CS
Fig. 193G.
Fig. 1037.
Fig. 1941.
Fig. 1935 à 1937, d'après Balbiani.
Fig. 1912.
Fig. 1938 à 1942, d'après Calfour.
Fig. 1935 à 1942.
■ Différents stades du développement d'une Aranéide (Agolcne à labyrinthe) pour montrer la division en anneaux (*).
en trois lubes longitudinaux étroits, reliés par des tubes transversaux; et c'est là que se développent non seulement les Œufs, disposés en rangées pressées, mais les petits eux-mêmes, car les Scorpions sont vivipares, ainsi qu'Aristote le savait déjà.
Chez les Phalangides, comme chez toutes les Arachnides articulées, les organes sexuels s'ouvrent à la base de l'abdomen; le Mâle a la propriété d'en faire saillir un organe en forme de mamelon.
Chez les Aranéides il est une différence sexuelle des plus importantes et unique dans le Régne animal: les palpes maxillaires des Mâles se transforment en organes copulateurs (fig. 1943, p. (>90). Les ovaires cachés au milieu du foie consistent en deux glandes en grappes, accompagnées d'un ou deux réservoirs séminaux ; les organes producteurs du
(*) cA, chélicères; pd, pédipalpes ; p>',p, appendices provisoires; st, stomodœum (de ttôjio, bouche) entre les lobes préoraux.
Brehm. — VIII.
liquide fécondateur sont deux longs tubes sinueux, dont les canaux déférents très frêles se réunissent en un canal commun très court.
Développement embryonnaire. — Si l'on Considère le Scorpion, on reconnaît sans peine, à ses membres articulés, à son corps partagé en zoonites, qu'il appartient au grand groupe des Animaux articulés; mais si on examine une Aranéide, l'impression est tout autre; l'examen des pattes indique bien un Arthropode, mais celui du corps laisse planer un grand doute dans l'esprit, tant est grande la coalescence des parties constituantes. Si l'un suit méthodiquement le développement du Scorpion, on reconnaîtra qu'il passe dans l'Œuf par une série de phases (flg. 1930 à 1934, p. 088) où l'on distingue tous les stades du développement par anneaux caractéristiques des Animaux articulés ; si l'on s'attache au contraire à observer le dévelop- Insectes. — 178
LES ARACHNIDES
peinent des Aranôides, on distingue une série de stades où la division annulaire est des plus nettes iig. 1933 à 1942); mais bientôt après ces zones
Fig. 1943.
Palpe maxillaire d'Arancide mâle, transformé en organe sexuel.
annulaires se confondent, toutes les annulations et les caractères propres s'effacent en même temps que le corps s'infléchit, l'adulte se manifeste; on ne distingue plus qu'un céphalothorax et un abdomen.
MŒURS, HABITUDES, RÉGIME
« L'Araignée, dit Michelet, par la fatalité de sa vie, de son organisme, a le caractère du chasseur, celui du sauvage qui, vivant de proie incertaine, reste envieux, défiant, exclusif et solitaire. La prudence et la patience est son caractère plus que le courage. Elle a trop d'expérience, elle a trop d'accidents, de mésaventures, elle est trop habituée aux sévérités du sort pour avoir beaucoup d'audace.
« Elle a peur même d'une Fourmi. Celle-ci, souvent mauvaise tète, inquiète et âpre, rôdeuse qui n'a peur de rien, s'obstine parfois à explorer cette toile dont elle ne peut rien faire. L'Araignée alors lui cède la place, soit qu'elle craigne le contact de l'acide de la Fourmi qui brûle comme de l'eau-forte, soit qu'en bonne travailleuse, elle calcule qu'une lutte longue et difficile lui emploiera plus de temps qu'il n'en faut pour faire une toile. Donc, sans y mettre la moindre susceptibilité d'amour-propre, elle la laisse se pavaner là, et va s'établir un peuplusloin.
