LES MUSC TD ES CALYPTÉRÉES
en partie et séparé des os dans presque toute son étendue. A l'extérieur, les trois enveloppes du cerveau étaient enflammées et le ramollissement de la substance corticale du cerveau prouvaitque cet organe avait, comme toujours, participé à l'inflammation de la pie-mère.
Entre aulres choses remarquables que présente ce fait, il faut noter que tout le désordre qui a été décrit eut lieu sans qu'il s'écoulât une goutte de sang.
Une ancienne anecdote anglaise, affirmée par divers auteurs dignes de foi et rapportée par Roulin, montre quel danger peut offrir la rapidité de croissance de ces Insectes; le fait a, du reste, été confirmé par d'autres observations analogues. En 1869, un mendiant duLincolnshire dont l'existence trop agitée ne pouvait s'accommoder du travail qu'on lui imposait dans l'atelier de sa paroisse, ne voulut pas y rester et préféra rôder dans les villages environnants et vivre d'aumônes qui consistaient surtout en morceaux de pain et de viande. Il avait coutume, après avoir calmé sa faim, de serrer tous les restes, et notamment la viande, entre sa chemise et sa peau, et de les porter ainsi sur sa poitrine. Un jour qu'il reçut une pitance trop copieuse, il eut une indisposition et s'étendit le long d'une route à travers champs ; sous l'effet du soleil de juin la viande commença à pourrir et se remplit de Larves de Mouches. Celles-ci rongèrent non seulement les morceaux de viande inerte, mais elles s'attaquèrent, en outre, aux chairs vivantes. Quand les passants découvrirent cet infortuné, ils le trouvèrent déjà tellement entamé par ces Larves que la mort leur parut inévitable. Après avoir enlevé autant que possible cette horrible vermine, ces Samaritains charitables le transportèrent dans leur pays et tirent chercher immédiatement un chirurgien ; celui-ci déclara que dans l'état où se trouvait le corps de ce malheureux il ne survivrait au pansement que quelques heures, et l'infortuné mourut, en effet, véritablement mangé par les Larves. Comme on n'indique pas ici le temps qu'il était demeuré gisant sur la route, mais comme il n'y apas lieu desupposerqu'il y était resté plusieurs jours, on ne peutguèremettreencauseles Mouches ovipares; on doit accuser ici, sans doute, des Mouches vivipares du genre Sarcophaga. On a signalé, également, des Sarcophaga ISarcopkila) latifrons extraites de tumeurs des oreilles ; Taschenberg rapporte qu'il en possède deux qui proviennent d'une tumeur extrême-
ment douloureuse qui s'était développée dans l'oreille d'un jeune garçon ; un traitement par la benzine a permis de les extraire. Dans un autre cas, c'est selon toute probabilité une Larve de Mouche, introduite dans l'angle interne de l'œil d'un garçon sommeillant en plein air, qui a causé de tels dégâts que le malheureux en a perdu la vue. Ces exemples prouvent qu'il est périlleux, en tous cas, de s'endormir en plein air pendant la saison chaude, et que ces créatures inoffensives sont pour nous un danger plus grand qu'on ne suppose.
Nous devons signaler une Muscide européenne, la Sarcophila Wohlfarti (1), dont les Larves carnivores causent de grands ravages et de graves accidents ; nous ne saurions avoir de meilleur guide que M. Mégnin, si compétent en ces matières.
« Depuis bien des années, pendant les chaleurs de l'été, nous avons recueilli des Larves de Diptères non seulement dans les plaies de nos Animaux domestiques, mais aussi dans des creux ou des plis de la peau où s'accumule la matière sébacée toujours plus ou moins en fermentation ammoniacale, comme les lacunes de la fourchette du pied du cheval, la cavité de son fourreau ou les plis du paturon du même Animal ; dans ces points les Larves en question finissent par amener l'ulcération de la peau, et elles pénètrent même quelquefois dessous en provoquant des désordres plus ou moins considérables. Nous avons souvent recueilli, disons-nous, des Larves dans les plaies déterminées par ces Parasites ou dans des plaies existant déjà et où elles s'étaient installées. Ces Larves, arrivées à leur complet développement et transformées en Nymphes, nous ont toujours donné, à leur éclosion, la même mouche, à savoir, la Sarcophila Wohlfarti, que nous avons longtemps considérée comme étant la Sarcophagaruralis de Meigen. Ce n'est qu'après avoir eu connaissance du travail de M. Portchinsky (2), sur les maladies que ce médecin entomologiste a observées en Russie
(1) Cette espèce doit-elle porter réellement ce nom nouveau; n'est-elle pas une espèceanciennementdécrite? 11 peut sembler singulier que cette Muscide des plus communes ait échappe à Schiner, l'historien des Diptères. Nous pensons, avec M. le Dr Laboulbène, que la S. Wohlfarti n'est autre que la S. magiiifica de Schiner.
