L'ARAIGNÉE AQUATIQUE COMMUNE
Fig. 1982.
Fig. I08Ï. — Argyronète sortant de l'eau et venant se reposer sur les feuilles pour guetter les proies qjni peuvent passer à sa portée.
Fig. 8083. — Argyronète venant de respirer et entraînant
avec elle une bulle d'air.
Fig. 19Si. — Argyronète construisant sa cloche.
Fig. 1082 il 10Si. — Les Agélénides (Argyroneta), de grandeur naturelle.
conjoints vivent en commun paisiblement. La Femelle pond deux fois par an : au printemps, dans les mois de mai et de juin, en été, dans le mois d'août; elle construit alors pour abriter sesÛEufs une nouvelle demeure, le Nid proprement dit, dont le sommet fait toujours saillie au-dessus de la surface de l'eau. C'est une sorte de cloche, très solidement construite, à tissu très résistant, divisé en deux chambres ; la supérieure contient les Œufs, l'inférieure tient d'habitation temporaire à la mère qui veille avec une vigilance admirable, prête à défendre ses Œufs et ses jeunes. De Troisvilles observa que les jeunes Araignées commencèrent à éclore le 3 juin, et s'élevèrent jusqu'à l'air qu'elles aspirèrent. Plusieurs d'entre elles se préparèrent de petites cloches le long d'une plante qui se trouvait dans leur bassin; mais elles n'en continuèrent pas moins à aller et venir dans leur Nid originel. Quelquesunes se jetèrent sur la dépouille d'une Larve de Libellule qu'elles mirent en pièces comme des Chiens affamés déchirant un morceau de viande. Le cinquième jour, elles effectuèrent Bredm. — VIII.
leur mue et l'eau fut recouverte de leurs dépouilles.
Les cloches qui constituent de charmantes maisons de soie leur servent également de retraite hivernale. DeGeer captura en septembre une Argyronète mâle qu'il conserva quatre mois dans un vase rempli d'eau. Elle établit une cloche très mince, de la grosseur d'un demi-œuf de. Pigeon, qu'elle fixa aux parois du vase à l'aide de fils irréguliers. Elle s'installa au centre de cette cloche remplie d'air, la tête dirigée en haut et les pattes rétractées. Le 15 septembre, on trouva l'orifice inférieur fermé et l'Araignée immobile dans sa vésicule aérienne. Quelques pressions rompirent cette vésicule dont l'air s'échappa sous forme de perles; l'Araignée quitta alors sa demeure endommagée. De Geer lui présenta un Cloporte d'eau (Asellus) qu'elle saisit et dévora immédiatement. Après trois mois de jeûne, elle se montra encore très vivace et disposée à festoyer. A l'état libre, l'Araignée aquatique s'installe volontiers, pour passer l'hiver, dans une coquille d'Escargot abandonnée, dont elle ferme l'ou- Inskctes. — 1.84
LA CLUBIONE SOYKUSE.
verture, à l'aide d'un tissu très arlistique (1). Domestication. — On élève volontiers l'Argyronète en captivité, mais il faut un vase pour elle toute seule ; car les impertinentes Épinoehes et les gros Insectes font avec elle mauvais ménage. Dans ce vase on jette quelque herbe aquatique qui permette à l'Arai-
gnée de construire son Nid. Il est amusant de la voir édifier sa merveilleuse petite cloche, de suivre ses voyages à la surface, d'où elle emporte au fond de l'eau la provision d'air qui lui donne l'aspect d'un globule argenté. Tant de patience, de travail, d'industrie, demandent grâce pour sa laideur.
LES DRASSIDES — DRASSIDM
Sachspinni n.
Caractères. — On groupe ici les Araignées dont le céphalothorax, rétréci à la région céphalique, et l'abdomen sont cylindriques ou ovoïdes, les pattes courtes, dont les tarses n'ayant que deux griffes ne présentent pas de fausses griffes. Les six filières cylindriques sont d'inégale grandeur, les inférieures sont plus plus fortes et plus longues; la disposition des 8 yeux varie, car ils sont rangés sur des lignes droites ou courbes ; les deux premières paires de pattes sont dirigées en avant, les deux postérieures en arrière.
