‹ Merveilles de la natureChapitre 363 sur 412 · LES ARACHNIDES ARTICULÉES — ART/IROGASTRA · texte numérisé non relu

LES ARACHNIDES ARTICULÉES — ART/IROGASTRA

G lie (1er -Spinn en .

Caractères. — Ces Arachnides, les plus élevées en organisation, sont caractérisées par un abdomen nettement articulé, qui adhère généralement au céphalothorax sans présenter

de rétrécissement à ce niveau. Leur aspect extérieur ainsi que leur structure présentent tellement de variétés que les classificateurs modernes les ont divisés en quatre sous-ordres.

LES TÉTRACÈRES ou SOLIFUGES — TETRACERA seu SOLIFUG/E

LES SOLPUGIDES — S0LPVG1D.E

Walzenspinnen.

Caractères. — Le sous-ordre des Solifuges ne comprend que la famille des Solpugides. Ces Arthropodes tiennent le milieu entre les Arachnides et les Insectes ; ils diffèrent essentiellemenldes autres Arachnideset onlquelque parenté avec les Insectes à cause de la conformation de leur corps qui se trouve formé de pièces articulées distinctes non seulement dans la région abdominale, mais encore à sa région antérieure. Cette région figure, en effet, une sorte de tète ovoïde composée en majeure partie par deux paires de pinces verticales, extrêmement puissantes, et par la base renflée des antennes-pinces. La branche inférieure de chaque pince, armée comme la supérieure de dents très fortes sur son bord interne, se meut en regard de celle-ci dans un plan vertical ; en outre les deux pinces peuvent se mouvoir l'une sur l'autre dans le sens horizontal. A sa parlie supérieure, cette région céphalique présente au milieu de son bord antérieur deux

yeux simples ; à sa partie inférieure se trouvent les deux mâchoires inférieures, mâchoire vraie, et lèvre inférieure, ou plutôt leurs palpes, offrant la môme conformation que les pattes, mais dépourvus de griffes. Chaque patte véritable, terminée par deux longues griffes, sefixe à un segmenfthoracique spécial, plusdistincl à la face ventrale qu'à la face dorsale qui porte un revêtement de poils serrés. On observe, à la face inférieure des hanches des pattes postérieures, de minces lamelles en forme de plaques triangulaires fixées à un pédicule mince.

L'abdomen est formé de neuf segments ; il est revêtu, ainsi que le corps entier, d'un feutrage épais, tandis que les membres portent des poils longs et rares, dont quelques-uns atteignent isolément une longueur remarquable.

Leur respiration est trachéenne.

Tandis qu'un certain nombre d'auteurs comprennent sous l'ancienne dénomination de Sol-

LES SOLPUGIDES.

puga les trente espèces de Solpugides connues, Koch divise ces espèces en quatre genres d'après le nombre des articles de leurs tarses. Pour cet auteur, les espèces qui portent quatre articles tarsaux à la deuxième et à la troisième patte, et sept à la quatrième, constituent le genre Solpuga;\es espèces qui n'ont que trois articles aux tarses de la seconde et de la troisième patte et trois à la quatrième forment le genre Galeodes. Dans le genre Rhax, les tarses sont composés d'articles très courts et ne portent aucune griffe ; dans le genre Gluvia, les tarses sont formés d'un seul article, indivis, long et mince. Depuis, M. Eugène Simon (I) a publié une étude complète des Solpugides et, se fondant sur l'ensemble des caractères, il a donné une classification beaucoup plus naturelle qui a nécessité la création de quelques nouveaux genres (Gxlulia, Zer'ia, Dinorhax, Gy lippus, Datâmes, Cleobis, Mummucia). Kockh et M. Eugène Simon ont décrit une foule d'espèces qui se ressemblent beaucoup.

Distribution g«-o°;rap]iin.iie. — Les Solpil-

ges vraies ou Galeodes habitent presque exclusivement le nord de l'Afrique, cependant elles ont deux représentants en Europe (Galeodes araneoides elgrsecus); les Gœtulies se trouvent dans toute l'Afrique et remplacent au Cap les véritables Galeodes; les Ithax sont originaires de l'Arabie, de l'Egypte et de la Barbarie ; les Gluvies vivent principalement dans les régions méditerranéennes, au cap Vert, dans le Caucase; on en trouve une [Gluvia dorsalis ou striolala) dans presque toute l'Espagne et le Portugal; les Dinorhax ne comprennent qu'une espèce de l'Indo-Chine et des Moluques; les Datâmes sont cantonnés dans l'Amérique du Nord; les Cleobis sont propres à l'Amérique centrale; les Mummucies sont chiliennes et péruviennes.