(2) Portchinsky, Maladies produites dans le gouvernement de Mohilew par les Larves de la Sarcophila Wohlfarti, et sa biologie, in Horœ Societatis entomologie^ russicœ, t. XI, avec 6 planches coloriées. Saint-Pétersbourg, 1875-187G.
LES MUSGIDKS GALYPTEREES.
causées par la larve du Diptère qu'il a nommée Sarcophila Wohlfarti, et qu'en comparant notre mouche avec celles reproduites sur les planches qui accompagnent ce travail, que nous avons reconnu la complète identité de celle que nous avions cru jusqu'alors être la Sarcophaga ruralis (Sarcophila Meigeni de Portchinsky) avec la Sarcophila Wohtfai'ti.
« Les observations faites en Russie par M.Portchinsky concordent parfaitement avec celles que nous avons faites en France; c'est-à-dire que, chez les Animaux vivants, toujours les Larves rencontrées dans les plaies, ou en ayant provoqué, étaient fournies par la Sarcophila Wohlfarti. « Ce Diptère, lisons-nous dans son travail, est entièrement rural, et on ne le voit jamais dans les maisons. A l'état parfait il est très difficile à rencontrer et on ne l'oblient qu'en faisant éclore les Nymphes provenant des Larves recueillies dans les plaies des Animaux. C'est une des plus belles Sarcophila, et elle est très nuisible non seulement aux hommes, mais aussi aux Animaux du gouvernement de Mohilew. En effet j'ai obtenu exclusivement la Sarcophila Wohlfarti, de différentes Larves provenant de bêtes à cornes, de Chevaux, de Porcs, de Moutons, de Chiens et même d'Oiseaux domestiques, principalement d'Oies. «Depuis quelques années l'infection des bestiaux par les Larves de Mouches s'étend sur les deux tiers et même la moitié des Animaux d'un troupeau. Une plaie insignifiante est soudainement envahie par ces Larves et bientôt devient inguérissable. Cette Sarcophila recherche particulièrement les points cachés de la peau et principalement la région inguinale des Vaches, où les Larves engendrent des plaies extrêmement graves ; ce fait se constate fréquemment ici. Chez les Chiens, les mêmes Larves se présentent souvent dans les oreilles et il n'est pas extraordinaire de les voir en même temps mordus par des légions de Stonoxis calcitrans et couverts de sang.
« La Sarcophila Wohlfarti a une influence non moins grande sur la santé de la population humaine du gouvernement de Mohilew; car d'après les observations d'un grand nombre de médecins de la ville et surtout des districts ruraux, la présence de la Larve chez des enfants de moins de treize ans est très fréquemment observée. Ces Larves vivent dans les oreilles, dans le nez et même dans le palais, et produisent des douleurs quelquefois si considérables que les malades en perdent les sens.
De fortes hémorrhagies par le nez ou par les oreilles surviennent, qui affaiblissent exlraordinairement les enfants qui les portent et qui sont par suite très pâles et amaigris, les traits du visage tirés, et ils restent même dans cet état encore pendant longtemps après la disparition des Larves. Les désordres produits par ces Larves sont quelquefois considérables.
« Développées dans l'oreille, elles dévorent les parties molles du conduit auriculaire, et il n'est pas rare de les voir traverser le tympan, d'où une surdité, soit passagère, soit durable ; pondues dans les yeux, elles peuvent amener la perte complète de la vue.
«Dans le gouvernement de Mohilew, et particulièrement dans les districts de Mohilew, de Orscha et de Gorki, on trouve à peine quelques villages où le myiasis soit inconnu aux paysans; plusieurs familles me sont connues dont les membres ont été gravement atteints de celte maladie, et ce sont particulièrement les domestiques, en général de race hébraïque, qui sont le plus exposés aux atteintes de cette Mouche, par suite de l'habitude qu'ils ont de dormir dans les champs pendant le jour.
