LA COCHENILLE DES ORANGERS. — I) ICTYLOPIVS
Vil RI.
Caractères. — Celte espèce (fig. 1093) ressemble beaucoup à la précédente ; elle est d'un brun clairrougeâlrc saupoudré d'une poussière céreuse blanche, avec 17 appendices cotonneux de chaque côté ; sa taille varie entre 3mm,5 et 4 millimétrés.
Mœurs, habitudes, régime. — Cette Cochenille est un des grands ennemis des Orangers et des Citronniers dans le Yar, les Alpes-Maritimes, la Corse, elle commet des ravages bien plus considérables que le Lecanium lœsperidum ; elle convie branches, feuilles et fruits de son vêtement cotonneux (fig. 1692) et anéantit les trois quarts de la récolte des Oranges ou des Citrons ; mais là ne s'arrêtent pas ses déprédations; elle favorise le développement de la Fumagine dont nous avonsparlé précédemment il), et rend les arbres fort malades.
i'ig. IGDJ
Fig. IC:)i. — Mâle.
Fig. I(i9ô. — Femelle, gro
Fig. ii;.n;. — Familles de Cochenilles sur une feuille de palmier.
Fig. 1G!H à ICQG. — La Cochenille des serres.
lière cireuse blanche est ornée d'une bordure d'appendices laineux également cireux, dont quatre sont terminaux sont beaucoup plus longs (fig. 1695). Le Mâle est brun avec de longues ailes grises, rougeâtres vers le bord costal et de longs balanciers jaunes terminés par une seule soie recourbée (fig. 1694).
Mœurs, habitudes, régime. — Celle Cochenille, connue sous les différents noms de Pou blanc des serres, de Puceron laineux, de Puceron cotonneux des serres, est répandue sur toutes les plantes de serres (fig. 1696) qui prennent sous ses attaques le plus triste aspect ; d'origine exotique, elle s'est montrée peu difficile pour le choix de sa nourriture et n'a pas de préférence pour une famille plutôt que pour une autre.
On a essayé, pour s'en débarrasser, des fumi-
LKS
PORPHYROPHORES ROPHORA
l'oni'HV-
Caraetères. — La Femelle se fait remarquer par l'absence complète de l'appareil buccal; les antennes sont courtes, coniques, de 7 à 9 articles; les pâlies sont conformées pour fouir le sol. Le Mâle, aux antennes médiocrement longues, aux yeux très grands se joignant en dessous, ont également les pattes conformées pour fouir le sol; leurs grandes ailes présentent vers le bord supérieur un espace épaissi ; leurs balanciers sont épais et terminés par un crochet qui vient accrocher l'aile supérieure ; l'abdomen se termine par un long stylet recourbé.
LA COCHEMLLE POLONAISE. — POItPlllUOÏllOlt 1 POLOXIC.l.
Polnische Kockenille,
Caractères. — Celte Coccide était connue en Europe bien avant l'importation de la Cochenille américaine {Coccus cacti). Son nom vulgaire lui vient de son pays d'origine.
Le Mâle, de couleur rouge, porte des anlen-
'l Voy. p. 535.
L'ORTHESIE 1)F L'ORTIE
nés noueuses à 9 articles, des yeux granuleux, des griffes simples des ailes dont le bord antérieur est revêtu de poils jusqu'au milieu, des balanciers courts placés derrière ces ailes, et une longue houppe de filaments terminaux. La Femelle, de forme hémisphérique, mesure 2uim,2S à 3mm,37 de long; elle porte de courtes antennes à 8 articles et des tarses à griffe unique ; mais ses pattes antérieures sont larges.
Distribution géographique. — On la rencontre près de Dresde, dans la Marche de Brandebourg, dans le Mecklenbourg, la Poméranie, la Suède, la Prusse, la Pologne, la Russie, la Hongrie et dans d'autres pays encore.
Moeurs, habitudes, régime. — A l'état de Larves, les deux sexes sont entourés d'une coque membraneuse mince et sphéroïdale dans laquelle ils reposent immobiles, fixés à la racine de leur plante nourricière par leur rostre. Au bout de 8 jours, la membrane qui les enveloppe se déchire; celle du Mâle, plus petite, se fend la première et donne issue à l'Insecte encore à l'état de Larve; celle de la Femelle se rompt plus tard et met en liberté l'Insecle parfait. La Larve du Mâle s'entoure bientôt d'une couche laineuse, dans laquelle elle repose à l'état de nymphe, etd'où elle sort au bout de quatorze jours à l'état de Mâle parfait, tel que nous l'avons décrit tout à l'heure^
Celte Cochenille polonaise qui a reçu également le nom de sang de Saint-Jean, parce qu'on la recueille aux environs de la Saint-Jean et que son corps offre une couleur rouge, vit sur les racines de quelques plantes fort répandues qui se plaisent dans les sols sablonneux, telles que les Scléranthes {Scléranthus perrenis), les Herniaires (Hemiaria glabra), les Pariétaires (Pariélaria) et plusieurs autres.
Avant qu'on connût la véritable Cochenille, qui est bien meilleure et bien moins chère, les grains écarlates recueillis dans les pays slaves par les femmes et par les enfants des serfs constituaient une denrée commerciale importante; les droits de douane seuls rapportaient au roi de Pologne jusqu'à 6,000 gulden. La Podolie exporle à elle seule, chaque année, un millier de livres de ces grains, et chacune représente une valeur de 8 à 10 gulden polonais.
LES ORTHÉSIES
ORTEESIA
Caractères. — Les Femelles et les Larve?, qu'il est très difficile de distinguer, ont le corps couvert d'une pulvérulence blanche: les pre-
mières ont des Antennes de 8 articles dont les 2° et 8e sont les plus longs, les secondes de 6 articles seulement. Le corps, en ovale très arrondi en arrière, est étranglé en avant. La sécrétion qui revêt la Femelle forme un sac ovigère qui abrite également les germes. Le Mâle, très allongé, a de longues Antennes de 9 articles, des ailes demi-transparentes à deux nervures; l'abdomen porte une touffe de longues soies et un style court et crochu.
I/OUTHÉSIE DE L'OItTIE. — ORTHESIA VRTICM.
Nessel Rôhrenlaus.
Caractères. — La Femellede 1' ' Ch'thMiaurticx
diffère beaucoup par son aspect des Femelles précédemment étudiées; une gaîne tubulaire,
Fig 1697. — L'Ortliésie de l'Ortie.
d'an blanc de neige, enveloppe le corps entier à l'exception des antennes et des pattes. Cette Femelle ne se fixe pas à une place unique pour sucer la plante. La tête, située dans un écusson cervical denté en arrière en forme de manchette, porte des antennes effilées, d'une teinte noirâtre, et composées de 8 articles ; les pattes, également noirâtres se terminent par une griffe unique. Le revêlement de cire blanchâtre qui forme une plaque au niveau du ventre, s'infléchit, en arrière, jusque surla région dorsale et se termine nettement par un bord assez large. Le Mâle offre des antennes sétiformes à 9 articles, des yeux rassemblés en amas et présentant par suite un aspect granuleux, deux ailes derrière lesquelles sont situées deux écailles, et une houppe de longs filaments blancs qui émanent de l'extrémité de l'abdomen dont la forme est ovalaire.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Insectes
se rencontrent, par places, assez fréquemment en France comme en Allemagne, sur les grandes Orties (fig. 1697) pendant les mois de juillet, et d'août.
