LES UÉMODÉCIDES — DEM0DEC1D.E
Caractères. — Ce sont des Acariens à corps vermiforme, c'est-à-dire à abdomen allongé divisé en anneaux, à rostre proéminent com prenant : une paire de mandibules fixes en forme de stylets, des mâchoires soudées à la base à extrémités divergentes, des palpes maxil-
laires de quatre articles dont les trois derniers seuls sont mobiles. Les pattes ont trois articles. Ils sont vivipares.
(1) Chien, Renard, Loup, Lion, Hyène, Ours, Sanglier, Cochon, Cheval, Chèvre, Mouflon, Lama, Cabiai.
LES DEMODEX.
Kg. 2039.
Fig. 2038.
Fig. i'O.'ÎJ. — Cheveu el son follicule piloux; ce donner rempli de Domodex.
Fig. 2037. — L'Acarus des follicules pileux de l'Homme,
très grossi, vu par transparence.
Fig. 2031. — Le même, très grossi, vu directement.
Fig. 203S à 2039. — Les Démodécidcs [Demodex folliculorum hominis).
LES DEMODEX — DEMODEX
Caractères. — Ce sont ceux de la Famille.
Mœurs, habitudes, régime. — Henle (1841)
et Simon (1842) découvrirent dans les follicules pileux de la peau humaine un Acarien qui attira bientôt l'attention générale et reçut des dénominations nombreuses dont la plus ancienne est celle à'Acarus folliculorum; c'est en cherchant quelle était la nature de l'affection cutanée, qui a reçu le nom d'acné sébacée, que Simon de Berlin reconnut, dans les amas des matières grasses (tannes, comédons, crinons) qui obturent les follicules sébacés des ailes du nez, la présence de ce Parasite singulier, sur lequel on a longuement disserté. Owen créa pour lui le genre Demodex ; Erdl, Breum. — VIII.
Wadl Garl, Erasmus Wilson l'observèrent de nouveau. Topping et Tulk découvrirent un Demodex sur les Chiens, et Grubby, dans un travail auquel nous empruntons les ligures cijointes (PI. XXXVI, fig. 4 et 5; fig. 2037 à 2039), s'attacha à démontrer que cet Acarien était identique à celui de l'Homme ; depuis, on a trouvé des espèces du môme genre ou variétés de l'espèce typique sur les Chats et sur d'autres Animaux. Leydig se trouva amené à étudier ces Animaux lorsqu'il découvrit sur le ventre d'une Chauve-Souris de Surinam (Phytlosloma liastatum) une tumeur du volume d'un pois environ, remplie d'une matière blanchâtre, de graisse cutanée et d'une masse qu'il avait recueillie sur la pointe d'un canif; il y vit immédiatement grouiller des centaines de ces animalcules.
Insectes.
LES LINGUATULIDES OU PENTASTOMIDES.
LES DEMODEX OU ACARUS DES FOLLICULES TI- II UX DE L'HOMME ET DUS ANIMAUX. — DE- MODEX FOLLICULOIWM 11UM1N1S ET CANINUS.
Haarsack-milba des Menschen.
Caractères. — Cet Acarien microscopique, que nous représentons (fig. 2037 et 2038) avec un grossissement de 600 diamètres environ, est un être des plus extraordinaires, dont la forme est aussi étrange que l'habitat.
Sa bouche est composée d'une trompe et de deux palpes grossiers dirigés en avant et en bas; les pattes, courtes et épaisses, se terminent chacune par quatre griffes. De fines rayures transversales, que les auteurs n'ont pu voir que sur l'abdomen, s'étendent, d'après Leydig, jusque sur le thorax qui est court, et chez cette espèce ces rayures seraient plus larges et plus accentuées que chez l'Acarien des follicules pileux du Chien (Demodex folliculorum caninus). L'espèce ou variété spéciale à l'Homme est caractérisée surtout par une crête membraneuse étendue le long de la face dorsale du thorax, ainsi que par une dépression traversée de saillies obliques et située entre la crête dorsale et les pattes.
Mœurs, habitudes, régime. — Le Demodex folliculorum se trouve dans les follicules sébacés et notamment dans ceux qui constituent ce qu'on nomme les crinons ou comédons, dans les régions auriculaires et nasales. Ces cri-
nons, en réalité, ne sont pas des Acariens; ce sont des bouchons sébacés dont l'extrémité externe est noircie par la crasse et par la poussière ; mais au fond de ces crinons vit notre Acarien (fig. 2039 et pi. XXXVI, fig. 6).
Leydig et Simon admettent qu'un corpuscule cordiforme, qu'ils ont trouvé toujours au voisinage d'un Acarien dans le follicule pileux, représente l'Œuf, d'où éclot une Larve munie de six pattes.