« En France, si on n'a jamais constaté la présence de la Larve de la Sarcophila Wohlfarti dans les plaies de l'Homme, cela tient probablement à ce que les Larves que l'on a trouvées dans un assez grand nombre de circonstances ont été regardées comme appartenant aux Mouches qui pondent habituellement sur la viande ou dans des cadavres d'animaux, à savoir : la Sarcophaga carnaria, la Lucilia cxsar et la Callipkora vomitoria ; les Larves de ces Mouches ressemblent en effet tellement à celles de la Sarcophila, qu'il n'y a qu'un moyen de les distinguer, c'est d'obtenir l'Insecte parfait par la transformation de ces Larves; comme cette expérience a été bien rarement faite, il y a lieu de croire que l'immense majorité des cas de myiasis cutané, attribués aux Larves des Mouches en question, doivent être mis sur le compte de la Sarcophila Wohlfarti, car cette Mouche existe en France aussi bien qu'en Russie, et elle a les mêmes mœurs.
«En effet, comme nous l'avons dit plus haut, nous avons constaté souvent la présence de Larves de Diptères dans des plaies d'Animaux dont elles augmentèrent singulièrement la gravité, dans des ouvertures naturelles ou les anfractuosités qu'elles tranformaient en plaies, comme le fourreau du Cheval, les lacunes et surtout la lacune médiane delà fourchette de
LES MUSCIDES CALYPTEREES.
son pied et les plis de ses paturons ; toutes les fois que nous avons tenté d'obtenir la transformation de ces Larves en Insectes parfaits, c'est toujours la Sarcophila Wohlfarti qui est sortie de la coque de Nymphe. Il y a donc lieu de compter avec ce Parasite à l'avenir. »
Mais ce n'est pas dans nos pays tempérés qu'on a le plus souvent l'occasion d'observer les accidents causés à l'Homme par les Larves de Muscides; c'est surtout en Amérique, dans les régions chaudes, que l'on a pu étudier les Larves anthropophages. Depuis que le Dr Coquerel a appelé l'attention sur elles (1858-1859), un grand nombre de médecins de la marine (Audouit, Ollet, Bonnet, Lucas, Layet, Maillard, etc.) et de médecins militaires (Leroux et Jacob, Aubert, Marel, Dauzat, etc.) ont eu l'occasion d'étudier fréquemment des cas de myiasis à la Guyane, au Mexique, au Pérou et dans d'autres points de l'Amérique du Sud, notamment dans la république Argentine et dans la république de Venezuela (Dr Conil); et même dans l'Amérique du Nord (Kansas) leurs observations ont été consignées dans des thèses et dans une série de mémoires fort intéressants.
Depuis longtemps on a observé, dans le Paraguay, des gens qui souillaient de maux de tête, après avoir eu des épislaxis pendant leur sommeil, et qui n'éprouvaient de soulagement qu'après avoir expulsé une Larve de Mouche, en éternuant; on savait qu'à la Jamaïque, les fiévreux doivent êtres urveillés avec soin, pour éviter qu'une grosse Mouche bleue vienne pondre ses OEufs dans leur nez ou sur leurs gencives ; ses Larves, en pénétrant jusqu'au cerveau, condamnant la plupart de ces malheureux à une mort épouvantable. Mais ces récits n'avaient pas un caractère de véracité suffisant; il fallait des études suivies pour acquérir la certitude que certaines Muscides choisissaient de préférence pour y déposer leurs Œufs les fosses nasales et que leurs Larves déterminent des ravages tels qu'ils occasionnentdes accidents mortels. Nous pourrions reproduire quelques-uns des rapports médicaux de nos médecins; mais nous préférons mentionner des observations faites tout récemment (en 1883), sur les mœurs des Screw- Worms ou Vers- Vis, ainsi nommés par les Américains à cause des replis des anneaux qui simulent le filet d'une vis, Vers qui ne sont autres que des Larves de Muscides anthropophages (1).
