‹ Merveilles de la natureChapitre 308 sur 412 · M Y 01'. 1 FER · texte numérisé non relu

M Y 01'. 1 FER

Rostrother Blasenkopf.

Caractères. — Cet Insecte que nous avons représenté figure 1780 et dans notre pi. XXXV intitulée « les Insectes au printemps » , à droite du chaton le plus élevé d'un Saule, rejette en arrière sa grosse tête vésiculeuse, et présente au premier abord un aspect menaçant et provocateur; ses mœurs sont cependant absolument pacifiques et inoffensives.

Parmi les vingt espèces environ, que renferme l'Europe, celle-ci est d'une couleur rouillée et brillante, et sa face est d'un jaune doré; l'écusson dorsal est marqué de trois raies noires longitudinales, et l'abdomen porte des bandes transversales blanches à reflets soyeux.

Mœurs, habitudes, régime. — Il Voltige au printemps, d'assez bonne heure, et fréquente les fleurs. Sa Larve est parasite des Bourdons.

LES MUSGIDES — MUSCIDM

Gemeinfliegen.

Caractères. ■ — 11 est difficile de faire un choix dans la foule innombrable de Mouches que les classificaleurs ont réunies dans la famille des Muscides ou Mouches proprement dites /elle renferme des milliers d'espèces qui offrent autant de formes différentes et qui cependant sous certains rapports présentent de telles analogies qu'il faudrait décrire chacune

des espèces avec la plus grande minutie pour permettre de la reconnaître avec quelque certitude ; un observateur peu exercé ne prend-il pas pour des Mouches domestiques toutes ces centaines de Mouches qui présentent les caractères de cette famille. Pour ce qui est des nervures alaires, nous renvoyons à notre schéma (p. 553); toutes ou du moins presque toutes les ailes sont

LES MUSGIDES CALYPTÉRÉES.

construites, ici, sur le même type ; toute une série de ces ailes peut manquer de nervure transversale apicale. Ces Mouches présentent encore un point commun : les antennes plus ou moins enfoncées, plus ou moins rabattues, sont toujours composées de trois articles, dont le dernier, conformé différemment, et constamment aplati, porte à sa base une soie dorsale, articulée ou non, tantôt velue, lanlôt nue; si l'on ne se fie pas aux apparences, c'est cette soie multiai ticulée qui constitue en réalité le dernier article, tandis que l'article lenticulaire, qui a pris un développement exagéré, est le troisième article. La trompe, infléchie, rarement cornée et piquante, constituée essentiellement par la lèvre inférieure, est fort simplifiée : elle se termine par des paraglosses qui présentent des surfaces de succion très étendues; les mandibules ont disparu; les mâchoires se sont atrophiées et ne sont représentées que par deux palpes non articulés ; deux soies sont cachées dans sonintérieur; elles

représentent l'épipharynx et l'hvpopharynx; ce sont ces pièces qui en se dégageant de leur gaine deviennent des instruments perforants chez certaines Muscides (Stomoxi/s). Entre autres caractères distinctifs, le dos offre une suture transversale, et les tarses présentent, outre leurs griffes simples, deux palettes ou pulvilli souvent plus développés chez les Mâles que chez les Femelles; la taille de ces dernières est presque toujours supérieure.

On partage les Muscides en deux grands groupes naturels : les Muscides calyptérées (Muscidx calypterx), et les Muscides acalyptérées (Muscid.v acalypterx), suivant que les caillerons qui recouvrent les balanciers sont très développés ou qu'ils sont nuls ou atrophiés. Cette division, ainsi que les subdivisions en tribus nombreuses, a moins pour but d'établir une répartition naturelle que de créer quelques points de repère parmi ces genres et ces espèces dont les caractères sont peu tranchés et les colorations très uniformes.

LES MUSCIDES CALYPTEREES — MUSC1DM CALYPTER.E

Flùgelschuppentràger.

Caractèrea. — Les balanciers sont recouverts par des cuillerons très développés.

Hœars, habitudes, régime. — Parmi les Muscides calyptérées, les unes, dotées de remarquables facultés, mènent une existence parasitaire et savent trouver les Insectes dans le corps desquels leurs Larves trouvent le gîte et la table ; les autres, telles que la Mouche domestique, qui suit l'Homme en tous lieux et que tout le monde connaît, la Mouche bleue dont nous ne pouvons suffisamment garantir nos provisions de viandes pendant l'été, les Mouches d'une teinte vert-dorée qui viennent couvrir par bandes en un clin d'œil la pâture qui leur est offerte, la Mouche rayée vivipare, qu'on voit voltiger partout dans la campagne, déposent sur les matières animales et végétales en décomposition, tantôt des Vers tout formés, comme cela s'observe pour la dernière espèce citée, tantôt des Œufs, dont l'évolution a lieu très rapidement, en vingt-quatre heures au plus, et même en quelques heures, quand elle est favorisée par les influences atmosphériques comme la chaleur, l'humidité, etc.

