LES ATTIDES OU SALT1GRADES
Caractères. — Cette famille comprend les Araignées qui se reconnaissent aux caractères suivants : le céphalothorax plus long que large
Fig. 2100. — Disposition des yeux des Attides (Callietliera scenica).
est tronqué plus ou moins carrément en avant à face carrée; leurs huit yeux très inégaux sont disposés en carré sur trois rangs ; les quatre yeux de la rangée antérieure, et surtout les deux médians, sont très grands ; les yeux antérieurs externes et les yeux postérieurs du vertex sont semblables, au point de vue de leurs dimensions et de leurs dispositions relatives, à peu d'exceptions près (Salticus); les yeux latéraux, situés presque en ligne droite entre les précédents, sont extrêmement petits (fig. 2000) ; ces Araignées, qui possèdent la faculté de bondir, ont les pattes puissantes ; la troisième paire est souvent la plus longue; il n'y a pas de fausse griffe aux tarses, qui portent des griffes véritables, souvent très longues, pectinées, parfois munies de poils en touffes. Ces Araignées, généralement petites, dont quelques-unes rappellent les Fourmis au [joint de vue de la conformation, constiluaïent jadis le seul genre Alla; elles ont été répar- 1ies depuis dans un grand nombre de genres souvent élégamment bariolés, différemment suivant les sexes.
Distribution géographique. — Ces Araignées sont extrêmement nombreuses et pullulent dans le monde entier, surtout dans les régions chaudes.
Mœurs), habitudes, régime. — Ces Araignées essentiellement diurnes sont d'habiles chasseresses ; rien n'est amusant comme de suivre leurs évolutions en quête d'une proie ; souvent, lorsqu'elles la jugent à portée, elles
s'élancent sur elle d'un seul bond et lui implantent leurs chélicères dans le corns ; rarement elles manquent leur coup, mais pour prévenir les chutes malheureuses elles ont toujours la précaution de filer un câble qui prévient toute catastrophe en les tenant suspendues au-dessus de l'abîme. A rencontre de la plupart de leurs congénères, elles ont un caractère sociable et se groupent souvent en petites familles. Elles installent sur les plantes ou sur les pierres un Nid soyeux en forme de sac ovoïde ou sphérique, dans lequel la Femelle dépose sesOEufs.
LES SALTIQUES — SALTICUS
Caractères. — On a divisé récemment l'ancien genre Salticus en plusieurs autres, en se basant sur des différences très peu accentuées, relatives surtout à la disposition des yeux; ceux de la troisième ligne sont aussi gros que les latéraux de la première ligne, un peu plus écartés. Les chélicères du Mâle sont très longues, horizontales, celles des Femelles sont courtes et verticales.
Distribution géographique. — Ce genre ne
comprend plus que deux espèces européennes, notamment le Salticus formicarius, qui est commun dans toute la France et l'Europe.
LES CALLIETHÈRES — CALLIETHERA
Caractères. — Les yeux antérieurs sont très inégaux et en ligne droite; ceux de la troisième ligne sont plus petits que les latéraux de la première ligne également écartés; ce genre est caractérisé surtout par l'absence presque totale d'épines aux pattes.
LA CALLIETHÈRE PARÉE OU SALTIQUE ARLEQUIN — SALTICUS SCENICUS.
Harlekins-Hûpfspinne.
Caractères. — En mai et en juin, les Mâles,
LA CALLIETHERE PAREE.
Fig. 2002. Fig. S00I. Fig. 2003.
Fig. 2001. - Le Saltiquo arlequin, de grand, nat. i Fig. 2003. — Màlc, 1res grossi.
Fig. 2002. -- Femelle, très grossie. I
Fig. 2001 a 2003. - Les Auidus [CcUIMhera scenica).
longs'de 5mm,16, onfdes palpes complètement développés et très saillants ainsi que les griffes antennaires. Les marques de ces Animaux délicats sont quelque peu variables ; ordinairement le prolhorax ovoïde, rétréci en arrière, porte une large bande latérale de poils blancs; on en trouve également sur la face jusqu'en arrière des yeux antérieurs, et derrière une tacbe bifurquée qui peut s'élargir en forme de cercle. L'abdomen ovoïde, allongé, dont la face dorsale est d'un brun velouté ou d'un noir luisant, porte quatre marques blanches incurvées dont les deux médianes sont interrompues et présentent plutôt l'aspect de rayures obliques ; il existe en outre souvent entre elles de petites marques angulaires jaunâtres; sur le ventre domine une teinte blanc grisâtre ; sur la poitrine velue et blanchâtre une teinte noire, et sur les pattes qui présentent des écailles blanches au milieu des cuisses une teinte brunâtre. La Femelle mesure 2mm,23 de plus que le Mâle (fig. 2001 à 2003).
