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LES SC0RP10NIDES

pion est-il consacré, dans l'ancienne mythologie des Egyptiens, à Typhon, leur mauvais génie.

Quelques philosophes grecs font émaner les Scorpions des cadavres des Crocodiles en décomposition . Pline les fait naître des Crabes marins enterrés, mais seulement au moment où le soleil passe sous le signe Scorpion du Zodiaque. Paracelse enseigne qu'ils renaissent des cadavres de Scorpions décomposés, et que ces Scorpions se donnent eux-mêmes la mort; cette opinion a pour base une croyance populaire d'après laquelle un Scorpion entouré de charbons ardents et se trouvant dans l'impossibilité d'échapper aux effets de leur combustion se tue avec son propre dard plutôt que de périr par le feu. Des expériences entreprises plus tard par les Naturalistes ont prouvé l'insanité de cette assertion. Il est certain que le malheureux Scorpion, soumis à une telle torture et craignant d'être brûlé, met volontiers la pointe de sa queue en contact avec quelque partie du corps; mais il n'est guère croyable que ce soit dans l'intention de se suicider. La nature a voulu que l'Homme seul, dans toute la création, eut, dans certaines circonstances, le sombre privilège de se détruire lui-même ; tous les autres Animaux respectent la loi de la vie et supportent les plus cruelles souffrances sans jamais attenter à eux-mêmes.

Quelques écrivains ont parlé de Scorpions portant plus de six articles caudaux, ou même pourvus de deux queues, et Moufet a même décrit des Scorpions ailés. Dans une foule d'écrits on assigne au Basilic un rôle important, et on lui attribue le pouvoir de revivifier les Scorpions; aussi le célèbre A. de Haller, dans la première moitié du siècle passé, se raille-t-il de ces billevesées en affirmant qu'un de ces Animaux a poussé dans le cerveau d'un individu qui avait abusé du Basilic. Toutes ces hypothèses, d'autres encore du même genre, l'idée même de voir un Scorpion dans une constellation, prouvent l'intérêt que les Hommes ont attaché de tout temps à cet Animal; loin de l'aimer, ils n'ont cessé de le redouter, et de témoigner à son sujet une terreur dont les expériences et les observations répétées ont démontré l'exagération.

« Dans l'Inde, dit Franklin (1), on s'amuse des Scorpions tout en les craignant. Il y a un

(1) J. Franklin, La Vie des Animaux, le monde des mciamorphoses. Paris, p. 76.

jeu qui consiste à prendre deux gros Scorpions bleus et à les placer sous un grand verre^à boire. On laisse sous le verre un petit passage par lequel on introduit de la fumée de Tabac. Les deux Scorpions se mettent à courir çà et là, dans le verre, aussi vite que leurs pattes veulent bien les porter. Si, chemin faisant, et au milieu de leurs circonvolutions, ils viennent à se rencontrer, il s'engage entre eux une terrible lutte. On laisse alors s'échapper la fumée et les Scorpions ne cessent pas de combattre, comme de vrais démons, jusqu'à ce que l'un des deux reste mort sur le champ de bataille. Les spectateurs prennent à ce duel un intérêt singulier et parient pour le Scorpion bleu clair ou pour le Scorpion bleu foncé, comme on parie en Angleterre, dans les combats de Coqs, pour l'un des deux champions. »

Caractères. — Pour donner une idée de la conformation générale des Scorpionides, nous prendrons pour type (fig.1948; l'espèce la plus commune en France, en Espagne, en Barbarie et surtout dans les régions méditerranéennes: c'est le Scorpion commun (Buthus occi tamis). Les deux grandes pinces d'Ecrevisse représentent les palpes de la mâchoire inférieure; leur article basilaire, épais et court, que l'on ne peut apercevoir d'en haut, représente la mâchoire elle-même. La seconde paire d'organes masticateurs apparaît ici sous l'aspect de pattes antérieures dont les hanches en forme de plaques avoisinant celles des pattes véritables émettent un prolongement antérieur qui constitue la lèvre inférieure. Les deux premières paires de pattes se touchent sur la ligne médiane du corps, tandis que les deux dernières paires sont très écartées, et comprennent entre elles une pièce sternale dont la conformation varie beaucoup suivant l'espèce. Les huit pattes se terminent par deux griffes. Si les deux pinces rappellent, au premier abord, celles des Crustacés, elles en diffèrent néanmoins essentiellement par leur disposition : la branche externe, en effet, se meut, au moyen d'une articulation, en regard de la branche interne qui n'est qu'un prolongement de la base; tandis que chez les Crustacés c'est au contraire la branche interne qui est mobile en regard de la branche externe non articulée. Les deux pointes qui forment la limite du bord antérieur du céphalothorax représentent les antennes-pinces composées de trois articles et terminées aussi en pinces. La carapace des Scopionides est divisée en un cépbalotho-