Mœurs, habitudes, régime. — Ces Arachnides, amis des contrées sablonneuses, brûlées du soleil, sont cependant essentiellement nocturnes et ne quittent leur retraite que pour se livrer avec ardeur à la chasse.

On a institué plusieurs expériences qui montrent leur férocité. Une de ces Arachnides, longue de 52 millimètres, s'attaqua à tous les Insectes qu'on lui présenta; elle sauta sur le dos d'un Lézard qui mesurait 78 millimètres de long (sans compter sa queue) ; elle lui en-

(1) Eng. Simon, Essai d'une classification des Galeodes (Ann. Soc. Eut., 1879).

fonça ses pinces dans la nuque et le dévora entièrement en n'en laissant que les rares osselets. Un très jeune Hat musqué, encore aveugle, fut tué par elle et complètement consommé en très peu de temps. On la mit plus tard en présence d'une Chauve-Souris de 105 a 131 millimètres d'envergure ; malgré toute la vivacité de ses mouvements, l'Arachnide bondit sur elle et enfonça si fortement ses pinces dans la nuque de son ennemie, qu'aucune secousse ne parvint à lui faire lâcher prise. Elle saisit un Scorpion, long de 103 millimètres, à la naissance de la queue qu'elle détacha par ses morsures, et dévora les doux tronçons de sa victime; mais cette victoire était un peu le fait du hasard, car un deuxième Scorpion, avec lequel on la mit aux prises et qu'elle attaqua par devant, la saisit celte fois entre ses pinces, et lui plongea dans le corps son dard venimeux ; l'Arachnide, après deux convulsions violentes, tomba pour ne plus se relever.

Le capitaine Hutton a recueilli aussi d'intéressantes observations sur une espèce indienne qu'il désigne sous le nom de Galeodes vorax (probablement la même que Herbst appelle Galeodes fatalis) ; elles établissent également la hardiesse et la voracité des Arachnides.

Leur nourriture habituelle consiste en Insectes de toutes sortes qu'elles ne se contentent pas de sucer, mais qu'elles broient absolument. Elles s'attaquent également entre elles, se combattent jusqu'à la mort, et dévorent leurs victimes. En revanche, la mère prend grand soin de ses petits, comme font généralement les Araignées. Hutton garda en captivité une Femelle qui creusa en terre une galerie pour y déposer plus de cinquante Œufs blanchâtres sur lesquels elle veillait sans relâche. Au boutde 14 jours, les petits éclorent; ils demeurèrent pendant trois semaines immobiles, jusqu'à leur première mue; puis ils se mirent à courir et à croître à vue d'œil sans qu'on pût observer en quoi consistait leur nourriture.

C'est sans doute à l'une des deux espèces de Galeodes quepossèdel'Europe (Galeodes grxcus elaraneoides) que se rapportent les récils d'^Elian et de Pline ; le premier de ces auteurs écrit : « Les Naturalistes affirment qu'àZakynthos les gens mordus par les Phalangiens (il ne faut pas oublier que dans toute la région du Caucase et dans toute la Russie méridionale on

LE GALÉODE ARANÉOIDE.

appelle encore ces Arachnides des Phalanga) éprouvent un engourdissement, un tremblement et un frisson général et ressentent de la courbature et une douleur vive dans les oreilles et dans la plante des pieds. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que les gens qui se servent d'une eau dans laquelle les individus mordus se sont lavés éprouvent les mêmes symptômes. » Dans un autre passage, le même auteur raconte qu'il existe dans l'Inde une région située auprès du fleuve Astabas, qu'on appelle le désert et qui ne renferme pas un habitant ; là, les Moustiques obscurcissent l'air pendant l'été, et des Scorpions sans nombre ainsi que des Phalangiens ont établi leur résidence. Ce pays aurait été d'abord habité par des Hommes qui auraient lutté pendant un certain temps contre ce fléau ; mais comme cet état empirait sans cesse et qu'un grand nombre de familles périssaient, les habitants se décidèrent à abandonner leur belle patrie. Pline dit que les Femelles des Phalangiens couvent dans leurs retraitesun nombre d'ÛEufs considérable, mais que ces Arachnides sont inconnus en Italie. 11 dit aussi que pour guérir un individu empoisonné par leur morsure, il faut lui montrer un autre Animal de la même espèce ; c'est dans ce but, ajoute-t-il, qu'on conservait les Phalangiens morts ; on triturait aussi les dépouilles provenant des mues de ces Arachnides et l'on en faisait une potion médicamenteuse ; on employait également de jeunes Belettes pour guérir ce genre de blessures. Ces récits et quelques autres analogues montrent suffisamment la terreur que les Galéodes inspiraient aux anciens.