Mœurs, habitudes, régime. — Dès les premiers jours du printemps on voit paraître sur les murs, sur les cloisons en planches, sur les croisées, et sur les autres parois ensoleillées, le Saltique d'Arlequin. 11 erre, çâ et là, en quête d'une Mouche ou d'un Moustique. Lorsqu'il a découvert une proie, il s'en approche en rampant et se jette d'un seul bond sur son dos, entraînant à sa suite un fil qui lui sert à assurer sa descente. Une ou deux morsures suffisent à priver la Mouche de tous ses moyens de résistance ; l'Araignée redescend alors, et, tenant sa victime au-devant d'elle, se met en devoir de la sucer. Pendant cette occupation, elle surveille avec prudence tout ce qui pour-
rait la troubler, et se dérobe tantôt à droite, tantôt à gauche, suivant les événements. Ses mouvements sont parfois véritablement comiques ; en fixant son attention sur elle, on no peut méconnaître la ruse qu'elle déploie et le véritable plan d'attaque qu'elle suit pour s'emparer d'une Mouche. On peut observer ses manœuvres, par exemple, sur la rampe en bois d'un escalier ou sur le châssis d'une treille. Tandis que les Mouches et d'autres Insectes s'y installent volontiers sur la face exposée au soleil, l'Araignée se tient à l'affût sur la face opposée, comme assurée de la convenance de cette place. Elle grimpe par-dessus la rampe de façon à surgir juste au-dessus de la Mouche qu'elle sait se tenir de l'autre côté et à se jeter sur elle du haut de son poste. Si la direction qu'elle a suivie ne l'amenait pas juste sur sa victime, elle remonte au-dessus d'elle en passant en avant ou en arrière, et s'esquive de nouveau par-dessus la rampe sans se faire remarquer ; elle cherche alors à rectifier sa direction, toujours à la parlie supérieure de la rampe, de manière à tomber sur sa proie exactement. La Mouche, de son côté, poursuit sa route sans souci ; l'Araignée marche parallèlement à elle, se retourne en même temps qu'elle, en sorte que toutes deux paraissent animées d'une volonté unique. Parfois la Mouche prend son vol et revien t se poser en arrière de l'Araignée. Avec la rapidité de l'éclair celleci fait volte-face au même instant, de façon à ne pas perdre de vue sa victime ; après de telles manœuvres, effectuées avec une patience inouïe, l'Araignée saisit enfin le moment propice pour exécuter le bond qu'elle préméditait, et rarement elle manque sa victime.
LES ACARIENS
LES ERÈSIDES — ERESIDM
Caractères. — Ces Araignées autrefois confondues avec les Attides doivent en être séparées, car elles présentent des caractères qui les en éloignent profondément. Le céphalothorax a la région céphalique très convexe, nettement séparée de la région thoracique ; sa forme rappelle les Gastéracanthes. La disposition des yeux les différencie essentiellement des familles précédentes : les yeux latéraux, formant un grand carré, sont en effet très éloignés des yeux médians, qui se trouvent très rapprochés et sont disposés en un petit carré. On les distingue également à leur conformation trapue, à leur abdomen presque quadrangulaire, à leurs pattes courtes et épaisses.
LES ERÊSES — ERESUS
Caractères. — Ce genre unique, qui renferme des espèces d'une beauté remarquable, a les caractères de la famille.
Distribution géographique, — Ce Sont des
Arachnides qui se rencontrent dans l'Europe
méridionale et plus rarement dans l'Europe centrale.
L'ERESE CINABRE. — ERESUS CIXJBERINVS SEU QUÂDRIGVTTÂTVS-
Karminrothe Springspinne.