LES SCORPIOXIIIKS.

rax quadrangulaire, indivis, un peu élargi en arrière, et en un abdomen fusionné avec le céphalothorax composé de treize anneaux, et dont les six derniers anneaux forment une queue incurvée que termine un dard venimeux. Le double orifice de l'aiguillon, qui permet l'inoculation du liquide que recèlent lesglandes vénéneuses, est d'une finesse microscopique.

A la face ventrale du premier segment de l'abdomen se trouvent les orifices sexuels recouverts par deux écailles; à l'extrémité de l'article suivant se trouvent les deux organes appelés /jeunes (fig. 1945, p). Us sont formés par des plaques étroites, composées de plusieurs articles, et portant une série de dents disposées et rangées comme sur un peigne et dont le nombre varie beaucoup suivant les espèces et suivant les âges. Us se terminent au côté externe en forme de mamelons et sont soutenus au niveau de leurs bases, en dedans et en dehors,

Fig. 1945. — Partie anté- Fig. 194U. — Pneumobran-

rieure de l'abdomen d'un cliies ou feuillets pulmo-

Scorpion vue par la face naires du Scorpion, d'après

ventrale (*). Millier.

(*) p, peigne ; s, stigmates.

par des boutons de forme triangulaire, conique ou sphéroïdale. On ne connaît pas encore leur usage; parmi les hypothèses émises à ce sujet, il en est deux qui paraissent assez vraisemblables : ou ils servent à l'accouplement comme organes de tact, ou bien ils servent aux mouvements de rotation du corps et à sa fixation le long des parois lisses et abruptes et viennent ainsi en aide aux tarses. Derrière les deux peignes, qui ne manquent chez aucun Scorpion, on remarque sur chacun des quatre anneaux suivants une paire d'orifices allongés et obliques qui servent de stigmates aériens pour les quatre paires de sacs pulmonaires plissés, ou feuillets pulmonaires, que présentent ces Animaux (fig. 1946).

Il y a toujours au-dessus du céphalothorax deux grands yeux, situés auprès de la ligne médiane et appelés les yeux du vertex; on trouve en général, au côté externe de deux crêtes longitudinales, deux à cinq yeux plus

petits sur chaque bord; leur nombre varie d'une espèce à l'autre, et même' quelquefois d'un côté à l'autre; ils sont parfois disposés en rangée et reçoivent le nom d'yeux latéraux principaux, par opposition aux yeux latéraux accessoires qui sont plus éloignés ou disposés différemment. 11 faut, d'ailleurs, beaucoup d'attention pour observer les yeux latéraux, sur la surface écailleuse du céphalothorax, ou pour éviter de les confondre avec des verni cosités plus ou moins brillantes.

Le revêtement du corps est composé de plaques chilineuses résistantes; chaque segment en possède une supérieure et une inférieure reliées à leurs voisines par des membranes molles, excepté au niveau de la queue qui est plus dure. La surface paraît brillanteou mate, généralement rugueuse, écailleuse, ou verruqueuse; elle est souvent pourvue de crêtes ou de cannelures et présente çà et là des soies. Quant à la coloration, elle varie du jaune pale au noir le plus sombre en passant par l'intermédiaire du brun; on observe, tout au plus, des marques noires sur un fond clair. Le Mâle diffère de la Femelle par sa portion caudale plus longue, par ses pinces plus larges et par ses peignes munis d'un plus grand nombre de dents.