LES CLUBIONES — CLUBIONA
Caractères. — Les caractères génériques sont les suivants : huit yeux assez écartés, dont la première rangée esta peu prèsrectiligne, tandis que la postérieure s'infléchit légèrement en arrière et se trouve composée par des yeux beaucoup plus écartés. Le céphalothorax est muni d'un sillon médian. Les pattes de la quatrième paire sont les plus longues. Les chélicères robustes présentent un étranglement très marqué en leur milieu. Elles sont toutes de couleur claire.
Mœurs, habitudes, régime. — Les Clubio-
nes vivent, pour la plupart, cachées sous les pierres, sous la mousse, danslescreux de murs, dans les crevasses des rochers et sous les écorces des arbres décrépits. Elles ne filent pas de toiles pour arrêter leur proie, mais elles se filent un abri. On remarque sur ces arbres des corpuscules d'un blanc soyeux, un peu bombés au centre et marginé à la périphérie en forme de boutons de chemise : ce sont les sacs ovulaires propres à plusieurs espèces de cette tribu qui se trouvent fixés contre la face interne des écorces, ou contre les troncs
(1) Voir Mémoires de Lignac, Plateau, etc.
décortiqués, ou bien .encore contre des feuilles roulées ensemble.
LA CLUBIONE SOYEUSE. — CrMBIO.\J HOLOSERICEA.
Atlasspinne.
Caractères. — On reconnaît cette espèce à son céphalothorax allongé et ovale dont la teinte fondamentale est d'un blanc jaunâtre ou brunâtre plus foncé en avant, à son abdomen également elliptique d'un gris violacé à pubescence argentée ; les pattes sont noirâtres a leurs extrémités et les chélicères sont d'un brun rouge ou bien noires; la Femelle mesure de 6mm,5 à llmm, et le Mâle 8mn',78.
Distribution géographique. — Celte espèce
connue partout en Europe aune aire de répartition très étendue ; elle ab onde même dans les jardins de Paris.
Mœurs, habitudes, régime. — Cette Clll-
biona, l'une des plus communes, se trouve fréquemment blottie au fond de ses cachettes favorites, dans nos jardins et même dans nos maisons. Elle y confectionne un sac remarquable parla finesse, la transparence et l'éclat argenté du tissu ; elle s'élance avec effroi hors de sa retraite lorsqu'elle y ressent quelque choc inattendu , ou lorsqu'on arrache le morceau d'écorce derrière lequel elle se croyait abritée. Al'époque de la pariade les deux sexes habitent un sac commun partagé en un étage supérieur et en un ét;ige inférieur au moyen d'une toile servant de cloison. Vers la fin de juin, la Femelle pond 50 à 60 Œufs; autant elle se montrait vivace jusqu'alors, et autant elle se montrait empressée à descendre à terre et à s'enfuir au moindre danger, autant elle se montre dès ce moment obstinée à demeurer auprès de son sac ovigère ou de sa progéniture ; à l'ap-
LA SÉGESTRIE SENOCULEE.
Fig. 1985. Kg. 1980.
Fig. l'J8ô. — La Ségcstric scnoculéc, Femelle très grossie. | Fig. 1086. — Mâle, très grossi. Fig. I'.)85 et 1!)8G. — Les Dysdérides [Segestria senoculala).
proche d'un péril, c'est tout au plus si elle se retire au fond de sa retraite qu'elle n'abandonne en tout cas jamais. En tout autre temps
ces Araignées sortent volontiers; elles recherchent de préférence les Nids des autres Araignées dont elles dévorent les Œufs.
LES DYSDÉRIDES — DYSDEHW.E
Iti'ihrenspiimrn.
Caractères. — Ces Araignées se distinguent par leurs six yeux, formant un groupe serré et par leur corps cylindrique reposant sur des pattes courtes, mais fortes, dont la première paire est très souvent la plus longue et dont les tarses n'ont que deux griffes, une fausse griffe unique à une seule dent; les palpes de la Femelle ont en outre une griffe non dentée.