Fig. 1G98. — Insectes Diptères (Lucilia et Sarcophar/a) attirés par les exhalaisons cadavéreuses des Arums Attrape -
Mouches et des Stapelia (p. 548).
LES DIPTERES
DIPTERA OU ANTLIATA
Die Zweiflûgler.
Pour le commun des mortels, les Diptères, ce sont les Cousins, les Moustiques, les Taons, les Mouches surtout.
Les noms de Moustiques et de Mouches éveillent toujours une certaine sensation de Breiim. — YI1T.
malaise, parce qu'on songe tout d'abord aux Cousins au dard pénétrant, avides de notre sang, ou aux Mouches domestiques importunes et malpropres; on se souvient en frémissant du piaulement des premiers, avertisseur d.e. Insectes. — 160
LES DIPTERES.
mille coups de poignards; de l'acharnement des dernières à revenir, bien qu'on les ait chassées plus de dix fois, sur un nez qu'elles ont entrepris de visiter. La persévérance et la ténacité sont les traits principaux du caractère de ces Insectes. Quoiqu'il faille, pour compléter ici le trio, au risque de susciter chez nos lecteurs quelque démangeaison intime, citer à la place qui lui est due le nom si redouté... de la Puce, car la Puce, elle aussi, ainsi que nous le verrons, est un Diptère, mais un Diptère adapté à une existence toute particulière,— j'espère qu'on voudra bien ne pas reculer d'effroi et qu'on aura le courage d'étudier avec nous ces Insectes d'un peu plus près. Eux aussi tiennent leur place dans l'ensemble de la création, où ils ont un rang assigné ; eus aussi ont des droits à la vie, bien qu'ils procurent peut-être moins de plaisirs au « roi de la création », que les Papillons aux ailes diaprées, les Abeilles au miel parfumé, ou les chatoyants Coléoptères. Quelques-uns de ces Diptères dirigent, sans doute, contre nous des attaques personnelles; ils établissent leurs places d'armes sur nos visages, et rechcrchenl, à titre de friandise, le sang qui coule dans nos
artères Mais qui oserait leur en faire un
reproche, en se plaçant à leur point de vue?
Moufet, le vieil auteur, dans ses ouvrages intéressants que nous avons déjà cités maintes fois, leur consacre quatre chapitres fort longs. Dans son premier chapitre « sur les Mouches », il traite en détail, d'après les anciens, des propriétés bonnes et mauvaises de ces Insectes. Ce chapitre, qui paraît se rapporter surtout aux Mouches domestiques et aux Mouches piquantes, contient des relations merveilleuses au sujet de leurs origines ; mais l'auteur se maintient luimême dans une juste appréciation des faits principaux. Dans le chapitre suivant, il traite de la diversité des Mouches, et à côté d'Insectes qu'on range encore aujourd'hui parmi les Mouches et les Moustiques, il décrit diverses espèces d'Ichneumons, des Panorpes, des Ephémères, desMicrolépidoplères, beaucoupde Libellules, et d'autres créatures qui ne sont pas reconnaissables. Dans le chapitre XII, le plus long, il indique l'utilité des Mouches, qui servent à prévoir les choses de l'avenir, à guérir des maladies, à nourrir d'autres Animaux. Elles annoncent, en effet, la pluie ou l'orage en se montrant plus importunes à l'Homme et aux bestiaux, en exagérant leurs piqûres, en volant au ras du sol. Les Indiens, le^
Perses et les Égyptiens redoutent une mauvaise nouvelle ou une maladie lorsqu'ils rêvent de Mouches. Quand un de leurs souverains ou de leurs généraux voit en rêve beaucoup de Mouches dans un endroit quelconque, il est certain d'avoir la tête coupée, ou de voir tomber ses soldats, de voir ses troupes anéanties, de perdre une victoire, etc. Si c'est un pauvre ou un Homme vulgaire qui rêve de Mouches, il doit s'attendre à la misère, sinon à quelque maladie mortelle. Quiconque rêve de Mouches pénétrant dans sa bouche ou dans son nez, n'a plus qu'à redouter avec anxiété et avec terreur l'intervention de ses ennemis. Mais les Mouches ne se contentent pas de prédire les orages de l'atmosphère et de la vie humaine, elles guérissent aussi les maladies.
Les recettes qui suivent, à l'usage de la calvitie, n'ont pour nous aucun intérêt.
Plus loin Moufet, en énumérant les Oiseaux et autres Animaux qui se nourrissent de Mouches principalement, signale l'emploi de ces Diptères et de leurs Larves pour la pêche; il indique aux pêcheurs une ruse qui consiste à se servir, à défaut de Mouches véritables, de Mouches artificielles piquées à la pointe du hameçon. Cette invention serait ancienne et ne reviendrait pas aux pêcheurs anglais, car yElian raconte qu'à Astrœos se trouvent des Poissons qui happent les Mouches glissant au-dessusdes eaux ; des pêcheurs avaient remarqué ces Mouches, les avaient capturées et fixées à leurs hameçons ; mais comme elles avaient perdu leurs couleurs et leurs formes naturelles, elles n'étaient plus bonnes pour la pêche ; ils s'ingénièrent alors à fabriquer des Mouches artificielles avec de la laine pourpre et de teintes diverses qu'ils comprimaient en lui donnant la forme d'une Mouche et en y fixant, en guise d'ailes, des petites plumes de Poulet d'un jaune de cire. « Nous ne devons pas nous étonner de voir les pêcheurs et les Poissons poursuivre ainsi les Mouches, continue Moufet, vu que l'empereur Domitien lui-môme ne dédaignait pas cette occupation. Il transperçait contre les murs à l'aide d'une aiguille en fer toutes les Mouches de sa chambre, et les rangeait en série l'une près de l'autre, en sorte que ses esclaves pouvaient donner à ceux qui demandaient : « Qui est avec l'empereur, dans sa chambre? » la réponse suivante : «Pas même une Mouche! » — Plus loin, il parle des Chasse-Mouches et d'autres moyens propres à protéger les Hommes et les bestiaux
LES DIPTÈRES
des attaques de ces intrus, puis des remèdes pour guérir les blessures que ces Mouches font au bétail ; il s'occupe ensuite de « la piqûre de Mouches mortelle à l'Homme », phénomène qui n'est pas éclairci encore aujourd'hui. Sur ce, il dépeint une foule d'espèces de Diptères dont un grand nombre peuvent être à peine devinées d'après ses descriptions.