Effets des piqûres. — L'extrémité abdominale des Scorpions recèle un dard recourbé dont la piqûre donne infailliblement la mort aux êtres de leur sorte et entraîne, chez les Animaux plus grands et chez l'Homme dans certains cas, des suites dangereuses, et quelquefois même mortelles. On trouve aux environs de Montpellier deux espèces de Scorpions : le petit Scorpion domestique (Eucor/tius flavicaudis) qui pique fréquemment les gens du midi et du centre de la France, sans amener chez eux de suites fâcheuses, et le Scorpion roussâtre { Buttais europœus seu occitanus) qui est bien plus grand et plus dangereux ; c'est l'effet des piqûres de ce dernier qui a été particulièrement étudié, notamment par M. E. Blanchard, M. Paul Bert, M. Jousset de Bellesme, et enfin dernièrement (1882-1883), par M. Joyeux- Laffuie (1); ce dernier a publié un excellent travail auquel nous emprunterons les conclusions générales.

« Les glandes à venin du Scorpion roussâlre, dit ce dernier auteur, sont au nombre de deux,

(1) Joyeux-LafTuie, Sur l'appareil venimeux et le venin du Scorpion. Compte rendu Acad. se, 18S2, et thèse,

LES SCORPIONIDES.

de môme forme, de même volume et symétriquement placées dans le dernier segment abdominal. Chaque glande est logée dans une sorte de cavité qu'elle remplit complètement... Des fibres musculaires forment une sorte de sangle, allant d'une extrémité à l'autre de chaque glande à venin, et qui, par ses contractions soumises à la volonté de l'animal, comprime les tissus et chasse le venin en dehors. La paroi de la glande est composée de deux couches: l'une mince, constituée par du tissu cellulaire et des fibres musculaires ; l'autre, constituée par un épithélium prismatique ta- ^nissant la face interne de la couche précédente... Ce sont les cellules épithéliales qui élaborent le venin et d'où il s'échappe par la rupture des cellules pour s'accumuler dans la cavité centrale de l'organe. »

Le venin est un liquide transparent, qui se dessèche facilement et qui offre une réaction acide. Il est soluble dans l'eau, mais insoluble dans l'éther et l'alcool absolu.

« Le venin du Scorpion, dit M. Joyeux, est un poison très actif, sans cependant atteindre le degré de puissance toxique que certains auteurs ont voulu lui attribuer; son action est en rapport direct avec la quantité introduite dans l'économie. Une goutte de venin, soit pure, soit mélangée à une petite quantité d'eau distillée et injectée clans le tissu cellulaire d'un Lapin, amène rapidement la mort. Les Oiseaux sont aussi facilement tués que les Mammifères. Avec une seule goutte de venin on peut faire périr sept à huit Grenouiles. Les Poissons et, surtout les Mollusques sont beaucoup plus réfractaires ; mais en revanche, les Articulés sont d'une susceptibilité surprenante; la centième partie d'une goutte de venin suffit pour tuer immédiatement un crabe de forte taille. Les Mouches, les Araignées et les Insectes dont le Scorpion fait sa nourriture sont, pour ainsi dire, foudroyés par la piqûre de cet Animal. »

Etudions les phénomènes qui accompagnent l'action du venin sur les Mammifères et en particulier sur l'Homme.

On fit subir à un Chien quatre fois la piqûre d'un Scorpion roussàlre, et on le vit au bout de peu d'heures enfler, chanceler et vomir tout le contenu de son estomac, puis une matière visqueuse. Enfin il fut pris de convulsions, laboura la terre avec ses pattes de devant, et mourut cinq heures après l'empoisonnement.

L'Homme redoute avec raison la piqûre des Scorpions, car elle est extrêmement doulou-

reuse, brûlante, suivie d'inflammation locale, de paralysie, de fièvre, de défaillances et de nausées ; ces symptômes dépendent de la taille du Scorpion et de la quantité du poison, ainsi que de la susceptibilité du blessé et des conditions climatologiques ; on sait en effet que toutes les inflammations prennent un caractère plus grave dans les pays chauds que. dans les contrées tempérées.