Mœurs, habitudes, régime. — Les Dysdé-
rines se tissent dans les pierres, dans les crevasses, dans les tiges creuses, etc., des tubes d'une soie fine et serrée.
LES SÉGESTRIES — SEGESTRIA
Caractères. — Ces Aranéides se reconnaissent à leurs six yeux rapprochés qui sont à peu
Fig. 1987. — Disposition des yeux chez les Scgestries.
près d'égale grandeur et se trouvent disposés sur deux rangées ; la première à peine infléchie en arrière comprend les quatre yeux antérieurs ; la seconde comprend les deux yeux inférieurs représentant les yeux latéraux repoussés en dehors.
Distribution géographique. — Ce genre
renferme des espèces européennes, africai- •nes (du nord), américaines.
LA SÉGESTRIE SÉXOCLLKË. — SEGESTIIIA SENOCUL ATA.
Kellerspitine.
Caractères. — La partie antérieure du corps est allongée, ovalaire, d'un brun de poix luisant, deux fois plus longue que large, écourtée en avant et en arrière, l'abdomen cylindrique d'un jaune brunâtre, et orné d'un revêtement de poils; il porte sur la face dorsale une marque d'un brun foncé, figurant une rangée longitudinale formée de six ou sept taches qui diminuent vers l'arrière et qui sont réunies par une raie médiane. Les faces latérale et inférieure sont mouchetées de taches d'un brun foncé; les jambes et les tarses sont ornés de deux cercles noirs. Les extrémités des cuisses n'en présentent qu'un.
Mœurs, habitudes, régime. — Cette Séges-
trie, l'une des espèces les plus répandues et les plus communes, vit sous les pierres, sous les écorces d'arbres, dans la mousse, dans les creux des murs, sur les toitures en chaume ; elle s'installe dans une sorte de tube, assez
LES THOMIS1DES.
long et blanchâtre, ouvert aux deux bouts, et aux orifices duquel elle tisse des fils en tous sens pour s'opposer à l'entrée des Insectes ou d'autres Araignées. Elle se tient à l'affût à l'entrée de ce tube, le corps aplati, et les six pattes antérieures dirigées en avant. La victime qui s'engage dans ses (ils est aussitôt capturée et entraînée au fond du tube. L'Araignée se montre souple et audacieuse dans ses agressions ; car elle s'attaque à des Insectes bien plus gros et bien plus forts qu'elle, et même à des Guêpes qui sont redoutées de la plupart des autres Araignées.
Au milieu de l'été, les petits éclosent du sac ovigère à peu près sphérique ; ils se tiennent d'abord dans le nid maternel. Cette Araignée, qui se fait remarquer par son corps extrêmement allongé, mesure environ 10 à 11 millimètres.
Walckenaer a constaté que cette espèce est très peu sensible au froid ; il a trouvé en janvier 1830, sous desécorces d'arbres, une Araignée dont les mouvements étaient encore très vifs bien que le thermomètre marquât depuis huit jours 14 degrés au-dessous de zéro.
Nous signalerons encore la Ségestrie florentine ou perfide (Segestria perfida), qui est d'un
noir violacé avec les chélicères d'un beau vert métallique qui est commune dans les environs de Paris et à Paris même (fortifications).
LES DYSDÈRES — DYSDERA
Caractères. — Chez le genre Dysdera on peut distinguer deux yeux frontaux, les plus grands, quatre yeux latéraux superposés.
LA DVSDÈniî ÉRYTHRINE. — DYSDEli ElilTIIRINJ.
Caractères. ■ — Cette espèce des plus communes se reconnaît aisément à son corselet et à ses pattes rouges, à son abdomen blanc de
lait.
Mœurs, habitudes, régime. — Elle s'installe
sous les pierres, dans les caves et tous les lieux obscurs, et se loge dans un tube soyeux blanc disposé horizontalement ou verticalement suivant la disposition des lieux. D'après M. Simon, cette Dysdère se plaît dans le voisinage des Fourmilières dont elle massacre les habitants ; pour être plus à portée de ses victimes, elle s'établit même dans les demeures des Fourmis.