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ORGANES DES SENS

Fig 1912.

Fig. 1013.

Fig. 1912. — Système nerveux d'un Scorpion d'après I Fig. 1913. — Système nerveux d'un Télyphone d'après Newport (*). I M. E. Blanchard [♦).

Fig. 1912 et 1913. — Système nerveux des Arachnides.

Chez les Aranéides, au-dessus de l'œsophage, se trouve le ganglion principal qui résulte de la fusion de deux ganglions nerveux et dont les rameaux se rendent aux yeux et aux antennes pinces. Une masse ganglionnaire unique est logée dans le céphalothorax ; sa région antérieure correspondanl au ganglion sous-œsophagien distribue des nerfs à la région buccale ; sa région médiane ou Ihoracique proprement dite envoie 4 paires de nerfs aux 4 paires d'appendices et deux rameaux plus grands vers l'abdomen où ils se répandent dans les vicères, dans les organes sexuels et dans l'appareil respiratoire.

(*) o, nerf des chélicères ou nerf antennaire ; b, lobes cérébroïdes ou cerveau; e, nerf des yeui, principaux médians : d, nerfs des ocelles latérales; c, niasse ganglionnaire thoracique, suivie de la chaiue ganglionnaire; 10, 11, 1>, 13, 14, 15 et 16, les ganglions abdominaux.

BllEllM. — VIII.

onUANES DES SENS.

Toucher. — Le toucher des Arachnides est d'une délicatesse extrême ; leur tégument est revêtu soit de poils soyeux, soit de poils épineux qui sont les intermédiaires délicats des sensations tactiles ; les extrémités des longs palpes maxillaires conformés comme des pattes et leurs longues pattes ambulatoires sont également disposés pour recevoir et transmettre les moindres ébranlements que reçoivent leurs toiles.

Vue. — Les yeux sont tous simples (fig. 1925), et leur nombre varie de 2 à 12; ils peuvent manquer

C) s, lobes cérébroïdes ou cerv ', masse ganglionnaire thoraciqu /), nerf des pattes mâchoires; p', latoites.

; 0, nerfs des yeux principaux ; i, ganglion abdominal unique .

, p", p", nerfs des pattes aoibu-

Insectes.

LES ARACHNIDES

/ ° o o oN

Fig. 1914.

Fig. 1915.

Fig. 1916.

Fig. ion.

Fig. 1918.

/oo\

Fig. 1919.

Fig. 1920.

0 Oo 0

Fig. 1921.

Fig.

1923. Fig. 1923.

Fig. 1914 à 1924.

— Dispositif des yeux

dans différents d'Arachnides.

complètement; ils n'occupent pas un siège déterminé, mais se groupent de mille façons sur toute l'étendue du céphalothorax; le mode de groupement étant en rapport avec les conditions

Fig. 1925. — OEil d'Araignée, d'après Leydig (*)•

biologiques fournit d'excellents caractères pour distinguer les groupes naturels (fig. 1915 à lui:; . Odorat et goût. — Nous n'avons aucune donnée sur l'existence et le siège des sens du goût et de l'odorat chez les Arachnides.

Audition. — Nous ignorons absolument où se trouvent situés les organes auditifs, toutefois plusieurs observations semblent démontrer que les Araignées perçoivent nettement les sons ; ne dit-on pas qu'elles sont sensibles même à la musique .

Grétry (I) raconte qu'à sa maison de campagne, une Araignée se rendait sur la table de son piano, lorsqu'il se mettait à jouer, et disparaissait lorsqu'il avait cessé de toucher le clavier. L'anecdote de Pélisson démontre aussi que l'Araignée n'est pas moins sensible aux sons rauques de la musette qu'aux sons doux etflùtés du piano.

« Une de ces petites victimes qu'on fait virtuoses avant l'âge, Iierlhome, illustre en 1800, devait, dit Michelet (2), ses étonnants succès à la réclusion sauvage où on le faisait travailler. A huit ans, il étonnait, stupéfiait par son violon. Dans sa constante solitude, il avait un camarade dont on ne

(•) n, nerf optique ; g, cellule iens; l, cristallin; c, cornée.

i, bâtonnets réli

(1) Grétry, Mémoires.

(2) Michelet, YInsecte. Paris, 1S58, p. 224.

se doutait pas, une Araignée. Elle était d'abord dans l'angle du mur, mais elle s'était donné licence d'avancer de l'angle au pupitre, du pupitre sur l'enfant, et presque sur le bras si mobile qui tenait l'archet. Là elle écoutait de fort près, dilettante émue, palpitante. Elle était tout un auditoire. 11 n'en faut pas plus à l'artiste pour lui renvoyer, lui doubler son âme. L'enfant malheureusement avait une mère adoptive qui un jour, introduisant un amateur au sanctuaire, vit le sensible Animal à son poste. Un coup de pantoufle anéantit l'auditoire. L'enfant tomba à la renverse, en fut malade trois mois, et il faillit en mourir ...