11 termine ce chapitre en signalant les cas nombreux où Dieu a manifesté sa colère au moyen des Mouches, pour punir certains Hommes éminents ou pour châtier un peuple entier, et il cite entre autres les Egyptiens au temps de Moïse. Dans le chapitre XIII, il parle des Moustiques d'une façon fort intéressante, et, recherchant l'origine de l'expression anglaise de canopij, que nous traduisons par le mot canapé, il le fait dériver du mot grec Konopeion, qufsignifie : lit de repos muni de rideaux
pour écarter les Moustiques (Konops) Mais
c'est assez de digressions !
Caractères. — Les Diptères des Naturalistes modernes se reconnaissent aisément aux caractères suivants : Ils ont deux ailes seulement, une trompe conformée pour la succion des matières fluides, mais qui ne pompe le sang que dans la minorité des cas, un thorax dont les trois anneaux sont inégalement développés, des tarses à cinq articles; quant au développement, il s'accomplit sous des formes essentiellement différentes: Larves, Pupes dissimulant les véritables Nymphes et Mouches parfaites.
La charpente des Diptères concorde absolument avec celle des ordres précédents.
La tète, reliée au thorax par un mince filament, peut se tourner à droite et à gauche. La plus grande partie de la face supérieure de la tête est occupée, avant tout, par les yeux, nus ou velus; chez bien des Mâles ils se touchent sur le vertex, tandis qu'ils restent séparés chez les Femelles, ne fût-ce que par une bande frontale étroite.
On a assigné certaines désignations à quelques régions particulières de la tête afin de pouvoir en abréger une description détaillée. La tête se décompose en deux régions principales : Yépistome et Yépicrâne; on nomme épistome la portion comprise entre les antennes, les bords internes des yeux et la base de la trompe ; l' épistome est limité sur les côtés par un sillon partaut de l'œil pour se rendre à l'articulation de la trompe. L'épicràne qui constitue la majeure partie de la tête comprend le front, le v, Yocciput, les joues et la pièce basilaire.
Le front 1res réduit s'étend depuis l'épistome jusqu'au point de jonction des yeux chez les Maies et un point correspondant chez les Femelles; le vertex de forme triangulaire occupe l'espace laissé libre entre les yeux et porte les ocelles, qui sont généralement au nombre de trois ; l'occiput est la partie postérieure de la tête qui s'étend entre le vertex, le bord postérieur des yeux et le trou occipital, il est fortement concave et s'emboîte sur le prothorax ; les joues occupent cette région de la tête en forme de triangle située au-dessous des yeux, qui s'étend du sillon au bord inférieur de la bouche, qui limite l'épistome entre l'occiput, les joues et le trou occipital, c'est-à-dire à la région postéro-inférieure de la tête se trouve la pièce basilaire. Le cadre buccal qui circonscrit la cavité où se loge la trompe est donc limité par les limites de l'épistome, par les bords internes des joues et par le bord supérieur de la pièce basilaire.
Relativement aux antennes, qui s'élèvent toujours sur la limite commune de l'épistome et du front, deux cas essentiellement différents se présentent. Chez certains Diptères, les antennes sont formées d'articles nombreux (jusqu'à 6P>) ; elles sont filiformes, hérissées, ou en chapelet (fig. 1701 et fig. 1702); chez les Mâles elles peuvent être aussi pectinées ; les deux articles basilaires sont plus épais et de forme un peu différente, tandis que les autres articles' tous semblables se distinguent nettement et constituent la portion connue sous le nom de fouet : ces Diptères ont reçu le nom de Macrocères ou mieux de Némocères. Chez d'autres Diptères les antennes sont conformées tout différemment; deux articles basilaires, annulaires et courts, portent un article terminal bien plus grand, de conformation très différente; sa face dorsale présente, dans bien des cas, chez les Syrphides et les véritables Mouches, par exemple, une soie antennaire ousoie dorsale (fig. 1700, 1699 et fig. 1703), dont l'emplacement, la forme simple ou articulée, l'aspect nu ou velu et empenné, doivent entrer en ligne de compte pour établir des différences entre les genres : ces Diptères sont désignés par l'appellation de Brachocères ou de Brachycères. Entre les Némocères et les Brachycères il existe des Diptères qui ont une troisième forme d'antennes intermédiaire que l'on doit cependant rattacher aux derniers. Dans quelques cas, en effet, le troisième article paraît annelé, ou bien il présente, au lieu d'une soie, un style, un prolongement
LES DIPTERES.
Fig. IC99. Fig. 1700.
1U99. — Bracliocères {Eristalis tenax).
Fig. nui et nu?.
Fig. 1701 Fig. 17U3.
Fig. nu:.
;t 1702.— Nemocèrcs (Sciaia milita — Bracliocères (Glessina rnor&itans
1700. — Bracliocères {Volitcella ptumatd).
Fig. 1099 à 1703. — Différentes formes des antennes chez les Diptères
dont l'aspect n'est pas celui d'une soie, et qui peut être annelé également; mais jamais dans cette forme on ne distingue plus de six articles. D'ailleurs, morphologiquement parlant la soie, qui peut avoir plusieurs articles, doit être considérée comme constituant l'extrémité de l'antenne, sa position étant seulement modifiée par le développement considérable du troisième article.
Les antennes, ainsi que nous l'avons dit (1), peuvent être ^considérées avec certitude comme le siège de l'odorat. En effet, si on examine im microscope on reconnaît par exemple dans le troisième article si renflé des Muscides une multitude de petits pores, au fond desquels aboutissent des terminaisons spéciales des cellules nerveuses. N'avons-nous pas la preuve de la perfection olfactive chez les Mouches ellesmêmes que nous voyons de tous les points de l'horizon fondre sur les cadavres qui doivent servir d'alimentation à leur postérité? Ne les voyons-nous pas, victimes d'une illusion décevante, voltiger autour des fleurs A' Arum, de Stapelia qui exhalent une odeur cadavéreuse si caractéristique, puis errer effarées dans leurs corolles, pressées par la nature, elles déposent leurs œufs ou leurs jeunes au fond des fleurs et périssent, de désespoir sans doute, au milieu de leurs enfants dont elles n'ont pu assurer l'existence (fig. 161)8).
Les parties constituantes de la bouche ont été déjà sommairement décrites (1), mais il convient de revenir sur cet important sujet.
I; '1'. \ il, I/tli-oditcl.t<,ii, p. i',. i. \ll. Introduction, p. 12.
Dans aucun groupe de l'ordre des Insectes on ne trouve une aussi grande variation dans la conformation des pièces de la bouche ; aussi la reconnaissance des homologies des parties constituantes a-t-elle soulevé jusqu'à ces derniers temps mille controverses. La lèvre inférieure, transformée comme chez les Hémiptères, est la partie essentielle de la trompe (fig. 1704), la seule dont la persistance soit indéfinie, c'est elle qui est admirablement adaptée pour la succion ; quant au labre il n'est pas caractérisé comme chez les Hémiptères ; il semble manquer et les auteurs ont appelé tantôt labre, tantôt épipharynx une pièce qui est placée
Fig. 1701. — Trompe de Tachina grossa (Echinomya). a, menton; b, paraglosse; i, les palpes maxillaires; ep, épipharynx.
dans les mêmes rapports que le labre vrai, mais qui est essentiellement liée au pharynx dont il est le prolongement de la face dorsale et à laquelle répond une autre pièce impaire, prolongement de la face inférieure du pharynx et qu'on nomme Yhypopharynx. Les mandibules et les mâchoires qui affectent la forme de lancettes destinées à perforer la peau de l'Homme et des Mammifères n'existent pas toujours; souvent elles s'atrophient ; les mandibules son les premières à disparaître (Syrphides),
LES DIPTCliLS.
fie. 1705
Fig. 170G.
