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LES SYRPHES — SYRPHUS

Caractères. — Les antennes, insérées sur une saillie frontale, se terminent par un article ovoïde dont la base porte une soie nue; la face est proéminente (fig. 1766). Les ailes translucides et scintillantes se caractérisent, comme chez toutes les espèces de ce genre, par une troisième nervure longitudinale presque droite, par une petite nervure transversale aboutissant dans la moitié antérieure de la cellule médiane, et par une cellule marginale ouverte. La cellule médiane est à peu près aussi longue que la première cellule marginale postérieure dont l'angle antérieur et supérieur est toujours aigu.

Mœurs, habitudes, régime. — Ces Diptères

voltigent au soleil en bourdonnant avec une vivacité extrême ; mais le bruit faible qu'ils font entendre est tout spécial ; ils volent sus- Insectes. — 165

LE SYRPHE A CROISSANTS.

pendus en l'air, un temps plus ou moins long, en faisant vibrer leurs ailes sans trêve ni repos, les pattes pendantes; on nomme ce vol sur place le vol stationnai re, puis ils s'abattent sur une fleur ou sur une feuille, et s'envolent de nouveau, aussi vite qu'ils sont venus, pour recommencer leur jeu. Pendant les jours gris et maussades, ils se montrent aussi lourds et paresseux qu'ils se montraient naguère forts et infatigables.

La Femelle pond ses OEufs isolément sur les feuilles et les tiges habitées par les Pucerons. La rapidité de leur développement porte à croire qu'il y a plusieurs pontes par an, et c'est une des raisons qui ne permettent pas d'établir exactement à quel stade d'évolution ces Insectes passent l'hiver. Taschenberg a repêché dans l'eau, pendant les inondations prinlanières, des Larves développées, ce qui met hors de doute l'hibernation des Larves.

On voit sur les feuilles, en été, au milieu des Pucerons, des Larves vermiformes (fig. 1759, 1760 et 1764), d'une couleur verte tantôt pure tantôt grisâtre, qui ressemblent à des Sangsues par leur aspectet par leurs mouvements. Ce sont les Larves des nombreuses espèces de Syrphm. Leur souplesse et leur force sont considérables, car elles peuvent non seulement étirer leur corps en l'effilant, mais encore rétracter les deux bouts vers le centre de façon à figurer une sorte d'ovale; c'est la posture qu'elles affectent quand on les saisit. Fixées à l'aide de verrucosités charnues par leur extrémité pos-

Fig. 1764. — Larve de Syrpliide.

lérieure, elles tâtent les objets environnants avec la partie antérieure du corps qui est plus longue et qui se rétrécit de plus en plus. A l'extrémité antérieure on ne distingue que deux crochets écailleux entre lesquels s'étend un petit plateau corné armé de trois pointes; à l'aide des crochets, la Femelle fixe l'extrémité antérieure de son corps après l'avoir étiré tout du long; elle lâche alors l'extrémité postérieure qu'elle rétracte, et progresse ainsi par empans. A l'aide des pointes du plateau écailleux, elle perce sa victime, un pauvre Puceron inoffensif et immobile ; elle rétracte alors cette partie antérieure de son corps, en sorte que le Puceron s'applique comme un bouchon de carafe contre

le bord circulaire qui en résulte. La partie antérieure, qu'on ne saurait appeler à bon droit la tête, se meut comme un piston dans le sens antéro-postérieur, et pompe tout le suc de la victime. Une minute après, il n'en reste que la dépouille, et si la Larve est affimée, elle la rejette pour la remplacer par un autre Puceron. Habituellement les Larves très jeunes se fixent sur le dos d'un Puceron pour le sucer. Ces meurtriers, qui ont l'air si parfaitement innocents produisent une impression étrange au milieu des Pucerons insouciants et sans défense : les Vers les sucent impitoyablement l'un après l'autre avec le plus grand calme ; les Pucerons, de leur côté, continuent tranquillement à se repaîire, à éviter d'autres ennemis, et à demeurer sans crainte auprès de ces Larves, sans se douter que l'instant qui suit peut être le dernier de leur vie. On assiste au spectacle d'une extermination rapide par le meurtre, d'une communauté paisible et désarmée ! Un repas de vingt à trente victimes n'est qu'un jeu pour une Larve à maturité; elle fait d'ailleurs un bon nombre de repas semblables dans la journée, car elle ne se repose que dans le milieu du jour. Celte voracité n'a pas lieu de surprendre, si l'on songe que la Larve doit passer en quelques semaines, de l'état d'OEuf à celui de Larve entièrement développée.