Walckenaer raconte le fait suivant dont il a été témoin. Une dame, occupée à pincer de la harpe dans une chambre située au milieu d'un jardin, aperçut une Araignée fixée au plafond au-dessus d'elle. Aussitôt elle se transporta à l'autre extrémité de la chambre ; mais a peine eut elle fait retentir l'air de sou intrument que l'Arachnide commence à se mouvoir, et vient s'arrêter encore au-dessus de la dame: là il reste sans mouvement et comme attaché au plafond. La dame, dont la curiosité est excitée par ce phénomène, change de nouveau de place et re.->te quelques moments sans jouer, et l'Araignée ne la suit pas et attend immobile ; mais à peine les sons harmonieux ont-ils recommencé qu'elle accourt se placer .de nouveau au-dessus de l'instrument qui les produit. La dame repète de nouveau l'expérience et elle parvient à attirer l'Araignée de chaque côté de la chambre et, comme un autre Amphion, à s'en faire suivre.

L'histoire des Araignées sensibles à la musique est-elle assez véridique pour démontrer la perception des sons? Toutefois nous ferons remarquer que quelques-unes d'entre elles, les Mâles seulement, produisent une stridulation, à la façon des Insectes, Pùurs'appelermutuellement(\Vestring).Toutrecemment (1877) Wood-Mason a signalé l'existence chez les ScorpionselchezuneMygale, d'un appareilstridulant situé à la base des pattes de la première paire.

APPAREIL DIGESTIF

Le canal digestil chez les Scorpionides est un

SECRETIONS.

tube simple, cylindrique, qui s'ouvre à l'extrémité de l'avant-dernier renflement caudal. L'œsophage présente une dilatation pyriforme formant jabot. L'estomac plus ou moins dilaté suivant son plus ou moins grand état de vacuité occupe toute la région postérieure de la cavité céphalothoracique; à sa région antérieure viennent s'ouvrir des glandes que certains auteurs nomment des glandes salivaires et qui sont en réalité des glandes gastriques; l'intestin, sorte de long tube, est entouré antérieurement par un foie volumineux,

Fig. 1926. — Appareil digestif d'une Arancide, le foie étant enlevé (*).

agglomération en lobules d'une masse d'utricules ; qui déverse leur sécrétion par cinq paires de canaux biliaires; il traverse librement le postabdomen.

Chez les Phalangides, à un court œsophage succède l'estomac, placé dans le céphalothorax ; il émet de nombreux prolongements en cœcums : sa partie supérieure quatre rangées courtes, et les parties latérales deux paires plus longues qui traversent tout l'abdomen.

Chez les Aranéides, le tube digestif (fig. 1027) se compose d'un pharynx musculeux, d'un œsophage étroit, ce, auquel fait suite un jabot; au-dessous, le tube digestif se divise en deux branches qui se recourbent en avant et se réunissent pour former un estomac annulaire, b. L'estomac émet deux courts prolongements ou cœcums antérieurs ; quatre tubes, longs et contournés »', qui s'étendent latéralement jusqu'à l'origine des pattes, se recourbent ensuite vers le bas et se trouvent réunis par des tubes de communication ténus ; deux prolongements en cœcums se dirigent en arrière. L'abdomen est traversé parmi intestin unique entouré par les nombreux lobes et lobules d'un foie brunâtre qui y déverse ses sécrétions h. Au-dessous des lobules

■ ce, oesophage; <. estomac annulaire; <■, cœcums antérieurs; . les digitations stomacales; i, intestin; /*, vaisseau! hépatiques; '■. tubes uriniferes; u, rectum.

hépatiques se ramifient des tubes uriniferes e qui s'abouchent dans un rectum )■ immédiatement audevant de l'anus.

Glanilea vènèniflqnes. — Signalons d'abord l'appareil venimeux que renferment la queue des Scorpionides (voy. p. 699) et les chélieôres de la plupart des Aranéides (flg. 1027) qui se nourrissent

Fig. 1927. — Cliélicère d'une Arancide [Epeira ïïiade-

mata) avec la glande i venin.

d'Animaux vivants, et qui leur permettent de tuer rapidement leurs proies.