Fig. I70.'>. — Dernier article du tarse de la patte antérieure de la Musea vomitoria, vu par la face inférieure et grossi 200 fois.
Fig, 1706. - Le môme vu de profil, grossi 200 fois. I grossies. (.D'après Tuffen West.;
Fig. 170J à 1707. — Extrémité des pattes de Mouche. — Disposition et structure des ventouses.
t, tarse; </, griffes ; e, éperon; /), pulvilles couverts de petites ventouses.
Fig. 1707. — Trois des petites ventouses v extrêmement
les mâchoires s'annihilent ensuite (Muscides), leurs palpes restant comme témoins. C'est alors que la lèvre inférieure qui demeure seule chargée de la succion est la plus admirablement conformée, son extrémité (Syrphides, Muscides) formée par les paraglosses est sillonnée de canaux digitiformes qui permettent le passage des liquides lorsque les muscles aspirateurs du pharynx agissent pour déterminer l'ascension des liquides, et pour assurer la délicatesse fonctionnelle; sa face interne est revêtue de poils tactiles en rapport avec des cellules nerveuses, sa face interne est couverte de poils transformés, couvrant de délicates terminaisons nerveuses gustatives, qui, généralement d'ailleurs, se retrouvent dans l'épipharynx et le pharynx et garantissent le contrôle des liquides absorbés (1).
Le premier des trois anneaux thoraciques ne présente guère, vu d'en haut, que la saillie des épaules ; le second, chargé de porter les ailes, est aussi le plus développé; c'est toujours sur lui que déborde l'écusson, tellement
(1) Voyez à ce sujet : Jules Kûnckel et (jazagnaire, Du siège de la gustation chez les Insectes Diptères. Constitution anatomique et valeur physiologique de Vêpipharynx et de Vhypopharynr . Comp. rend. Acad. des sciences, août 1881. — Jules Kunckcl dllerculais, Recherches sur l'organisation et le développement des Diptères. Paris, Masson, 1881.
étendu que le métathorax se trouve presque caché par-dessous.
Ici, comme chez les Hyménoptères, l'abdomen est relié au thorax de toutes les façons imaginables. Le plus souvent il est sessile ou adhérent, plus rarement pédicule. Ses segments ou anneaux, dont le nombre, variant entre quatre et huit, sert parfois à reconnaître les espèces, doivent être comptés sur la face dorsale. Très souvent les organes sexuels font saillie en arrière ; leur forme varie beaucoup chez les Mâles ; chez les Femelles existe un oviducte extensible et rétractile ; d'autres signes peuvent aider aussi à distinguer les sexes. Les Mouches se rapprochent encore des Hyménoptères plus que de tout autre Insecte, par leurs revêlements ; lorsqu'ils ne sont pas nus, les Diptères portent simplement des poils généralement hérissés ; parfois ils ont une épaisse fourrure laineuse comme en portent certaines Abeilles, très rarement ils présentent des écailles comme en offrent si souvent les corps des Papillons et des Coléoptères. Parmi les poils hérissés qui se trouvent sur le corps et notamment sur l'abdomen, il en est souvent qui se distinguent des autres par leur taille ; on les désigne sous le nom de grandes-soies (Macrocères). Les pattes s'articulent avec le corpî par l'intermédiaire de cuisses coniques; il existe un tro-
LES DIPTERES.
chanter ; le tarse, formé de cinq articles dont le premier est généralement allongé, se termine par deux griffes. Entre ces deux griffes on remarque souvent une griffe accessoire, plus souvent encore deux ou trois coussinets en forme de semelles (Pelotes ou Pulvilles) à l'aide desquels les Mouches peuvent progresser sur les surfaces les plus lisses avec autant de sûreté que surles surfaces rugueuses (fig. 1706). « Au dix-septième siècle, raconte M. Kiinckel d'Herculais(l), 11. Hooke prétendait que les palettes qu'il nomme pahns, païens ou soles se fixaient au verre par l'intermédiaire d'une substance enfumée (smoky) dans laquelle s'implanteraient les poils. Derham attribue l'adhérence des pattes des Mouches et des Hydrocanthares à la pression de l'air, sans fournir aucune explication. D'après de Réaumur les poils qui revêtent la face inférieure des palettes peuvent « s'engraîner (sic) dans les inégalités des corps les plus polis à nos yeux ». Suivant von Gleichen , la Mouche s'appuie sur ses palettes lorsqu'elle marche sur une surface horizontale, tandis qu'elle « engraîne les pointes fines qui terminent les crochets dans les petites inégalités invisibles des surfaces polies » sans se servir des palettes. Everard Home reprit les idées de Derham : chaque palette constitue une ventouse unique comparable à celles des Dytiscus mâles. M. Blackwall combat d'abord l'opinion de Derham et de Home en faisant observer que les poils qui recouvrent la face inférieure des palettes rendent impossible la production du vide, et par suite le fonctionnement des ventouses ; il admet, comme de Réaumur, que l'adhérence a lieu mécaniquement, c'est-à-dire que les poils s'accrochent aux aspérités invisibles des surfaces polies ; mais dans une noie adilionnelle publiée quelques mois plus tard, revenant sur son opinion, il affirme que l'adhérence est due à une sécrétion émise par les poils tubulaires des palettes ; dans un autre mémoire M. Blackwall reprend la question pour repousser vivement l'hypothèse de l'influence de la pression atmosphérique et faire prévaloir l'idée d'une sécrétion émise parles poils. M. Hepworth a publié sur la structure des pattes des Mouches et sur le mécanisme de l'adhérence, une intéressante étude accompagnée de bonnes figures, seulement il ne désigne point par leurs noms spécial) Kiinckel d'Herculais, Recherches sur l'organisation et le tléveloppemint des Volucelles, Paris, 1876, p. 126.
Piques les Diptères qu'il a examinés; il n'en a pas moins fait connaître la véritable structure des palettes. M. Tuffen West a vérifié ces observations et donne d'excellentes figures auxquelles nous empruntons celles-ci (fig. 1703 à 1705). Les poils qui recouvrent la surface inférieure de ces palettes ont, d'après les descriptions et les dessins de ces deux auteurs, la forme de petites trompettes (trumpel-shaped), en d'autres termes, les poils sont terminés par une toute petite cupule ; mais ils admettent comme M. Blackwall que l'adhérence est obtenue à l'aide d'un liquide s'écoulant de chaque poil. M. Lowne se range à l'opinion de MM. Hepworth et Tuffen West.
