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SYSTÈME NERVEUX

Le long de la paroi ventrale s'étend une chaîne nerveuse dont les ganglions ^sout plus nombreux que chez les Insectes, ainsi qu'on pouvait le prévoir d'après le nombre beaucoup plus grand des anneaux (fig. 1879 et 1880;. Chez les Chilopodes on trouve la disposition typique des Annelés, la longue chaîne ayant un ganglion dans chaque anneau (fig. 1881). Chez les Chilognathes les ganglions sont beaucoup plus rapprochés et même si rapprochés que les conneclifs ont disparu (fig. 1880).

11 existe également un système de nerfs viscéraux pairs et impairs comme chez les Insectes (Iuliis terrestris), pouvant être assimilés aux nerfs sympathique et stomatogastrique(fig. 1880 et 1881; f, k, i, o, l, m, n).

APPAREIL DIGESTIF

Le tube intestinal traverse le corps presque dans

toute sa longueur et suit une direction rectiligne depuis la bouche jusqu'à l'anus, qui s'ouvre dans le dernier anneau abdominal.

On y distingue un œsophage étroit muni de glandes salivaires, tubuleuses ou racémeuses ; un estomac long et large dont la surface est recouverte de erceums glandulaires faisant saillie dans la cavité viscérale ; un intestin terminal danslequel débouchent deux ou quatre canaux urinaires (tubes de Malpighi) qui s'enroulent autour du tube digestif ; enfin un rectum court et large.

Les Myriopodes sont les uns herbivores, les autres carnivores.

Des sécrétions. — Nous signalerons chez certains Myriopodes (Chilognathes) des séries de pores situées de chaque côté de la région dorsale de tous les an-

Fig. 1882. — Pores dos glandes odorifères.

neauxoude quelques-uns seulement qui sont les orifices de glandes cutanées sécrétant une humeur corrosive d'une odeur infecte servant 1res probablement comme moyen de défense; les orifices que Treviranus a décrits comme des stigmates aériens.

Chez les Chilopodes il existe, dans chacun des forcipules ou pattes-mâchoires, une glande à venin dont le liquide s'écoule par un orifice situé près de la pointe des crochets. Lorsqu'un Scolopendre de grande dimension a fait une morsure, le venin qui se répand dans la plaie peut provoquer chez l'Homme une inflammation douloureuse, et même quelquefois mortelle.

On a signalé des phénomènes de phosphorescence chez certains d'entre eux.

« Un jour, pendant la guerre de sept ans, dit Vogt (1), un lieutenant de hussards prussiens en expédition dut passer la nuit dans un bâtiment où il dormit sur une botte de paille étendue à terre. La nuit étant pluvieuse et glaciale, le vent mugissait tristement et ébranlait vigoureusement les portes vermoulues. Pendant la nuit, le mugissement devint si fort que le lieutenant s'éveilla. A son grand effroi, il vit sur le sol, sur les murs, au plafond même, des traînées lumineuses qui s'entrelaçaient d'une façon étrange, offrant çà et là quelque ressemblance avec des caractères hébreux. Le brave lieutenant éprouvait une impression singulière ; il croyait peut-être dans ces traits lumineux, dont il ne pouvait pas deviner le sens, voir son propre Mané, Thccel, Pliures, que par méprise la chancellerie infernale lui présentait sous les

(1) Vogt, Leçons sur les Animaux utiles. Paris, 186", p. 130.

(ilii

LES MYRIOPODES OU MILLE-PIEDS

Fig. 1883. Fig. 1881.

Fig. 1883. — Portion du vaisseau dorsal ou cœur d'une i Fig. 1884. — Extrémité du vaisseau dorsal d'une Scolo- Scutigère. g et h, les ailes du cœur. I pendre montrant la distribution des artères.