Quelque subit, quelque violent que soit l'effet du venin que l'Arachnide verse dans la piqûre qu'il fait à l'Insecte qu'il saisit, ce venin dans les espèces les plus grosses du Nord de la France, ne produit aucun effet sur l'Homme. «Je me suis fait piquer, dit Walckeuacr, par les espèces d'Araignées les plus grandes des environs de Paris, sans qu'il en résultât ni douleur, ni enflure, ni rougeur. Ces légères piqûres ne m'ont fait éprouver d'autre sensation que celle qu'aurait produite une aiguille ou une épingle fine, dont j'aurais enfoncé la pointe dans mon doigt ». Dugès, M. Emile Blanchard et Eugène Simon ont parleurs expérienees confirmer l'assertion de Walckenaer. Ainsi le venin de l'Araignée n'a pas sur l'Homme des effets aussi fâcheux que celui de la Punaise, de l'Abeille, de la Guêpe, du Cousin, de la Puce et d'autres Insectes encore plus petits.

11 n'est pas rare de voir des personnes qui, à leur insu, ont été piquées par quelques-unes de ces bêtes venimeuses, attribuer les suites fâcheuses qui résultent de ces piqûres à la morsure d'une Araignée parce que c'est souvent le premier Animal qui s'offre à leurs regards lorsque, dans la nuit, elles sont éveillées en sursaut par les démangeaisons ou la douleur. L'Arachnide effrayé par l'approche inattendu de la personne ou l'éclat de la lumière fuit et se cache et a aussi toute l'apparence d'un coupable.

Dans les climats chauds qui nourrissent de très grosses Arachnides, la piqûre de celles-ci doit être plus forte, par conséquent plus douloureuse, et dans le moment des grandes chaleurs, chez les les personnes mal disposées, les effets négligés de la petite plaie qui résulte de leurs piqûres, peut produire la fièvre, et la fièvre peut occasionner le délire sans l'action d'aucun venin. C'est ce qui explique les effets attribués à la Tarentule et à la Latrodecte Malmienate.

(iS4

LES ARACHNIDES

Glandes séricigèncB. — Mais les plus imporlantes de toutes les glandes, sont les glandes séricigènes dont l'importance et le nombre varient suivant que les Animaux construisent des toiles de telle ou telle nature.

Chaque Araignée est obligée de ménager sa

Fig. 1928. — Glandes séricipares et organes génitaux mâles du Pho/cus phalangista (*).

matière textile, parce que sa production est en rapport avec l'alimentation, et qu'une Araignée affamée en possède beaucoup moins qu'une Araignée grasse et bien nourrie; aussi ces Animaux ne travaillent-ils point quand l'orage ou la pluie menacent d'interrompre leur œuvre ou de rendre leur piège inutile. Cet usage prouve que la nature leur a accordé la faculté de pressentir les changements atmosphériques avec beaucoup de sagacité ; aussi a-t-on attribué aux Araignées le pouvoir de prophétiser les variations de temps. Suivant qu'on les trouve en activité ou au repos, suivant qu'elles paraissent au dehors ou qu'elles se retirent, suivant la place qu'elles occupent dans leurs toiles, suivant la quantité de fils fondamentaux qu'elles installent, suivant qu'elles établissentde nouveaux réseaux, ouqu'elles agrandissent d'anciennes toiles, et suivant diverses particularités analogues, on établit des probabilités sur le temps. Les Araignées, en tous cas. se montrent sensibles aux moindres changements d'équilibre dans l'atmosphère et aux variations du vent; elles indiquent les changements six à huit heures avant qu'ils aient lieu. Ce genre d'observation se rapporte prinipalement aux Épéréides. Lorsque l'Araignée si commune dans nos jardins, l'Épeire diadème on porle-croix rompt les fils principaux de sa toile suivant une direction déterminée et qu'elle se cache ensuite, ou bien lorsque les Araignées domestiques les Tégeneires, les Araignées à entonnoir, les Ségestries, etc., s'enfoncent profon-

(*)/;, poches pulmonaires; fj, première paire de glandes séricipares: ;/. deuxième paire; y", troisième paire; d, canal excréteur ; /. testicule ; /', rectum coupé et rabattu en arrière.

dément dans leurs tubes et tournent leur extrémité abdominale dans une direction déterminée, alors on peut s'attendre à voir sévir bientôt sur le pays un vent violent. Quand l'Araignée porte-croix assujettitau contraire, de nouveaux, lesfils desoncadreetseremetàraffùt, ou quand les autres Araignées précitées apparaissent à l'entrée de leurs tubes, la tôte dirigée en avant et les pattes étendues comme pour saisir une proie, alors on peut espérer que le calme va se rétablir dans l'atmosphère.