« Celte struclure est parfaitement exacte ; j'ai observé chez les Volucella Ponaria et Zellucens, les Calliphora vomiloria, les Musca domeslica, les Lucilia exsar et chez quelques Anlhomyia, etc., l'existence de ces poils cupuliformes d'une ténuité extrême ; il faut au moins un grossissement de 500 diamètres pour les définir. En nombre immense ils couvrent toute la région inférieure des palettes et sont disposés en lignes transversales avec une grande régularité ; ils s'allongent sur les bords et leur forme se dessine plus nettement. Ces cupules font office de ventouses, et se comptant par centaines, il s'en trouvera toujours un nombre considérable en mesure de produire leur effet utile, soit en embrassant les moindres aspérités des corps, soit en se fixant aux surfaces polies. Je n'ai pas réussi à constater l'existence d'une sécrétion de liquide faite par les poils cupuliformes ; les travaux des micrographes anglais n'ont indiqué ni le siège, ni la nature de l'appareil glandulaire produisant la sécrétion; mes recherches n'ont pas été plus démonstratives. Je ne conçois pas d'ailleurs la nécessité d'un liquide ; les cupules, grâce à la souplesse de leurs bords, me paraissent agir simplement comme des ventouses. M. Hepworth fournit lui-mêmeuneobjection capitale : lorsque la Mouche se déplace avec rapidité on comprend qu'une sécrétion visqueuse puisse favoriser l'adhérence, mais lorsque l'Insecte est au repos et s'endort le corps renversé, quelle serait son utilité ? D'autre part, si les cupules émettaient une matière visqueuse, les grains de poussière et surtout les grains de pollen ne viendraient-ils pas en s'altachant aux palettes gêner et même empêcher leur fonctionnement? En résumé, chaque palette n'est pas une ventouse unique, mais une réunion de
LES DIPTÈRES
ventouses microscopiques. La comparaison de la patte des Diptères avec celle des Dytiscides devient alors toute naturelle; chaque ventouse grande ou petite du tarse de ces Coléoptères agit de la môme façon qu'une des innombrables ventouses presque invisibles des pattes des Mouches. »
Les ailes, dont les poils quelquefois visibles a l'œil nu sont plus souvent microscopiques, paraissent transparentes, légèrement troubles, ou marquées de taches élégantes et bariolées dont la teinte inhérente à la membrane alaire, ainsi que chez les Hyménoptères, ne peut Être effacée. En raison de leur grande ressemblance de forme, le trajet des nervures est d'une importance considérable lorsqu'on veut distinguer les Diptères; un examen, même rapide, de la disposition de ces nervures est donc indispensable (fig. 1708 et 1709).
Les nervures longitudinales prédominent, d'où résultent des cellules allongées. On reconnaît avec un peu d'attention, malgré la variété de leurs ramifications, deux faisceaux principaux, qui émanent isolément de la base et laissent au moins dans son voisinage immédiat un espace libre plus ou moins large. Dans tous les cas, ces deux troncs principaux sont reliés par une nervure transversale (X). De la base de l'aile part encore, au voisinage du bord interne, un troisième tronc isolé (g), généralement peu accentué, mais quelquefois bien développé. Le bord antérieur lui-même est constitué par la nervure marginale ou costale, nommée aussi radius ou costa, qui s'arrête généralement à la pointe, mais qui la contourne aussi parfois; l'amincissement de la limite de l'aile indique sa terminaison. Cette nervure n'est pas comptée dans la description des autres nervures longitudinales, pour laquelle les différents auteurs ont adopté des opinions diverses. On peut admettre, en tous cas, que trois d'entre elles dérivent du tronc principal antérieur, et trois du tronc postérieur; en sorte qu'on compte seulement six nervures longitudinales, dont la troisième (c) et la quatrième (d) sont reliées par la petite nervure transversale (X), ou nervure transversale anléiieure, appelée à tort nervure transversale simplement.
La première nervure longitudinale (a), qui émane de la base de l'aile, se divise souvent peu après sa naissance : la branche supérieure (nervure médiastinale) aboutit toujours au bord antérieur, en une place qu'on nomme la mar-
que marginale, par analogie avec celle des Hyménoptères, mais au lieu de présenter là un petit plateau écailleux, elle offre tout au plus quelques poils plus grands quand le bord antérieur est cilié; la branche inférieure, prolongement de \& première nervure longitudinale (net 'vure sokscoslale, nervure sous-marg inale, cubitus de J urine) aboutit également dans la nervure marginale (costa); elle peut aussi se diriger vers la seconde nervure longitudinale (b) ou nervule radiale qui n'émane jamais de la racine, mais bien de la première nervure longitudinale s'abouchant dans le bord antérieur et parfois enc'ore dans la première nervure longitudinale. La troisième nervure longitudinale (nervule cubitale (c) s'embranche toujours sur la seconde ou sur la première, si la seconde fait défaut. Elle se termine sans division, dans les deux formes représentées ici; mais elle peut aussi se ramifier, et s'aboucher par sa branche inférieure dans la nervure suivante. La quatrième nervure longitudinale (d) ou nervure discoidale ou médiane est la branche la plus élevée du second tronc principal; elle se termine dans le bord même après un trajet rectiligne, parfois elle s'infléchit vers la troisième nervure longitudinale, en prenant le nom de nervure transversale apicole ou de nervule exlernomédiaire ; celle-ci peut s'aboucher dans la troisième nervure longitudinale, et sur notre figure elle apparaît comme un rameau de la nervure principale. La cinquième nervure longitudinale (e) ou nervure posticale, ou nervule sous-médiane ou intérnomédiaire qui émane de la racine même, compte parmi celles qui ne manquent jamais et constitue le plus fort soutien de la surface postérieure de l'aile. Elle s'abouche dans le bord postérieur ou dans la nervure longitudinale suivante. Cette sixième nervure longitudinale émane de la cinquième et n'atteint pas toujours la lisière alaire. Lorsqu'il existe encore une nervure longitudinale derrière la sixième, elle émane de la racine même; elle fait partie du troisième tronc et reçoit le nom de nervule auAllaire (g).
Lorsqu'il existe une cellule ou aérole médiane ou discoidale (5), comme sur les ailes de Tipulides, on voit rayonner de là toute une ramification de nervures longitudinales, qu'on ne compte point dans la série, maisqu'on distingue sous les noms de « première, seconde nervures émanées de la cellule médiane. » Outre la nervure transversale (X) déjà mentionnée, une nervure transversale postérieure ou grande uer-
LES DIPTERES.
vure {(/') relie la quatrième nervure longitudinale à la cinquième, dans le voisinage du bord postérieur. On doit la considérer comme une branche de bifurcation postérieure de la quatrième nervure longitudinale, dont la nervure transversale apicale serait la branche de bifurcation antérieure. Dans d'autres cas, la nervure transversale radiculaire antérieure (//) relie les deux mêmes nervures longitudinales tout près de la racine, comme la nervure transversale radiculaire postérieure relie les deux nervures longitudinales suivantes. La nervure qui relie la première nervure longitudinale au bord antérieur s'appelle nervure transversale scapulai?'e (s) ou nervure humérale.