Ce but atteint, elle abandonne le théâtre de ses méfaits et grimpe généralement vers le soir à la face inférieure d'une feuille, à la pointe d'une aiguille de Sapin, sur la tige d'une herbe voisine. Bientôt on trouve, à sa place une coque d'un vert brunâtre en forme de gouttelette qui tombe ou de larme (fig. 1761, 1762 et 1763), c'est-à-dire renflée à sa partie antérieure, accolée par sa face inlerne à quelques-uns des objets que nous venons de mentionner ; on aurait bien de la peine à soupçonner une relation entre ce corps et la Larve en question, si les expériences faites à ce sujet ne nous contraignaient à l'admettre. Dans cette coqueen barillet se trouve la pupe ciselée. Celte coque se fonce peu à peu, etau bout de quatorzejours à peine, un opercule soulevé à l'extrémité la plus grosse ouvre à l'être nouveau le chemin de la liberté.

LE SYRPHE A CIIOISSANTS. — SYltPHUS SELENITICCfS.

Mondfleokige Sehwirrfliege, Caractères. —Ce Syrphe (fig. 1758) a la tète

LES VOLUCELLES

et le thorax d'un vert bleuâtre métallique; l'écusson transparent, d'un jaune brunâtre, est revêtu de poils fins, ainsi que les yeux. L'abdomen, uni, noir et brillant, porte trois paires de lâches blanches semi-lunaires.

m: syrihi: ou ioiiuiu — si nniirs pi itiSTin.

Caractères. — Chez une espèce plus commune encore, le Syrphita pyrastri, ces taches

Kig. lloô. — Le Sylphe du poirier, grossi.

Fig. 1766. — Sa tête vue de profil.

sont d'une teinte jaune claire et occupent des sièges un peu différents (fig. I76S).

LES VOLUCELLES — VOLUCELLA

Caractères. — Elles se distinguent aisément par une cellule marginale close et par une longue soie empennée, appendue à la base du troisième article antennaire, qui est le plus considérable et revêtu de poils plus longs chez les Femelles que chez les Mâles.

Mœurs, habitudes, régime. — u Quilles soient emportées par leur vol rapide ou qu'elles butinent sur les fleurs, les Volucelles (1) ont des traits qui les rapprochent beaucoup de certains Hyménoptères; le Naturaliste même exercé pourrait se méprendre, mais celui qui connaît les mœurs de ces êtres devine l'ingénieuse prévoyance de la nature. Cette Mouche, au corps annelé de noir et de jaune, a revêtu les teintes des Frelons et des Guêpes pour mieux les tromper : la mère déposera ses OEufs dans leurs habitations; cette Mouche, au corps noir parsemé de touffes de longs poils jaunes ou bruns, rappelant la livrée des Bourdons, ira pondre dans le Nid de ces industrieux Hyménuptères.

(I) Nous emprunterons à M. Kunckel d'Herculais, l'historien des Volucelles, en abrégeant quelque peu, tout ce qui a trait aux mœurs de ces Dipières. Recherches sur l'organisation et le développement des Volucelles, Paris. 1875. Chap. t, p. 49 et suivantes.

« Rien n'est attachant comme l'observation des manœuvres des Volucelles autour des habitations souterraines des Guêpes: que de fois ai-je contemplé leurs évolutions capricieuses! Posées sur un brin d'herbe auprès d'un Guêpier, elles en étudiaient les approches, puis soudain, prenant leur vol vers les Heurs voisines, recueillant à la hâte quelques gouttelettes de miel, quelques grains de pollen, pour revenir bientôt après prendre leur poste d'inspection. Pendant deux jours (septembre 1872) j'ai suivi les allées et venues d'une Volucellu inanis; dissimulée par les herbes, elle s'avançait vers l'entrée de la demeure des Vespa vul- (jaris, mais une Guêpe, sentinelle vigilante, fondait sur elle et l'obligeait à s'éloigner; loin d'être découragée, notre Mouche renouvelait ses tentatives, et si je ne l'ai pas surprise entrant dans le nid, plus d'une, poussée par un merveilleux instinct maternel, avait fini par lasser la patience des ouvrières laissées à la garde de l'entrée. Je ne croyais pas tout d'abord que les mères pussent pénétrer jusqu'au Guêpier; il me paraissait certain que si elles tentaient, les habitants étant en mouvement, une telle entreprise, elles auraient été reconnues et promptement massacrées ou mutilées. Cependant j'ai observé un grand nombre d'GEufs sur les enveloppes des Guêpiers, et de plus j'ai trouvé dans l'intérieur des Nids de jeunes Larves venant d'éclore. Il est donc probable que les Volucelles profilent du sommeil des Guêpes pour re glisser jusqu'au Nid afin d'effectuer leur ponte; mais quelquesunes d'entre elles ne doivent- elles pas payer de la vie leur témérité?

