LES APH1D1NES OU PUCERONS PROPREMENT DITS — APH1DIN-V
Softlâuse.
LES APH1S — APHIS
Caractères. — Les Pucerons se reconnaissent à leurs antennes composées de sept articles et plus longues que le corps entier, à leur sligma alaire fusiforme, dont le milieu émet la nervure marginale ou costale, à leur nervure sous-marginale ou sous-costale, trilide, ainsi qu'à la forme des deux cornicules qui sont cylindriques et de l'appendice caudal de l'abdomen qui est court ou même à peine visible.
Distribution géographique. — - Quand on parle des Pucerons proprement dits, il s'agit des 53 espèces européennes environ qui constituent le genre Aphis.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Insectes
s'installent sur l'extrémité des pousses, sur les bourgeons et sur les feuilles des plantes herbacées et ligneuses, ou s'établissent en colonies à l'envers des feuilles qui offrent souvent, à la suite de la succion qu'ils opèrent sans relâche, des replis et des frisures très variées qui les cachent.
On les désigne généralement d'après leur plante nourricière, bien qu'ils n'habitent pas exclusivement celle qui sert à les dénommer. La Boule-de-Neige, par exemple, est habitée par les Pucerons de la Boule-de-Neige (Aphis Viburni, Scop.); le Pommier, le Poirier, et l'Épine-Noire, parles Pucerons verts du Pommier (Aphis Mali, Fab.), le Pommier encore et le Sorbier par les Pucerons rouges du Pommier (Aphis Sôrbï, Kalt.),le Cerisier par les Pucerons du Cerisier (A/ihis Cerasi, Fab.), la feuille du Groseillier parles Pucerons du Groseillier (Aphis Ribis, L.); le Pois, la Gesse, le Baguenaudier, et beaucoup de Papilionacées sauvages, parles Pucerons du Pois (Aphis Pisi Kalt. ou Ulmariœ, Schrank), etc. On peut voir sur le premier Rosier venu, les Pucerons verts des Rosiers (Aphis Rosœ, L.).
Nous ne chercherons pas à donner une description détaillée, même d'une espèce unique, mais nous ferons un court exposé du mode d'existence commun aux diverses espèces du genre Aphis, qui présentera un très grand intérêt.
A une époque plus ou moins avancée du prin-
temps suivant les conditions atmosphériques, les Œufs déposés dans le feuillage, dans la terre, ou quelque autre endroit abrité, ou agglutinés à l'air libre sur les rameauxdes plantes ligneuses, donnent issue à des Pucerons aptères. Ceux-ci subissent quatre mues avant d'atteindre leur développement complet sans présenter d'autre modification qu'une délimitation plus tranchée de leur appendice caudal après la dernière mue, et finalementune accentuation, parfois même un changement de coloration. Un afflux de sève abondant, un air chaud, humide et tranquille, favorise leur croissance qui, dans ces conditions, peut être terminée en dix ou douze jours. Les Pucerons ainsi développés ne pondent pas, mais mettent au monde des petits vivants, chaque fois sans l'intervention d'aucun Mâle, comme l'a découvert Ch. Bonnet au siècle dernier. La petite Larve apparaît par sa partie postérieure, les membres appliqués au corps, et émerge ainsi de l'abdomen maternel; avant même que la tête soit délivrée, il étend vivement ses pattes pour prendre pied, et se dégage alors entièrement du corps de la mère; celle-ci ne paraît guère souffrir de cet accouchement, car elle ne prend même pas la peine de retirer son rostre de la plante nourricière. Le nouveau-né se trouve immédiatement dans le même état que sa mère lorsqu'elle venait d'éclore de l'OEuf; il se fixe pour sucer la sève, s'accroît très rapidement en effectuant quatre mues, et, une fois développé, il met au monde des petits vivants. On admet que ces Pucerons vivipares, désignés sous le nom de « nourrices et plus justement par celui de Femelles parthénogénétiques », engendrent en moyenne une trentaine ou une quarantaine de petits avant de mourir. Quand les conditions favorables signalées plus haut font défaut, les naissances sont retardées et le nombre des petits est moins grand.
