LES LYCOSES
Distribution géographique. — Elles abondent dans le monde entier.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Araignées vivent dans des endroits ensoleillés, humides, ou desséchés ; elles ne se construisent aucun abri; elles filent seulement pour construire leur coque ovigère et pour se transporter au loin ; les jeunes lancent de longs fils et sont souvent emportés avec eux dans les airs, quelquefois à de très grandes hauteurs.
LA PARDOSE A SAC. - I'AltDOSA SACCATA SEC AMENTATA.
Gartcnlûchsspiane .
Caractères. — Cette espèce est noire, revêtue d'une pubescence fauve et mesure au plus 6mm,5; elle porte une tache longitudinale jaunâtre sur la face dorsale du prothorax, une
Fig. 1994. — La l'ardose à sac portant sa coque ovigère.
tache noire bifurquée à la naissance de l'abdomen, deux rangées de taches noires sur la face dorsale de cette région, et des cercles noirs sur les pattes d'un brun jaunâtre (fig. 1994).
Distribution géographique. — Cette Par-
dose est la plus répandue dans toute la France.
Mœurs, habitudes, régime. — Celte Araignée se plaît surtout au voisinage de l'eau, et fréquente les prés et les jardins humides; elle se trouve dans les prairies alpestres jusqu'à 2,000 mètres (Simon). Au début de l'année elle compte parmi les premiers Articulés qu'on peut voir dans les endroits ensoleillés. L'accouplement a lieu de bonne heure ; en avril et mai, à moins d'un hiver extraordinairement prolongé, on voit les Femelles errer avec leur sac ovigère appliqué sur le ventre, parmi les feuilles sèches. Les petits, après leur éclosion, habitent encore longtemps le sac ; ils grim-
pent aussi sur le corps de leur mère. Ce sont eux qui plus tard, entre toutes les Araignées, voguent le plus hardiment dans les airs.
LES LYCOSES — LYCOSA
Caractères. — Ce genre se distingue aux caractères suivants : la partie antérieure du céphalothorax estrétrécie en avant ou parallèle et abrupte sur les côtés ; elle porte à sa partie supérieure, sur une saillie transversale, huit yeux. Leur disposition rappelle celle du genre précédent ; les quatre antérieurs, petits et presque égaux entre eux, forment une ligne droite ou un peu courbée en arrière ; les postérieurs sont plus petits et plus écartés ; les médians sont les plus gros, séparés par un espace égal à leur diamètre. Les pattes sont généralement robustes, la quatrième paire étant la plus longue; leurs tarses porlent deux griffes supérieures qui sont très dentées, tandis que la fausse griffe est sans dentelures. Comme marques caractéristiques, on trouve généralement : trois bandes longitudinales claires sur le prothorax ; des taches semi-lunaires foncées, successives ou confondues, ou bien une tache longitudinale foncée, pointue ou fusiforme, sur les parties latérales de l'abdomen qui sont mouchetées d'une poussière sombre. Le ventre est souvent noir, noir et rouge dans les grandes espèces, et généralement les jambes portent des demi-cercles foncés, à la partie inférieure. La Femelle a des filières courtes et cachées.
Distribution géographique. — Les grandes
espèces de Lycoses sont cantonnées dans les régions chaudes du globe; et sont représentées dans les deux Amériques, l'Australie, l'Asie méridionale et centrale, l'Afrique entière, et en Europe dans la zone de culture de l'Olivier; les espèces moyennes et petites pullulent sur toute la terre sous toutes les latitudes.
Mœurs, habitudes, régime. — Les grandes
Lycoses se logent dans des terriers profonds et cylindriques qu'elles tapissent de soie et qu'elles surmontent d'une muraille simulant la partie extérieure d'un puits; quant aux espèces plus petites les unes se creusent une retraite à la surface du sol, d'autres au moment de la ponte s'abritent sous une pierre et s'entourent d'un mur de terre; d'autres, ce sont les espèces de la plus petite taille, vivent toujours librement et n'ont aucune industrie, Toutes les Lycoses portent leurs coques ovigères suspendues à leurs filières ; elles y sont
LA LYCOSE TARENTULE
Fig. 1995. — La Lycose à taches ventrales, de grand, nal. i Fig. I99G. — La même, vue en dessous. vue on dessus. |
Fig. 1995 et 1996. — Les Lycosides iLes Lycoses tarentules).
si attachées que certaines d'entre elles ne s'en séparent môme pas lorsqu'elles vont à la chasse ; d'autres plus sédentaires, craignant qu'un accident imprévu ne les éloigne de leur progéniture, demeurent dans leurs terriers où les petits éclosent à l'abri de tout danger.
