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LA PUNAISE DE LIT

blanchâtres et cylindriques, de lmm,12 de long, qu'elle introduit dans les fentes les plus étroites des chambres à coucher et des autres pièces habitées ainsi que dans les vieilles voitures publiques; elle les pond notamment sous les tentures, sous les lambris et les plinthes, dans les fentes du plancher qui supporte le lit, dans les interstices des bois de lit et des sommiers, c'est-à-dire dans les endroits mêmes où elle se tient cachée pendant le jour. La dernière ponte de l'année est généralement anéantie ; ce sont seulement les Punaises adultes, dont le développement complet dure onze mois environ, qui passent l'hiver et qui peuvent supporter de grands froids.

La haine qu'elles inspirent tient surtout à la façon insidieuse dont elles s'introduisent dans l'intimité des gens dont elles convoitent le sang; elles attendent, en effet, la nuit afin de troubler le repos de leur victime endormie. Attirées par la transpiration du dormeur, elles se laissent choir, dans certains cas, du haut du ciel-de-lit et rien n'est plus désagréable que de les recevoir sur le visage lorsqu'on a la mauvaise fortune de coucher dans quelque hôtel douteux; on a vu choir ainsi une Punaise dans une tasse de café fumant. En dépit de leur soif sanguinaire, elles sont obligées de jeûner pendant longtemps. Leunis, ayant enfermé dans une boîte bien close une de ces Femelles, l'y retrouva, six mois plus tard, non seulement encore vivante, mais entourée d'une troupe de petits absolument transparents, comme leur mère. Leur fécondité extraordinaire et la facilité avec laquelle elles se dérobent font de ces Punaises une des vermines les plus intolérables; dans les grandes villes surtout, la population excessive des maisons rend extrêmement difficile l'extermination radicale de ces Insectes.

Le tribunal civil de la Seine a, par un jugement motivé, consacré ce principe que « l'introduction de Punaises dans une maison par le locataire engage sa responsabilité envers le bailleur ».

L'affaire est des plus drôles.

En 1874, M. et .madame B. avaient loué une maison appartenant à mademoiselle H. à Villers-sur-Mer. M. B. est mort depuis cette époque, et sa veuve remariée s'appelle aujourd'hui madame V.

A l'expiration du bail, mademoiselle H. a amèrement reproché à ses locataires sortants d'avoir subrepticement introduit dans sa mai-

son de "Villers des légions de Punaises. Elle prétendit que cette invasion rendait le logement inhabitable, qu'elle ne trouverait pas à le louer, et s'adressantau président du tribunal civil de Pont-Lévèque, elle obtint la nomination de trois experts, chargés de visiter la maison, de constater son état, de s'expliquer sur la cause de la présence des Punaises et d'indiquer les mesures à prendre pourdétruire ces Insectes. Un expert en Punaises ! J'avoue que cette profession m'était inconnue; Privât d'Anglemont a négligé de la cataloguer. Combien ce métier peut-il bien rapporter?

11 y a là toute une série de recherches à faire. Lespaye-t-on par tète de Punaises? Les Insectes morts sont-ils cotés comme les Insectes vivants! Ce problème me rend perplexe.

La tâche de nos experts était évidemment ardue. On leur posait d'ailleurs des questions embarrassantes.

Indiquer les causes de l'invasion, cela n'est pas aisé ; à moins d'interroger les Punaises elles-mêmes," je ne vois pas trop les moyens de s'en tirer.

Quant à indiquer les mesures à prendre pour les détruire, il est évident que l'heureux président du tribunal civil de Pont-Lévêque n'a jamais eu à faire usage de poudre insecticide. Nos experts se mirent en chasse.

Les voyez-vous retournant les cadres des tableaux, les tapisseries, le papier de la muraille, poursuivant sans merci ces ennemis insaisissables?

Enfin s'étant consciencieusement acquittés de leur tâche, ils déclarèrent que l'introduction des Punaises dans une maison neuve était fatalement le fait des locataires, ce qui ne nécessite pas un grand effort de logique ; mais ils s'empressèrent aussi de déclarer qu'ils n'avaient rencontré que des Punaises déjà parties pour un monde meilleur ; toutes étaient mortes. Mademoiselle H. n'en persista pas moins à réclamer une somme de dix mille francs. Le tribunal rendit un arrêt ainsi conçu :

Considérant qu'il résulte de l'expertise que la maison de la demoiselle H. a été envahie par des Punaises vivantes en quantité considérable; que ces Punaises sont venues dans cette maison avec les vieux meubles introduits par la dame V. et qui la garnissaient, que les traces nombreuses constatées sur ces meubles indiquaient que le séjour des Punaises n'était pas récent et qu'ils en étaient infestés déjà depuis longtemps ;

Attendu que l'introduction de Punaises dans une maison par un locataire engage évidemment sa responsabilité;

Attendu, par suite, que la dame V. doit être tenue de

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