« A l'automne, les sociétés des Guêpes sont en pleine prospérité ; si, au lieu de vouer leur demeure souterraine à une brutale destruction, on l'examine attentivement, très souvent un étrange spectacle se présentera. Partout des débris, partout les restes d'un carnage, les cellules sont vides, les Larves, les Nymphes prêtes à éclore ont été massacrées et les Guêpes, au milieu de leur cité dépeuplée, continuent leurs travaux, elles s'efforcent de réparer l'œuvre d'extermination en se hâtant d'élever quelques Larves. Entre les gâteaux, entre les enveloppes du Nid, enfoncés dans les cellules ou grimpant d'étage en étage, de gros vers grisâtres hérissés d'épines cherchent leur proie. Suivons ce Ver qui chemine sur un gâteau ; il passe son existence dans la plus profonde obscurité, il est aveugle, mais un mys-

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térieux instinct le dirige; il agite çà et là la partie antérieure de son corps et plonge enfin sa tête dans une cellule; celle-ci est vide, il continue son exploration, celle-là est fermée, il en brise la porte, et la Nymphe immobile, sans défense, est bientôt dévorée.

« Les Guêpes sont là pourtant, elles si hardies, si belliqueuses, ont-elles oublié l'avenir de leur colonie pour laisser ainsi décimer leur couvain? Les dards acérés, les mâchoires puissantes sont des armes inutiles pour entamer l'épais tégument de leurs ennemis; au moindre toucher la Larve de "Volucelle rentre sa tête, contracte les anneaux de son corps, et, tout en conservant une grande élasticité, présente une masse couverte de plis et d'épines à l'épreuve de l'aiguillon le plus aigu, des mandibules les plus robustes. On pourrait se montrer surpris que les Guêpes, si avides de proies vivantes, si pleines d'audace quand elles font la chasse aux Mouches et aux Papillons, n'aient pas songé à détruire les Larves de Volucelles, petites et faibles lorsqu'elles viennent d'éclore. Il est une particularité d'organisation qui expliquerait peut-être la répugnance des Hyménoptères nidifiants; ces Larves de Syrphides rejettent par l'anus, lorsqu'elles sont saisies, un liquide excrémentitiel qui se répand par capillarité sur tout le corps et possède une odeur urineuse désagréable; n'y aurait-il pas là un moyen de protection?

«Dans son ensemble l'organisation des Larves de Volucelles est adaptée avec une grande perfection à leur genre de vie ; l'examen comparé des téguments des différentes Larves suffit à lui seul pour en fournir la démonstration la plus manifeste.

« Les Larves des Volucelles ont une teinte grise plus ou moins foncée, suivant la nature du sol où elles vivent; mais elles ont en réalité une couleur blanc jaunâtre lorsqu'elles ont été débarrassées des parcelles de terre qui les dissimulent et leur permettent d'échapper aux yeux de leurs ennemis. Leur corps étroit à la partie antérieure, s'élargissant jusqu'à la partie postérieure, mesure environ 2 centimètres, quelquefois plus (20 à 25 millimètres), et se compose d'une tête rétractile cachée par le premier anneau, et de onze anneaux dont il est difficile aux extrémités de déterminer les limites respectives, les anneaux étant creusés en dessous dessillons transversaux assez profonds et très rapprochés. Lorsque la Larve est au repos la tête est toujours rentrée dans l'intérieur du

premier anneau ; lorsqu'elle est en marche les antennes seules font saillie au dehors et sont portées en avant de côté et d'autre pour être utilisées comme organe de tact; la nature n'ayant pourvu la Larve d'aucun appareil optique, ou plutôt ne lui ayant donné aucun organe dont la structure soit comparable à un œil, nous ne savons pas si ces antennes, indépendamment de leur fonction tactile, ne perçoivent pas quelques vagues sensations lumineuses.