LA LVCOSE TARENTULE OU TARENTULE DE LA FOUILLE. — LYCOS.1 TJRENTVLA APVLltë (1).
Aputische Tarantel.
Caractères. — On ne peut affirmer que la Tarentule de la Pouille (Lycosa Tarentula Apu- Itœ) soit, d'après M. Simon (2), VAranea tarantula de Linnée, car à cette époque on croyait qu'il n'existait qu'une seule espèce de Tarentule répandue dans toute l'Europe méridionale ; c'est Rossi qui, le premier, l'a bien défini en précisant son habitat. La Femelle, qui mesure jusqu'à 37 millimètres, a le protothorax orné d'une bande marginale blanche
(1) On a récemment emprunté l'épitliète de Tarentula, que Linnée avait attribuée à la Tarentule d'Apulie, pour en faire un nom générique (Sundewall) ; mais à l'exemple de M. E. Simon, dont les connaissances arachnologiques sont si approfondies, nous suivrons la classification de Latreille, qui a créé (1804) le genre Lycosa, en prenant pour type la L. Tarentula.
(2) Eug. Simon, Rêvisiim des espèces européennes du groupe de la Lycosa tarentula. Ami. soc. Ent., 1870.
Breiiu. — VIII.
étroite, découpée, et d'une bande médiane fauve très large en avant, très étroite en arrière; ces bandes étant séparées par de larges espaces noirs à bord externe denticulé, revêtus d'une pubescence noire; l'abdomen, en dessus, d'un gris noirâtre, ponctué, tirant sur le fauve, est agrémenté vers le tiers antérieur de deux taches noires allongées et obliques, doublées de taches blanches du côté externe, et dans la seconde moitié de quatre bandes transversales noires bordées de blanc; le ventre, d'un beau rouge orange, est traversé par une bande médiane noire projetant de chaque côté en arrière une forte denticulation. Les régions claires du prothorax noirâtre sont d'une teinte rougeâtre également (fig. 1997).
Distribution géographique. — Cette Tarentule habite exclusivement l'Afrique centrale et méridionale ; il ne faut pas la confondre avec d'autres Lycoses du même groupe qui habitent l'Espagne (fig. 1995 et 1997), le Portugal, la Provence et la Barbarie.
Blœurg, habitudes, régime. — L'Araignée
ne quitte guère sa retraite pendant le jour; ce n'est qu'au crépuscule qu'elle se met à l'affût, blottie à l'orifice de son terrier; quand la nuit est arrivée, elle erre aux alentours en quête d'une proie (fig. 1997). Lorsqu'elle a saisi un Insecte, elle l'entraîne au fond de sa re- Iksectes. — 183
LA LYCOSE TARENTULE
traite, le dévore à loisir, et rejette au dehors les parties inutilisées qui bordent quelquefois l'entrée. Depuis le mois d'octobre jusqu'au printemps, on trouve la demeure de cette Tarentule abritée des intempéries, grâce à un paquet de débris végétaux de toutes sortes reliés entre eux à l'aide de fils et servant d'opercule. Souvent à l'époque où la Nature s'éveille, lasse de son sommeil d'hiver, les paysans en retournant la terre découvrent quelque Tarentule encore engourdie. Celle-ci, loin de songer alors à mordre, semble comme endormie et paraîl souffrir de l'éclat du jour; sa démarche est incertaine et oscillante ; elle semble ne savoir où s'enfuir pour se cacher. D'après Rcssi, le sac ovulaire, qu'elle porte fixé à l'extrémité de son abdomen, est blanc et deux fois plus gros qu'une Noisette; il renferme 600 à 700 ÛEufs blanchâtres, de la grosseur d'un grain de millet. Les petits, qui éclosent en août et en septembre, grimpent à tour de rôle sur le dos de leur mère, sur laquelle ils grouillent jusqu'à ce qu'ils aient acquis plus d'indépendance et se dispersent.