Un Homme piqué au pouce par un Scorpion roussàtre, dix-huit heures avant l'arrivée du médecin, vit son bras enfler jusqu'à atteindre la grosseur de sa jambe; la peau rougit et s'enflamma; le blessé eut des convulsions, du délire, des vomissements fréquents et plusieurs syncopes coup sur coup. Au bout de cinq jours son état fut amélioré, mais il s'écoula encore un temps assez long avant la guérison complète. Guyon rapporte cinq cas dans lesquels la mort survint douze heures après la piqûre; il s'agissait d'espèces plus grandes, car les espèces européennes font des piqûres bénignes, tandis que les grandes espèces africaines et asiatiques, font des piqûres graves, sans doute en raison de leur taille plus forte. Il est remarquable de voir combien l'organisme humain s'accoutume avec le temps au venin du Scorpion. Une deuxième atteinte est moins violente et moins conséquente que la première , et la troisième est encore plus faible. On raconte qu'un Homme, ayant tenté surlui l'expérience, en arriva bientôt à ne plus éprouver autre chose que la douleur passagère produite par la pénétration du dard.

Mais il importe de connaître l'action du venin de Scorpion sur les tissus et sur les éléments histologiques pour comprendre les phénomènes qu'il détermine dans l'organisme. « Le venin de Scorpion, d'après M. Joyeux-Laffuie, paralyse, après un temps généralement court, les muscles striés et supprime les mouvements spontanés et réflexes. Toujours chez tous les Animaux apparaissent d'abord des phénomènes d'excitation auxquels succèdent bientôt des phénomènes de paralysie. On peut donc distinguer dans l'empoisonnement par le venin de Scorpion deux périodes : 1° une période d'excitation ; 2° une période de paralysie. Plus la dose de venin injecté est considérable, plus les convulsions sont violentes; la période d'excitation est un indice certain de l'apparition de la période de paralysie; chez l'Homme, tant que la période d'excitation ne se sera pas montrée, on n'aura pas à craindre la période

LES SCORPIONIDES.

de paralysie, qui est seule capable de causer la mort.

« Le venin injecté dans le tissu cellulaire d'un Animal pénètre dans la circulation et va se répandre dans tout l'organisme, sans agir sur les globules du sang comme le prétend le Dr Jousset de Bellesme ; il arrive ainsi aux centres nerveux qu'il irrite et provoque les convulsions caractérisant la période d'excitation. Ces convulsions sont causées par l'action du venin sur le cerveau : aussi font-elles défaut chez les Grenouilles dont on a préalablement séparé le cerveau et la moelle. Si d'une part le sang conduit le venin au contact des centres nerveux, d'autre part il le conduit aussi vers les terminaisons nerveuses qu'il modifie d'une façon particulière ; comparable à l'action du Curare, il paralyse l'action des nerfs moteurs sur les muscles striés. »

Le venin de Scorpion doit donc être placé, d'après les expériences de M. Paul Bert et de M. Joyeux-Laffuie, parmi les poisons du système nerveux.

Traitement des piqûres. — On emploie généralement « l'huile de Scorpion », c'est-à-dire l'huile d'Olive dans laquelle on a faitpérir quelques Scorpions; on l'emploie surtout dans les endroits où les remèdes de bonne femme ont plus de crédit encore que les ordonnances des médecins. On diminue les douleurs et l'enflure à l'aide d'un alcali tel que l'ammoniaque ou la cendre de tabac ; une dose faible d'ipécacuanha convient dans les cas de nausées. Les indigènes de l'Afrique, qui pâtissent beaucoup de piqûres du Scorpion des roches {Scorpio afer), entourent la région atteinte d'une bande très serrée et restent étendus tant qu'ils se sentent malades.

Distribution géographique. — Les Scor-

pions vivent de préférence dans les pays chauds ou dans les régions chaudes des contrées tempérées ; ils ne s'étendent pas au delà du quarante-cinquième degré de latitude nord ; on n'en trouve aucun en Allemagne, ni dans la France centrale.