(1) François Hutington Snow, Habdiuks anthropophage*
Parmi les cas observés je choisirai le cas suivi par leDrJ.-B.Brilton de Mapleton dans le Sud-Est du Kansas, qu'il a décrit complètement dansla session de la Société médicale du district en janvier 1883. De son rapport j'extrais ceci : « Dans la soirée du 24 août 1882, M. E. Hudson se plaignit d'une sensation particulière à la base du nez et dans les orbites, qui fut d'abord suivie d'un éternuement désordonné et plus tard d'une douleur atroce au-dessus de l'os frontal enveloppant aussi le maxillaire gauche supérieur. Ce malade avait souffert et était encore souffrant d'un catarrhe nasal d'une nature grave. L'écoulement était tout à fait purulent, d'une couleur jaunâtre fréquemment mélangée de sang et d'une odeur désagréable et quelquefois même insupportable. Le 24 eut lieu une suppuration abondante par les narines et la bouche et apaisa instantanément toutes douleurs. Cette suppuration continua pendant trois jours et produisit environ 500 grammes de matière s'épaississant successivement jusqu'à devenir du pus pur. L'odeur devenant de plus en plus désagréable, la toux devint plus incommode et la fièvre augmenta jusqu'à produire un léger délire qui dura douze heures. Ce qui fut rejeté fut expectoré avec beaucoup de difficulté et était purulent, contenant des particules microscopiques de matière osseuse, avec des flocons. L'os hyoïde était évidemment détruit, le malade avait parlé avec difficulté pendant trente-six heures et il avait beaucoup de peine à avaler. Le voile du palais était évidemment parti; de là impossibilité de pousser la langue en avant ou de s'en servir pour parler.
« A peu près à cette époque, un Ver semblable à un Asticot tomba de son nez. Ce fut le premierindice de la présence de ces Vers. Il n'y eut, comme dans d'autres cas dont il a été rendu compte, ni enflure ni mouvements sous la peau, ni même à aucune époque des plaintes du malade pouvant faire supposer leur présence. Après l'apparition du premier Ver, j'en attendais d'autres, et je fus surpris de les voir tomber des narines et sortir de la bouche sans aucune peine pour le malade, jusqu'à ce qu'ils arrivassent au contact avec la membrane de Schneider, alors ils l'ennuyèrent beaucoup et il fit tous ses efforts pour les expulser; mais aussitôt dehors il ne manifestait plus aucune
de la Lucilia macellaria. Kab. Psyché, t. IV, p. 27, 1883, et le Naturaliste, 1883, p. 300. (Traduction Salle.)
LES MUSGIDES GALYPTEB.ÉES.
peine, jusqu'à ce qu'un autre arvivât dans la narine. Je fis tous mes efforts pour arriver à les découvrir sous les tissus, mais les parties molles du palais étantdélruites sur une grande étendue et le voile du palais visiblement abaissé, c'était avec beaucoup de difficulté qu'on pouvait en faire l'examen. Les Vers évidemment fouillaient sous la peau du palais, qui présentait l'aspect d'un rayon de miel et par place des morceaux totalement détruits de la grandeur d'une pièce de 50 centimes (18 mill.).
« Ils continuèrent à tomber de la boucbe et du nez, chassés des narines, par des efforts du malade, pendant les quarante-huit heures suivantes, durant lesquelles nous en comptâmes 227 et estimâmes à plus de 300 le nombre total. A ce moment, tout le voile du palais était détruit. Le malade vécut quatre jours après la sortie des derniers Vers.
« Je mis cinq de ces Vers dans de la terre sèche et quatorze jours après être tombés des narines, trois Mouches sont écloses.
« Par un examen très minutieux fait avec soin après la mort, je fus étonné de trouver que tout le tissu couvrant les vertèbres cervicales aussi profondément que je pus voir en renversant la tête en arrière et en comprimant la langue, était entièrement détruit et les vertèbres à découvert. Les os du palais cassaient à la plus légère pression du doigt. L'os hyoïde était détruit et les os du nez détachés retenus en position seulement par la peau externe.