De divers cùtéson aexagérélepouvoirprophétique des Araignées ; et d'autre part ou l'a nié absolument. En 1794 un événement vint faire revivre leur ancienne réputation qui commençait à se perdre. Le chef de l'armée française, Pichegru, convaincu que la Hollande couverte d'eau à ce moment était infranchissable, se trouvait sur le point de rebrousser chemin. Pendant ses perplexités il reçut une lettre del'adjudantgénéral,Quatremèred'Isjonval, retenu prisonnier parles Hollandais ; il lui annonçait l'arrivée du froid dans l'espace d'une dizaine de jours Pichegru s'arrêta ; le froid apparut et l'armée pénétra sans délai sur la glace, jusque dans Amsterdam. L'adjudant général, quiavait si heureusement transmis la prophétie des Araignées, fut porté à Paris en triomphe. Quatremère(l) assure que les Araignées peuvent non seulement remplacer le baromètre, mais le thermomètre, l'hygromètre, et l'eudiomètre, etqu'ainsi, en remplissant sa chambre d'Araignées, on peut savoir parfaitement àquoi s'en tenir sur la pluie ou le beau temps, le froid ou le chaud, le sec ou l'humide, le bon ou le mauvais air.

Quand vient l'automne des miliers de fils chargés de rosée brillent au soleil comme de l'argent ou scintillent comme des diamants, sur les chaumes, sur les prairies, sur les buissons et sur les haies ; ceux-ci pendent sous forme de lambeaux allongés du plus beau blanc aux branches d'arbres ou aux autres objets saillants ; ceux-là traversent les airs en flocons blancs qui se détachent nettement sur la teinte bleue foncé du ciel.

Ce sont les fils d'Automne, fils de Mûrie, fils de lu Vierge, fils de Notre-Dame, dont l'apparition a toujours frappé les imaginations. Ce phénomène ne se produit que dans les beaux jours, et lorsqu'il apparaît on peut compter sur un beau temps durable avec assez de certitude. C'est pourquoi les anciens en ont fait, par analogie, l'emblème des beaux jours de l'âge mûr. Ces fils ne sont pas, comme on l'avait cru d'abord, des toiles d'Araignées enlevées par le vent aux branches des buissons et promenées dans les airs suivant ses caprices. Comment, en effet, admettre que ces fils ne soient que les débris d'anciennes toiles d'Araignées, arrachées par la violence du vent aux arbres, aux forêts, aux chaumes, et transportés capricieusement dans les airs ?

(1) Quatreai ère, Amnéologie.

SKCUKTIONS.

Ne suffit-il pas de la moindre observation pour s'apercevoir qu'ils n'apparaissent jamais que par des temps calmes etdurant les matinées brumeuses aux heures où il y a absence complète de vent aurait dû faire abandonner cette opinion'.' On n'observe jamais les fils de la Vierge en été, mais ils foisonnent au printemps et en automne, et se montrent quelquefois même en hiver. Si ce sont les vents qui les emportent, pourquoi n'en voiton jamais en été? Manque-l-il de vents violents et de toiles d'Araignées pour produire un pareil phénomène?

La chute des fils se prolonge cependant parfois des journées entières, et en certains pays, dans le Midi, par exemple, ils finissent par couvrir littéralement la campagne de leurs jolies petites toiles d'une blancheur éblouissante.

Comment se fait-il que ces Araignées fabriquent ces fils à une époque avancée de l'année et non dans la saison plus précoce où l'on observe dans tous les coins, parmi les buissons et les herbes, des toiles d'Araignées de toutes espèces ? Un observaleur attentif reconnaîtra sans peine que ces .Nids sont d'une tout autre nature que les fils de la Vierge. Les premiers ont une forme propre, proviennent d'Araignées sédentaires, et servent de pièges pour capturer la nourriture de leurs hôtes. Les fils de la Vierge en question indiquent simplement la route suivie par les Araignées et ne leur servent nullement à capturer des Insectes; les Araignées qui les sécrètent sont essentiellement voyageuses et n'installent aucun Nid. Ces Araignées ne frappent nos regards qu'en automne parce qu'elles ne sont assez développées qu'à ce moment pour se disperser à la recherche de leurs quartiers d'hiver. On ne remarque leurs fils que par les beaux jours parce que nulle d'entre elles n'en sécrète par le mauvais temps. Lorsque l'été s'est montré très favorable à leur développement, ces fils sont très abondants pendant le mois d'octobre qui contient généralement encore quelques journées chaudes et ensoleillées. Ces Animaux existent en masses plus nombreuses dans ces années que dans celles où les conditions atmosphériques ont nui à leur prospérité.