« La Tarentule, dit M. Léon Dufour (1), habile de préférence les lieux découverts, secs, arides, incultes, exposés au soleil (:!).
« Elle se tient dans des conduits souterrains, véritables terriers qu'elle se creuse elle-même. Cylindriques et souvent d'un pouce de diamètre, ces terriers s'enfoncent jusqu'à plus d'un pied dans la profondeur du sol ; mais ils ne sont pas perpendiculaires, ainsi qu'on l'a avancé.
« L'habitant de ce boyau prouve qu'il est en même temps chasseur adroit et ingénieur habile. Il ne s'agissait pas seulement pour lui de construire un réduit profond qui pût le dérober aux poursuites de ses ennemis ; il fallait encore qu'il établît là son observatoire pour épier sa proie et s'élancer sur elle comme un trait. La Tarentule a tout prévu. Le conduit souterrain a effectivement une direction d'abord verticale; mais à 4 ou 5 pouces du sol il se fléchit en angle obtus, forme un coude horizontal, puis redevient perpendiculaire. C'est à l'origine de ce coude que la Tarentule s'établit en sentinelle vigilante, ne perdant pas un instant de vue la porte de sa demeure; c'est là qu'à l'époque où je lui faisais la chasse, j'apercevais ses yeux élincelants comme des
(1) Léon Dufour, Observations sur la Tarentule, Ann. se. nat., 1835.
(2) Il s'agit de la Taieutula hispanica.
diamants, lumineux comme ceux du Chat dans l'obscurité.
« L'orifice extérieur du terrier de la Tarentule est ordinairement terminé par un tuyau construit de toutes pièces par elle-même et dont les auteurs ne font pas mention. Ce tuyau, véritable ouvrage d'architecture, s'élève jusqu'à un pouce au-dessus du sol et a parfois deux pouces de diamètre, en sorte qu'il est plus large que le terrier lui-même.
« Cette dernière circonstance, qui semble avoir été calculée par l'industrieuse Aranéide, se prête à merveille au développement obligé des pattes au moment où il faut saisir la proie. Ce tube est composé principalement de morceaux de bois secs mastiqués avec de la terre glaise et si artistement disposés les uns audessus des autres qu'ils forment une sorte d'échafaudage figurant une colonne creuse à l'intérieur. Ce qui établit surtout la solidité de cet édifice, c'est qu'il est tapissé en dedans d'un tissu ourdi par les filières de l'Araignée, tissu qui se continue dans tout l'intérieur du terrier.
« Il est facile de concevoir combien ce revêlement, si habilement fabriqué, doit lui être utile pour prévenir les inondations, les éboulements, les déformations, pour assurer l'entretien et la propreté et faciliter aux griffes de la Tarentule l'escalade de la forteresse.
» Lapremièrefois quejedécouvrislesclapiers de la Tarentule et queje constatai qu'ils étaient habités, en l'apercevant en arrêt au premier étage de sa demeure, qui est le coude dont j'ai parlé, je crus, pour m'en rendre maître, devoir l'altaquer de vive force et la poursuivre à outrance. Je passai des heures entières à ouvrir la tranchée avec un couteau pour investir son domicile. Je creusai à une profondeur de plus d'un pied sur deux de largeur, sans trouver la Tarentule. Je fus donc obligé de changer de plan d'attaque et je recourus à la ruse. La nécessité est, dit-on, la mère de l'industrie.
« J'eus idée, pourimiterun appât, de prendre un chaume de graminée surmonté d'un épillet et de frotter, d'agiter doucement celui-ci à l'orifice du clapier. Je ne tardai pas à m'apercevoir que l'attention et les désirs de la Tarentule étaient éveillés. Séduite par cette amorce, elle s'avançait à pas mesurés et en tâtonnant vers l'épillet et, en relevant à propos celui-ci un peu en dehors du trou pour ne pas lui laisser le temps de la réflexion, elle s'élançait souvent d'un seul trait hors de sa demeure
LA LYGOSE TARENTULE.