« Un des traits de l'organisation extérieure des Larves de Volucelles les caractérise entre presque toutes les Larves de Diptères, elles sont munies de pattes comparables aux pattes membraneuses des Ghenilles, quant à la position et à l'usage, mais dissemblables quant à la forme et à la structure. L'observation des pattes membraneuses des Larves de Volucelles mériterait de nous arrêter, car le mode d'implantation des crochets qui les garnissent est si varié qu'il permet de distinguer les espèces.

« Lorsque le froid commence à se faire sentir, rien ne décèle la présence du Guêpier jadis si vivant; les larves des Volucelles ont cessé d'errer au milieu des gâteaux et abandonné le Nid pour s'enfoncer dans le sol ; c'est là qu'elles hivernent, cherchant souvent à de grandes profondeurs un refuge contre les rigueurs de la mauvaise saison. 11 serait plus exact de dire qu'elles sont en quête d'un lieu où elles puissent se soustraire aux variations de température et d'humidité pour s'endormir en sûreté; elles supportent d'ailleurs plus aisément l'excès que le défaut d'humidité et résistent très bien, ainsi que j'en ai fait l'expérience, à vingtquatre et même quarante-huit heures d'immersion; toutefois elles s'efforcent de fuir une terre trop mouillée; sous l'influence de la sécheresse prolongée elles languissent et ne tardent pas à périr.

« Cinq mois entiers s'écoulent sans qu'elles aient fait un mouvement : le soleil commence à réveiller la végétation, à réchauffer le sol, nos Larves se réveillent aussi et reprennent leur activité ; elles étaient raccourcies, ramassées sur elles-mêmes, elles s'allongent peu à peu, étirent leurs anneaux et se mettent en mouvement pour se rapprocher de la surface, se frayant un chemin à travers la terre ameublie par les pluies du printemps. Cette terre qui les recouvre forme souvent une couche de 40 et même de 50 centimètres : elles fran-

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chissenl cet obstacle avec aisance, la nature leur ayant facilité tous les moyens de cheminer sous le sol. A l'abri de quelques mottes qui les cachent à peine, les Larves de Volucelles vont subir leurs métamorphoses: le corps se contracte, perd toute faculté motrice, un changement de forme considérable s'accuse de plus en plus ; la partie postérieure qui était la plus large devient la plus étroite, tandis que les anneaux antérieurs effilés se dilatent et se gonflent. Quelques jours se passent, la Pupe immobile ne rappelle la Larve que par les aspérités qui la recouvrent; deux petites taches claires se montrent sur le cinquième segment; subitement deux minimes opercules sont soulevés comme des couvercles tournant autour d'une charnière, et deux cornes brunes, qui donnent à la pupe l'aspect le plus original, viennent saillir au dehors ; elles servent à la respiration et je les désigne par le nom de cornes stigtnatifêres.

«Quelques semaines (écoulées le temps qui s'écoule entre la perte de mouvement des larves et l'éclosion des adultes est des plus variables), le développement de la Mouche est achevé : la V. zonaria Poda fait son apparition.

« Les Larves hérissées de longues épines et ayant les stigmates postérieurs sessiles ne sont pas seules dans les Nids des Guêpes ; desLarves, couvertes de spinules à peine apparentes et reconnaissables surtout à la forme allongée du tube chitineux qui porte les stigmates postérieurs, ravagent comme elles le couvain; leurs mœurs ne diffèrent pas sensiblement des mœurs des Larves de la V. zonaria; plus agiles encore, elles parcourent le Guêpier en tous sens, cherchant la proie qui leur convient ; aux approches de la mauvaise saison, elles s'enfoncent dans la terre et tombent en léthargie; quand vient le printemps, elles remontent à la surface ; beaucoup attendent l'été pour se transformer en une Volucelle, véritable Guêpe à deux ailes, la Volucella inanis Lin. L'histoire de cette Mouche dont les premiers états demeuraient absolument inconnus restait tout entière à écrire.