Ces fils indiquent le chemin qu'ont suivi ces Araignées voyageuses soit pour chercher leur nourriture, soit pour s'isoler davantage, soit enfin pour échanger une résidence humide contre une autre plus élevée et plus sèche, en vue de l'hiver ; on s'en est assuré en suivant leur point de départ; ce sont principalement, d'après Latreille, les grands fils qui doivent servir d'attache aux rayons de la toile ou ceux qui en composent la chaîne, et qui, devenant plus pesants à raison de l'humidité, s'affaissent, se rapprochent les uns des autres et finissent par se former en pelotons ; on les voit souvent se réunir près de la toile qu'a commencée Animal, et où il se tient. Il est d'ailleurs probable

que beaucoup de ces Arachnides n'ayant pas encore une provision assez abondante de soie, se bornent à en jeter au loin de simples fils. C'est à déjeunes Lycoscs qu'il faut attribuer ceux que l'on voit en grande abondance, croisant les sillons des terres labourées, lorsqu'ils réfléchissent lu lumière du soleil.

Quant au phénomène de l'apparition des fils de la Vierge, il a reçu des explications diverses; il a été fort bien étudié par Oes Etangs (I) et par le P. Babaz de la Compagnie de Jésus, qui a publié sur cotte question un mémoire très complet.

Le Père Babaz raconte qu'un jour, tandis qu'il lisait dans son jardin, une petite Araignée tomba sur son livre. Il souffla pour la chasser: au lieu de se sauver à toutes pattes, elle releva son abdomen d'une façon étrange, le pointa en haut, s'envola et alla gagner un brin d'herbe voisin. Cherchant à se rendre compte dece fait singulier, le religieux reprit la petite bête, la posa de nouveau sur son livre cl après s'être assuré d'un tour de main qu'il n'existait pas de fil invisible dont l'Araignée pût s'aider en guise de cable il souffla de nouveau sur elle. Elle répéta aussitôt sa première manœuvre et s'envola une seconde fois 11 la reprit avec unredoublement de curiosité, et, pour mieux voir ce phénomène, il s'établit en plein soleil. Là, il posa une troisième fois l'Araignée sur son livre, et celle-ci reprit saposition inclinée, lança avec la promptitude de l'éclair un fil d'une finesse et d'une ténuité extrêmes, s'éleva aussitôt dans l'air et disparut.

Il se rappela alors que certaines variétés de Thomises et deLycoses, en outre du fil qu'elles mènent, possèdent la faculté d'en darder un ou plusieurs d'une longueur quelquefois prodigieuse, et dont elles se servent soit pour franchir directement des distances, relativement considérables, soit pour tendre leurs toiles d'un point à un autre, soit enfin pour s'élever en l'air et y aller chasser leur proie.

Ces espèces d'Araignées pointentalors leur abdomen du côté où elles veulent aller ; un fil part de cet abdomen comme un trait, va se coller par le bout au but visé, et devient un véritable pont suspendu. Coupe-t-on ce premier fil, il est presque toujours immédiatement remplacé par un second, aussi rapide, aussi droit, aussi ténu, aussi brillant. Le fil glisse lentement dans l'air, poussé par un courant, tellement faible que souvent nous ne pouvons le sentir, mais qui cependant existe toujours; il se peut, en outre, que l'électricité négative du fil soil attirée dans l'air par l'électricité positive.

Les Thomisus bufo, décrites par Walckenaer, ne lancent pas un simple fil, mais bien un véritable faisceau qui s'irise au soleil, s'élève en ondes gracieuses et semble gouverné par les filières, à peu

(1) Des Etangs, Mém. de la Soc. agric. de Troye.<,

LES ARACHNIDES

près comme les plumes de la queue étalée, sont gouvernées par le Paon.

Si l'on renferme quelques-unes de ces Thomises dans une boîte ouverte et qu'on les expose au soleil, bientôt on voit surgir de cette boîte une multitude de fils jetés en l'air par les captives avec une inépuisable profusion. Lister a constaté le môme fait sur de jeunes Lycoses. D'ailleurs l'émission de ces fils a été observée depuis longtemps par divers Naturalistes ; elle a été niée par d'autres ; mais on peut, sans ôtre Naturaliste, se convaincre par ses propres yeux de la réalité du fait; il suffit pour cela d'observer, les faits et gestes d'une Araignée à une époque propice, et de se placer dans des conditions d'éclairage qui permettent aux fils, invisibles dans toute autre condition, de briller en dépit de leur ténuité.