Ces Demodex sont excessivement communs, et il se trouve généralement deux personnes, quelquefois même six ou sept, sur dix qui en sont garnis; leur présence ne cause que quelques légères démangeaisons et un peu d'acné ; l'usage du savon les fait disparaître promptement.
Quant au Demodex folliculorum, var. caninus (pi. XXXVI, fig. 5), sa multiplication détermine chez le Chien la production d'une Gale folliculaire qui cause des accidents graves presque toujours mortels; d'après M. Mégnin, on peut au début arrêter la propagation de cette Dermatose par des badigeonnages locaux de teinture d'Iode ; plus tard on peut considérer la maladie comme incurable.
L'étude qui précède nous montre que la nature a répandu sur l'Homme, ainsi que sur les Animaux, non seulement des vermines que nos yeux peuvent apercevoir, mais encore des Parasites tellement infimes que leur découverte doit compter parmi les prodiges accomplis par le microscope.
LES LINGUATULIDES ou PENTASTOMIDES LINGUATULIDjE seu PENTASTOMID.£
Zanijcnwurmer.
Caractères. — Ces Parasites peu nombreux, qu'on classait autrefois parmi les Vers intestinasx en raison de leur aspect vermiforme et de leur vie parasitaire, constituent un ordre nouveau d'Arachnides depuis que les travaux de Van Beneden, de Schubart, de Leuckart et de quelques autres savants ont montré que leur conformation interne ainsi que les deux paires de pattes qu'ils présentent à la naissance (fig. 2(H0) les rapprochaient des Acariens. Par
suite d'une évolution rétrograde ces Arachnides se transforment en créatures vermiculaires ayant de grands rapports avec les Vers parasites au point de vue de la forme extérieure ainsi qu'au point de vue du mode d'existence. Ces êtres forment ainsi une transition entre les Animaux articulés et les Vers proprement dils. Nous rappellerons que quelques auteurs les rapprochent des Crustacés et en particulier des Lernées.
LA LINGUATULE EN FORME DE T.ENIA.
Fig. '2040.
Fi g. 2043.
Fig. 2010. — Embryon de Linguatule proboscidée, vu en dessous et très grossi, d'après Van Beneden.
Fig. 2041. — Linguatule en forme de T ténia, individu jeune très grossi provenant du foie d'un Lapin.
Fig. 20-12 . — Linguatule de Diesing, de grand, nat., enve-
loppée dans son kyste et provenant de la cavité abdominale du Mandrill, d'après Van Beneden.
Fig. 2043. — La môme, très grossie, retirée du kyste ot déroulée, d'après Van Beneden.
Fig. 2040 a 2043. — Les Linguatulidos {Linguatula seu Pentastomum).
Ces Parasites, annelés et allongés, sont caractérisés par deux paires de crochets articulés, en forme de tarses, et situés aux alentours de l'orifice buccal qui est dépourvu de mâchoires; ils ne présentent, d'ailleurs, aucune trachée. Chez le Mâle, qui est beaucoup plus petit que la Femelle, l'orifice des organes reproducteurs est situé auprès de la bouche ; chez la Fem'elle, il est placé à l'extrémité du corps au voisinage de l'anus.
LES L1NGUATULES ou PENTASTOMES — LINGUATULA seu PENTASTOMUM
Caractères. — Les caractères sont ceux de l'ordre. La dénomination technique du genre Pentastomum (qui signifie : cinq bouches, cinq ouvertures) provient de ce qu'un peu en arrière de la bouche, entourée d'une saillie circulaire résistante, on trouve de chaque côté deux orifices en forme d'hiatus, d'où sortent les crochets.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces singuliers
Arachnides à l'état adulte vivent dans les organes respiratoires des Animaux à sang chaud et des Reptiles; leurs OEufs déposés sur les Plantes passentdans le tube digestif d'Animaux
herbivores, les jeunes traversent les parois du canal alimentaire et vont s'enkyster dans le foie pour subir plusieurs mues accompagnées de modifications de forme. Cela fait, ils rompent leur kyste et émigrent dans la cavité générale pour s'enkyster de nouveau, à moins que, trop nombreux, ils ne déterminent, par les désordres qu'ils causent, la mort de leur hôte. Ce sont ces derniers kystes (fig. 2042) qui, lorsque l'hôte est dévoré par un Animal carnassier, introduisent les Pentastomes dans les voies respiratoires de ce dernier. C'est ainsi qu'ont été introduites différentes espèces dans le pharynx du Chien, du Loup, du Crocodile, dans les poumons d'un Singe Mandrill (Cynocephalus maimori), du Naja ou Serpent à lunettes, du Boa, du Serpent à sonnettes, à la surface du foie d'un Bouc et de Nègres égyptiens, ainsi que dans le péritoine du Chien. On leur a attribué différents noms, mais on ne connaît pas encore l'évolution de toutes ces espèces.