Fi;;. 109". — Lycose tarentule, do grandeur naturelle.
dont je m'empressais de lui fermer l'entrée. Alors la Tarentule déconcertée était fort gauche à éluder mes poursuites et je l'obligeais à entrer dans un cornet de papier que je fermais aussitôt.
« Quelquefois, se doutant du piège ou moins pressée peut-être par la faim, elle se tenait sur la réserve, immobile, à une petite distance de sa porte qu'elle ne jugeait pas à propos de franchir. Sa patience lassait la mienne; dans ce cas, voici la tactique que j'employais.
« Après avoir reconnu la direction du boyau et la position de laLycose, j'enfonçai avec force et obliquement une lame de couteau de manière à surprendre l'Animal par derrière et à lui couper la retraite en lui barrant le clapier. Dans cette situation critique, ou bien la Tarentule effrayée quittait sa demeure pour gagner le large ou bien elle s'obstinait à demeurer acculée contre la lame du couteau. Alors, en faisant exécuter à celle-ci un mouvement de bascule assez brusque, on lançait au loin et la terre et la lycose et on s'emparait de celle-ci. En employant ce procédé de chasse je prenais parfois jusqu'à une quinzaine de Tarentules dans l'espace d'une heure. Les paysans de la Pouille, au rapport de Baglivi, font aussi la chasse à la Tarentule en imitant à l'orifice de son terrier le bourdonnement d'un Insecte au moyen d'un chaume d'Avoine, dans lequel ils soufflent.
« La Tarentule, ajoute Baglivi, croyant pren-
dre une Mouche, est prise elle-même par l'insidieux campagnard. »
0»e la piqûre île la Tarentule. — Histoire
et légende* — On trouverait difficilement une Araignée dont la réputation soit à la fois plus terrible, plus erronée et plus vulgarisée que ,1a Tarentule ; dont le nom est d'ailleurs d'origine italienne : on désignait primitivement sous le nom de Tarentola ou de Soloftzzi uno Araignée venimeuse qui vit auprès de Tarente et dont la morsure est devenue le sujet des fables les plus extraordinaires. Ulysse Aldrovandi, qui a réuni (1), en 1602, tout ce que l'on savait à cette époque au sujet des Araignées, s'étend très longuement sur les effets de la morsure des Tarentules et sur les moyens de la guérir. Si l'on en croit cet auteur, il n'est pas un seul acte humain, aussi enfantin ou superstitieux qu'il soit, que l'on n'ait attribué à cette piqûre. Parmi divers autres symptômes, il dit en parlant des Jarentulaii, c'est-à-dire des gens mordus par la Tarentule : les uns chantent sans discontinuer, les autres rient, pleurent, ou gémissent ; d'autres tombent en léthargie, d'autres éprouvent des insomnies ; la plupart se plaignent de courbature, quelques-uns dansent, d'autres transpirent, d'autres encore éprouvent du tremblement ou des palpitations ; d'autres enfin accusent des troubles divers, parmi lesquels on cite l'impossibi-
( I ) Histoire naturelle.
LA LYGOSE TARENTULE.
lité de regarder les couleurs noire et bleue, tandis que la vue des couleurs rouge et verle cause des sensations agréables. Pour guérir les malheureux on leur jouait sur un instrument quelconque deux mélodies, la « pastorale » et la « tarentelle », danses que l'on trouve notées avec soin au sujet de ce traitement dans divers ouvrages (fig. 1998 et 1999). Le malade se mettait alors à danser jusqu'à ce qu'une suée abondante le jetât épuisé sur le sol. On le portait alors au lit où on le laissait dormir et où il se réveillait ensuile guéri; on ignore en réalité ce qui se passait en pareil cas.
O'Ksen décrit ainsi la maladie d'après les observations que fit le médecin suédois Kiihler dans le siècle dernier. Une personne devient plus silencieuse, elle paraît beaucoup réfléchir, puis devient inquiète, perd l'appétit, éprouve de la lourdeur dans les membres, elle n'a plus ni force ni énergie, elle sent une pression audessous du cœur et une grande inquiétude ; son teint jaunit; enfin ses dents se mettent à branler, son urine est fréquente et incolore ; tout son être devient mélancolique et farouche. Cet état dure quelquefois deux ou trois ans. On croit alors que la Tarentule l'a piquée quoique ni elle ni personne n'en sache rien, et on imagine que le mal peut être enlevé par la musique.