On peut d'ailleurs signaler chez les Araignées ou du moins chez quelques espèces un véritable instinct migrateur comme chez certains Insectes. Animaux carnassiers ils ne peuvent vivre en troupes dans le voisinage l'une de l'autre, comme font les Araignées sédentaires à toile rayonnée, à entonnoir, à toile lubulaire, et toutes les autres espèces nidifiantes, qui sont susceptibles d'une certaine domesticité et se trouvent ainsi fixées dans des endroits déterminée. Comme les ailes des Insectes voyageurs font défaut aux Araignées, celles-ci sont forcées d'elfectuer leur migration utilisant néanmoins leurs fils d'un façon fort ingénieuse pour voguer à travers les airs. Pour voir comment elles s'y prennent, on n'a qu'à fixer sur elles son attention et l'on découvre bientôt leur ruse.

A l'automne, tous les objets, tels que les bornes des chemins, les poteaux, les branches des buissons et des arbres, qui s'élèvent au dessus du sol et que l'on peut apercevoir de loin sont couverts d'Araignées appartenant aux espèces voyageuses qui n'ont pas encore atteint leur maturité complète. Lorsqu'une d'elles éprouve le besoin d'entreprendre un voyage aérien, elle grimpe au point le plus élevé de sa résidence ; elle relève son abdomen de telle sorte qu'elle semble reposer sur la tôte, et lance dans l'air un fil qui provient parfois de plusieurs filières ; puis elle lâche pied et s'envole pour ainsi dire au bout de son fil.

Le vol de l'Araignée est quelquefois très rapide, surtout à son début. Elle s'échappe des mains de l'observateur, souvent, sans que celui-ci s'y attende et, à l'aide d'un bond imprévu et rapide, disparaît aux regards; quand on parvient à la retrouver, on la voit voguer tranquillement en l'air, sans laisser apercevoir la moindre trace de fil

D'ordinaire, avantde s'envoler, l'Araignée jette un fil qu'elle suit quelque temps ; puis, arrivée à une certaine hauteur, elle le brise afin de naviguer plus librement. S'il reste quelques fragments de ce fil devant elle, elle le pelotonne rapidement avec ses pattes et le rejette; on le voit alors former ces cou-

ronnes de soie blanche, qui, le soir, durant certaines saisons, voltigent en si grand nombre dans les airs. Quelquefois, sans s'inquiéter de son câble, elle vogue tranquillement avec lui, tandis qu'il s'élève perpendiculairement au-dessus d'elle et qu'il lui donne l'aspect d'un petit fil à plomb llottant.

L'Araignée nage dans l'air, le dos tourné contre terre, ses pattes repliées sur le corselet et parfaitement immobiles.

Toutefois pour ne pas être condamnée à un voyage sans fin à travers les airs, l'Araignée met en usage un procédé fort simple qui lui permet de descendre à terre: elle grimpe tout simplement le long de son fil qu'elle enroule au fur et à mesure à l'aide de ses pattes en forme de flocons blanchâtres; elle retombe alors sur le sol graduellement, comme un aréonaute muni de son parachute.

Parfois les flocons descendent en masses considérables du haut des airs, et souvent on pourra y découvrir une Araignée.

Le transport aérien des Araignées, qu'on a appelé improprement le vol des Araignées à d'ailleurs été observé par beaucoup d'observateurs. YA'hite raconte qu'il aperçut dans une salle d'attente une Araignée grimpée sur le livre qu'il était en train de lire, jusqu'à l'extrémité delà page; arrivée là, elle émit un fil au bout auquel elle s'envola. Cette Araignée étend en toute hâte toutes ses pattes et s'abandonne sans souci aux hasards de la traversée. La traversée peut être courte, le fil restant accroché à une saillie quelconque où l'Araignée vient s'échouer et prend pied forcément. Mais le trajet aérien peut ôtre beaucoup plus long.

Darwin a vu à 00 milles marins du rivage une troupe de petites Araignées rougeâtres arriver sur un navire par ce procédé.

Lister a observé cette espèce de vol plusieurs fois, bien au-dessus de lui, alors qu'il se trouvait sur le point le plus élevé au monastère de York.

Les phénomènes que nous venons de raconter donnent une explication rationelle des fils de la Vierge.

On saura maintenant que ces fils sont produits par de jeunes Araignées appartenant surtout aux genres Epeire et Thomise et personne n'en fera aujourd'hui une sécrétion végétale comme dans les temps d'ignorance passée ; personne ne prétendra comme on l'affirmait jadis, qu'ils se forment dans l'atmosphère ; analysés chimiquement les fils de la Vierge offrent précisément les mûmes caractères que la soie des Araignées.