Bonnet a constaté que les Pucerons du plantain pouvaient se reproduire sans le concours des Mâles pendant neuf générations consécutives; Duvau non seulement vérifia l'exactitude des observations du naturaliste philosophe, mais reconnut que chez certains Pucerons la parthénogenèse se perpétuait j usqu'à la dixième génération ; au commencement de ce siècle, le pasteur Kyber a réussi à perpétuer en serre chaude une colonie de Pucerons pendant quatre ans rien que par les générations asexuelles.
L'espace et la nourriture manqueraient bientôt à ces Insectes, toujours affamés, sur le
LES APHIS.
rameau qu'ils ont choisi, leur indolence et leur lourdeur les empêchant de se répandre au loin par des expéditions lointaines ; aussi la colonie serait-elle exposée à périr tout entière, si la nature n'avait pris soin d'assurer l'existence de chacun et la continuation de l'espèce par de sages précautions. Quand la colonie est devenue plus nombreuse, elle offre un aspect différent, car on voit, parmi les aptères, s'agiter certains Pucerons ailés qui apportent quelque variété dans cette réunion uniforme. Venus au monde à l'élat de Larves aptères, ils acquièrent avec le temps les organes du vol qui commencent par offrir la forme de courts bâtonnets adhérents à la face dorsale. Grâce à leurs ailes ils vont fonder, loin de leur patrie, des colonies nouvelles. Lorsqu'ils se sont fixés quelque part, la colonie se comporte dès lors exactement comme celle que nous venons de décrire. Ces Pucerons migrateurs sont aussi des « Femelles parthénogénétiques », qui mettent au monde d'abord des Insectes aptères, et plus tard des Insectes ailés. Cette organisation destinée à la diffusion de l'espèce rappelle l'essaimage des Abeilles et des Fourmis, qui a lieu toutefois suivant un mode différent; mais dans les deux cas, le but est la diffusion de l'espèce.
Nos Pucerons mènent cette existence singulière duranttout l'été et pendantl'automne, tant qu'ils trouvent à se nourrir. Puis, les « Femelles vivipares » viennent au monde plus rarement ; on voit naître ordinairement aussi par génération vivipare des Femelles plus grandes, aptères, et des Mâles, plus petits, très peu nombreux, et généralement pourvus d'ailes. Après l'accouplement qui se fait alors, les Femelles déposent leurs ÛEufs sur les tiges des plantes ou a leur base, ou bien sur d'autres endroits abrités qui varient suivant les espèces. Ces Femelles pondeuses sont des Insectes véritablement sexués, ainsi que le prouve leur conformation intérieure ; elles diffèrent essentiellement des « Femelles parthénogénétiques» et ne peuvent pas engendrer par viviparité. Sleenslrup compare ce système de générations à celui d'un grand nombre d'Animaux inférieurs chez lesquels on observe, outre la procréation sexuelle, un ou plusieurs modes de génération asexuée; chez ces êtres, à côté des types sexués il existe une ou plusieurs formes qui restent toujours asexuées et qui ont néanmoins la faculté de se reproduire par génération asexuelle. Le célèbre Naturaliste danois a introduit dans la science, pour désigner ce mo'de de re-
production, le terme de i/énération alternante.
Comme chez les Pucerons en question, la reproduction sexuelle et ovipare commence seulement â l'entrée de la mauvaise saison, et que ce mode de procréation, qui constitue la règle chez les Insectes, n'apparaît qu'après un certain nombre de générations asexuées, celte alternance paraît dépendre uniquement de la mauvaise saison. Une autre circonstance plaide encore en faveur de celte hypothèse : c'est que dans nos serres chaudes la procréation sexuelle peut manquer.
