du mésolhorax, se dressent deux petites touffes de poils, figurant deux huppes séparées; la face dorsale du troisième anneau de l'abdomen et celle du quatrième portent des huppes non séparées. L'envergure mesure 39 millimètres.
Slœurs, habitudes, régime. — Après l'aC-
couplement, la Femelle pond plusieurs OEufs sur les tiges d'herbes et sur les feuilles dont la Chenille doit se nourrir plus tard et qu'elle dévorera pendant la nuit, à partir du haut, tandis qu'elle se tiendra cachée à la base pendant le jour. Ces herbes peuvent être aussi bien des Céréales cultivées, telles que le Seigle et le Froment ; dans ce cas, les Chenilles rongent les grains encore tendres (fig. 1444). Tant qu'elles y trouvent assez d'espace elles se cachent dans les Épis et sont très difficiles à découvrir, parce qu'à cette époque leur couleur diffère à peine.
L'HADÈNE A MARQUES TERNES-
Fig. 1441.
Fig. 1443.
Fig.
Fig. Mil. — Le Diptlièi-e Orion.
Fig. 1 4 i 2 . — Sa Chenille sur une feuille de Chêne.
Fig. 1444.
Fig. 1443. — L'Hadène du Chiendent.
Fig. 1444. — Les Chenilles sur un épi de Seigle.
Fig. 1111 à 1441. — Les Noctuelles (Diplhère et Hadène).
de la teinte de la plante qui les nourrit. Parfois, pendant la rentrée des Céréales, on a vu ces Chenilles, qui existent parfois en grandes masses, tomber des Épis, et ramper sur les murs des maisons le long des rues suivies par les charrettes, ou sur les parois et les planchers des granges. Elles ont pu se nourrir de pain blanc, et, après l'hibernation, de semences et de gazons. Si on ne les dérange pas, les Chenilles oubliées dans les gerbes continuent à manger les grains, jusqu'à leur engourdissement hivernal; pour se mettre à l'abri des intempéries elles s'enveloppent d'une coque construite sans prétention ; au printemps elles reprennent leurœuvrede destruction, et, recherchant isolément en plein air les racines et les feuilles des Graminées, quelques-unes parviendront à accomplir leur Nymphose au commencement de mai.
La Chenille à maturité (fig. 1444) paraît un peu rétrécie en arrière; sa couleur fondamentale est un brun grisâtre et pâle, peu brillant; la face dorsale, rendue noirâtre par des vaisseaux irréguliers, se trouve divisée par une ligne blanchâtre, et présente trois stries blanches sur la nuque qui est d'un brun-rouge brillant, et sur la valve anale, qui est rouge. Sur la face ventrale de couleur claire, on distingue une rangée de taches sombres derrière les stigmates aériens, et une seconde série de taches foncées au-dessus de la base des pattes.
La Chrysalide compacte, d'un brun jaunâtre, se termine par une verrucosité rugueuse, ornée de six poils un peu infléchis, dont les
deux plus forts se trouvent rapprochés au centre, et sont entourés des quatre autres.