La construction des toiles d'Araignées a servi de thème à maintes dissertations et l'on a cherché longtemps à comprendre comment; une Epeire par exemple pouvait tendre des fils d'un arbre à l'autre, souvent à grande distance ; il a fallu savoir que les Aranéides avaient la faculté de lancer des fils que le vent se chargeait de conduire çà et là pour comprendre le procédé à l'aide duquel les

SYSTÈME CIRCULATOIRE

Epeirides établissent ces belles toiles rayonnantes qui barrent souvent les allées des bois et des jardins. Voici d'ailleurs une série d'expériences démontrant par quels moyens les Araignées se transportent d'un point à un autre en dépit des obstacles.

Plusieurs Lycoses furent mises sur une petite branche qu'on plaça perpendiculairement dans un vase de terre rempli d'eau. Chaque fois que ces Araignées découvraient le moindre courant d'air, elles se tournaient aussitôt du côté d'où venait ce courant, puis, élevant leurs dévidoirs, elles sécrétaient une petite portion de matière glutineuse, qui était immédiatement portée par l'air et devenait une corde formée de quatre cordons fins. Les Araignées s'assurèrent alors si leurs cordes étaient — oui ou non — fermement attachées a quelque objet. Elles tirèrent pour cela avec leurs pattes de devant. Si le résultat se montrait satisfaisant, elles les tendaient et les attachaient au rameau. Murs, appuyant leurs dévidoirs sur l'endroit ou elles se tenaient, elles dégorgeaient un peu de gomme liquide. Se confiant alors à la passerelle qu'elles avaient construite elles-mêmes les Araignées marchaient en tête sur ce frêle point d'appui, conduisant une autre corde après elles, comme moyen de sauvetage, dans le cas où la première corde viendrait à casser. Klle passèrent ainsi les fossés de leur bastille.

Un observateur ingénieux, M. Réunie, avait placé plusieurs Araignées dans des verres à boire vides, puis il avait mis ces verres dans des soucoupes remplies d'eau. Lorsque, par des descentes répétées le long des parois extérieures du verres, les Araignées eurent reconnu qu'elles étaient dans une tourelle environnée par un fossé plein d'eau, elles se mirent toutes au travail, pour jeter un pont de soie à traversl'obstacle qui les séparait de leur liberté. D'abord, elles s'assurèrent bien de la direction du vent, — ou, pour être plus exact elles étudièrent avec soin quel chemin prenait chaque courant d'air, — car l'expérienee avait lieu dans une chambre. Pour cela, elles élevaient leurs pattes en l'air, comme ont coutume de taire les matelots dans un temps calme. Une de ces petites prisonnières appartenait à la famille des Araignées produisent des lils delà Vierge. Ne trouvant aucun courant et aucun bord extérieur du verre, la captive sembla un instant perdre toute espérance. Où était, en effet, le moyen de construire un pont de salut dans ces conditions calmes? Elle se plaça, malgré tout, avec philosophie dans une attitude de repos, déterminée à attendre avec patience quelque brise favorable.

Aussitôt que M. Réunie eut produit un courant d'air en soufflant doucement avec la bouche, l'Animal, qui était sur la tour (c'est le verre que je veux dire) se montra tort agile. 11 fixe à l'instant même un fil au verre, et, saisissant ce fil avec une de ses pattes, le petit aéronaule trouva moyen de se sauver.

Autant ces fils produisent un aspect merveilleux, le matin lorsque de nombreuses gouttes de rosée reluisent sur cette mer floconneuse qui recouvre les prairies, les champs en jachère et les chaumes, aulant ils peuvent être importuns dans les contrées oii le fauchage de regain a lieu tardivement ; la moisson est alors imprégnée d'humidité et ne peut sécher dans la journée. C'est ainsi que ces Animaux font parfois dans certains endroits tort aux agriculteurs auxquels elles rendent généralement service en débarrassant les vergers de plusieurs Insectes nuisibles.

Au printemps, quand les Araignées abandonnent leurs quartiers d'hiver, le phénomène de l'apparition des fils se reproduit dans une mesure restreinte. On le désigne alors en Allemagne sous le nom « d'été des jeunes filles ». 11 a lieu, d'ailleurs non seulement en Europe, mais encore dans le Paraguay où Rengger l'a observé, et sans doute dans d'autres pays encore.

SYSTÈME CIRCULATOIRE

Le système circulatoire des Arachnides est infiniment plus perfectionné que celui des lusecles, plus développé que celui des Myriopodes ; il comprend un système artériel très complet et le retour du sang au cœur par des voies nettement circonscriies entre les espaces interorganiques qui constituent un véritable système veineux.