« Tout vit de proie. La nature va se dévorant ellemême ; mais la proie n'est pas toujours achetée par une industrie patiente, qui mérite d'être respectée. Aucun être cependant, plus que celui-ci, n'est le jouet du sort. Comme tout bon travailleur, elle lui fournit double prise, et son œuvre, etsa personne. Une infinité d'Insectes, le meurtrier Carabe, la Demoiselle élégante, et magnifique assassine, n'ont que leur corps et leurs armes, et passent joyeusement leur vie à tuer. D'autres ont des asiles sûrs,
faciles à défendre, où ils craignent peu de dangers. L'Araignée des champs n'a ni l'un ni l'autre avantage. Elle est dans la position de l'industriel établi qui, par sa petite fortune mal garantie, attire et tente la cupidité ou l'insulte. Le Lézard d'en bas, l'Écureuil d'en haut donnent la chasse au faible chasseur. L'inerte Crapaud lui darde sa langue visqueuse qui le colle ou l'immobilise. C'est le bonheur de l'Hirondelle, dans son cercle gracieux, d'enlever sans se déranger l'Araignée et la toile, et tous les Oiseaux la considèrent comme une grande friandise ou une excellente médecine. Il n'est pas jusqu'au Rossignol, fidèle comme les grands chasseurs à une certaine hygiène, qui, de temps en temps, ne s'ordonne pour purgatif une Araignée (1). »
« Les situations que choisissent lesAraignées pour tendre leurs filets (2) varient selon les espèces, et, sans doute, selon les climats. Quelques-unes préfèrent le grand air ; elles aiment à s'établir au milieu des buissons et des plantes ; en un mot, dans les endroits où les Mouches vont chercher à ciel découvert leur nourriture et un lieu de récréation. D'autres logent dans les coins des fenêtres, aux angles des chambres; là, elles sont assurées de trouver leur proie; là aussi, elles se retranchent comme dans une retraite sûre et se ménagent plus aisément des moyens de fuite. Plusieurs Araignées, au contraire, tissent leur toile dans les étables, dans les hangars, dans les celliers et dans des places désertes, où il semble qu'elles ne doivent point rencontrer la moindre Mouche. En général, cette créature maudite (je veux dire maudite par l'Homme, non par Dieu) choisit volontiers les endroits solitaires; elle vit plus contente dans les recoins obscurs ou inaccessibles, où le bourdonnement des travaux ne se fait point entendre et où les soins delà ménagèrenepénètrentpoint aisément. »
Ce n'est pas seulement dans les maisons que les Araignées sont pour l'Homme un voisin incommode. Elles abondent encore à bord des navires.
Rapports îles Araignées avec l'IIoniinc. — Tous les Animaux redoutent l'Homme et sont ses ennemis. Cependant, quoique inférieur en force à un grand nombre, il est parvenu par la supériorité de son intelligence à les dompter et à les asservir. La faim et la privation de sommeil sont les deux moyens que son habile et industrieuse tyrannie emploie avec succès contre les plus féroces, mais cette faculté des Animaux à se laisser apprivoiser par l'Homme, qui démontre en eux la possibilité de les faire dévier de l'instinct pour obéir à l'intelligence, diminue avec la capacité intellectuelle, c'està-dire à mesure que l'organisation des Animaux s'éloigne plus de l'Homme; ainsi elle est à son plus haut degré dans certains Mammifères, à un degré moindre dans les Oiseaux, encore assez remarqua-
(1) Michelet, l'Insecte. Paris, 1858, p. 209.
(2) Franklin, La Vie des animaux, le Monde des Métamorphoses, p. "9.
MŒURS, HABITUDES, REGIME
blc chez certains Repliles, peu apparente dans les Poissons, à peine perceptible dans les Crustacés; elle semble entièrement nulle dans l'innombrable classe des Insectes, les Arachnides semblent faire exception.
Si ombrageuses et si timides que soient généralement les Araignées, elles ne se trouvent pourtant point exclues de la liste des Animaux qui ont été quelquefois apprivoisés par l'Homme. Dans plus d'un cas, cette créature, presque toujours rebutée, s'est montrée sensible aux bons traitements. Le besoin d'aimer et d'élre aimé par quelque chose — besoin qui se développe surtout dans la solitude — établit quelquefois un commerce de bons rapports entre elle et l'Homme.
