LE PUCERON DES GALLES DU PEUPLIEH
elle et pourvus d'ailes après leur mue. Ces individus ailés, qui n'atteignent jamais la taille de la mère, sont toujours des Femelles, qui jamais ne mettent bas dans l'intérieur de la cellule, mais qui essaiment après l'ouverture spontanée de la Galle pour aller accomplir ailleurs cette tâche. On ne sait pas encore si ce sont ces Insectes mômes ou seulement leur progéniture qui passent l'hiver à l'état de Pucerons ailés ; on sait simplement que ce sont des Insectes semblables qui mettent au monde, après l'hiver, dans les crevasses de la plante nourricière, des Animaux sexués dont les plus petits et les plus grêles représentent les Mâles. Ces derniers meurent aussitôt après l'accouplement; les Femelles, dont le corps entoure l'Œuf unique qui se développe en elles, se durcissent, et leur cadavre continue à protéger ainsi leur progéniture, comme celui des Coccides abrite les Œufs plus nombreux qu'il recouvre. C'est cet Œuf qui fournit la mère dont nous avons donné la description en commençant.
Grâce aux observations de M. Lichtenstein et de M. de Horwath, directeur de la stalion phylloxérique Hongroise, nous sommes en possession de faits d'une grande importance au point de vue de l'évolution de Pucerons appartenant aux genres Tetrtmeura et Pemphigus.
Le premier de ces observateurs (1) a constaté chez le Tetraneura rubra un polymorphisme très singulier : l'Œuf fécondé passe l'hiver sous les écorces, enkysté dans le corps de la Femelle, éclôt au printemps et donne naissance à une Femelle aptère parthénogénésique, qui forme en avril sur les feuilles des Ormeaux une Galle rouge vif et crispée dans laquelle elle s'entoure d'une nombreuse progéniture de petits Pucerons ; ceux-ci se transforment en Femelles ailées également parthénogénésiques qui vont, chose curieuse, s'établir sur les Graminées, notamment sur le Chiendent (Triticum repeins) où elles mettent au monde une foule de petits vivants; ces Pucerons, gagnant les racines, s'y développent en demeurant aptères, mais produisent parthénogénésiquement une génération d'individus qui acquièrent desailes et retournent sur les troncs des Ormeaux où ils déposent alors les Pucerons sexués.
(1) Lichtenstein, les Migrations du Puceron des Galles rouges de l'Ormeau chapmétre (Compt. rend. Acad. des Se, 1882, t. XCV, p. 1111). Nous ferons remarquer que M. le professeur Balbiani conteste l'exactitude des observations de M. Lichtenstein. Voy. Comptes rendus, 18 déc. 1882.
Ces derniers s'accouplent et les Femelles vont mourir sous les écorces en gardant chacune dans leur corps un OEuf unique; et le cycle évolutif recommence au printemps suivant.
M. de Horwath (I), en constatant la véracité des assertions de M. Lichtenstein, a apporté des faits nouveaux non moins intéressants. En suivant le développement du Pemphigus Ze;r May dis, espèce répandue en Hongrie sur les racines de plusieurs Graminées, notamment sur le Maïs, il a observé que ce Puceron effectuait son évolution à la façon des Tetrancuru et vivait alternativement sur les Ormeaux, sur les racines de Mais, puis de nouveau sur le> Ormeaux.
Ainsi donc, d'après ces observations, il est des Pucerons qui, n'é migrant pas d'une plante à l'autre, mais passant leur existence entière sur une même plante, n'ont qu'une seule et unique forme ailée, tandis qu'il en est d'autres qui, effectuant leur évolution sur deux plantes différentes, ontdeux formes ailées. Nous voyons ici se répéter des phénomènes du môme ordre que ceux que nous avons constatés chez les Cynipides où, d'après les belles observations d'Adler (v2), la même espèce possède deux sortes de Femelles aptes à produire des Galles de nature essentiellement différente et ayant un cycle évolutif absolument comparable; mais, par exemple, si l'évolution s'accomplit sur différents organes d'une plante, elle s'effectue exclusivement sur une seule et môme espèce végétale.
LE PUCERON DES GALLES DU PEUPLIER. — PEM- PHIGUS BUKSARIUS.