« Dans les Nids de la Vespa vulgaris, j'ai rencontré d'autres Larves tellement semblables à celles de la V. zonaria que l'observateur le plus habile aurait été la dupe d'une méprise certaine, d'autant mieux que les mœurs sont les mêmes. J'ai élevé ces Larves ; j'ai vu des Nymphes qui avaient aussi les plus grands rapports avec les Nymphes de la V. zonaria, éclore la Vo-

lucelle transparente (V. pellucens), cet élégant Syrphide dont les teintes noires et blanches font un agréable contraste (fig. 1768, p. 593 et pi. XXXIII). Ce sont là encore des observations neuves, car on ignorait complètement quelles étaient les premières formes de ce Syrphide. » « L'observation du genre de vie de chacune de ces Mouches fournit des remarques excellentes. Les V. zonaria et inanis se déplacent avec aisance, avec rapidité, butinant de fleurs en fleurs, mais ne s'arrêtant pas immobiles au-dessus d'elles; rien n'égale l'agilité, la puissance, la fixité du vol dos V. pellucens; véritables Hirondelles parmi les Insectes, elles planent et se jouent des heures entières dans les allées humides de nos bois, se reposant à peine à de longs intervalles sur les fleurs ou les buissons. Elles partagent avec quelques autres Syrphides la faculté de demeurer dans les airs fixes et immobiles, comme suspendues; c'est ce vol particulier que Straus-Diirckheim appelle le vol stationnaire. Le mouvement semble être chez elles un besoin si impérieux que, mises en captivité, elles meurent bientôt après, tandis que dans des conditions identiques les Volucelles à zones vivent plusieurs semaines.

« Cette similitude dans le premier âge des V. zonaria et pellucens, si différentes à l'état adulte, cette dissemblance entre les larves des V. zonaria et inanis, si voisines à l'âge adulte, sont des faits étranges. Les partisans de la doctrine de la transformation des espèces ne seraient-ils pas tentés d'attribuer une même origine à la V. zonaria et à la V. pellucens? Les caractères communs des Larves en seraient le témoignage, les caractères distinctifs des adultes n'étant qu'une manifestation du temps.

«Ainsi donc, les Nids des Vespa germanica et Vespa vulgaris abritent les Larves de trois espèces de Volucelles, mais tout porte à croire que la V. zonaria pond fortuitement dans les habitations de la Guêpe commune ; elle dépose ses OEufs volontiers dans les Guêpiers plus considérables des guêpes germaniques et des Frelons ; cependant certaines conditions sont indispensables pour que la Volucelle à zones confie ses Œufs aux Nids des Vespa crabro. Souvent les Frelons établissent leur habitation dans des greniers, des cheminées, des trous de murs, choisissant les endroits les plus secs et les plus éloignés du sol ; pendant l'été les larves de Volucelles trouveraient certainement dans

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le couvain toutes les ressources pour vivre et se développer, mais au moment de l'hivernation, elles n'auraient pas à leur portée la terre dans laquelle elles doivent s'enfoncer pour éviter les intempéries de l'hiver, et mourraient infailliblement par suite de l'excès de la sécheresse. Les conditions sont plus favorables lorsque les Frelons construisent leurs Guêpiers dans les cavités de vieux troncs d'arbres; mais lorsque ces Guêpiers ne se rencontrent pas dans la contrée où elle s'est établie, guidée par des sens dont nous admirons la perfection sans la comprendre, la Volucelle choisit pour y mettre en sûreté sa progéniture les nids souterrains des Guêpes germanique et vulgaire, et même, pour s'éviter de longues recherches, elle les adopte de préférence. Mais si l'on comprend aisément que les V. zonaria et inanis puissent, à la faveur de leur déguisement, pénétrer au milieu des habitations des Guêpes; comment expliquera-t-on que le V. peltucens, qui n'a aucun trait de ressemblance avec les Hyménoptères, puisse arriver jusqu'au nid et pondre sur ses enveloppes sans être massacrée ? Nous devons ici confesser notre ignorance.

« Au mois d'octobre, lorsque j'enlevais les nids de Guêpes, au milieu des gâteaux erraient de jeunes larves de la V. zonaria et de la V. inanis venantd'éclore; quelques-unesétaient plus avancées en âge, mais encore fort petites, tandis que dans le fond de la cavité où était construit l'édifice et même dans la terre environnante se cachaient les grosses Larves ayant pris tout leur accroissement. Malgré l'époque reculée de la saison, les jeunes Larves ne périssent pas et continuent à se développer sans atteindre pourtant la taille des grosses Larves. L'année suivante, elles se transforment tardivement et donnent naissance à des Mouches de petite taille, souvent moitié moins grandes que les individus provenant des grosses Larves.