Telle est l'histoire de Pélisson pendant sa captivité à la Bastille. On disait (I) que, privé de livres, de papier et de tous moyens d'écrire, Pélisson n'avait trouvé de distraction qu'à apprivoiser une Araignée qui avait fait sa toile au soupirail de son cachot. Pour cela, il mettait les Mouches sur les bords de ce soupirail, tandis que son domestique basque jouait de la musette. Peu à peu l'Araignée s'accoutuma à distinguer le son de cet instrument et à sortir de son trou pour courir sur la proie qu'on lui exposait ; ainsi, l'appelant toujours au même temps et mettant toujours sa proie de proche en proche, il parvint après un exercice de plusieurs mois à discipliner si bien cette Araignée qu'elle partait au premier signal pour aller prendre une Mouche au fond de la chambre et jusque sur les genoux du prisonnier. Mais son geôlier, continue Fouquet, avait pris un plaisir barbare à le priver de cette dernière consolation et avait écrasé l'Insecte. « Ah, monsieur, se serait écrié Pélisson, j'aurais mieux aimé que vous m'eussiez écrasé le bras. » Delille s'est emparé de cette légende:
Un geôlier au cœur dur, au visage sinistre, Indigné du plaisir que goûte un malheureux, Foule aux pieds son amie et l'écrase à ses yeux (2).
Ce fut certainement une Araignée domestique ou une espèce très voisine qu'apprivoisait l'infortuné Christian H de Danemarck dans sa prison ; elle contribua à le consoler dans ses malheurs ; elle reconnaissait, dit-on, sa voix et l'approchait chaque fois qu'il l'appelait. Lequel inspire plus de dégoût, de cette Araignée qui procurait encore quelques joies à un malheureux ou du geôlier qui la tua dès qu'il eût découvert l'affection du prisonnier pour cette bête? Quand le roi devint vieux et n'eut plus rien à souhaiter que la mort, on le traita moins rigoureusement. 11 parlait souvent avec attendrissement de son Araignée, de la confiance qu'elle lui témoignait, de sa soumission et de sa sagesse, et de la
(1) Mémoires sur la vie publique et )>i-ivée de Fouquet, surintendant des finances, par A. Cheruel. Paris, 1862, t. II, p. 402.
(î) Delille, l'Imagination, chant vi.
peine très grande que lui avait causée son brutal geôlier lorsqu'il la tua.
Léon Dufour avait accoutumé une Tarentule à venir prendre une Mouche vivante entre ses doigts.
«Mes premiers rapports avec l'Araignée no furent rien moins qu'agréables, dit Michelet (I). Dans ma nécessiteuse enfance, lorsque je travaillais seul, à l'imprimerie de mon père alors ruinée et déserte, l'atelier temporairement était dans une sorte de cave, suffisamment éclairée, étant cave par le boulevard où nous demeurions, mais rez-de-chaussée sur la rue Basse. Par un large soupirail grillé, le soleil venait à midi égayer un peu d'un rayon oblique la sombre case où j'assemblais mes petites lettres de plomb. Alors, à l'angle du mur, j'apercevais distinctement une prudente Araignée qui, supposant que le rayon amènerai, pour son déjeuner quelque étourdi Moucheron, se rapprochait de ma case. Ce rayon qui ne tombait point dans son angle, mais plus près de moi, était pour elle une tentation naturelle de m'approcher. Malgré le dégoût naturel, j'admirai dans quelle mesure progressive de timide, lente et sage expérimentation, elle s'assurait du caractère de celui auquel il fallait qu'elle confiât presque sa vie. Elle m'observait certainement de tous ses huit yeux, et se posait le problème: « Est-ce, n'est-ce pas a un ennemi ? »
« Sans analyser sa figure, ni bien distinguer ses yeux, je me sentais regardé, observé, et apparemment l'observation à la longue me fut tout à fait favorable. Par l'instinct du travail peut-être (qui est si grand dans son espèce), elle sentit que je devais êlre un paisible travailleur et que j'étais là aussi occupé, comme elle, à tisser ma toile; quoi qu'il en soit, elle quitta les ambages, les précautions, avec une vive décision, comme dans une démarche hardie et un peu risquée. Non sans grâce, elle descendit sur son fil et se posa résolument sur notre ■ frontière respective, le bord de ma case favorisé en ce moment d'un blond rayon de soleil pâle.