«LeDr Brilton m'envoya des exemplaires de la Mouche née comme il a été dit plus haut, lesquelles j'ai reconnu être Lucilia macellaria Fab.; afin cependant qu'il n'y eut pas d'erreur possible, je les ai soumis à l'examen du DrS.- W. Willeston de New-Haven, Conn. , qui corrobora ma détermination et qui me fournit les notes suivantes concernant cette espèce : « Les échantillons que vous m'avez envoyés sont évidemment Lucilia (Campsomya) macellaria Fab. ; une Mouche commune depuis la république Argentine jusqu'au Canada et qui probablement, à cause de ses variétés, a reçu plus de noms spécifiques (20!) que toutes les autres Mouches américaines. Elle appartient aux Muscides vraies et se place près de Musca. Ses penchants anthropophages lui ont valu les noms synonymes de Lucilia kominivorax Coquerel et L.anlhropophaga Conil (Amérique du Sud). »
M. Bérenger-Féraud, médecin en chef de la
marine, a signalé l'existence, au Sénégal, de Larves de Diptères, connues sous le nom de Vers de Cayor, qui s'introduisent sous la peau de l'Homme et des Animaux qui dorment étendus à terre et déterminent une affection ayant l'apparence dune éruption de furoncles, chaque furoncle donnant asile à un Asticot; il a extrait plus de 1300 Larves sur un jeune Chien qui a succombé à la suite de leurs attaques; de ces Vers de Cayor sont éclos des Muscides que M. Blanchard a rapportés au genre Ochrumyia voisin des.Lucilies et a nommé Ochromyiaanthropophaga.
L'Homme et les Mammifères ne sont pas seuls atteints par ces redoutables Muscides carnivores ; elles s'attaquent également aux Animaux à sang froid et déposent souvent leurs UEufs sur des Batraciens ; pendant ces dernières années on a observé souvent les lésions terribles causées par leurs Larves sur diverses parties du corps, notamment la tête, chez des Crapauds et des Grenouilles (Moniez , Collin de Plancy, Taton, etc.).
Il existe certainement bien d'autres espèces de Muscides dont les Larves désastreuses se comportent delà même façon.
Moyens de se débarrasser des Mouches. — Il y a une foule de moyens pour préserver l'homme et les animaux des attaques des Muscides et pour se débarrasser de leur bourdonnement, qui, comme le dit Pascal, empêche souvent le penseur le plus grave et le plus fécond de coordonner ses idées.
Dans l'Orient ancien, comme dans l'Orient moderne, les mouches étaient nombreuses et tout aussi insupportables qu'aujourd'hui. L'Egypte, surtout dans les parties marécageuses, en était réellement infestée. Aussi beaucoup de nations orientales rendaient-elles un véritable culte à un Dieu des mouches, chargé spécialement de chasser ces Insectes, qui prenaient quelquefois les proportions d'un véritable fléau : cette divinité n'est autre que Belzebuth, que l'on devrait régulièrement écrire : Baal- Zeboub et qui signifie littéralement le maître, le seigneur des mouches.
Au moyen âge, on avait l'excommunication : témoin le miracle suivant opéré par saint Bernard, en 1121 (1) :
« Il était allé un jour à l'abbaye de Foigny, située sur le territoire de Laon, dit un de ses
1,1) Vie <le saint. Bernard, par Guillaume, abbé de Saint-Thierry de Reims, liv. I, ch. H, collection Guizot, t. X, p. 2UÎ.
LES MUSCIDES GALYPTEREES.
biographes; comme on y préparait la dédicace d'un nouvel oratoire, une multitude incroyable de Mouches firent irruption dans ce lieu ; leur bruit et leur bourdonnement désagréables incommodaient excessivement ceux qui en traient. Le saint, voyant qu'il ne pouvait les chasser autrement, s'écria : « Je les excommunie. » Et le matin, on les trouva mortes et couvrant le pavé, en sorte qu'on les enleva avec des pelles. Ce fait devint si connu et si célèbre que parmi les voisins qui assistèrent en grande foule à la dédicace, la malédiction des Mouches de Foigny était passée en proverbe. »
Aujourd'hui, il faut autre chose, pour chasser les Mouches : il y a d'abord les moyens pharmaceutiques, fournis d'après Mégnin (1) et Héraud (2), par des substances dont l'odeur répugne aux mouches et les fait fuir, tels sont : 1° Le suc de feuilles de noyer, qu'on obtient en froissant ces feuilles sur le corps de l'animal dont on frotte surtout les parties exposées aux atteintes des mouches ; 2° les huiles de cade et empyreumatiques qui jouissent de la même propriété que les feuilles de noyer, mais qui ont l'inconvénient d'encrasser les poils ; 3° l'huile concrète de baies de laurier qui a les avantages des précédents sans en avoir les inconvénients ; 4° enfin l'huile de poisson. Les corps gras seuls suffisent quelquefois pour faire fuir les mouches, qui n'aiment pas s'y empêtrer les pattes et encore moins le bec.