Caractères. — Cette Erèse compte parmi les plus belles espèces d'Arachnides ; elle est d'un noir velouté; la face dorsale de son abdomen est d'une teinte rouge- orangée; elle est ornée de quatre points noirs entourés d'un petit cercle blanc figurant un quadrilatère. Les pattes antérieures sont cerclées de blanc, et les postérieures sont d'une couleur rouge écarlate jusqu'en leur milieu.
Distribution géographique. — Bien que la véritable patrie de cette belle Araignée soit les pays méridionaux, on la rencontre quelquefois aux environs de Paris. Taschenberg en a capturé auprès de Halle. On en a trouvé égalementdans le voisinage; elles paraissent se tenir sur les roches porphyriques ensoleillées des bords de la Saale.
LES ACARIENS
ACARINjE
Milben .
Un ne connaît guère parmi le peuple innombrable des Acariens que quelques types isolés, et si leur aspect extérieur est assez connu des Savants, leur mode d'existence offre encore aujourd'hui des lacunes très nombreuses, et leur étude ouvre aux Naturalistes un champ fertile en découvertes; souhaitons que leur sagacité soit mise enjeu, comme l'a été celle de leurs prédécesseurs.
Les Acariens constituent un monde fort intéressant d'Animaux, pour la plupart microscopiques, dont les formes et les mœurs sont extrêmement variées. Un petit nombre d'entre eux seulement atteignent des dimensions assez grandes pour être observés sans le secours du microscope ; la plupart vivent rassemblés en
masses innombrables et se présentent sou» l'aspect d'amas informes et mobiles, recouvrant d'une sorte de poussière les matières animales et végétales les plus diverses; on en trouve souvent dans les substances alimentaires desséchées, la farine, le fromage, sur les plantes utilisées pour le tissage ou pour l'alimentation. 11 nous suffira de citer les Acariens, qui détruisent les collections entomologiques, ceux du fromage ; de rappeler que le revêtement blanchâtre des prunes cuites n'est pas formé toujours par du sucre, mais que parfois il est constitué par des millions d'infimes Acariens. Si ces Animaux méritent déjà de fixer notre attention, ceux qui vivent en Parasites sur l'Homme ou les Animaux, et qui
LES ACARIENS
Fig. 2001.
Fie. 2005.
Le ïïombidion soyeux, grossi huit fois.
Le Rouget ou Aontat ou Lepte automnal,
Larve du Trombidion soyeux, grossi 100 fois (d'après Mégnin),
Fig. 2004 et 2005. — Les Trombidides (Trornbidium).
sont pour eux une cause de souffrances et de dégoût, en produisant les affections cutanées connues sous le nom do gales, doivent exciter davantage encore notre intérêt.
Caractères. — Indépendamment de leur taille plus petite, les Acariens diflèrent des Araignées proprement dites, au point de vue de l'aspect extérieur, par leur corps non articulé. La tête, le thorax, l'abdomen se confondent entièrement; dans quelques cas, cependant, un sillon dorsal transverse indique leurs limites respectives. On trouve à l'extrémité antérieure de la face dorsale deux yeux simples ; rarement il en existe quatre ; mais souvent ils font complètement défaut. Quant aux pièces buccales elles varient de forme à l'infini : tantôt elles sont disposées pour effectuer des morsures, tantôt elles sont constituées pour opérer la succion, nous en parlerons autant qu'il sera nécessaire, à propos de chaque famille. Les chélicères se modifient également suivant les conditions biologiques : ce sont tantôt des stylets, des griffes ou des pinces. La première paire d'appendices, c'est-à-dire les palpes maxillaires, présente aussi de nombreuses variations ; la seconde paire, en revanche, est disposée pour l'ambulation comme chez les Araignées véritables, c'est-à-dire construite comme les pattes; aussi a-t-on rangé les Acariens parmi les Animaux octopodes, c'est-à-dire à quatre paires de pattes.
Le système nerveux consiste simplement en une petite masse ganglionnaire résultant de la fusion du cerveau de la chaîne ganglionnaire.
Le tube digestif s'étend en ligne droite depuis la bouche jusqu'à l'anus qui est très rapproché de la partie antérieure de la face ventrale; Brebm. — VIII.
chez un petit nombre d'espèces il offre l'aspect d'un tube simple assez court; mais chez la plupart l'estomac émet de part et d'autre plusieurs prolongements cœcaux dont les directions et les ramifications présentent quelque variété ; il existe souvent (fxodes) des glandes salivaires et quelquefois deux tubes de Malpighi {Gantasus).