«■J'étais entre deux sentiments. J'avoue que je ne goûtai pas une société si intime: la figure d'une telle amie me revenait peu; d'autre part, cet être prudent observateur, qui certainement ne prodiguait pas sa confiance, était venu là me dire : a Eh pourquoi ne prendrais-je pas un tant soit peu de ton soleil? Si différents, nous arrivons cependant ensemble du travail nécessiteux et de la froide obscurité à ce doux banquet de la lumière. Prends mon cœur et fraternisons: ce rayon que tu me permets, reçois-le de moi, garde-le. Dans un demi-siècle encore, il illuminera ton hiver. »
L'utilité la plus grande que l'Homme pouvait espérer des Arachnides, c'était de tirer parti de cette faculté que toutes possèdent de filer une soie fine, brillante et blanche.
(I) Michelet, V Insecte, p. 203.
LES ARACHNIDES
Le président Bon de Saint- Hilaire, en 1709, aie premier, à Montpellier (1), fait à ce sujet diverses expériences avec le fil dont les Araignées ordinaires tissent l'espèce de sac où elles déposent leurs Œufs. Mais la glu ou matière visqueuse de certains tils d'Araignée qu'on ne peut séparer des autres, et la difficulté de réunir une assez grande quantité de cocons ou de toiles lui opposèrent de grands obstacles. Pourtant il parvint à dissoudre la matière visqueuse en plongeant la soie de l'Araignée dans l'eau bouillante et il fit carder de cette soie une assez grande quantité. 11 en fit ensuite filer assez pour fabriquer des bas et des gants d'une jolie couleur grise. Il les envoya en présent à des souverains, entre autres à l'impératrice femme de Charles VI, qui la lui avait demandée par curiosité, et à l'Académie des sciences. Sa découverte fit grand bruit, et la dissertation qu'il fit imprimer à ce sujet fut traduite dans toutes les langues de l'Europe et même ensuite en chinois.
Réaumur (2), chargé d'examiner ces objets, opina qu'ils n'avaient d'autre intérêt que celui de la curiosité et que l'industrie n'en pourrait tirer aucun parti.
De 1762 à 1776, un Espagnol, Raymondo Maria de Tremeyer (3), au lieu de carder les cocons ovigères, comme l'avait fait le président Bon, réussit à dévider la soie des Araignées au fur et à mesure de sa sortie des filières en l'enroulant sur un dévidoir ; mais, n'en ayant pas une quantité suffisante, il revint au cardage et fit fabriquer une paire de bas pesant deux onces un quart, qu'il offrit au roi Charles III.
Depuis Don Félix d'Azara (1781 à 1801) nous a appris que les sauvages du Paraguay savaient utiliser la soie des Araignées.
Un négociant anglais, M. Rolt, rapporte Walckenaer, a renouvelé des expériences pour tenter d'utiliser la soie des Araignées. Ayant reçu sur sa main une Araignée des jardins, il s'aperçut qu'elle traînait après elle un fil, dont le tissage continuait à mesure que lui-même s'en emparait pour le dévider autour de sa main. A ce premier essai en succéda bientôt un second. M. Rolt adapta un dévidoir à la machine à vapeur d'une usine où il était employé, le mit en mouvement et obtint ainsi en deux heures de vingt-quatre Araignées, qu'il soumit à cette opération, chacune pendant trois à cinq minutes, un til long de 18,000 pieds et brillant de blancheur.
Ce fil est beaucoup plus fin que celui des Vers à soie, puisqu'il n'équivaut guère qu'au cinquième de ce dernier. Il est 90 fois plus mince que celui du Ver à soie, et il faudrait 18,000 fils d'Araignée, selon Réaumur, pour en faire un fil. Leeuwenhœk
(1) Bon, Dissertation sur l'utilité de la soie des Araii/nees (Mém. de la Soc. roy. de Montpellier, a déc. 1709).
(2) Réaumur, Mémoire sur la soie de l'Araignée (Recueil du l'Académie des sciences, 1710, p. 386;.
