L'ARAIGNÉE DIADEME OU PORTE-CROIX
cendait à terre parfois le long d'un ruban de fil assez large, et qu'elle s'enfuyait ensuite à toutes jambes. Elle parait mettre en usage ce procédé surtout dans les cas d'alerte absolument imprévue, par exemple lorsqu'un choc brusque ébranle le rameau sur lequel elle repose paisiblement au fond de sa retraite. C'est très probablement aussi dans le but de se protéger qu'elle exécute au centre de sa toile des mouvements singuliers, que Darwin a observés chez une espèce brésilienne et que nous pouvons étudier aussi chez l'Araignée porte-croix de nos climats : fortement assujettie à son réseau elle commence à se balancer et imprime de la sorte à la toile entière un mouvement de vibration si vif dans le sens antéro-postérieur, que son corps disparaît presque tout à fait aux yeux de l'observateur. Fritsch signale également une Araignée à toile rayonnée de l'Afrique méridionale qui se fait remarquer à ce point de vue et dont le corps volumineux éblouit par l'éclat de ses couleurs. Elle est environ trois fois plus grande que notre Araignée porte-croix, et porte sur son abdomen aplati à bords échancrés des raies obliques noires et orangées qui donnent à l'Animal un aspect éblouissant lorsqu'il se balance sur son réseau à larges mailles, en étendant ses longues pattes rougeàtres cerclées de noir.
En automne, dans les contrées où les Araignées abondent, on peut compter parmi les Araignées porte-croix un Mâle sur douze ou quinze Femelles.
Les palpes des Mâles sont faits en forme de cuillère et peuvent recevoir dans leur cavité la liqueur fécondante. Les Mâles remplissent avec soin ces palpes quand ils se décident à aller trouver dans leurs toiles les Femelles la plupart du temps plus grosses et plus fortes de moitié. Voici ce que raconte de Geer, au sujet de la pariade. « Je vis une grosse Fpéire diadème femelle (Araignée à croix papale comme l'appelle Geoffroy) se balancer voluptueusement au centre de sa toile. Un pauvre petit Mâle s'approcha très lentement avec toutes les précautions possibles, recula plusieurs fois et s'approcha de nouveau en posant ses pieds avec lenteur. Tout d'un coup il sauta sur la Femelle et voulut l'embrasser. Mais mal lui en prit. La grosse mégère le saisit avec ses pinces, le tua d'un coup de crocs, l'enveloppa d'un tissu en le tournant comme un ballot et le suça entièrement en ne laissant que sa peau. Ce spectacle, dit le grand maitie du palais de Sa
Majesté suédoise, me remplit réellement de dégoût, de frayeur et de honte pour notre pau- \ re sexe, si avili parmi ces Insectes. »
Etatzeburg fut témoin de leur accouplement, le 15 septembre. Par un temps magnifique, au moment le plus beau de l'après-midi, sur un chantier dans la forêt, un couple d'Araignées vint prendre ses ébats; la Femelle descendait de temps à autre du milieu de sa toile avec lenteur pour aller au-devant du Mâle qui l'attendait respectueusement à l'extrémité du réseau sans s'avancer jamais vers le centre. Puis la Femelle se suspendit en ramenant ses pattes sur son corps, le dos en bas et la tète dirigée en avant, comme si elle était morte. Le Mâle s'avança de quelques pas, le dos tourné en bas aussi, par conséquent dans la môme posture que la Femelle qu'il enlaça par-dessous, à l'aide de ses longues pattes. Ces caresses durèrent environ un quart d'heure; puis le Mâle bondit tout à coup sur le thorax de la Femelle ; à ce moment son dos se trouvait tourné en haut et son abdomen était fortement relevé; les extrémités de ses palpes pénétraient dans l'orifice situé à la base de l'abdomen de la Femelle. Au bout d'une demi-minute, il lâcha prise et se relira; la Femelle alla lentement se remettre à l'affût dans sa toile. Un quart d'heure après, elle reprit la posture précédemment indiquée, et le Mâle revint aussitôt. Il recommença a la caresser avec ses palpes; il bondit plusieurs fois sur elle, et se recula ensuite chaque fois. Ce jeu dura environ une heure, après quoi la Femelle retourna se placer à l'affût, et le Mâie regagna sa toile, peu éloignée, où il demeura suspendu toute l'après-midi et toute la matinée suivante dans l'oisiveté la plus complète. Ratzeburg dit qu'il s'installe ainsi dans une toile étrangère parce qu'il admet, à tort, qu'il ne nidifie pas, mais « qu'il mène l'existence errante d'un célibataire ».
Les récits de Menge diffèrent un peu de la description précédente au sujetde certains détails ; en sorte que ces Araignées paraissent n'obéir à aucune règle fixe, pas plus dans leur accouplement que dans le reste de leur conduite.
A la fin de l'automne les Œufs sont suspendus avec leur sac résistant, dans quelque endroit abrité où ils passent l'hiver; l'abdomen des Femelles diminue alors tellement qu'on peut à peine les reconnaître. Elles meurent avant l'entrée de l'hiver. Celles qui survivent, cachées dans la mousse ou sous les écorces des
LUS GASTERACANTHES.
arbres, sont rares ; elles appartiennent à des couvées tardives.
Le genre Epeira renferme encore en Europe des espèces fort belles de mêmes dimensions ; mais la plupart sont plus petites, et sont réparties, depuis peu, entre plusieurs genres, qui diffèrent par la position des yeux et par d'autres caractères encore.
LES TÉTRAGNATIIES GNATHA