Il en résulte des Vers nommés vulgairement

Asticots, êtres hideux, rampants, vivant dans la fange, qui ne sont autre chose que des Larves, première forme d'êtres qu'une admirable Métamorphose changera en Insectes élégants, au vol capricieux, amis des friandises et de la bonne chère.

Jadis il ne manquait pas de gens pour croire que ces Larves naissaient spontanément des substances en décomposition, et pour affirmer que les Vers qui rongent les morts, appelés « Vers des cadavres », ne sont autre chose que les preuves visibles d'une vie de péchés. De nos jours, éclairé par les belles expériences que Redi fit au siècle dernier, aucun homme raisonnable n'admet de pareilles insanités, et l'on sait que ces Mouches ou d'autres analogues déposent leurs Œufs ou leurs Larves sur les cadavres alors même que personne n'a assisté à la ponte ou à la naissance.

Les Larves de toutes les Muscides sont blanches, coniques, et mousses à l'arrière, mais dans les différentes espèces, les extrémités présentent un aspect différent. Les matières qu'elles habitent sont rapidement minées par elles, car,

LES MUSCIDES CALYPTEREES.

en dépit de leur cécité, elles fuient la lumière et s'enfouissent le plus vite possible. Les déjections liquides que laissent suinter ces Larves semblent bàterla putréfaction de leurs aliments et principalement des viandes. Un observateur, ayant déposé sur un Poisson une Mouche à viande, vit que les Larves avaient doublé de taiile deux jours après l'éclosion ; elles étaient encore assez petites cependant, puisqu'il en fallait de vingt-cinq à trente pour obtenir le poids d'un grain; le troisième jour chacune d'elles pesait déjà sept grains ; elles avaient donc accru leur poids deux cents fois, dans l'espace de vingt-quatre heures.

Dans les circonstances propices, telles qu'un temps favorable et une alimentation très nourrissante, les Larves mettent de huit à quatorze jours à atteindre leur maturité. D'intéressantes observations, que Leuckart et Weismann ont faites récemment sur les Larves de la Mouche à viande (Ca/li/i/iora vomitaria) et de la Mouche dorée (Lucilia cœsa?-), et des expériences, qui avaient eu déjà pour objets les OEstrides et les Pupipares dont nous traiterons prochainement, il résulte que ces Larves subissent pendant leur croissance certaines modifications dans les parties constituantes de la bouche et des stigmates.

A ce point de vue. on peut admettre trois stades, dont le premier dure douze heures, le second trente-six heures, et dont le dernier persiste jusqu'à la Nymphose. Pour accomplir celte Métamorphose, elles se dispersent et recherchent la terre toutes les fois qu'elles le peuvent; leur Nymphose peut aboutir aussi sans cela, mais elle ne s'effeclue alors qu'après une agitation extrême et un malaise très évident. Au bout de quatorze jours , en moyenne, la Larve est assez développée dans l'intérieur de sa Pupe en tonnelet pour la faire éclater grâce au gonflement de sa tête.

« Rien n'est plus singulier, dit M. Kiïnckel(l), que le mécanisme de l'éclosion observé pour la première fois parRéaumur : soigneusement emmaillottée dans son enveloppe de Nymphe, la Mouche ne peut faire aucun mouvement, les pattes, les ailes, les pièces buccales, les antennes, sont repliées à la région inférieure du corps, de telle sorte que le front fait saillie à la partie la plus avancée. Si l'on ouvre une Pupe peu avant sa maturité, on reconnaît que le front est encore tout à fait mou, on voit

(1) J. Kiinckel d'Herculais, Organisation des Volucellet, p. 77.

même l'Animal troublé dans son repos et voulant venir au jour gonfler fortement sa région frontale et en faire saillir une petite ampoule. Sous un effort violent l'ampoule s'enfle et, venant presser la partie antérieure de la Pupe, un bruit sec, léger, se fait entendre : une petite pièce antérieure correspondant à la partie supérieure de la tête et aux deux segments dorsaux supérieurs est projetée en avant, souvent à plusieurs centimètres ; le zonite supérieur portant les stigmates est soulevé, la Mouche paraît. Quand la Mouche rompt sa coque et fait alternativement saillir cette ampoule ou vessie, ses trachées ne sont pas distendues par l'air, ses ailes ne sont pas développées; mais elle est en état de contracter ses muscles thoraciques et abdominaux; c'est une contraction de ces muscles qui fait refouler brusquement le sang dans la tête, et cette contraction est d'autant plus énergique qu'elle n'est pas amortie par l'élasticité des trachées. J'ai fait à ce sujet une expérience qui démontre bien que le sang remplit la vessie fronlale : en la perçant avec une aiguille le sang jaillit et la Mouche éprouve une violente hémorrhagie qui arrête sou développement. Lorsque la tête prend une plus grande consistance, sa dilatation devient impossible, la vessie frontale s'affaisse, se fripe et se relire dans l'intérieur de la cavité céphalique ; le vertex se rapproche du front et il ne reste bientôt plus aucun vestige extérieur de l'appareil si original qui appartient en propre aux Muscides. »

L'éclosion a lieu toujours pendant la journée, jamais dans la soirée ni dans la nuit. On conçoit aisément que les Larves, à maturité seulement à la fin de l'automne, passent l'hiver à l'état de Pupes ; mais ce qui est moins connu, sans doute, c'est que pendant les hivers doux, les Mouches éclosent de très bonne heure. Taschenherg rapporte qu'il fut extrêmement surpris d'observer dans sa cour, vers neuf heures du matin, le 15 janvier 1874, une Mouche à viande dont les ailes encore recroquevillées étaient l'indice d'une éclosion faite à l'instant. Cette présomption se changea en certitude lorsqu'après. l'avoir portée dans une chambre chaude, il vit ses ailes complètement développées à midi.