(3) R. M. de Tremeyer, Recherche esperimenti sutla seta dei Regni.
prétendait même qu'il en faudrait 4 millions pour composer une soie demi-grosseur d'un poil de barbe. En établissant leurs poids respectifs dans des proportions semblables et en admettant que les Araignées pourraient donner deux fois par année un fil de 750 pieds, tandis que d'un seul Ver à soie on en obtient 1,900 pieds, le produit du Ver égalerait six fois et demie celui de l'Insecte. Ainsi, dès qu'il faut élever 3,500 Vers pour en obtenir une livre de soie, la môme quantité de produit exigerait le concours de 22,000 Araignées. On concevra mieux encore l'impossibilité de la mise en pratique d'une pareille industrie, si l'on réfléchit que deux Araignées ne peuvent se rencontrer sans en venir à un combat à mort; et que, pour faire travailler simultanément 22,000 individus de cette race insociable, il faudrait construire tout autant de cellules séparées pour les protéger les uns contre les autres.
Sous le premier Empire, d'après H. Berthoud, un Français nommé Dubois tenta l'éducation des Araignées pour profiter de leur travail; il les élevait séparément dans des cages de bois ou de verre et réussit à réunir jusqu'à quatre cent mille ouvrières. Ses tentatives ne furent guère encourageantes, il n'obtint jamais à tisser que des morceaux d'étoffes de 7 à 8 centimètres qu'il débitait comme hémostatiques contre les coupures.
Alcide d'Oibigny se fit, dans ses voyages (1826 à 1833), confectionner avec des toiles de quelques espèces américaines un pantalon qui dura fort longtemps.
En 1843, M. Mallat envoya au Muséum quelques écheveaux de la soie dévidée d'une grosse Araignée de Java, et en 1867 M. Bancal adressa à la Société centrale d'agriculture quelques beaux échantillons de soie fournie par des Araignées du Sénégal.
De nos jours on a de nouveau préconisé l'emplui des fils d'Araignées et des conférences ont été faites à Paris sur ce sujet, mais deux objections capitales peuvent être faites à l'utilisation de la soie sécrétée par les Araignées : la difficulté de se procurer des quantités importantes de soie sauvage pour une fabrication industrielle régulière, et enfin l'impossibilité qu'il y aurait d'élever des Araignées en domesticité, leur régime consistant en proies vivantes. Le seul emploi judicieux que l'on puisse faire des fils d'araignées a été trouvé par les physiciens : leur ténuité permet de les utiliser pour établir des réticules dans les instruments d'optique.
Les Araignées peuvent encore servir d'aliments: certains peuples sauvages les mangent; les habitants de la Nouvelle-Calédonie notamment font leurs délices d'une grande espèce d'Epeire qui paraît d'un goût exquis.
La répugnance et l'espèce d'effroi que l'on éprouve à la vue de l'Araignée, suite d'un préjugé d'autant plus fort qu'il est plus général, ont empêché qu'on ne fit des expériences à cet égard ; mais
CLASSIFICATION
l'astronome de Lalande, dit Walckenaer, n'est pas le seul que nous ayons vu manger des Araignées. Il leur ôte les pattes et le céphalothorax, et en avale seulement l'abdomen après l'avoir passé dans l'eau, et frotté de beurre : je parle seulement des grosses et surtout de l'Araignée domestique qu'on dit avoir un goût de Noisette. Quant aux petites, tout le monde en mange sans s'en apercevoir. Il n'est personne qui, en avalant des grains de raisin, n'ait englouti en même temps dans sa bouche beaucoup d'Araignées de l'espèce qui a été désignée sous le nom de Théridion bienfaisant et de plusieurs espèces du môme genre qui s'y logent; on ne s'en aperçoit nullement parce qu'on n'éprouve alors aucune de ces saveurs désagréables souvent dues à certaines petites Punaises.
On a longtemps cru que les Araignées étaient malfaisantes lorsqu'on les avalait, et on leur attribuait alors des effets à peu près semblables à ceux qu'on prétendait être causés par leur morsure.
On conte à ce sujet une anecdote qui mérite d'être connue : un religieux de la ville du Mans aperçut, en disant sa messe, une grosse Araignée tombée dans son calice : le cas était embarrassant. Le religieux avala l'Insecte sans balancer ; tous les fidèles s'attendaient à le voir périr! Quelle fut leur admiration et leur surprise quand ils aperçurent le pieux cénobite retrousser fièrement sa robe et leur montrer l'Araignée qui lui sortait par la cuisse ! Ce miracle fut consacré par l'institution d'une confrérie à laquelle le pape Paul V accorda des indulgences, qu'on appela les indulgences de l'Araignée (I).