« Vers le milieu de l'été, si on soulève avec soin le toit de mousse qui recouvre les habitations des Bourdons des mousses, si l'on déchire l'enveloppe de cire qui protège les retraites des Bourdons des pierres, au milieu des coques soyeuses renfermant les Nymphes, entre ces coques ouvertes gorgées de miel, en Ire les ou très remplies de pollen, on voit circuler de grosses Larves blanches (fig. 1768, p. 593); ces Larves ressemblent aux hôtes des Guêpiers (Larves de V. zonaria et de V. pellucens) par la forme générale et par la disposition des épines : elles en ont aussi la voracité, car elles ravagent sans

merci le couvain des Bourdons qui, pourvus d'armes redoutables, ne songent pas à se défendre. Béaumur, induit en erreur par cette ressemblance, avait supposé que les Larves rencontrées par lui dans les nids des Bombus et dont il nous a dépeint les appétits carnassiers étaient les Larves de la V. zonaria. Dès les premiers jours de l'automne elles se cachent en terre pour apparaître à la surface au mois d'avril et de mai, quand approche le moment des métamorphoses. Bien n'était plus singulier que de voir éclore chaque jour, des vieux nids de Bourdons que j'avais conservés, des Mouches velues, images trompeuses des Bourdons dont elles avaient anéanti la race. Les unes, les Volucelles désignées sous le nom de Volucella bombylans Lin., par leur corps noir, leur abdomen terminé par une touffe de poils roux, ressemblent aux Bourdons des pierres {Bombus lapidarius Lin.); les autres, les Volucella mystacea Lin. ou plumata de Geer, par les poils jaunes qui revêtent les côtés du thorax, du premier anneau de l'abdomen et l'écusson, par les poils blancs implantés sur les derniers anneaux del'abdomen, sont habituellement déguisées sous le vêtement de certains Bourdons des mousses {Bombus muscorum Lin.) et surtout sous celui des Bourdons des jardins (Bombus hortorum Lin.); enfin d'autres Volucelles, les Volucella kœmorrhoidalis Zelterstedt, au thorax garni de poils jaunes, à l'abdomen terminé par des poils roux, portant la livrée des Bourdons des prés (Bombus pralorum Lin.) ou des Mâles de Bourdons des pierres (Bombus lapidarius Lin.).

«De Larves identiques, de Nymphes identiques provenant d'un même nid de Bombus 7nuscorum, d'un même nid de Bombus lapidarius, je vis naître les V. bombylans et mystacea, ainsi que la Volucelle présentant à la fois les caractères de l'une et de l'autre, la V. hœmorrhoidalis; bien plus, je vis les OEufs de ces diverses Mouches, couverts de dessins identiques, donner le jour à des Larves toutes semblables. La V. bombylans offre donc des variétés curieuses que j'ai souvent capturées accouplées entre elles; s'il y avait préférence dans les rapprochements des individus portant la même livrée, cela tenait au grand nombre de représentants de la même variété dans une localité restreinte, par conséquent il n'y a pas accouplement entre Insectes appartenant à des espèces dislinctes et par suite de productions d'hybrides.

LES VOLUCELLES

« 11 y aurait intérêt capital à savoir si les Volucelles ont conscience de la ressemblance qu'elles ont avec les Bourdons, à savoir, si, obéissant à leurs instincts et pressées d'effectuer leur ponte, elles ne méconnaissent pas quelquefois la coloration de leurs vêtements. Les V. bombylans (type) ne cbcrchent-elles pas a pénétrer dans les nids des Bombus muscorum? Les V. myslaceane tentent-elles pas de franchir l'entrée des habitations des Bombus lapidarius '! Les différences existant dans la couleur des téguments de la V. bombylans sont en rapport avec les variations non moins grandes qu'offrent les teintes des Bourdons : un même nid de ces Hyménoptères donne asile ;\ des individus dont les poils qui les revêtent offrent les tons les plus variés ; il est donc probable que quelle que soit leur coloration, les V. bombylans pondent indistinctement dans les Nids de tous les Bombus. On peut supposer à bon droit d'ailleurs qu'on a beaucoup exagéré le nombre des espèces de Bombus, comme celui des espèces de Volucella.

« La V. bombylans est intéressante a un autre litre : entre toutes les Volucelles, c'est l'espèce qui pond avec la plus grande facilité : au mois de juin, il n'était pour ainsi dire pas de femelle qui, enfermée dans une boîte garnie de mousse, ne couvrît les parois et les brins de mousse de ses gros Œufs à la coque régulièrement ridée. Les autres Volucelles refusent presque toujours de pondre en captivité ; accidentellement elles effectuent quelquefois le dépôt de leurs œufs.