Les Muscides créophages deviendraient bientôt innombrables grâce aux pontes multiples qu'elles effectuent dans l'année, si les Animaux et les Hommes ne venaient y faire obstacle, car, douées de l'odorat le plus fin, elles savent

LES MESCIDES CALYPTÉREES.

Fig. 1182.

Fig. 1783.

Fip;. 1784.

Fig. 1785.

Fig. 17S2. — Lucilia maccllaria ou hominivorax, grand. I Fig. 17 Si. — Région antérieure de la Larve, vue en des-

nat. sous et très grossie.

Fig. 1783. — Sa Larve, grand, nat. I Fig. 1785. — Mandibule, vue de profil et très grossie.

Fig, 1782 à 1786. — Les Muscides anthropophages.

trouver leurs aliments daus les endroits les mieux dissimulés et découvrir à grandes distances les matières en décomposition où leurs Larves trouveront une abondante nourriture; quelquefois, ainsi que nous l'avons vu (p. 548), trompées par les odeurs qu'exhalent certaines fleurs (Arum, Stapelia), elles vont pondre dans leurs corolles et y mourir misérablement.

Désastres causés (tans l'organisme île l'homme et «les animaux par les larves des Muscides. — Cas de Mviasis. — Pendant les chaleurs de l'été, surtout dans les grandes agglomérations d'Hommes malades, si des plaies restent découvertes plus ou moins longtemps, il n'est pas très rare d'y voir se développer des Larves de Mouches. Plusieurs chirurgiens ont signalé ce fait comme une complication qui mérite attention. D. J. Larrey (1) dit que la présence des Vers dans beaucoup de plaies qu'il eut à traiter en Syrie paraissait en accélérer la suppuration, causait des démangeaisons incommodes aux blessés et le forçait de répéter les pansements jusqu'à trois ou quatre fois par jour. Comme presque tous les chirurgiens qui ont eu l'occasion de combattre cet accident, D. J. Larrey détruisait ces Vers au moyen de lotions faites avec une forte décoction amère et aromatique.

On conçoit aisément qu'un Homme malpropre, endormi, si des Mouches viennent à se reposer sur ses membranes muqueuses, et si son sommeil se prolonge, puisse se réveiller envahi par des Asticots. C'est ce qui a été observé en 1827 par J. Cloquet à l'hôpital Saint- Louis.

Un chiffonnier fort sale, âgé de 63 à 66 ans,

(1) Larrey, Relation historique et chirurgicale de l'expédition de f armée d'Orient en Egypte et en Syrie. Paris,

BREHM. — VIIÏ.

se traîne dans un état complet d'ivresse jusqu'au bas de Montmartre, et s'y endort non loin d'une fosse dans laquelle on jette habituellement les Animaux morts du quartier.

Attirées par l'odeur qui s'exhale de son corps, des nuées de Mouches pondent sur lui, s'insinuent sans qu'il le sente, sous les paupières, dans les narines, le conduit auditif, etc., et y déposent des OEufs. A son réveil (son sommeil avait duré 36 heures), ce malheureux se sent rongé par des Vers : il rappelle l'infortuné Job, les Vers qui le dévoraient ne dormant point (1). Il entre à l'hôpital Saint-Louis dans un état déplorable; il a des abcès sous le cuir chevelu, dans les fosses nasales, orbitaires et temporales, d'où s'écoule une matière purulente. Bientôt la peau du crâne, les oreilles, les paupières, le nez sont criblés de trous, et l'on voit sortir des fourmilières de Vers — qu'on reconnaît pour être des Larves d'une Mouche à viande, — qui donnent au malade l'aspect d'un cadavre en putréfaction.

J. Cloquet fait l'extraction d'une énorme quantité de ces Vers, il en remplit plusieurs assiettes; mais comme il ne peut atteindre partout où il y en a (la cavité du globe de l'œil elle-même en est remplie), il imagine de faire faire des frictions avec l'onguent mercuriel. Ce moyen eut un plein succès ; tous les Vers moururent, et le malade, dont les plaies offraient quelques chances de guérison, devait être présenté à l'Académie de médecine lorsque l'inflammation du cuir chevelu se communiquant à l'intérieur, il fut pris de tous les symptômes de la fièvre cérébrale et succomba.

A l'autopsie on trouva à l'extérieur du crâne, outre les lésions décrites, le périoste détruit

(I) Job, chap. xxx.

Insectes.

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