Mœurs, habitudes, régime. — Comme les Myriopodes, les Scorpions se tiennent sous les pierres, dans le bois pourri, dans les creux des murs, et les autres cachettes obscures du même genre. Mais comme ils recherchent beaucoup la chaleur, ils pénètrent souvent aussi dans les habitations humaines ; ils s'introduisent dans les lits, dans les vêtements, dans les couvre-pieds.

Lorsqu'une caravane, pour passer la nuit en plein air, allume ses feux, parmi d'autres Articulés nocturnes arrivent des Scorpions dont plus d'une espèce est redoutable. C'est de la sorte ou pendant quelque autre occupation à l'air libre, que l'Homme peut approcher le Scorpion de trop près sans s'en douter; la piqûre est alors inévitable, car le Scorpion se croit en danger et se défend.

Les Scorpions se nourrissent des Insectes de toutes sortes et des Araignées qu'ils rencontrent dans leurs expéditions nocturnes. Ils courent alors avec rapidité et avec souplesse, parfois même à reculons ou latéralement; ils tiennent leur queue redressée et recourbée en avant au-dessus de leur dos, prêts à frapper de leur dard l'ennemi de quelque côté qu'il se présente; ils le saisissent comme ils peuvent entre leurs pinces, soulèvent ainsi leur proie malgré tousses frétillements etses contorsions, l'examinent à l'aide de leurs yeux qui regardent en haut, et la mettent à merci en lui portant à la poitrine un coup certain dirigé d'arrière en avant. Après quelques secousses convulsives la victime succombe, le Scorpion l'attire vers sa bouche et la suce; dans certains cas il la met en pièces et la dévore entièrement.

Les Scorpions sont vivipares. Fendant les premières semaines, les petits, revêtus d'un tégument blond et tendre, se groupent autour de leur mère, mais on ne peut les voir se nourrir. La mère maigrit de plus en plus, et meurt sitôt que ses petits, devenus plus indépendants, se dispersent. C'est un spectacle curieux que de voir une de ces mères entourée de ses vingt à trente petits reposant dans diverses postures sur toutes les parties de son corps ; on constate avec étonnement la paisible intimité de ces Animaux dont la nature est, au fond, si contraire à toute sociabilité.

On a entrepris les expériencesles plus variées pour apprécier la durée de l'existence des Scorpions et le temps qui sépare leurs mues; mais on n'y est jamais parvenu, parce que malgré une abondante nourriture ils ne supportent pas longtemps la captivité. Fûessly, naturaliste suisse, garda avec soin quelques Scorpions qu'il considéra comme des Femelles fécondées en raison de l'épaisseur de leur corps. Il attendit quatre mois en vain ; puis au début du mois d'août il aperçut une vingtaine de petits Scorpions blanchâtres, dont l'extrémité caudale et les alentours des yeux étaient un peu brunà-

LES VEJOVINES.

très; ceux-ci se trouvaient disposés les uns audessus des autres, et offraient la même conformation que leur mère; ils étaient seulement d'une teinte plus claire et plus petits. Ils paraissaient fixés sur elle, tantôt sur son dos, tantôt sur son ventre; jamais il n'en vit se détacher, quelque vifs que fussent leurs mouvements; peut-être les « peignes » ont-ils un rôle dans ce phénomène.

Douze jours environ après leur naissance, ces petits subirent leur première mue, leur couleur devint plus foncée; ils commencèrent à quitter, leur mère pour se disperser dans .leur cage en verre garnie de bois vermoulu. La mère mourut bientôt dans un état de maigreur extrême bien qu'on lui fournît en abondance des Cloportes dont elle s'était nourrie avec profit pendant six mois. Les petits témoignaient une vivacité assez grande; mais leur nombre diminua, sans doute parce qu'ils se dévoraient entre eux malgré la nourriture abondante qu'on leur offrait. On ne put retrouver aucune dépouille. Au bout de huit mois, aucun d'eux n'avait grandi de moitié ; leur couleur n'avait pas changé si ce n'est au niveau des pinces devenues rouges. Ces expériences montrent, ainsi que plusieurs autres, que les Scorpions croissent très lentement et qu'ils ont une existence assez longue pour des Articulés.