On n'a pas encore pu découvrir de cœur, ni de vaisseaux; le sangest répandu librement dans la cavité générale et les espaces interorganiques.
A l'exception des Sarcoptes, chez lesquels on n'a pas encore découvert d'organes appropriés à la respiration, l'échange des gaz se fait à l'aide de trachées qui s'embranchent sur le tronc principal et aboutissent au stigmate aérien sans se ramifier davantage. Il n'existe généralement que deux stigmates qui se trouvent cachés au voisinage de la base des chélicères ou qui s'ouvrent librement derrière la quatrième ou la troisième paire de pattes.
L'appareil reproducteur mâle comprend une ou plusieurs paires de glandes spermatogènes, un canal déférent commun dans lequel se déverse le produit d'une glande accessoire ; l'appareil femelle se compose de deux ovaires dont les conduits déférents forment un oviducte dans lequel s'abouche une paire de glandes accessoires. Les orifices sexuels sont situés à la face ventrale, assez loin de l'anus; chez les Mâles, ils sont parfois très rapprochés de la bouche.
Les Acariens sont généralement ovipares, quelques-uns sont ovovivipares. Les petits, au sortir de l'OEuf, subissent plusieurs mues; au début, ils diffèrent essentiellement de leur mère par leur conformation extérieure ; il leur manque notamment une paire de pattes, ce Insectes. — 180
LE TROMBIDION SOYEUX.
qui fait songer aux Métamorphoses incomplètes des Insectes; quelquefois (Hydrachnides) à celte Larve hexapode active succède une Larve parasite immobile, ressemblant à une Nymphe qui est remplacée par une Larve octopode active ressemblant à l'adulte, mais dépourvue d'organes génitaux.
Certains Acariens, ainsi que l'a constaté M. Mégnin, possèdent une faculté remarquable lorsqu'ils sont menacés d'une mort inévitable par suite de la sécheresse ou de la disette ; leurs Nymphes, au lieu de donner naissance en changeant de peau à de jeunes
Mâles ou à de jeunes Femelles, subissent un arrêt de développement et laissent sortir de leur dépouille une forme octopode qui n'a plus aucun caractère de l'espèce, ni du genre, mais qui est remarquable par ses téguments cuirassés, par l'absence de rostre et par d'autres particularités : cette forme nouvelle a reçu le nom d'Hypope ; tel est, par exemple, l'Hypope du Tyroglyphus roslroserratus. Lorsque les conditions favorables à l'alimentation et à la multiplication deviennent favorables, les Hypopes deviennent inertes, muent et donnent le jour aux Acariens sexués.
LES TROMBIDIDES — TR0MBID1N.E
Luùfinilben.
Caractères. — Ces Acariens sont pourvus ou dépourvus d'yeux ; leurs chélicères sont en forme de stylets ou disposés en regard l'un de l'autre comme les deux lames d'une paire de ciseaux avec un crochet à l'extrémité; leurs palpes maxillaires, contournés et courts, sont terminés par deux articles dont l'un ou les deux sont armés d'ongles; leurs pattes ambulatoires sont trapues, à cinq ou six articles terminés par des ongles crochus accompagnés'du non d'un caroncule adhésif; leur respiration s'effectue au moyen de trachées qui s'ouvrent dans une ou plusieurs paires de stigmates ; le tégument mince est généralement revêtu des couleurs les plus vives.
Blirurs, habitudes, régime. — Ils se tiennent, pour la plupart, sur les plantes ou sur la terre, et courent avec une grande rapidité ; les uns mènent pendant leur jeunesse une existence parasitaire sur les Mammifères et même sur l'Homme, ou bien sur les Animaux articulés dont ils se rapprochent le plus; ils présentent en partie, pendant cette période, l'aspect d'Araignées munies de six pattes. Ceux qui vivent sur les plantes présentent des mœurs assez analogues aux Pucerons. Quelques-uns confectionnent à la face des feuilles un revêtement soyeux très fragile et accomplissent leurs œuvres de dévastations au-dessous de ce tissu argenté; c'est là qu'ils sucent la sève, et qu'ils se multiplient. Lorsque leurs colonies ont pris un accroissement considérable, les plantes prennent une apparence maladive et présentent des excroissances en forme de Galles qui servent de résidence à ces Cirons.