Fig. 1883 et 1884. — Système circulatoire des Myriopodes (*), d'après Newport.

caractères de l'Ancien Testament inintelligibles pour lui. Ses sens surexcités lui faisaient déjà sentir l'odeur sulfureuse du diable, et dans les mugissements de la tempête il croyait distinguer le chœur infernal des démons qui fêlaient la réception de sa pauvre âme. Mais cependant, comme notre lieutenant appartenait à l'armée du vieux Fritz (le grand Frédéric), il se remit bientôt, saisit ses armes et étendit la main vers un de ces traits lumineux qui avaient l'air de se mouvoir devant lui. 11 sentit alors comme une légère piqûre, et remarqua que l'objet lumineux restait attaché à ses doigts. Sa frayeur disparut bientôt. 11 ralluma la chandelle et vit, à la lueur de la lanterne, de petites bêtes qui rampaient sur le sol. 11 en prit quelques individus et les envoya dans un tuyau de plume au pasteur (iutze dé Magdebourg, qui reconnut de suite des Mille-pieds phosphorescents. »

('.) A, segment céphahque ; B. distribution des artères céphaliques ; C, les crochets à venin ou forcipules; a, antennes: 6, cerveau; c, lobes optiques ; d, épanouissement du nerf optique ; h, artérioles ; />, s, /, les deux branches aorliques latérales; </, u. y, branche aortique médiane ; s, artère des forcipules ; t, artère pharyngienne et œsophagienne ; r, collier vasculaire ; ./:. w, partie antérieure de l'artère su ra-spinale.

Le 16 août 1814, vers 9 heures du soir, M. Audouin, en examinant un pot de terre soi-disant rempli de vers lumineux, découvrit que ces prétendus vers étaient de petits Scolopendres (Scolopendra'electrica), qui jetaient une vive lueur; la terre remuée était comme arrosée de gouttelettes phosphoriques ; des parcelles de terre écrasées entre les mains y laissaient des traînées lumineuses qui ne disparaissaientqu'après 8, 10 et20 secondes. M. Macartney, MM. Kirby et Spence ont reconnu que le Scolopendre électrique a le pouvoir de sécréter un fluide lumineux qui se répandrait sur tout son corps ; d'après le premier de ces auteurs, ce fluide ne brillerait dans l'obscurité qu'autant que l'animal aurait été exposé aux rayons solaires.

SYSTÈME CinCULATOlRE.

L'appareil circulatoire est constitué essentiellement par un vaisseau dorsal longitudinal divisé en chambres dont le nombre correspond à celui des anneaux et qui sont fixés à droite et à gauche par des muscles ou ailes du cœur (fig. 1883). Depuis les travaux de Newport on sait que le sang passe de la cavité générale dans le vaisseau dorsal par

SYSTEME CIRCULATOIRE

Fig. 1890.

Fig. 1885.

Fig. 1886.

Fig. 1885. — Scolopendre aplatie, Femelle. i Fig. 1888. — Glomeris marginé, Mâle.

Fig. 1886. —Scolopendre aplatie, Mâle. Fig. 1889. — Craspedosome polydesmoïde, Femelle.

Fig. 1887. — Glomeris marginé, Femelle. I Fig. 1890. — Une patte génitale de Polydesme.

Fig. 1885 à 1890. — Appareils reproducteurs des Myriopodes, d'après Fabre.

Brehm. — VIII. Insectes. — 173

LES MYRIOPODES OU MILLE-PIEDS

des fentes latérales, orifices auriculo-ventriculaires, et est distribué dans toutes les régions du corps par des artères latérales paires (fig. 1883, h), par un long vaisseau situé immédiatement au-dessus de la chaîne ganglionnaire, vaisseau dont on voit l'extrémité antérieure figure 1884, x, w, et par une aorte céphalique divisée en trois branches (fig. 1884, q, u,v,p, s, t) ; le sang se réunit dans un sinus entourant la chaîne ganglionnaire ventrale d'où il revient au cœur.

SYSTÈME RESPIRATOIRE

Chez les Chilopodes l'air pénétrant par des stigmates situés de part et d'autre sur presque tous les anneaux dans les membranes intermédiaires qui unissent les plaques dorsales (tergites) et les plaques abdominales (sternites), arrive dans deux longues trachées longitudinales d'où partent des ramifications se rendant à tous les organes.