Pappel-Gallenlaus.
Caractères. — Le Puceron des Galles du Peuplier, apparenté de très près au précédent, appartient au genre Pemphigus; on le nomme aussi Puceron laineux; cette désignation n'est cependant pas heureuse, car le revêtement duveteux n'est nullement spécial à ce genre. A l'état ailé, l'espèce en question a des antennes légèrement annelées dont le sixième article est effilé et plus long que le précédent ; cet Insecte ailé provient d'une Larve verdâtre, un peu poudrée. La mère, aptère, très épaisse, fortement bombée, est revêtue d'un duvet blanc et court;
(1) Horwath, Sur les Migrations des Pucerons {Revue d'Entomologie, t. II, 1883, p. Ci).
(2) Voy. t. VIII, p. 210 et suiv.
LES PHYLLOXEHINKS.
Kig. 1632. — La lorda marginée, hôte des Fourmis.
ses antennes, très courtes, sont formées de quatre articles dont le troisième est le plus long; elle mesure 2mm,25.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Pucerons vivent dans les tubérosités un peu contournées que tout le monde a vues sur les pédicules des feuilles de Peuplier et qui s'ouvrent à la fin de l'été par une fente longitudinale pour donner issue aux Insectes ailés qui l'habitent.
LES TRAMINES — TRAM1N/E
LES FORDA — FORDA
Caractères. — Antennes courtes de six articles à premier et deuxième article courts, à troisième long, cylindrique, aussi long que les deux suivants réunis, à quatrième et cinquième
également cylindriques presque aussi longs; à article terminal mince plus court que le précédent et effilé; pattes passablement longues à tarses courts.
Hœurs, habitudes, régime. — Les PllCe-
rons se trouvent disséminés sur les racines des Graminées ordinairement dans les monticules formés par la Fourmi fauve (Formica flaua).
LA FORDA MARGINÉE — FORD I MARGIN ATA
Caractères. — C'est un Puceron de forme ovalaire, jaune orange, avec la tête et une marge jaune paille.
llwuri, habitudes, régime. — Cet Hémiptère hypogé dont nous représentons une colonie (fig. 1632), est un hôte des Fourmilières.
Les Trama, qui donnent leur nom à la tribu, vivent également sur les racines.
LES CHERMÉSIDES — CHERMESID/E
Rindenlàuse.
Caractères. — Un petit nombre de genres, qu'on tend à rattacher aux Pucerons vrais, peuvent aussi se grouper en une famille spéciale sous le nom de Pucerons des écorces ou Chermésides; ils servent de transition entre les Pucerons à carapace ou Coccides et les Pucerons des feuilles ou Pucerons proprement dits. Nos connaissances au sujet de ces êtres particuliers sont encore trop incomplètes pour nous permettre d'en présenter aujourd'hui une classification naturelle et définitive. Il s'agira ici des deux genres, Phylloxéra et Cher-
mes ou Adelges, tels que les comprend Kaltenbach ; l'histoire de leur développement ouvre des horizons nouveaux et plus extraordinaires encore que celui des familles précédentes.
LES PHYLLOXERINES — PHYLLOXE- RINtâ
Wùrzellàuse.
Caractères. — Les représentants de cette tribu ont la physionomie des Coccides, mais ils ont quatre ailes comme les Aphides, ailes qu'ils
LE 1MIYLLOXKH.A DU CHKNK.
Fig. 1637.
Fig. 1633. — Individu parthénogénésiquc aptère avec (|Uatre OEufs mûrs dans son intérieur, grossi 50 fois.
Fig. 1034. — Individu parthénogénésique ailé, grossi 50 fois.
Fig. 1635. — OEuf femelle, grossi 70 fois.
Fig. 1630. —Œuf mâle, grossi 70 fois.
Fig. 1638.
Fig. 1637. — Individu sexué femelle avec son OKuf unique arrivé a maturité, grossi 100 fois. On voit dans la partie postérieure du corps, les glandes sébitiques, situées latéralement, et la poche copulatrice placée sur la ligne médiane.
Fig. 1638. — Individu sexué mâle, grossi 100 fois.
Fig. 1633 h 1638. — Le Phylloxéra du Chêne sous toutes ses formes, fac-similé des ligures de H. Balbiani.