Comme d'autres Insectes qui, par exception, apparaissent quelquefois en masses innombrables dont les essaims attirent l'attention générale, les Pucerons aussi ont de temps à autre empli les airs de leurs nuées ; c'est ce qui eut lieu pour les Pucerons des Galles du Peuplier (Pemphigus bursaiius) le 7 octobre 1846, en Suède. Entre Bruges et Gand apparurent, le 28 septembre 1834, des nuées de Pucerons {Aphis persica) qui envahirent la ville de Gand, le lendemain, par troupes si serrées que la lumière du jour en fut obscurcie; le 5 octobre, toute la roule qui va de là à Antwerpen en était absolument noire. Sur les remparts, on ne pouvait plus distinguer les murs des habitations tant ils en étaient couverts. Toute la route d'Anvers à Gand était noircie de leurs innombrables légions; vers la même époque ils se dirigèrent sur Eckloo; l'on était obligé de se protéger les yeux à l'aide de lunettes et de porter devant le nez et la bouche un mouchoir. Le 9 octobre, Mooren se trouva, à Alost, au milieu d'un essaimage de Pucerons des Pêchers (Apkis Persicx) dont un grand nombre d'essaims, transportés par le vent dans toutes les directions, arrivèrent à Bruxelles trois jours plus tard. En 1847, M. Gaudry se rendant à sept heures du matin le 11 juillet, de la rue de Grenelle-Saint-Germain, près des Invalides au collège Louis-le-Grand , remarqua une quantité innombrable de Pucerons verts qui voltigeaient dans les rues et qui fatiguaient tellement les piétons qu'ils étaient obligés d'agiter leurs moucboirs pour préserver leurs yeux. La grande cour du collège, entourée de bâtiments élevés qui semblaient devoir la protéger de l'invasion, était couverte d'un beau tapis vert. Au Jardin des Plantes, à Franconville, près Montmorency, il y avait sur la terre une couche de Pucerons tellement épaisse, qu'elle s'attachait à la semelle des chaussures, de même que la neige. (Doué.ï A l'automne de
LES APHIS.
1853 des Pucerons des Humex (Aphis Humicis) essaimèrent dans diverses régions de l'Angleterre (Hogg). Ces exemples témoignent de la fréquence de ces apparitions surprenantes sur lesquelles nous ne saurions fournir de plus amples éclaircissements.
Quant à l'influence néfaste des Pucerons sur la végétation, elle résulte évidemment de ce que l'épuisement continu de la sève, notamment sur les parties les plus jeunes, affaiblit non seulement les organes piqués, mais la plante dans son entier. Le trouble apporté dans sa croissance y provoque des déformalions de plusieurs sortes : les plus importantes constituent de véritables poches, ou outres nommées Galles (fig. 1(320 à 1640, p. 497); les moindres sont représentées par les frisures des feuilles, ainsi qu'on observe par exemple sur les Cerisiers, les Groseilliers, etc. Les fruits tombent, ainsi que les feuilles, avant d'avoir atteint leur maturité; d'autres fois ce sont les écorces ou les racines qui se trouvent attaquées, et la mort de tout ou partie de la plante en est la suite inévitable. Outre l'épuisement de la sève, les déjections gluantes des Pucerons sont en général extrêmement nuisihles à la plante, en bouchant tous les pores. Car, à mesure qu'ils absorbent, sans discontinuer, tout le liquide nourricier, ces Insectes rejettent en abondance une liqueur qu'ils font jaillir en jets assez transparents; ils souillent ainsi toutes les parlies végétales qui se trou vent placées au-dessous d'eux, et principalement les feuilles, qui semblent alors vernies. La pluie, qui dissout ce dépôt en partie, l'entraîne plus loin, en changeant parfois sa couleur ; c'est ainsi qu'elle produit par exemple sur les Chênes des taches noires ; dans tous les cas cette couche entrave plus ou moins l'échange nécessaire entre les gaz de la feuille et l'air environnant. C'est par ce mécanisme que le végétal habité pâtit, et non par la présence des mille espèces d'Insectes lécheurs qui se trouvent attirés sur ses feuilles comme les Fourmis par exemple qui comptent parmi les hôtes les plus assidus des plantes couvertes de Pucerons. Cette couche agglutinante, que tout le monde connaît et qui provient toujours des Pucerons (et parfois aussi des Coccides (1)) alors même que ces Insectes échappent aux regards parce qu'ils sont installés trop haut, a été appelée : « rosée de miel», mais ce nom convient à plus juste titre à des
(1) Voy. plus loin : le Lecanium des Hespérides et la Cochenille des Orangers.