On fait alors venir des musiciens avec un violon ou une guitare pour jouer une mélodie particulière.
Au commencement le malade marque la mesure avec une voix caverneuse et lamentable, puis sa figure se colore et il se met tout à fait en danse. Plus la maladie est ancienne et enracinée, plus longtemps dure la danse, souvent jusqu'à deux heures sans interruption. Si les musiciens s'arrêtaient avant que l'accès fût passé on croit que le malade en mourrait.
Aux fausses noies il pousse un cri triste, tout son corps tressaille et il fait des gestes comme s'il éprouvait la plus vive douleur. Quelquefois le serrement de cœur et l'inquiétude sont si violents qu'il ne peut plus danser.
Il tombe alors dans une abondante transpiration, on lui donne un verre d'eau et de vin, et on le laisse reposer une heure. On le fait danser ainsi trois fois à un jour d'intervalle, mais toujours sur un air particulier, car aucun autre n'agit sur lui. Si dans l'intervalle il entend par hasard le même air, il ne peut pas s'empêcher de danser.
Ensuite, il n'en a plus aucune envie pen-
dant une année entière jusqu'au retour de la même saison où on emploie de nouveau le même moyen de guérison.
On signale des rechutes qui se seraient reproduites pendant vingt ans, trente ans, et même pendant toute la durée de la vie. Quand la maladie tire à sa fin il vient quelquefois, à une articulation, une grosseur sur laquelle on met des feuilles de Concombre sauvage.
On prétend que la morsure de la Tarentule serait plus grave pendant la canicule qu'à toute autre époque. D'après l'assertion de Valletla, on ne connaîtrait pas un seul exemple de Tarentule ayant mordu un Homme en automne, en hiver, ou pendant le printemps. On prétend aussi qu'une Araignée est plus dangereuse qu'une autre, que l'Araignée de la Pouille ne fait point de morsure nuisible quand on la porte à Rome ou dans un pays plus septentrional.
Ces billevesées et d'autres du même genre ont été admises à titre de vérité jusqu'au commencement de ce siècle, non seulement par le populaire, mais encore par quelques médecins isolés. Baglivi, quoique savant médecin, avait été trompé à l'égard du tarenlisme, sur lequel il a écrit un traité spécial, où l'on trouve notés les airs les plus favorables à sa cure (1). Elles ont eu l'avantage d'attirer la curiosité des gens les plus sagaces sur ces Animaux fabuleux et de permettre ainsi de réduire dans la mesure de la vérité les effets de cette morsure.
Dès l'époque de l'abbé Nollet, en Italie, on ne croyait plus déjà à cette prétendue maladie, et le savant physicien dit qu'il n'y avait que les vagabonds et les charlatans qui se disaient piqués delà Tarentule, pour qu'on les fit danser et se procurer des aumônes.
Pendant son séjour à Tarente, X... fit venir deux musiciens pour apprendre cet air. Une jeune fille qui traversait la chambre se mit à danser aussitôt qu'elle entenditl'air, et continua pendant trois heures, quoiqu'il n'eut pas été question de piqûre de Tarentule. Un noble Polonais, Von-Bori'h, obtint d'un Napolitain à la fin du siècle dernier, en échange d'un cadeau, qu'il se fît mordre le doigt en sa présence. La main devint le siège d'une certaine inflammation, les doigts enflèrent et furent en proie à une vive démangeaison, mais le malade fut bientôt complètement rétabli. Léon Dufour et Joseph
(1) Voyez Hccker, Mémoire sur lu chorée ëpidémique du moyen âge [Ann. d'Hyg.), 1" série, tome XII, p. 303 ; XXI, p. 252, et Roudin, GéQjrapMe médical,', I, p. 371.
LA LYCOSE TARENTULE
POl'R PIANO.