LES TROMBIDIONS — TliOMBIDIUM
Caractères. — Ils sont pourvus d'yeux pédoncules; leurs chélicères sont armées de griffes courtes, mobiles de bas en haut; leurs palpes maxillaires, en forme de crochet aigu, sont grands et portent un appendice de cinq articles ; et leurs deux stigmates s'ouvrent sur la face interne des chélicères.
LE TROMBIDION SOYEUX. — TROMBIDIUM HOLOSEIilCEUM.
Sammctmilbc.
Caractères. — CetAcarien, d'un rouge écarlate, mesure un peu plus de 2mm,2o de long. Le corps est mou, presque pyriforme, fortement bombé et présente des rides. Le rostre est formé des deux chélicères, très petites, en forme de ciseaux, et presque entièrement recouvertes par la lèvre inférieure ; auprès de lui s'avancent les palpes composés de cinq articles dont l'avant-dernier est muni d'un crochet; au-dessus d'eux se trouvent les deux yeux. Les tarses sont terminés par deux griffes. Pagenstecher a étudié en détail, dans ces derniers temps, l'anatomie et le développement de cet intéressant Animal; mais nous ne pouvons approfondir ici ce sujet.
Mœurs, habitudes, régime. — On trouve
le Trombidion soyeux dans les endroits humides, courant sur les pierres ou installé sur les plantes, notamment sur des Malvacées. While a rencontré des pierres siliceuses cou-
LE TÉTRANYQUE TISSERAND.
vertes d'OHufs de cet Acarien ; un examen minutieux lui a permis de reconnaître que ces productions ne sont autres que les prétendus végétaux cryptogames décrits jusqu'alors sous le nom de Craterium pijriforme. Leurs Larves, munies de six pattes, ont été décrites comme des êtres particuliers et rangées dans un genre spécial, le genre Leptus, sous le nom de Leptus autumnulis, vivant en Parasites sur les Faucheurs, sur les Pucerons et une foule d'autres Arachnides ou Insectes ; s'introduisent souvent sous la peau de l'Homme et des Animaux, et causent des démangeaisons insupportables; ces animalcules sont connus sous le nom de /iougets, de Aoûtat, etc. C'est à M. Mégnin (1) qu'on est redevable de la connaissance de la vie évolutive des Leptus. Les Leptes automnales, les Rougets, les Aoûtats ne sont donc que les Larves des Trombidions soyeux.
De juillet en septembre on trouve les Leptus en s'aidant d'une forte loupe sous forme de points d'un rouge orangé accumulés en grand nombre sur les herbes desséchées, surles chaumes, etc.; c'est de là qu'ils grimpent sur le corps des Animaux, surtout des Chiens, des faucheurs ou des gens qui s'étendent imprudemment sur les gazons infestés. De même que les Tiques, ils pénètrent au moyen de leurs rostres à la base des cheveux et surtout des poils follets du corps et des membres en produisant une sensation de morsure et une démangeaison intolérable ; au point piqué la peau se gonfle et prend l'aspect d'une petite tache rouge ou violacée. On éteint le prurit en se débarrassant de ces ennemis, ce que l'on fait aisément à l'aide d'une lotion de benzine, d'alcool ou d'une solution de tabac, qui les tue.
Dans les pays chauds on trouve des espèces de Trombidions beaucoup plus importantes, qui atteignent jusqu'à 11 millimètres de long et dont la conformation est analogue. Mais leur surface perd son aspect velouté en raison de la longueur plus grande des poils qui forment un revêtement soyeux et qui sur la face interne des pattes composent des houppes plus longues encore. Parmi ces espèces se range l'Acarus des teinturiers {Trombidium tïnctorium) qui vit en Guinée et qui est utilisé pour la fabrication d'une couleur rouge.
i) Mégnin, Ana. Se. nat., 1877.
LES TÉTRANYQUES — TETRANYCHUS
Caractères. — Leur rostre est armé de crochets en forme de hameçons; leurs chélicôres ressemblent à des stylets; leurs palpes maxillaires de quatre articles portent une forte grille ; les deux paires de pattes antérieures, dont la première est la plus longue, sont très éloignées de la paire postérieure. A la partie antérieure de la face dorsale, on remarque deux petits yeux, à l'aide d'un fort grossissement. Ces Acariens sécrètent de la soie. Le genre Tétranyque peut être considéré comme type d'une tribu.