« Les V. inanis et bombylans ont un mode d'évolution semblable à celui de la V. zonaria ; l'apparition des Mâles est toujours anticipée ; les femelles restent moins longtemps qu'eux sous la forme de nymphes. Les V, inanis sont plus tardives, elles éclosent surtout en juillet et août, quelques-unes ne se sont même développées qu'en septembre; les V. bombylans sont printanières, elles brisent leurs Pupes dès la fin d'avril, ainsi que pendant les mois de mai et de juin; jamais elles ne se développent à une époque plus reculée. Ces habitudes sont en accord avec les mœurs des Bourdons ; ceuxci, en effet, ont déjà à cette époque de l'année leurs nids très peuplés, leur couvain rempli d'OEufs, de Larves et de Nymphes. Les jeunes Larves de Volucelles vont avoir une nourriture abondante; dès le mois d'août je les trouvais ayant acquis toute leur taille et prêtes à hiverner.

" 11 est encore une espèce de Volucelle qui habite nos régions tempérées, mais se rencontre moins fréquemment; c'est la V. inflata Fab., que les auteurs ont confondue avec le V. pellucens. Si la disposition générale des teintes qu'elle revêt est à peu près la même que celle de la Volucelle transparente, les teintes sont différentes, par exemple, trait distinctif des plus apparents, le second anneau de l'abdomen, au lieu d'être blanc, est jaune citron.

dj'avoue avec regret n'avoir pu, malgré toutes mes recherches, découvrir les habitudes de la V. inflata, ni réussir à obtenir de ponte pour observer les jeunes Larves ; cependant ayant vu de nombreuses femelles voltiger autour d'un nid de Bombus terrestris, établi dans une clairière de la forêt de Saint-Germain, je soupçonne leurs Larves de vivre aux dépens de ces Hyménoptères à côté des Larves de la V. bombylans, de même que les Larves de V. pellucens vivent dans les habitations des Guêpes à côté de celles des V. zonaria et inanis.

(( Les V. zonaria vivent encore à l'arrièresaison, il n'y a cependant qu'une seule génération par an, mais les éclosions ne se font pas simultanément, elles se succèdent pendant plusieurs mois. Les V. inanis et pellucens aiment les fleurs disposées en ombelles. J'ai capturé les 1'. zonaria et inanis pendant l'été sur les fleurs du Troène (Ligustrum culgare Lin.), de plusieurs Ombellifères (Anyclicasiluestris Lin., Beracleum sphondylium Lin.), de l'Origan [Ori- (janum vulyure Lin.), à l'automne sur les fleurs du Lierre [Hedcra hélix Lin.) et du Symphoricarpos racemosa Mien.); au voisinage des guêpiers j'ai remarqué qu'elles se posaient sur les fleurs des prés, les Scabieuses (A'nautiaarvmsis Goult.), les Marguerites (Ç ' hrysanthemum Leucanthemum Lin.). Les V. pellucens et inflata se trouvent sur les Cornouillers {Cornus songuinea Lin.), les Troènes, les Ombellifères et quelquefois les Bonces. La V. bombylans et ses variétés butinent sur les Eglantines (Rosa rubiginosa Lin.) : elles sont printanières et elles meurent quand vient l'été. Celte Volucelle visite volontiers au premier printemps les fleurs de la Bourdaine (Bhamnus frangula Lin.) et plus tard celles des Troènes et des Bonces, mais elles se posent souvent sur les feuilles dans les clairières des bois humides, voltigeant de l'une à l'autre sans jamais s'élever beaucoup au-dessus des buissons.

« Les poètes comme les naturalistes ont souvent raconté que les Papillons et les Mouches

LES VOLUCELLES

se nourrissent exclusivement du nectar des fleurs : c'est une légende dont l'origine remonte aux temps anciens ; en réalité, le pollen constitue le fond de l'alimentation des Insectes qui fréquentent les fleurs, le liquide sécrété par les nectaires n'étant qu'une boisson sucrée agréable et parfumée. Il suffit de suivre les mouvements d'une Mouche posée sur une fleur pour être témoin de curieuses manœuvres,

— mes Volucelles captives m'ont fourni maintes fois l'occasion d'observer ces manœuvres;