Division. — Les Scorpions se distinguent extérieurement par la forme allongée ou trapue de leurs pinces, par la sveltesse ou l'épaisseur de leur queue, et par la couleur claire ou foncée de leur corps tantôt lisse et tantôt rugueux. On n'en connaît pas encore une centaine d'espèces, qui ont été réparties par Ehrenberg entre quatre genres : le genre Scorpio possédant six yeux, le genre Butlius huit, le genre Cenlrurus dix, et le genre Androctonus douze. Quelques-uns de ces genres ont été divisés en sous-genres d'après la disposition relative de leurs yeux latéraux et d'après la présence ou l'absence de carène sur les renflements caudaux.

Peters(l), en signalant combien le nombre des yeux constituait un caractère inconstant, tenla une nouvelle classification basée sur la disposition de la pièce sternale et de l'antennemandibule. 11 forma ainsi quatre tribus. Cette classification a été modifiée par MM. Thorell, Simon et Karsh.

(1) Peters, Berliner MonatsberkMe, 1861.

LES TELEGONINES ou BOTHRIU- RINES — TELEGONINM seu BO- THRIURINjE

Telegonincn.

Caractères. — Cette tribu comprend tous les Scorpions dont la pièce sternale est linéaire et falciforme. Celle-ci est recourbée et porte dans une excavation les plaques qui recouvrent les orifices sexuels ; ces derniers organes se trouvent ainsi immédiatement en contact avec l'origine de la seconde paire de pattes, et certaines parties de la pièce sternale semblent faire complètement défaut. Les deux branches des antennes-pinces ou chélicères sont armées chacune d'une seule rangée de dents, et les yeux latéraux très petits, au nombre de deux ou trois de chaque côté. Ils se distinguent par leur surface brillante et presque lisse.

Distribution géographique. — Ces espèces

vivent seulement dans l'Amérique et dans la Nouvelle-Hollande.

LES TÉLÉGONES — TELEGONUS

Caractères. — Ces Scorpionides n'ont pas de carènes sur le cinquième anneau caudal.

LE TÉLÉGONE VERSICOLOUE. — TELEGONUS VER- S1COLOR.

Caractères. — Cet Arachnide, d'un noir luisant moucheté de jaune, mesure 28 millimètres de long, et porte une queue très épaisse dont l'extrémité est rougeâtre ainsi que les branches des pinces.

Distribution géographique. — Ce TélégOlie

provient du Brésil.

LES VÉJOVLNES — VEJOVIN^E

Caractères. — La pièce sternale est plus large que longue, et à côtés parallèles, les yeux latéraux principaux sont au nombre de deux, et les yeux latéraux accessoires sont uniques ou disposés par paires; le peigne est long et la rangée intermédiaire est formée de pièces petites et très nombreuses.

Distribution géographique. —• La tribu comprend deux genres : Yejovis et Hadrusus, composés d'espèces exclusivement américaines.

LES BÉLISAIUES.

LES. SCORPIONINES — SCORPIONINM

Scorpioninen.

Caractères. — Les représentants de cette tribu ont pour caractères communs : une pièce sternale, tétragonale ou pentagonale à côtés parallèles, généralement une rangée unique de dents sur chaque branche des antennes-pinces, deux ou trois yeux latéraux principaux, et un ou deux yeux latéraux accessoires.

LES BROTÉES — BROTEAS

Caractères. — Ils ont deux yeux latéraux éloignés du bord ; les yeux principaux sont placés avant le milieu du bouclier céphalo-thoracique, les pinces sont très convexes. Ce genre est devenu pour M. Simon le type d'une tribu.

le sconriOA' de heubst. — bkotejs IIERBSTl

Caractères. — Ce Brotée est d'un brun foncé presque noir, jaunâtre en dessous, et mesure 52 millimètres; il se distingue surtout, ainsi que nous venons de le signaler, par la grande épaisseur des bases de ses pinces. Chez lui, les yeux du vertex se trouvent au-devant du centre du céphalothorax, tandis que chez les suivants ils sont situés au milieu ou en arrière.

Distribution géographique. — C'est un habitant des régions les plus chaudes de l'Amérique du Sud.

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