L'appareil circulatoire est plus ou moins développé suivant les groupes ; le cœur qui a la forme d'un vaisseau dorsal est toujours situé dans l'abdomen. Chez les Scorpionides, le vaisseau dorsal offre huit ventricules et constitue un véritable cœur; il émet non seulement à ses deux extrémités, mais encore de part et d'autre sur son trajet de fortes artères (troncs artériels) qui se dirigent vers les organes abdominaux, nota minent vers l'appareil respiratoire ; il reçoit aussi par des vaisseaux spéciaux (veines) le sang qui revient des diverses régions du corps. Il y a donc là une circulation plus complète que chez tousles autres articulés ; à cette circulation se trouve rattachée une respiration pulmonaire.

Le vaisseau dorsal des Phalangides offre trois ventriculites, et ses deux extrémités effilées livrent seules passage au sang.

Le vaisseau dorsal, qu'on aperçoit panois par transparence au centre d'une surface foliiforme chez certaines Aranéides, commence à l'extrémité antérieure de cette aire, et présente quatre ventriculites; il envoie : vers la partie antérieure du corps, un tronc principal qui se partage en trois paires d'artères (lrc paire dorsale distribuant ses articules aux yeux, aux chélicères, à l'œsophage, à la bouche ; 2L' paire se diramant sur l'estomac ; 3e paire plongeant sous l'estomac et fournissant une artère à chacun des appendices, pattes ambulatoires et pattes-màchoires; ces trois paires d'ar-

LES ARACHNIDES

Fig. 19'2'J à 1!j31. — Différents studes du développement du Scorpion montrant la division en zoonites (d'après MetchsnikofT) (*).

tères s'anastomosent autour du cerveau et se continuent en une artère unique, récurrente, ou aorte abdominale, qui passe sous le système nerveux) ; de chaque côté, vers les sacs pulmonaires plusieurs rameaux plus fins, de chaque côté aussi, vers le foie, trois rameaux plus gros, puis en arrière une branche terminale simple. Le sang veineux contenu dans les espaces in ter-organiques se rend aux organes respiratoires et revient au cœur dans un péricarde par quatre vaisseaux pneumo-cardiaques.

SYSTÈME IIESPIHATOIRE.

Chez les Arachnides, la respiration se ait soit par des tubes trachéens, soit, chez les Arachnides inférieurs, par la peau.

Chez les Scorpionides, l'appareil respiratoire est constitué par quatre paires de sacs membraneux minces, dont les faces externes accolées forment des replis appelés feuillets pulmonaires.

Chez les Aranéidcs, le système respiratoire offre une conformation plus variée qu'on ne l'avait admis autrefois et diffère d'une espèce à l'autre, en sorte qu'on ne peut conserver la division de Latreille en Araignées pulmonaires et Araignées trachéennes. Généralement il existe à côté des poumons des trachées; on considère les premiers comme résultant d'une déformation des secondes, et on désigne ces organes parle nom de « trachées en éventails ».

(*) ch, chéliccres; pd, pédipalpesj p- \p-. pattes ambulatoires; /ia, peigne; st, stigmates ; ub, poste abdomen ou queue.

Ces organes s'ouvrent sur l'abdomen, en avant, par deux entailles obliques dont le bord antérieur est renflé. La paroi interne est extrêmement frôle immédiatement au-dessus del'hiatus; plus loin elle est revêtue d'écaillés chitineuses en bàlonnets qui offrent l'aspect de poils disposés en étoile. Le fond du sac pulmonaire est également muni de bàlonnets résistants alternant avec de petits sacs à seclion triangulaire dont le nombre varie suivant les espèces et qui donnent à cette partie l'aspect d'un éventail. Tantôt cet appareil respiratoire occupe une excavation cutanée, tantôt il est situé dans la masse graisseuse de l'abdomen. Les deux tracheesen éventail sont réunies par un lien sur lequel sont insérés des muscles.

Les Mygalides ont en outre une seconde paire de poumons dont les orifices se trouvent derrière ceux de la première paire ; chez toutes les autres Araignées, outre la première paire de trachées, il exisle d'autres conduits aériens qui tantôt, sans se ramifier, vont s'épanouir en houppes aux extrémités du corps, dans les pattes, dans les mâchoires, dans les palpes et dans les muscles, tantôt se ramifient, comme chez les Thomisides, et émanent de deux stigmates séparés, ou plus souvent d'une fente transversale commune au devant des filières.

DEVELOPPEMENT

Appareils delà reproduction. — Chez les Scorpionides, les organes génitaux femelles consistent

DEVELOPPEMENT

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