productions très analogues el bien plus rares, absolument indépendantes des Pucerons ; aussi doit-on se tenir en garde contre une pareille confusion. Dans certains cas, en effet, par suite de causes encore inconnues, on voit sourdre à la face supérieure des feuilles et des jeunes branches des gouttelettes de miel transparentes, comparables aux perles de rosée, c'est la miejlat ; elles attirent également des Insectes inellivores, mais jamais de Pucerons.
Les plantes, que les Pucerons abîment médiatement ou immédiatement de la manière que nous venons d'indiquer, constituent dans cet état anormal un emplacement favorable pour la fixation des spores des Cryptogames que l'air transporte. Ceux-ci y demeurent agglutinés ; ils y trouvent des conditions favorables à leur évolution et y développent les diverses maladies caractérisées par la présence de Champignons dont l'aspect rappelle les taches de rouille, de brûlure, etc. Bien qu'on ne doive pas mettre sur le compte des Pucerons l'invasion de tous les Champignonsparasitaires, on peutleur imputer sans aucun doute certaines maladies de ce genre. Telle est, par exemple, l'origine de cette terrible maladie, nommée la Fumagine, qui décime les Orangers ou tout au moins les couvre d'une couche de poussière semblable à un enduit de noir de fumée, composé de milliers de petits Champignons microscopiques (1).
Le tort incontestable que les Pucerons causent aux végétaux, met en lumière l'intérêt que nous avons à préserver, autant que possible, de ces Insectes nos plantes cultivées, notamment les arbres fruitiers et les plantes ornementales de nos jardins. Un amateur de Roses essaya, à propos de « l'Entomologie à l'usage des jardiniers et des amateurs de jardins, de Taschenberg, » un moyen d'atteindre ce but. « Je me lève, dit-il, chaque matin de très bonne heure pour examiner mes Rosiers, et j'écrase entre mes doigts les Pucerons partout où j'en trouve. Après cette opération, le savon nettoie la plante complètement. Quand mes voisins comparent leurs plantations aux miennes, ils sont émerveillés de l'aspect prospère de mes Rosiers. » Boisduval préconise un procédé fort simple qni consiste à passer un pinceau de blaireau imbibé d'esprit de vin sur toutes les tiges chargées de Pucerons; le liquide étant fort volatil s'évapore fort rapidement et ne nuit nullement aux plantes.
(1) Voyez plus loin aux Coccides, Dacti//ofjiui> mluiiidam, l'histoire du développement de la Fumagine.
LES SCHIZONEURES.
Dans les serres où l'on force les plantes on peul employer des fumigations de tabac, en ayant soin de fermer toutes les ouvertures. On peut également employer utilement des lotions ou des seringages d'une infusion de Qiaissia amara. Lorsqu'on peut accorder à ses plantations son temps et ses soins, il est bon de prendre les mêmes précautions à l'égard des arbres fruitiers; si ce moyen est insuffisant, le procédé le plus simple et plus efficace consiste à arroser la plante avec de l'eau de savon, faite à l'aide du savon mou, dès que les Pucerons commencent à se montrer; mais nous n'avons pas a fournir ici plus de détails sur ce sujet.
Dans les différents genres des Aphides, on a réparti jusqu'à présent certaines espèces, mais on les séparera sans doute, lorsque, après avoir étudié de près le mode d'existence de chacun d'eux, on constatera que leur cycle évolutif présente des différences essentielles, les unes n'ayant qu'une seule forme individuelle, les autres étant polymorphes; ceux-ci accomplissant toute, leur évolution sur une seule et même plante, les autres vivant, suivant certains auteurs, alternativement sur des arbres et des Graminées (1); c'est précisément ce que l'on a pu observer pour quelques-uns d'entre eux; on le constatera pour d'autres encore probablement.
LES LACHNINES — LACEN1NJE
LES LACHINUS — LAC II NUS Baumlàuse.