— avec les deux valves qui terminent sa trompe et qui sont simplement, ainsi que nous l'avons déjà vu, les palpes labiaux modifiés, la Mouche embrasse une anthère dont les loges viennent de s'ouvrir et enlève rapidement tout le pollen qui la recouvre, puis elle pompe le nectar avec avidité en léchant ensuite les nectaires, tant elle est friande de sucre. D'après cela, les Diptères floricoles ne sauraient être regardés comme favorables à la fécondation des plantes, au contraire ; ils sont des plus nuisibles, puisqu'ils débarrassent les étamines des corps fécondateurs ; ce sont les Hyménoptères dont l'intervention est particulièrement heureuse; en se roulant dans les corolles ils attachent à leurs poils les grains de pollen, et, les transportant de fleurs en fleurs, les mettent en contact avec le pistil.

« On sait combien les Diptères mis en captivité meurent promptement, à peine peut-on les conserver pendant une journée. La privation de mouvement, la siccilé de l'air, la soif, sont les causes principales de mortalité. Je suis parvenu, par l'observation des habitudes des Volucelles, à prolonger fort longtemps l'existence de certaines d'entre elles. En mettant à leur portée des fleurs imprégnées, dès le grand matin, de gouttelettes d'eau simulant la rosée, j'ai gardé beaucoup de V. zonaria plus de vingt jours, quelques-unes six, septet huitsemaines, d'autres même pendant trois mois; ce sont toujours les Femelles qui ont eu la longévité la plus considérable, les Mâles résistaient moins longtemps à la captivité. Mais je ne réussis à les conserver vivantes qu'en ayant égard à certaines précautions: laissées d'abord en liberté dans une pièce garnie de plantes chargées de fleurs, ces Mouches, prises souvent de panique, venaient se heurter violemment contre le plafond et tombaient, après plusieurs chocs, pour ne plus se relever; oserai-je dire que l'amour de la liberté les portait au suicide? Je les installais alors sous les grillages

recouvrant des vases remplis de terre maintenue dans un état perpétuel de fraîcheur; ces vases, laissés à l'air, étaient garantis des rayons d'un soleil trop ardent ou des dangers d'une pluie violente; ils contenaient quelques bouquets composés des fleurs préférées par les Volucelles, c'étaient principalement des fleurs d'Ombellifères d'espèces diverses, de Troènes (Liyustium vulgare Lin. et japonicum Thun.) et surtout de cette élégante Véronique originaire de la Nouvelle-Hollande, cultivée partout aujourd'hui (Veronica speciosa Cunn.) ; elles étaient disposées de telle manière que les Mouches pouvaient les atteindre avec aisance quand leurs ailes déchirées et mutilées ne permettaient plus le vol. En usant de ces précautions j'ai pu étudier les allures et les mœurs de quatre espèces de Volucelles, et conserver à ma disposition des matériaux pour mes dissections.

« M . Schiner (1) a prétendu que les Volucelles ont, à l'état de repos, les ailes à demi ouvertes : c'est une erreur. Pendant le sommeil, les ailes se recouvrent l'une l'autre comme chez les Cheilosia, les Scatopkaga, etc., de manière que les bords externes deviennent à peu près parallèles; lorsque les Volucelles, en pleine activité, voltigent de fleur en fleur, viennent àse poser, leurs ailes, afin de favoriser l'essor prochain, demeurent demi-ouvertes. Les V. bonibylans, sous l'influence de la peur, prennent une attitude singulière qui m'a surpris lorsque je l'ai observée pour la première fois ; elles ramènent leurs ailes dans la position qu'elles affectent pendant le sommeil, relèvent leurs pattes antérieures au-dessus des yeux et impriment à tout leur corps un frémissement violent et continu en faisant entendre un piaulement des plus aigus. Si vous tentez de saisir la Mouche du bout des doigts, vous aurez l'explication de ces allures toutes particulières ; car ce frémissement produit un chatouillement prolongé qui se transforme bientôt en une sensation des plus désagréables; quels que soient vos efforts, vous êtes obligé de desserrer les doigts et l'Insecte s'enfuit. Un Oiseau vient-il à prendre une de ces Volucelles bourdons, le plus souvent il sera forcé de lâcher prise, le frémissement transmettant aux corpuscules du tact logés dans les mandibules cette sensation indéfinissable qui entraîne, malgré la

(1) J.-R. Schiner, Fauna auslriacd, Die Fliegen (Diptera), t. I, Wicn, 186?, p. 328.

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