Les anciens traités de médecine sont pleins d'observations de ce genre. Schwenckfeld, médecin du commencement du seizième siècle, nous instruit des effets produits par une Araignée, avalée par mégarde avec une boisson par sa femme ; elle ressentit un froid interne et un gonflement par tout le corps, puis une prostration des forces complète. Schwenckfeld parvint à la guérir au moyen de purgatifs et de sudoritiques.
On a utilisé dans un but thérapeutique les toiles des Araignées, et notamment les tissus fragiles de l'Araignée domestique. On secouait ces toiles audessus d'un crible pour en ôterla poussière, on les réduisait en fragments très fins qu'on mélangeait de beurre et qu'on étendait sur du pain ; puis on l'employait à des intervalles déterminés. Ce remède rendait de grands services, dit-on; anciennement on préparait avec les toiles d'Araignée des cataplasmes contre les maladies nerveuses ; on les administrait en pilules contre les fièvres, on en retirait par distillation les fameuses gouttes de Montpellier, recommandées contre l'apoplexie (2). Au-
(i) Tliiers, Traité des superstitions, 1. 1. (2) Voy. Fagon, Lettre à M. Bon (Mëm. de la Soc. roy. de Montpellier, loc. cit.)-
jourd'hui tout cela est complètement oublié. Si l'on emploie encore les toiles d'Araignées, débarrassées de leur poussière, c'est seulement pour arrêter les hémorrhagies capillaires: c'est un succédané assez imparfait de l'Agaric.
Une Araignée qui court ou qui file est considérée comme une promesse d'argent. On se demande quel rapport il peut y avoir entre un trésor et une Araignée. On remarque que la présence des Araignées s'allie rarement avec l'éclat de la fortune ; que c'est sous le chaume et non dans les palais qu'on les rencontre. Si les Araignées étaient le signe de la richesse, personne ne serait plus riche que les pauvres. 11 faut ici en revenir à la fable de La Fontaine ; quand Jupiter pour tourmenter le genre humain eut créé la Goutte et l'Araignée, il logea la Goutte chez les grands et l'Araignée chez les malheureux, c'était agir en Dieu, et mettre chaque chose à sa place (1).
Distribution paléontologique. — Voy. t. VII, Introduction, p. 66 et suiv., les Arthropodes aux différentes époques géologiques.
Récolte et conservation «les Arachnides. — Voy. t. VII, p. 74.
CLASSIFICATION
La classification des Arachnides, à mesure que les travaux se sont multipliés, a subi de grandes transformations : MM. Walckenaer, Clerk, Latreille, Hahn, Kock, Westring, Blackwall, Cambridge, Thorell, Menge, Lucas, Eugène Simon, Karsh, etc., ont par leurs études singulièrement approfondi nos connaissances zoologiques sur ces Articulés. Nous ne pouvons ici faire l'histoire des transformations qu'a subies le groupement des Arachnides ; nous nous contenterons de résumer notre classification.
Les Arthrogastres ont été opposés aux Aranéides, par suite de la différenciation de la division en zoonites de leur abdomen ; les Arthrogastres ont été partagés en Tétracères, c'est-à-dire à quatre antennes, et en Didactyles, c'est-à-dire à pinces didactyles ; ces sous-ordres étant partagés en familles, le premier comprend celle des Solpugides; le second, celles des Scorpionides, des Pseudoscorpionides, des Télyphonides et des Phrynides. Les Aranéides ont été subdivisées d'abord en Tétrapneumones, c'est-à-dire en Araignées à quatre poumons, et en Dipneumones ou Araignées à deux poumons : à ces divisions un peu arbitraires, M. E. Simon a substitué un classement en quatre sous-ordres et vingt et une familles. Nous ne parlerons que des principales d'entre elles : les Mygalides, les Epéirides, les Thérédides, les Agélénides, les Drassides, les Dysdérides, les Thomisides, les Sparassides, les Lycosides, les Attides et les Érésides.
(1) Salgues, Des erreurs et des préjugés, 4e édit. Bruxelles, 1830, t. I, p. 293.