Caractères. — Les Lachnus, qui comptent parmi les plus grands et les plus trapus, sont très proches parents des Insectes précédents. Leurs antennes n'ont que six articles ; les corniculec sont remplacées ici par des glandes proéminentes; la nervure sous-marginale de l'aile antérieure est trifurquée, et la nervure marginale émane de l'extrémité d'un stigma alaire linéaire.
LE LACHNUS OU SAULE. — £ ICHNl'S PV\CTÂTVS.
Weiden-Baumlaus.
Caractères. — Parmi les espèces indigènes du genre Lachnus nous représenterons ici
1 Voy. p. 190. Mœurs, habitudes, régime des Pemphigus.
(lig. 1619) celui du Saule. Sa couleur est d'un gris-cendré; ses pattes sont brunes, à l'exception de la base des cuisses qui est d'une teinte
Fig. 1619. — Le Lachnus du Saulei
jaunâtre; sur l'abdomen s'étendent des sériede points noirs d'aspect velouté.
Mu-urs, habitudes, régime. — Cet Insecte se trouve dès le début du printemps sur les bourgeons des Saules qui bordent les cours d'eaux, et ses excrétions sucrées attirent, un grand nombre d'Hyménoptères, en particulier les Abeilles domestiques, ainsi que nous l'avons dit plus haut (1).
LE LACHNUS DU CHENE. — LiCHNVS QUEItCUS.
Eichen-Baumlàus.
Caractères. — Les Insectes aptères, d'un brun foncé, mesurent en moyenne 6 mill. ; leur rostre est trois fois plus grand environ. Les antennes, dont le sixième article est plus long que l'avant-dernier, sont sans cesse en mouvement et leur servent à palper. Les Insectes ailés, qui mesurent lmm,12 de moins, sont noirs et velus ; les individus sexués ont un rostre peu développé.
Mœurs, habitudes, régime. — CePllCeron,
plus répandu peut-être encore que le précédent, s'observe vers l'automne en rangs pressés sur les branches des Chênes.
LES SLHIZONEURINES — SCHIZO- SEUIUN.E
Wolt-Lânse.
LES SCHIZONEURES - SCEIZO NEURA
Caractères. — Le genre Schizonenra, caractérisé par des antennes de six articles, par une nervure marginale émanant du milieu du
l) Brelnn. t. VII, p. .V.':i.
LE PUCERON LANIGERE.
stigma et par une nervure sousT marginale bifurquée sur l'aile antérieure, se rattache également aux Aphidiens; mais, à plusieurs points de vue, il semble se rapprocher davantage des Phylloxéra de la Vigne quedesAphides proprement dits.
LK PUCERON LANIGÈRE. — SCHIZOXEUliA LJNIGERâ.
Blutlaus.
Caractères. — Les Insectes aptères ont une coloration qui varie d'un jaune de miel à un rouge brunâtre. Leur dos, notamment vers l'extrémité du corps, est revêtu d'un duvet blanchâtre qui trahit souvent la présence de ces Parasites. Leurs yeux sont petits, leurs antennes courtes et jaune pâle; c'est au niveau de l'articulation de la jambe sur la cuisse que leurs pattes sont le plus foncées. Dans le jeune âge, leur rostre est aussi long que le corps ; plus tard il s'atrophie. La longueur moyenne du corps est de lmm,o. Les individus ailés sont noirs, et d'une couleur plutôt chocolat sur l'abdomen ; ils se distinguent par des yeux plus grands, par des antennes plus courtes i moins longues que la tête et le thorax réunis), enfin par des pattes transparentes, légèrement teintées de brun, et plus sombres au niveau des cuisses et des extrémités des jambes; un duvet blanchâtre les recouvre également. Ces Insectes, lorsqu'on les écrase, laissent une tache d'une couleur rouge de sang.