On se débarrasse encore des Mouches au moyen d'un papier empoisonné dit Papier tue- Mouches qu'on dispose au fond d'une assiette. La plupart de ces moyens ont l'inconvénient de semer partout dans les appartements des cadavres de mouches plus dégoûtants encore que les Mouches vivantes.
On emploie souvent des pièges où les Mouches viennent se noyer dans l'eau de savon ; ce sont simplement des verres, remplis à moitié d'une forte solution de savon, et recouverts d'un papier enduit de confitures à sa face interne; un petit trou ménagé au centre laisse pénétrer les Mouches, mais emprisonnées comme dans une nasse elles vont se noyer ; ce sont des appareils en verres plus élégants basés sur le même principe qu'on trouve aujourd'hui répandus dans le commerce.
Il y a aussi les moyens mécaniques , dit Mégnin, les émouchoirs à main, les mousti-
(1) Mégnin, Les Parasites et les Maladies parasitaires.
(2) Héraud, Secrets de la Science, de l'Industrie et de l'Economie domestique. Paris, 1879, p. 408.
quaires, les filets chasse-mouches, dont on enveloppe tout le corps des animaux, les oreillères dont on les coiffe ; ces oreillères ne doivent pas être en simple filet à moins que celui-ci ne soit doublé d'un tissu de gaze qui empêche tout à fait le passage des Simulies.
Le docteur Spence a communiqué à la Société Entomologique de Londres (1) un rapport sur la méthode pratiquée par un de ses amis de Florence pour mettre la vie domestique à l'abri de cette cause perpétuelle d'irritation. Cet ami résidait dans le voisinage de la ville ; il avait réussi depuis deux ou trois ans à chasser les Mouches de ses appartements, quoiqu'il laissât les fenêtres ouvertes pour renouveler l'air. Tandis que les cabinets de travail et les salles à manger de ses voisins étaient envahis par des myriades de Mouches, il fallait pratiquer une sorte d'enquête domiciliaire pour trouver chez lui deux ou trois de ces Insectes envahisseurs.
Sa méthode consistait simplement à suspendre un filet en dehors de la fenêtre. Les mailles de ce filet étaient assez larges pour admettre à la fois plusieurs mouches, les ailes étendues, car ces mailles avaient plus d'un pouce de diamètre; mais une crainte inexplicable consignait les Insectes à la porte ou, pour mieux dire, en dehors de la croisée. Les Mouches n'osaient pas s'aventurer à travers les mailles du réseau.
Le florentin qui expliqua à M. Spence la valeur de cette méthode n'en revendiquait pas la propriété. Ilavaitentendudirequeles moines d'un monastère auprès de Florence s'étaient délivrés des Mouches au moyen d'un filet; il avait recueilli les mêmes renseignements d'un peintre qui résidait à Rome ; il aurait pu encore citer l'autorité d'Hérodote (2) qui rapporte que les pêcheurs égyptiens se garantissaient des moustiques en se réfugiant sous leurs filets. Un filet coûte peu. On pose ce filet en dehors de la fenêtre, dès que les Mouches commencent à se montrer incommodes, et on laisse cette défense jusqu'à l'hiver. Pour assurer le succès de cette méthode, il faut que la lumière n'entre dans la chambre que d'un côté; car s'il se trouve deux fenêtres en face l'une de l'autre, les Mouches passent sans scrupule à travers le filet. Quand la chambre n'est éclairée que d'un côté, l'effet est certain.
(1) Spence, Trans. of the Entomological society, t. I, p. 1.
(2) Hérodote, liv. II. eh. xcv.
LES TACHININES.