Les stigmates chez les Chilognathes très dissimulés dans le voisinage de la base des hanches, émettent des conduits ramifiés ou dichotomisés qui ne communiquent pas avec les troncs voisins et qui se dirigent vers les organes internes.

DÉVELOPPEMENT

Appareils de la reproduction. — Les organes reproducteurs diffèrent considérablement de ceux des Insectes; ils se composent généralement d'un long tube impair, à canal déférent simple ou double, accompagné de glandes accessoires et même chez certaines Femelles d'un réservoir séminal (fig. 188S à 1889). Ces organes s'ouvrent au dehors de deux façons extrêmement différentes : chez les Chilognathes, les deux orifices sont situés sur la hanche ou derrière la hanche de la deuxième j paire de pattes (ûg. 1888 à 1890); chez les Chilopodes un seul orifice débouche à l'extrémité du corps (fig. 1885 et 1886). Les Mâles ont souvent sur les sixième et septième anneaux des appareils externes servant à l'accouplement.

L'ovaire chez les Chilopodes est formé d'un seul tube très long, intestiniforme, d'où émane un oviducte tantôt unique, tantôt double avec une double poche séminifère (fig. 188.'i). L'orifice sexuel se trouve sur le dernier anneau de l'abdomen, ainsi que chez le Mâle dont l'appareil génital ne présente point d'organe externe ; aussi n'y a-t-il jamais d'accouplement proprement dit. D'après les observations de Fabre le Mâle étire en fils la liqueur fécondante et l'étend sur le sol, afin que la Femelle puisse la recueillir dans son orifice sexuel.

La disposition des organes génitaux chez les Chilognathes offre un intérêt tout particulier. Dans les deux sexes, ils s'ouvrent au niveau des hanches de la deuxième ou de la troisième paire de pattes ; aussi leur conduit excréteur se dirige-t-il d'arrière

en avant, car les ovisacs, comme les vésicules séminales, occupent la partie postérieure du corps. Or, l'organe copulateur du Mâle ne se trouve pas à l'orifice du canal excréteur du liquide fécondateur, mais au niveau du septième anneau ou au-devant de lui ; chez ceux qui s'enroulent en spirale, il est situé au-devant de l'anus. Aussi avant l'accouplement, le Mâle doit-il plier son corps de manière à garnir ses deux organes d'intromission du liquide fécondateur qui s'écoule au niveau des hanches, afin de pouvoir ensuite le déverser dans la même région chez sa Femelle.

Dépôt des Œufs. — Les Femelles déposent leurs Œufs dans leurs sombres séjours, sous les pierres, sous les feuilles humides, dans les bois pourris, dans les vieux troncs, etc.

Développement tle l'embryon. — Autant que nos observations encore très incomplètes permettent de l'établir, les petits naissent sous deux formes différentes : les uns, d'abordapodes, acquièrent après la première mue trois paires de pattes et pendant les mues suivantes de nouvelles pattes qui se développent sur les anneaux déjà existants; en même temps les segments nouveaux se constituent par la division successive de l'anneau terminal ; les autres viennent au monde avec six ou huit paires de pattes. D'après Gervais el Lucas, les Myriopodes du genre Scolopendra engendrent des petits pourvus, dès leur naissance, du nombre d'anneaux définitif. Le nombre des yeux augmente aussi à chaque mue ; le développement paraît se continuer ici comme chez les Thysanoures que nous avons étudiées parmi les Insectes. Comme, chez une même espèce, le nombre des anneaux et des pattes varie suivant les stades du développement, la tentative de certains classiiicateurs qui cherchent à caractériser les genres d'après le nombre des pattes, repose sur une base très incertaine.

En résumé, les Myriopodes sont alors définis par les caractères suivants : articulés terrestres aptères, pourvus de pattes ; tête distincte offrant deux antennes et des pièces buccales disposées pour la mastication ; anneaux nombreux, presque absolument semblables, portant chacun au moins une paire de pattes ambulatoires ; respiration trachéenne ; et Métamorphoses incomplètes avant d'atteindre la maturité sexuelle.

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