Les différents auteurs s'accordent encore moins sur la désignation des cellules que sur celle des nervures; nous nous contenterons de la nomenclature indiquée au-dessous des figures; nous ajouterons seulement que toute cellule n'est dite entièrement « close » que si elle est limitée de toutes parts par des nervures; elle passe pour « ouverte » dès qu'elle est limitée, d'un seul côté, par la lisière alaire.
Bien des familles nons présentent, en arrière de l'aile, une petite écaille ou cuilleron simple ou double, et plus ou moins petite, sous laquelle se cache, plus ou moins complètement, des sortes de boutons pédicules, qui frappent le regard lorsqu'ils sont à découvert, comme chez les Culicides et les Tipulides, ce sont les balanciers (haltères), organes spéciaux aux Diptères, organes tellement caractéristiques que Scopoli a donné à ces Insectes le nom de Halterata, c'est-à-dire de porteurs de balanciers ; leur signification morphologique comme leur rôle ont donné lieu aux interprétations les plus diverses. Tous les Anatomistes sont aujourd'hui d'accord pour considérer les balanciers comme les ailes de la seconde paire transformées; le développement postembryonnaire, la distribution des nerfs, la structure qui ont permis de reconnaître les nervures principales d'une aile concourent à prouver le bien fondé de l'assertion. Si l'on est d'accord aujourd'hui pour reconnaître leurs rapports anatomiques, il n'en est pas de même pour déterminer leurs attributions physiologiques.
Ces organes délicats insérés dans un repli du thorax, un peu en arrière du stigmate postérieur, ont reçu à l'origine ce nom de balancier non seulement par suite d'une ressemblance de forme avec l'instrument qui sert aux dan-
seurs de corde à se maintenir en équilibre, mais encore à cause d'une similitude de fonction, car au siècle dernier Derham avait déjà remarqué qu'une Mouche tombe à terre lorsqu'on la prive de ses balanciers. L'abolition du vol par la suppression de ces appendices est un fait manifeste qui a été constaté par maints observateurs parmi lesquels on compte Cuvier, Schelver, Robineau-Desvoidy, le colonel Goureau, M. Maurice Girard, M. Paul Bert, M. Kûnckel, M. le Dr Jousset de Bellesme et bien d'autres; mais l'interprétation du phénomène avarié suivant les observations et nous devons dire que personne jusqu'ici n'a pu expliquer d'une manière satisfaisante leur rôle important; ce qu'il y a de certain, c'est que la perte des balanciers, qui paraissent si chétifs, entraîne immédiatement la perte de l'équilibre ; lorsque l'Insecte veut voler, le vol ascendant n'est plus possible, l'Insecte tombe à terre la tête en avant.
D'après les recherches de Landois, les balanciers serviraient à mettre en mouvement les anneaux de bourdonnement dans l'appareil de phonation, et n'influeraient qu'en second lieu sur la respiration et sur la perfection du vol. Voici à peu près ce que dit Landois sur le bourdonnementdes Mouches. « Chezun Insecte qui produit des sons, nous devons porter notre attention sur les mouvements de certains organes extérieurs, ainsi que sur la hauteur du son. Examinons, par exemple, une Mouche à viande qui voltige dans l'air sans entrave, nous percevrons un son de bourdonnement relativement bas, et nous remarquerons une vive trémulalion des ailes et des balanciers. Si l'on saisit la Mouche de telle sorte qu'elle ne puisse plus remuer les ailes, on entend un son plus élevé et l'on voit en même temps les anneaux de l'abdomen frotter l'un contre l'autre convulsivement; si l'on saisit enfin cette Mouche de façon à immobiliser toutes les parties externes du corps, on perçoit le son de bourdonnement le plus élevé, et la Mouche résonne en quelque sorte intérieurement. Les sons bas sont produits par conséquent, en partie par les vibrations oscillatoires des ailes, en partie par le frottement des anneaux de l'abdomen et de la tête, en partie enfin par les quatre stigmates aériens, dont deux se trouvent situés sur l'anneau antérieur et deux sur l'anneau postérieur du thorax. « Landois démontra la vérité de son assertion par trois expériences différentes : en plongeant une
LES DIPTKItKS.
Fig. nos.
Fig. nos. — Aile de Tipuliile.
première
deuxième
troisième
quatrième Nervure longitudinale.
cinquième
sixième
septième
norvurc transversale apicale ou nervule externo-
médiane.
, nervure transversale postérieure ou grande nervule.
petite nervure transversale.
grande nervure transversale.
Fig. 1709. — Aile de Muscide.
cellule ou aréole basilaire antérieure.
première cellule marginale postérieure suivie de
plusieurs autres, cellule anale.
cellule basilaire postérieure, cellule médiane ou discoidale.
cellule axillaire.
cellule postérieure ou lobée, lobule alaire.
cellule sous-marginale ou cubitale, cellules marginales ou radiales, cellule marginale antérieure.
Fig. 1108 et I70'J. — Nervulation des ailes cliez les Diptères.
Mouche dans l'eau il suspendit la vibration des organes sonores, et perçut néanmoins des sons; il détacha du thorax d'une Mouche à viande bleue très vivace ou d'une Eristale tous les organes sauf les balanciers, et il enlendit cependant résonner le thorax; enfin il obtura les quatre stigmates aériens et n'entendit plus alors aucun son. Chez les Mouches tantôt les deux stigmates aériens de l'anneau Ihoracique antérieur, tantôt ceux de l'anneau ihoracique postérieur, tantôt enfin tous les quatre sont disposés en organes phonateurs. Un de ces appareils de bourdonnement, considéré isolément, présente à peu près la slruc ture suivante : les nombreux canaux aériens du thorax se réunissent peu à peu, jusqu'à former au voisinage de chaque stigmate aérien un conduit unique, dont l'extrémité s'élargit en forme de vésicule hémisphérique qui constitue par son orifice externe le bord du stigmate aérien. Cette vésicule trachéale présente souvent des plis en forme de feuillets délicats, maintenus à distance les uns des autres par un anneau spécial, «l'anneau de bourdonnement», placé immédiatement au-dessous de l'ouverture du stigmate. L'air expiré à travers la trachée ou l'air extérieur inspiré imprime aux feuillets chitineux des mouvements vibratoires dans Biœiim. — VIII.
la cavité bourdonnanLe ; le son produit ainsi par les organes respiratoires peut être désigné sous le nom de « voix ». La structure de cet appareil vocal offre de grandes variétés chez les différents Diptères, mais nous ne pouvons y insister en ce moment.