LES GALÉODES — GALEODES

Caractères. — Indépendamment des caractères propres à la famille, les Galéodes ont une particularité qui les distingue des autres Solpugides ; ils ont quatre articles aux tarses ; leurs ongles sont garnis de soie ; le tibia et le métatarse des pattes mâchoires sont armés en dessous de deux séries d'épines ; le mamelon oculifère porte au bord antérieur deux longs crins rigides inscrits sur des tubercules.

Distribution géographique. — L'Europe

possède deux Galéodes [Galéodes yrxcus etaraneoides).

LE GALEODE ARANEOIDE. — GALEODES AliA- NEOIDES.

Caractères. — L'espèce que nous représentons (fig. 1944) est d'une couleur jaune de rouille, mais ses pinces sont brunes en avant, son abdomen est brun rouillé, et ses palpes maxillaires, armés de fortes épines à leur face inférieure, sont d'un brun olivâtre.

Distribution géographique. — Ce Galéode

est fort commun en Russie.

Mœurs, habitudes, régime. — Pallas raconte des merveilles au sujet de notre Solpuge ou Galéode commun qui porte dans les steppes du sud de la Russie et dans le pays des Kalmuks les noms de Iïû-Chorgoï (ver ensorcelé) ou de Mandschi-Bù-Chorgoi (ver ensorcelé commun), et chez les Kirghis le nom de A'ara- Kurt-Bie ; on le redoute dans ces contrées comme on craint ailleurs les Scorpions, et l'on abandonne les régions où se montre souvent cet Animal réputé si dangereux pour l'Homme et pour les troupeaux. Quand les Chameaux ou les Moutons, dont le ventre, dans ces pays, est à nu pendant l'été, viennent à se coucher pour dormir, ces Arachnides s'élancent sur eux et leur enfoncent dans le corps leurs pinces toujours vénéneuses. La victime enfle sous l'influence du venin et souvent ne tarde pas à succomber.

Ces Arachnides se tiennent volontiers parmi les Roseaux ; elles se trouvent amenées ainsi dans les huttes que se construisent les Hommes et se rapprochent ainsi de ces derniers plus qu'elles ne l'eussent fait de leur plein gré. Elles se cachent dans les vêtements, comme font les Scorpions dont elles partagent d'ailleurs le mode d'existence. D'après la croyance populaire des Kalmouks, il faut pour guérir leurs morsures le lait d'une Femme accouchée dans la semaine et dont la vie de jeune fille était sans tache ; à défaut de ce remède, il faut appliquer sur la plaie les poumons et le cœur arrachés à un Animal noir encore en vie, tel qu'un Chat ou un Chien. Pallas a vu les médecins de Sarepta employer avec succès des frictions d'huile de Noix ou d'huile d'Olive saturée de camphre. Cette morsure est extrêmement douloureuse ; elle provoque une inflammation très violente et peut causer une paralysie, une céphalée, une lipothymie passagères.

La Solpuge fréquente les sols argileux, les

LES SCOIU'IONIDHS.

fi!!7

Fig. l'J44. — Le Galéode aranéoide, de grandeur naturelle.

endroits fertiles en Roseaux, et s'abrite dans | une cavité ou bien elle repose sous une pierre et demeure cachée pendant le jour. La nuit, elle sort de son obscure retraite et se met en quête de butin ; les ennemis qu'elle combat à armes égales sont les grands Scolopendres et un Coléoptère de proie de couleur noire. Ses palpes maxillaires et labiaux en forme de pattes sont sans cesse en mouvement, et lorsqu'ils

rencontrent un objet ils jettent une lueur phosphorescente. De même que 1 Éléphant relève sa trompe vivement lorsqu'il a touché quelque objet qui lui inspire peu de confiance, de même cette Arachnide en pareil cas rejette ses palpes en l'air; mais lorsqu'elle a découvert une proie (elle se précipite sur elle d'un seul bond et lui enfonce ses pinces dans les chairs.

LES DIDACTYLES - DWACTYLA

Ce sous-ordre comprend les trois grandes familles naturelles des Scorpionides, des Pseudo-

Scorpionides, des ïélvphonides et des l'brynides dont nous allons faire l'histoire.

LES SCORPIONIDES — SCORPION 1D.E

Skorpione.

Historique. — 11 n'existe guère parmi les Arthropodes d'Animaux plus fréquemment mentionnés dans les fables de l'antiquité que Breiim. — VIII.

les Scorpions. Leur mode d'existence en a fait pour tout le monde le symbole de la ruse et de la méchanceté venimeuse, aussi le Scor- Insectes. — 179

Page 1