LA LINGUATULE EN FORME DE T.ENIA. — PEiï- TASTOMUU TjEMOIDES.
Bandwurmartiger , Zungcniourm.
Caractères. — Le corps, d'un blanc jau-
LES PANTAPODES OU PYGNOGONIDES.
nâtre, est lancéolé ; la face ventrale est aplatie ; la face dorsale, un peu bombée; est cerclée de nombreuses rides transversales. C'est à la partie antérieure de la face ventrale que se trouvent les cinq orifices que nous venons de signaler (fig. 2041).
La Femelle mesure de 70 à 130 millimètres de long ; le Mâle n'en mesure que 8 à 18.
Mœurs, habitudes, régime. — La Linguatule tœniforme (Pentastomum tsenioides) se trouve principalement dans la cavité nasale ou dans les cellules ethmoïdales du Cbien et du Loup, lorsqu'elle est adulte. On en a rencontré aussi isolément chez les Chevaux, chez les Mulets et chez les Chèvres. Chaque Femelle peut contenir jusqu'à cinq milliers d'OEufs qui, une fois pondus, parviennent à l'air libre en même temps que les sécrétions de la muqueuse; ils peuvent arriver ainsi sur des végétaux avec lesquels ils pénètrent ensuite dans l'estomac des Lapins, des Lièvres ou d'autres Animaux, rarement dans celui de l'Homme. Aussitôt que l'embryon a quitté sa coque, il perfore l'intestin, comme la Trichine, et parvient jusqu'au foie. Là, il s'enkyste, c'est-à-dire s'entoure d'une capsule dans laquelle il effectue plusieurs mues qui correspondent à des transformations analogues à celles que subissent les Insectes. Au bout de six mois environ sa taille est considérablement augmentée, sa bouche est armée de quatre crochuts et son corps est composé d'ar-
ticles nombreux finement denticulés. L'Animal alors est prêta s'échapperdesonkyste.C'eslàce stade qu'on l'a rencontré dans le foie et qu'on l'a pris, jusqu'aux observations de Leuckardt, pour une espèce différente qu'on désignait sous le nom de Linguatule denticulée [Pentastomum denticulatum) . A cette période de leur évolution, qui n'est pas encore terminée, les Linguatules reprennent leurs pérégrinations et traversent le foie, en causant la mort de leur hôte, lorsqu'elles se trouvent en nombre considérable. Lorsqu'à cet état la Linguatule arrive dans le pharynx d'un Cbien qui dévore le foie du Lapin ou du Lièvre infesté, elle pénètre dans les sinus aériens que nous avons mentionnés, et dans le cours de deux à trois mois elle y achève son évolution et se transforme en Linguatule taeniforme apte à la procréation. Les Linguatules en petit nombre dans les sinus nasaux ou frontaux d'un Chien y déterminent une inflammation de la muqueuse accompagnée de rougeur et de gonflement; mais en grand nombre, elles exagèrent l'inflammation qui prend alors un caractère différent, et le Chien infesté peut se comporter comme un Animal enragé.
Nous représentons également, d'après Van Beneden, le Linguatula Diesingi (fig. 2040 et 2041) trouvé dans la cavité abdominale d'un Mandrill enveloppé dans son kyste et retiré de sa loge.
LES PAINTAPODES (,) ou PYGNOGONIDES PANTAPODA seu PYCNOGONIDjE
Krebspinnen.
Caractères. — Les quelques Arachnides qu'il nous reste à étudier ont été classés par le savant Milne Edwards parmi les Crustacés; dans ces derniers temps seulement, après avoir étudié plus à fond leur développement et leur conformation interne, on se trouva amené à les rapprocher des Arachnides et à leur assigner un rang.
Ils sont constitués (fig. 2044) principalement
(1) Do IIS;, 7tavTo;, tout; lîoOç, 7to86;, pied.
par des pattes formées de nombreux articles; l'abdomen disparaît presque complètement, et le céphalothorax, composé de 4 articles, paraît n'acquérir que le développement nécessaire pour servir de point d'appui aux membres. Au bord antérieur de ce céphalothorax, qui se décompose en quatre portions, on remarque 4 yeux simples situés sur une éminence. Le rostre présente l'apparence d'une tête ; à sa base se trouvent, comme chez les Arachnides, des chélicères simples, ou parfois disposées en
LES PANTAPODES <>U PYCNOGONIDES.