Malgré tout ce qu'a de séduisant et de poétique l'opinion de Burmeister, reprise parLandois, qui donne aux Insectes des organes vocaux comme aux Oiseaux et aux Hommes; nous ne saurions l'admettre, les Insectes ne chantent pas, ils produisent des sons à l'aide d'appareils qui n'empruntent rien au système trachéen et ne vibrent pas sous l'impulsion de l'air expiré. Comme l'a très bien remarqué l'observateur allemand, dans le bourdonnement on distingue deux sons, mais ils ne sont pas produits exclusivement comme il le suppose: l'un, le plus grave, est produit par les vibrations oscillatoires des ailes; l'autre, par la vibration rapide du thorax. Si vous tentez de saisir une Mouche du bout des doigts, elle imprime à tout son corps un frémissement violent et continu en faisant entendre un piaulement des plus aigus ; ce frémissement produit un chatouillement prolongé qui se transforme en une sensation des plus désagréables ; quels que soient vos efforts, vous êtes obligé de desserrer les doigts et l'Insecte Insectes. — liil
LES DIPTERES.
s'enfuit (1). Ce piaulement déterminé par la vibration des muscles du thorax est, ainsi que M. Jousset de Bellesme l'a constaté, à l'octave supérieur du premier son ; une Volucelle qui domine le son grave mi11, 650 vibrations par seconde, donnera aussi le son aigu mi4, 1300 vibrations par seconde : le bourdonnement est la résultante de ces deux sons.
Les Larves apodes des Diptères, nommés vulgairement Vers, se tiennent dans l'eau, dans la terre, dans des substances animales ou végétales décomposées, dans des plantes encore vivantes dont elles hâtent la mort; elles vivent même en Parasites dans d'autres Insectes, Larves ou Nymphes, ainsi que sur des Animaux à sang froid ou à sang chaud. Elles se présentent sous deux formes essentiellement différentes. Les plus développées offrent une tête où les pièces buccales, bien que tronquées, se trouvent néanmoins indiquées ; les lèvres inférieure et supérieure, les mandibules, les mâchoires, les antennes et même les yeux, à un état de développement plus ou moins parfait, sont toujours reconnaissables. Les pattes proprement dites font défaut; on trouve à leur place des épines ou des mamelons hérissés qui rendent à ces Larves de grands services dans la progression, mais qui ne permettent pas d'assigner à leurs possesseurs un rang audessus des Vers. Les Larves du secund type, beaucoup plus nombreuses, sont dites acéphales; on n'y distingue aucune tête, mais l'une des extrémités se termine en pointe; l'autre, mousse, semble généralement tronquée. La première, rétractile dans les anneaux suivants, demeure toujours charnue ainsi que le reste du corps, ou bien elle offre deux sortes de crochets unguiformes, de nature cornée, pénétrant assez profondément à l'intérieur, qui se meuvent l'un sur l'autre et servent tantôt à détacher les particules alimentaires, tantôt à fournir un point d'appui pendant la progression. Chez les Larves de cette sorte, l'autre extrémité du corps, obtuse et large, olfre des saillies coniques ou mamelons, qui portent les stigmates et représentent une série d'orifices aériens; en outre, le second anneau porte de chaque côté un autre orifice aérien, dissimulé. Des recherches nouvelles ont établi des formes intermédiaires entre ces deux types et signalé des différences de structure dans le
(1) Jules Kûnckel, Recherches sur l'organisation des Votucelles, p. Gï.
squelette de la tête, mais nous ne pouvons nous attarder sur ces distinctions délicates. Ces Larves généralement apodes ont souvent à la face ventrale des mamelons qui constituent des pseudopodes souvent nus, quelquefois garnis de crochets (EristaUs, Volucella). Les deux formes dont nous venons d'exposer les caractères ont des différences profondes non seulement dans les apparences extérieures, mais encore dans le mode d'existence. Les Larves munies d'une tête sont en effet susceptibles d'absorber une alimentation moins liquide, elles muent plusieurs fois, et deviennent, en dépouillant leur dernière peau de Larve, des Pupes momiformes d'un aspect souvent merveilleux. Les Larves acéphales au contraire, qui muent généralement en cachette, ne changent pas de peau au moment de la Nymphose; leur peau se durcit tandis que la forme de la Larve s'élargit et se raccourcit, pour constituer une Pupe en barillet ou tonnelet ,Pupe qui cache la véritable Nymphe ; sur cette pupe les emplacements qu'occupaient les stigmates de la Larve se trouvent marqués par des saillies tandis qu'il se forme de nouveaux organes stigmatifères ; d'ailleurs les phénomènes histologiques qui s'accomplissent chez les Diptères pendant le développement postembryonnaire sont des plus curieux et ont été l'objet dans ces dernières années de travaux importants en Allemagne, en France et en Russie (1). Tandis que toutes les autres Pupes reposent hors de l'eau, celles des Culicides vivent dans l'eau et s'y meuvent de la môme manière que leurs Larves. Les différences que nous venons de signaler entre la forme et l'existence des Larves, entre les transformations en Nymphes vraies ou en pupes permettent de tirer des conclusions relatives à la classification des Insectes parfaits. Les Larves céphalées à Nymphes libres donnent naissance en général aux Diptères Némocères, les Larves acéphalées à Nymphes abritées dans une Pupe se transforment en Brachocères.
Distribution aréosrpaphiqne. — Nos connaissances'encore trop incomplètes relativement aux espèces étrangères à l'Europe ne nous permettent guère d'estimer le nombre des Diptères; il ne doit pas atteindre, toutefois, celui des Hyménoptères. Ces Insectes paraissent plus universellement répandus que les
(1) Voyez les travaux de MM. "Welsmanii, Kunckel d'Herculais, Ganin, Viallanes.
LES GULIGIDES.
autres; la zone lorride, comme les régions polaires, renferme des représentants de plusieurs ramilles qui no sont pas exclusivement cantonnées et maintenues par d'étroites frontières,
Distribution poléontologique. — On a bbserve des Diptères dans les terra insd' une période assez ancienne, par exemple, dans les terrains
jurassiques, où on les a rencontrés jusqu'ici isolément et assez rarement; en revanche, on les trouve en grand nombre et bien conservés dans les terrains tertiaires où les Tipulides prédominent. Des S.~JO espèces découvertes jusqu'à présent dans l'ambre, 6oG ont pu être déterminées avec certitude.
LES NEMOCÉRES OU NËMATOCÈRES — NEMOCERA OU NEMATOCERA OU TIPULAIil K
Langhârner, — Mûcken.
Caractères. — Malgré les variétés que présentent ces Diptères au point de vue de leurs dimensions, de leurs conformations et de leurs modes d'existence, ils se reconnaissent néanmoins aux caractères suivants : la tète est petite, en général le corps est extrêmement frêle, les pattes très longues et filiformes se brisent au moindre contact; les palpes de 4 ou o articles sont très longs; ils portent des antennes filiformes ou sétacées souvent d'une délicatesse inouïe qui sont ordinairement longues et comptent au moins 6 articles.
Distribution yéoçrnpbique. — Les NéniO-
cères sont répandues dans le monde entier, et le nombre des espèces est considérable; il y en a plus de mille rien qu'en Europe.