Mœurs, habitudes, régime. — Ainsi que l'a signalé Linné, ces Acariens sont souvent très nuisibles aux plantes cultivées en serre. Beaucoup de végétaux (Haricots, Campanules, Roses trémières, Dahlias, Liserons, Sureaux, Charmes, Ormes, etc.) sont atteints; les Tétranyques attaquent la face inférieure de leurs feuilles; il est présumable que ces malfaiteurs appartiennent à plusieurs espèces; quoi qu'il en soit, ils déterminent une maladie que les jardiniers français appellent la grise, donnant aux feuilles une apparence languissante et une couleur grisâtre.'
LE TÉTRANYQUE TISSERAND. — TÉTBAIfTCHVS TELAUWS SEU TILIÂHUM SEU SOCIUS-
Wilbenspinne.
Caractères. — Cet Acaride mesure à peine lmm,I2 de long; il est d'une couleur orangée, et les parties latérales de son corps ovoïde portent de chaque côté une tache rougeâtre et des poils très fins.
Mœurs, habitudes, régime. — Les branches, cl notamment les troncs des vieux Tilleuls, présentent parfois un aspect fort singulier, lorsque, dépouillés deleurs feuilles, ils se trouvent recouverts du haut en bas, sur la face exposée au soleil, d'un revêtement lisse etbrillant comme de la glace. En y regardant de près, on trouve sous ce tissu soyeux des millions d'Acariens jaunâtres qui s'y installent pour y passer l'hiver. Ils s'y trouvent déjà en été, mais ils vivent alors à la face inférieure des feuilles, dont ils puisent les sucs, à l'abri d'un revêtement qu'ils tissent. On peut, dans la saison propice, en voir des centaines au-dessous d'une feuille; on en trouve de tout âge, et même à l'état d'CEufs. Lorsqu'ils existent en grandes masses,
LES PHYTOPTIDES.
Fig. 2006. — Le Cheylètes érudit à l'état de Nymphe. — a, le rostre ; 4, palpes maxillaires et leurs appendices; c, saillie de la partie postérieure du corps.
les branches sont recouvertes de leurs tissus ; mais leurs colonies frappent moins les regardsj à cette époque, parce qu'elles se trouvent masquées par le feuillage.
LES CHEYLÈTES — C1IEYLETUS
Caractères. — Ce sont des Acariens aveugles, à corps ovale aplati, à téguments mous, finement striés, revêtus de poils rares disposés par paires, à rostre volumineux, à palpes énormes pourvus au deuxième article d'un seul crochet en forme de faulx, au troisième article de cirres pectines ou simples, à pattes allongées et grêles, terminées par deux crochets et un cirre fourchu. Ce genre est le type de la tribu des Cheylétines (1).
Mœuri), habitudes, régime. — Les U11S sont vagabonds, comme le Cheylètes erudilus, Lat., que nous représentons (fig. 2006), qui vit dans les vieux livres, ce qui lui a valu son nom, dans le vieux linge, les vieilles étoffes, les fourrages avariés, les poussières de greniers ; les autres sont parasites, comme le Cheylètes parasitivorax, Mégnin, qui s'installe dans le fond du pelage des Lapins où il dévore les Parasites vrais, notamment lesListrophores (Mégnin).
Nous signalerons encore parmi les Trombidides Y Harpirhynchus nidulans, Mégnin, qui vit en colonnes innombrables dans des tumeurs qui ne sont autres que des follicules plumeux hypertrophiés chez l'Alouette, le Myobia musculi, Claparède, qui a son lieu d'élection sur la tête et le museau de la Souris.
LES PHYTOPTIDES — PHYTOPTID.E
Caractères. — Ces Acariens au céphalothorax court, à l'abdomen allongé et annelé, ont deux paires de pattes antérieures terminées par
(1) Mégnin, Les Parasites et les maladies parasitaires,
des griffes ou un appareil d'adhérence, tandis que les deux paires de pattes postérieures sontrudimentaires.
Leurs piqûres provoquent sur les plantes les plus diverses des excroissances en forme de
LES HYDRACHNIDES.
Galles qui sont remarquables pour la plupart par le feutrage que forment à leur superficie de longs poils charnus et qu'on prenait jadis pour un amas de Champignons.