POUR Gl.ITARE
Fig. 1998 et 1999. - Musique de la Tarentelle.
Erkcr confirmèrent par des expériences nouvelles faites sur eux-mêmes l'innocuité de la morsure des Tarentules et constatèrent que leur morsure n'est dangereuse qu'aux petits Insectes dont elles font leur nourriture. Ainsi, cette Tarentule, si redoutée, se comporte en Italie, aussi bien que dans l'Europe centrale et septentrionale, comme ses nombreux compagnons dû genre. Lycose, et n'offre pas plus de dangers pour l'Homme.
La danse de la Tarentelle qui a lieu pendant l'été et qui, sous le nom de 11 Carnavalet to de/le Donne (petit carnaval des femmes), remonte d'après les chroniques jusqu'au quinzième siècle, a une origine essentiellement différente. On s'en rend compte en suivant l'histoire de la « danse estivale au moyen âge » et en constatant que le Danemark, la Suède, l'Angleterre, la France et l'Allemagne ont été le théâtre de danses analogues à la Tarantola des Italiens. Toutes les épidémies de danses des temps anciens ont été surpassées par une certaine danse de Saint-Jean, qui n'a rien de commun avec la piqûre de la Tarentule et qui, en 1374, a répandu ses ravages sur les bords du Rhin et de la Moselle ainsi que dans les Pays-Bas. Jeunes et vieux, Hommes et Femmes, tous les malades atteints de cette épidémie abandonnaient les maisons et les cours et passaient en dansant de villes en villes. Aix, Cologne, Metz, Maestrieht, Liège, et d'autres endroits sont devenus célèbres en raison de cette épidémie. Les malades dansaient. dans les rues, dans les églises et dans toutes les places assez larges, en bonds farouches et délirants jusqu'au moment où ils tombaient d'épuise-
ment. Dans ces scènes de délire, la chasteté et la pudeur étaient tombées dans l'oubli le plus complet. Sous le nom de danse de Saint- Guy, cette épidémie de danse a sévi ailleurs, en perdant peu à peu du terrain, dans des temps plus modernes ; elle se rattachait presque toujours à quelque pèlerinage (1).
Toute la maladie n'a pas d'autre cause qu'une sorte d'hypocondrie produite par la vie sédentaire, principalement chez les Femmes.
, ikomestication. — Si effrayantes qu'elles soient à première vue, ces fortes et grandes Araignées se laissent apprivoiser. Léon Dufour conserva vivante pendant plus de cinq mois, emprisonnée dans un verre couvert avec du papier, une Lycose Tarentule d'Espagne (2) (Taranliila hispanica). Le verre fut placé dans une chambre à coucher sur une table. Li Tarentule s'accoutuma bien vite à sa nouvelle cellule et devint avec le temps si familière qu'elle venait chercher dans les doigts de son maître une Mouche vivante. Après avoir donné à sa victime le coup de grâce en lui inoculant le venin de ses chélicères, elle ne se contentait pas, ainsi que le font beaucoup d'autres Araignées, de sucer la tête de sa victime, mais elle lui meurtrissait encore tout le corps en l'enfonçant dans sa bouche avec les antennes-pinces. Elle rejetait ensuite les restes de la Mouche et les balayait à distance de sa cachette. Après avoir pris son repas, elle manquait rarement de faire sa toilette qui consistait à brosser avec les tarses
(1) Baglivi, Diss. du anatome, morsu et affeclibus tarenluls, 1 7 45.
(2) Léon Dufour, toc. ail.
LA CALLIETHÈRE PARÉE.
ses mandibules et ses antennes. Ceci fait, elle reprenait son attitude d'immobile gravité. Le soir et la nuit étaient ses temps de promenade; elle cherchait alors à s'échapper. On l'entendit gratter plusieurs fois le couvercle en papier de sa prison; ces habitudes nocturnes ont confirmé quelques Naturalistes dans
l'opinion que le plus grand nombre des Araignées peuvent distinguer les objets aussi bien pendant la nuit que pendant le jour. A la fin de juin, la Tarentule changea de peau et cette mue, qui fut la dernière, n'altéra point sensiblement la couleur de son vêtement ni la grosseur de son corps.