Mœurs, habitudes, régime. — Nous décrirons leurs mœurs variées en traitant chacune des familles en particulier, nous ferons toutefois les remarques suivantes qui s'appliquent à un grand nombre d'espèces. Le nombre de sujets appartenant à une même espèce,
que chacun peut voir et sentir, est immense. Les annales de la science mentionnent par exemple, en Angleterre, des essaims de ces Diptères qui s'avancèrent en colonnes, au voisinage d'un clocher, dans l'année 173G, et que beaucoup de gens prirent pour une colonne de fumée. Le même phénomène fut observé en juillet 1812 dans la ville de Sagan en Silésie. Le 20 août 1859, à Neubrandenbourg, une nuée de ces Insectes vint s'abattre juste au-dessous de la croix du clocher de Sainte-Marie, sur une épaisseur de 300 pieds; vue d'en bas, elle ressemblait à un nuage de fumée étroit et sans cesse renouvelé. On cite des exemples semblables dans bien des contrées de l'Europe, sans établir toutefois, dans la plupart des cas, à quelle espèce appartenait l'essaim. On a vu les rives de divers cours d'eaux couvertes parfois sur une épaisseur de plusieurs pieds de cadavres des espèces les plus petites, imm,5 de longueur.
LES CULICIDES
CULIC1D/E
Si \chmazker.
Caractères. — Les Culicides se reconnaissent aux caractères suivants : la trompe assez longue est grêle, avec les pièces buccales, mandibules et mâchoires conformées en lancettes, aussi est-elle apte, du moins chez les Femelles, à produire une piqûre acérée.
Chez les Mâles seulement, les palpes velus composés de 5 articles, s'allongent au-delà de la trompe et forment, autour de la tête, avec les
aigrettes des antennes à quatorze articles, une luxuriante parure (fig. 1719, p. 359). Les ocelles fontdéfaut; les ailes assez larges reposent aplaties sur le corps pendant le repos ; elles sont arrondies à la pointe; elles présentent au moins six nervures longitudinales, d'égale épaisseur et revêtues d'écaillés serrées, rappelant par leur forme les écailles des ailes de certains Papillons ; la nervure marginale encadre l'aile presque
LES CULICIDES.
entièrement sans diminuer d'épaisseur, et le dos présente une ride transversale.
IHslribution fféoffraphique. — Les Gulicides
abondent dans toutes les régions du globe, aussi bien sous les latitudes les plus froides que dans les régions tempérées et tropicales.
Mœurs, habitudes, régime. — Les Gulicides à l'état de Larves et de Nymphes vivent dans l'eau. Suivant qu'elles y restent constamment plongées ou qu'elles peuvent s'élever à la surface par de rapides mouvements du corps, leur respiration se fait à l'aide de branchies ou de tubes trachéens externes. Les branchies peuvent être chevelues et ciliées ou filiformes; elles se fixent généralement, comme les trachées, au premieretau dernieranneauducorps.
Chacun sait de quelle façon leurs essaims font sentir leur présence dans les pays bien irrigués, par un été chaud et humide ! ce que l'on sait moins peut-être, c'est queces démons sanguinaires appartiennent au sexe faible; les Mâles inoffensifs n'ont d'autre plaisir que la danse.
Les Gulicides Femelles (fig. 1718, p. 559) privées de l'élégante parure du Mâle, viennent se poser sur nos mains pour enfoncer à travers la peau, jusque dans un vaisseau sanguin, leur glaive corné entouré d'une gaine qui se ploie.
Nous pourrons en revanche observer leurs ventres qui rougissent et qui se gonflent à mesure qu'elles boivent le sang à longs traits. Chacun sait aussi que cette blessure cause une démangeaison plus vive lorsqu'on écrase l'Insecte, parce que la compression fait écouler dans la plaie une plus grande quantité de salive venimeuse: mieux vaut lui permettre d'achever en paix l'œuvre une fois commencée.
Dans les pays tropicaux de l'Amérique du Sud, les Cousins se nomment Mosquitos, nom portugais qui signifie seulement Moustique, Mouche (musca); à Surinam on leur donne un nom qui a plus de couleur locale : « Trompettes-dudiable», à cause du piaulement menaçant qu'ils font entendre et qui annonce, hélas ! leur présence. Près de l'Orénoque la première question que l'on pose à un ami, en lui souhaitant le bonjour, est la suivante : « Comment se sont comportés, cette nuit, les Jankulos ou Mosquitos? » Là-bas, on est martyrisé presque à chaque heure du jour par des espèces nouvelles qui se succèdent sans cesse. « Aujourd'hui, dit A. de Humboldt, ce ne sont plus les dangers de la navigation sur les petites barques, ce ne sont pas les Indiens sauvages, les Serpents, les
Crocodiles ou les Jaguars, mais bien les Mosquitos. » Les plaintes contre les Moustiques ne sont pas de date récente, elles remontent à l'antiquité. Pausanias (4,2) rapporte le fait suivant : « La ville de Myus, en Carie, se trouvait située sur un golfe; le Méandre, amenant la vase à l'entrée du golfe, le transforma en lac. Cette eau cessa plus tard d'être salée; alors d'innombrables essaims de Moustiques y affluèrent et forcèrent les habitants à abandonner la ville ; ceux-ci se dirigèrent vers Milet, et de mon temps il ne restait plus de la ville de Myus qu'un temple de Bacchus. » On trouve la contre-partie de récit dans le fait cité par d'Osten Sacken, qui le lient d'un savant voyageur américain : il n'y avait pas eu encore, en 1823, un seul Moustique aux îles Sandwich; en 1828 ou 1830, un vieux bateau venu du Mexique fut abandonné sur la côte d'une de ces îles; les habitants signalèrent bientôt aux alentours de cette place l'apparition d'un Insecte particulier, inconnu d'eux et avide de sang. La nouvelle fit sensation, et des indigènes s'y rendirent le soir par curiosité, afin de se faire saigner par ces animalcules étranges. Depuis lors les Moustiques se sont répandus sur les îles où ils sont devenus des sujets de plaintes. Signalons encore une observation que ce Naturaliste doit à un autre savant américain; le son de notre la fait tressaillir convulsivement tout un essaim de Moustiques, et quiconque se trouve au milieu de leur nuée, dans cette circonstance, sent sur sa face le choc d'une masse énorme de ces Insectes.
Le récit d'une guérison obtenue par un médecin nommé Delacour, à Vera-Cruz, prouve qu'on peut trouver parfois un bon côté à l'existence de ces démons. Une dame, plongée dans le coma depuis douze heures, offrait les signes d'une mort prochaine; le médecin la soumit, à découvert sur son lit, aux piqûres des Mosquitos pendant deux heures; le coma fut ainsi suspendu, et le lendemain la malade était non seulement en vie, mais en bien meilleur état.
Dans les années où les Moustiques sont nombreux, la fumée des feux ou la lueur des foyers de fumigation peut, dans une certaine mesure, écarter d'une localité ces Insectes importuns, sans suffire néanmoins à les en chasser complètement. Les personnes qui peuvent supporter sur leur peau l'essence de girofle n'ont qu'à s'enduire de « graisse des Moustiques », comme on l'appelle dans cer-