Sauf le Phyloplus vilis, qui a fait l'objet des
recherches de Landois et de Donnadieu, on n'a pas encore suffisamment étudié ces Acariens microscopiques pour distinguer les différentes espèces, qui, d'ailleurs, vivent toutes sur les végétaux.
LES IlYDIUCIIrNIDES
n y drap uni ni:
Wassermilbeit.
C'aracU-res. — Les Acariens aquatiquesn'ont aucune branchie, il faut nécessairement que leurs tracbées puissent emprunter leur air à l'eau ambiante, et qu'elles présentent une disposition analogue à celle dont nous avons parlé à propos des Larves de certains Névroplères, comme les Libellules et les Éphémères.
L'Histoire naturelle de ces Animaux révèle de nombreuses particularités ; ainsi il existe bon nombre d'espèces chez lesquelles les deux sexes présentent des formes très différentes. Tandis que les Femelles demeurent généralement fidèles au type sphéroïdal, les Mâles offrent souvent une sorte de prolongement caudal; en sorte qu'on serait tenté de les prendre pour des créatures tout à fait différentes. On retrouve néanmoins toujours comme caractères communs : des pattes composées de 7 articles, de plus en plus longues à mesure qu'on les observe d'avant en arrière, qui sont munies de soies articulées et mobiles destinées à la natation et de deux griffes terminales; les palpes maxillaires, assez courts, font saillies en avant, et le vertex porte toujours quatre yeux; les deux yeux situés d'un même côté peuvent se juxtaposer.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Acariens vivent exclusivement dans les eaux courantes ou stagnantes, quelques-uns môme, observés depuis peu dans la mer, se comportent d'une manière toute différente et non moins digne d'intérêt. Ces Arachnides microscopiques se présentent pour la plupart sous l'aspect de petites sphères écarlates, plus rarement verdâtres, qui nagent fort adroitement à l'aide de leurs pattes ciliées, ou qui se faufilent avec agilité au milieu des plantes poussées au fond des eaux sans venir jamais respirer à la surface.
Après un accouplement souvent fort bizarre, les Œufs sont pondus par quelques Femelles dans des tiges de plantes aquatiques qu'elles perforent, et par d'autres à la face inférieure
des feuilles. Là, on les trouve unis entre eux par une substance gélatineuse. Dans les points où quelque Femelle vient d'accomplir son œuvre, il en arrive souvent une seconde, puis une troisième qui étendent ainsi fort loin le revêtement anormal des feuilles. Au bout de quelques semaines les petits éclosent; mais ils n'ont alors que six pattes et sont pourvus d'une trompe très développée et destinée à la succion; celle-ci leur sert à se fixer sur les Coléoptères ou les Hémiptères qui partagent leur résidence humide et sur lesquels ils vivent en Parasites. Toutefois, lorsque le moment est venu, ils abandonnent leur hôte, et subissent une mue pendant laquelle leurs pattes se raccourcissent ; ils gagnent alors le fond de l'eau où ils reposent à l'état de Nymphes. Enfin leur tégument se déchire, et l'Acarus, jusqu'alors pourvu de six pattes seulement et d'une trompe, en sort muni de huit pattes et d'une bouche réduite aux proportions habituelles. Quelquesuns se fixent plus tard de nouveau en s'installant cette fois sur une plante aquatique où ils effectuent une nouvelle mue pour acquérir leur maturité sexuelle. D'autres passent leur vie entière à l'état de Parasites; telle est, par exemple, Y Hydrachna conckarum, que de Baer a observée sur les branchies des Mollusques d'eau douce. Ces Larves avaient été décrues jadis comme des Parasites spéciaux sous le nom à'Achlysia. D'autres enfin vivent en liberté tant qu'elles existent à l'état de Larves, et n'exercent leur parasitisme que lorsqu'elles passent à l'état de Nymphes. C'est ce que démontrent les petits corps pyriformes qu'on trouve sur les Nèpes ou bien sur le corps et sous les élytres des Dytiques, sur les pattes des Scorpions d'eau, Nèpes ou Ranàtres.
D'après leur conformation, d'après les dispositions et les dimensions de leurs yeux, d'après la longueur relative et la configuration des articles des palpes ainsi que des pattes, on a réparti