Ce résultat a été confirmé en Angleterre. Le Dr Stanley (1) donne le récit de ses propres expériences. Il fît préparer des filets de différentes couleurs, dont les mailles variaient de 3 I de pouce à un pouce. On les étendit sur les deux fenêtres d'une chambre très exposée à l'intrusion des Mouches. Cette chambre était surtout incommodée par l'espèce connue sous le nom de Mmcavomitoria qui était attirée sur les lieux par des touffes de Clématite et de Chèvrefeuille. Les tracasseries de ces insectes étaient insupportables ; pour les bannir, on était obligé de tenir les fenêtres toujours fermées, même pendant les journées les plus étouffantes de l'été. A peine les filets furent-ils tendus, que tous ces inconvénients disparurent ; l'air entra et les Mouches n'entrèrent plus. « Je les entendais, dit le docteur Stanley, voleter de l'autre côté de celte frêle barrière; mais quoique les Mouches se posassent çà et là sur les mailles, je ne me souviens pas d'en avoir vu une seule qui osât franchir la limite. » Dans cette chambre était une porte qui communiquait avec une autre chambre; si l'on ouvrait cette porte, les Mouches entraient immédiatement, et si l'on tâchait de les chasser à travers le réseau de la fenêtre, elles volaient avec violence vers les panneaux supérieurs, ayant toujours grand soin d'éviter le filet. Ou fît un autre filet de fil très fin, avec des mailles d'un pouce et un quart. Le réseau était si délicat, et pour ainsi dire si invisible, que la lumière et la vue des objets n'en étaient nullement offusquées. Le résultat fut le même. Pendant le reste de l'été et durant l'automne, on put jouir de l'air frais, les fenêtres étaientouverles, etl'onnefut point troublé par les Mouches.
L'antipathie et la frayeur des Insectes à la vue du filet étant un fait établi, on se demande la raison pour laquelle ces simples réseaux de fil effrayent tellement les Mouches. On a d'abord supposé que les Mouches prennent ces filets pour des toiles d'Araignées et que l'instinct les portait, en conséquence, à éviter ce qu'elles considèrent comme un piège. M. Spence doute que cette raison ingénieuse soit la bonne. Si un tel instinct existait, il détournerait la Mouche des toiles horizontales de l'Araignée ; or il n'en est point ainsi, car on trouve continuellement un grand nombre de Mouches prises dans ces toiles. « J'attribue, dit-il, l'effet heureux des filets à la construction toute particulière de
(1) Stanley, Trans. oftlte Ent. soc.
l'œil de la mouche, qui lui fait voir dans chaque fil une succession d'obstacles, dont la rapidité du vol augmente et multiplie la puissance. »
On emploie encore des rubans blancs entrecroisés près du plafond, souvent môme de véritables lustres en papier; les mouches viennent s'y poser, et restent volontiers tranquilles. A la campagne, on emploie au même usage des rameaux d'arbre garnis de feuilles.
Mais le plus sûr de tous les moyens consiste à ne laisser entrer que très peu de jour dans les appartements que l'on veut préserver. La Mouche aime la vive lumière et ne tarde pas à abandonner les lieux un peu sombres.
Après tout, pourquoi les Mouches ne vivraient-elles pas?
« Va, dit l'oncle Toby (1), en lâchant l'Insecte qui l'avait mordu et qu'il tenait dans ses mains, va, pauvre Mouche, le monde est assez grand pour nous deux. »
Usages. — Les pêcheurs à la ligne font une grande consommation de Larves de Mouches nommées par eux Asticots, et ils les tirent presque en totalité des chantiers d'équarrissage où on les multiplie à foison pour en faire un assez grand commerce.
LES TACHIiNINES — TACHININJH
Schnellfliegen.
Caractères. — Toutes les Tachinines ont en commun : une nervure transversale apicale nette ; une soie antennaire nue ou d'apparence nue et articulée ; un abdomen formé de quatre segments apparents, court, ovalaire ou conique, rarement cylindrique et paraissant dans ce cas incurvé à l'arrière. Les fortes soies [Macrochetes) du corps ne manquent que chez un petit nombre d'espèces. Les yeux ne se touchent pas sur le vertex, alors même qu'ils se rapprochent chez les Mâles ; ils paraissent tantôt nus, tantôt recouverts de poils veloutés.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Muscides et particulièrement celles du genre Tachina sont des plus intéressantes; elles comptent parmi ces gardiens de petite taille qui se trouvent préposés au maintien de l'équilibre dans l'économie si complexe de la nature ; elles occupent dans la chaîne infinie des êtres une place importante, par le rôle assigné à leurs Larves