Mœurs, habitudes, régime. — Cette espèce appelle l'attention au point de vue de l'intérêt général. Comme le Phylloxéra dont nous allons bientôt fairel'histoire, lePuceron lanigèreaurait été importé d'Amérique. Ce serait au commencement du siècle que l'Angleterre aurait reçu ce triste cadeau ; on signala sa présence en 1810 à Jersey, en 1814 en Normandie et en Bretagne, en 1820 aux environs de Paris; aujourd'hui partout où sont plantés des Pommiers, il commet de grands ravages, et peut à bon droit passer pour être l'ennemi le plus dangereux de ces arbres fruitiers.
Rassemblés en groupes compacts ou en rangées, les Pucerons lanigères sucent de préférence l'écorce et l'aubier des jeunes branches où ils développent des déformations maladives. Ils s'installent aussi sur les parties plus anciennes du bois quand celles-ci ont été endommagées par le froid ou par une cause quelconque ; ils empêchent la cicatrisation de
la plaie, et s'y ménagent des cachettes où il devient à peu près impossible de les atteindre.
Au début du printemps apparaissent les mères, qui sans doute ont mis bas pendant l'hiver dans les cachettes où elles s'abritent sur les troncs d'arbre. Elles engendrent, par viviparité, des petits qui se reproduisent de même ; huit générations se succèdent ainsi en moyenne, pendant l'été. En automne, des Insectes ailés apparaissent au milieu des individus aptères, et se fixent parmi eux pour sucer la plante. Mais quand les cinq à sept Œufs, que contient leur ovaire, sont mûrs, l'instinct migrateur les détermine à prendre leur vol pour aller ailleurs fonder de nouvelles colonies. Ils donnent alors naissance à des Pucerons extrêmement frêles, et de deux tailles différentes; ces petits, dont les pièces buccales sont atrophiées, représentent, d'après des considérations d'analogie et non d'après des recherches anatomiques, des Insectes de sexe probablement différent; ce sont sans doute des Femelles, normalement constituées, qui pondent plusieurs OEufs ou un OEuf d'hiver unique.
Le meilleurprocédépourcombattreces Parasites consiste pendantl'hiver à badigeonner l'arbre à l'aide de pinceaux trempés dans un lait de chaux après avoir détaché toutes les parties croûteuses, et à répandre de la chaux dans tous les interstices accessibles et sur le sol environnant.
Le Dr Cramoisy a tout récemment (1883 proposé de substituer au lait de chaux la solution suivante :
Acide pyroligneux rectifié à 1 ou 8". IO(JOtr ou 1 litre.
Acide salicylique ï
Oxyde rouge de mercure I
Fuchsine 0,25
qu'on doit employer pure pendant l'hiver et diluée au 3U° (100 gr. de la solution ci-dessus diluée dans 3 litres d'eau) lorsque la végétation est active, en évitant que le liquide corrosif ne touche les mains. Un mois ou deux après l'application de ce caustique, les vieux épidermes, au milieu desquels se trouvaient les OEufs, tombent en poussière au moindre frottement et l'écorce devient lisse, luisante et d'une belle couleur acajou. L'addition de la Fuchsine n'a qu'un but, celui de permettre de contrôler l'exécution des opérations, lesautressubstances sont les véritables agents actifs.
Mais malheureusement il est souvent néces-
LE PUCERON LANIGÈRE.
Fig. 1629. Fig. 1625
Fis. 1620, 1621 et 1622. — Galles de Térébinthe ou Caroubes de Judée qui se développent à l'extrémité des rameaux du Pistacia Terehint/ius.
Fig. 1623 et 1624. — Autre Galle de Pistachier venant de Boukliara.
Fig. 1622.
Fig. 1625. — Galles du Lentisque (Pistacia lentiscus). Fig. 1626. — Rameau portant quatre Galles de Chine,
d'après le Pen-tsan ou Herbier chinois.
Fig. 1627, 1628, 1629, 1630 et 1G31. — Galles de Chine
dans leurs différents aspects.
Fig. 1620 à 1631. — Galle* que la piqûre des Pucerons détermine sur les végétaux.
Brehm. — VIII. Insectes — 134
LES PEMPHIGES.
saire d'avoir recours à un procédé plus radical, qui consiste à procéder à l'arrachage des arbres contaminés et à les livrer aux flammes.