Fig. 2044. — Organisation des Pycnogonides {Amothou pycnogonoules). — a, chélicores; d, les palpes maxillaires et labiaux; i, estomac et ses diverticulums un cœcums e, dans les appendices; c, rectum.
forme de ciseaux (fig. 2044, à) ; ces organes font quelquefois complètement défaut, en môme temps que la première paire de palpes maxillaires, tandis que la seconde paire de palpes est conformée exactement comme les pattes (fig. 2044, d) ; celles-ci très développées, au nombre de quatre, sont composées de 7 à 9 articles et se terminent par une griffe puissante. Ces Arachnides sont constitués presque entièrement par des pattes; on les nomme à cause de cela des « Pantapodes ». Le nombre de ces pattes est le critérium qui permet de considérer les Pycnogonides comme des Arachnides ; mais il existe, chez le Mâle aussi bien que chez la Femelle, une paire d'appendices accessoires, insérées en avant de la première paire de pattes et ayant pour fonction de porter les Œufs : ce sont des pattes ovig'eres (fig. 2046, p. 782). Si ces pattes auxiliaires sont en réalité des appendices correspondant à un anneau, les Pycnogonides ne seraient plus des Octopodes, comme les Arachnides, mais des êtres à cinq paires de membres ; toutefois on peut admettre que ces organes ne sont qu'une branche de la première paire de pattes, se développant après coup, et l'on n'a plus sous les yeux que des Animaux à quatre paires de membres.
Le système nerveux comprend un cerveau
et quatre ou cinq ganglions bien développés. Le tube digestif s'étend en ligne droite de la bouche à l'anus, sans constituer néanmoins un conduit simple ; car l'estomac, très étroit, émet de chaque côté cinq prolongements en cœcum (fig. 2044, e); la première paire de ces culs-desac est la plus courte et pénètre dans l'intérieur des chélicères; chacune des paires suivantes s'enfonce jusqu'au troisième avant-dernier article de la patte correspondante ; les parois des cœcums sont riches en glandes et tiennent lieu d'organe hépatique. Le rôle des pattes s'explique par la disposition des organes génitaux qui chez les Mâles etchezlesFemelles occupent le quatrième ou le cinquième article de chaque patte, et qui se trouvent par conséquent représentés huit fois sur chaque individu. Tandis que le liquide fécondateur jaillit de l'extrémité de l'article que nous venons de mentionner, les Œufs s'échappent par un orifice situé sur chacun des deuxièmes articles et sont transportés de là sur l'organe conformé comme une patte et situé à la partie antérieure du corps, organe dont nous venons de parler; c'est là que les Œufs demeurent fixés jusqu'à leur éclosion. Dans ces derniers temps seulement, Zenker a découvert les organes de la circulation qui présentent un cœur à trois ven-
LE NYMPHON GRELE-
Fig. 2045. — Le Pycnogonon des rivages, grossi. Fig. 2046. — Le Nyinphon grêle, très grossi.
Fig. 2045 et 204G. — Les Pycnogonides (Pycnogonum, Nymphon).
tricules ; en revanche, les organes respiratoires manquent complètement, de sorte que la respiration doit se faire, selon toute probabilité, à travers les téguments. Ce n'est qu'après plusieurs mues que les petits offrent le même aspect que leurs parents ; lorsqu'ils naissent, leur corps n'est pas articulé ; leurs chélicères se terminent parfois par un long fouet, et leurs paires de pattes sont au nombre de deux seulement.
Mœurs, habitudes, régime. — Les PyCno-
gonides se rencontrent sur les côtes, sous les pierres et parmi les Varechs avec lesquels ils se laissent ballotter; on les trouve également fixés à d'autres Animaux.
LES PYCNOGONONS G ONU M
PYCNO-
Caractères. — Les chélicères et les palpes sont atrophiés; les pattes massives ne sont pas plus longues que le corps ; les appendices ovigères comptent 10 articles.
LE PYCNOGONON DES RIVAGES. — PYCNOGOJSVM LITTORALE.
Ufer-Spindelassel.
Caractères. — Ce Pycnogonon atteint 13 millimètres de long. Le corps, jaune-rouillé ou plus pâle encore, paraît mat et granuleux à sa face supérieure; l'article fémoral des pattes et les deux articles suivants sont pourvus, chacun à leur extrémité, de deux prolongements verruqueux (fig. 2045).
Mœurs, habitudes, régime. — Cet Arach-
nide marin habite sous les pierres et parmi les varechs; on Ta trouvé aussi sur des Poissons.
Distribution géographique. — C'est un hôte
des mers européennes et notamment de la Mer du Nord.
LES NYMPHONS — NYMPHON
Caractères. — Leurs chélicères ont la forme de pinces, leurs palpes comptent 4 ou 5 articles; leurs pattes, filiformes, sont démesurément longues.
LE NYMPHON GuELE. — NYMPHON GRACILE.
Schlancke Krebsspinne.
Caractères. — Ce Nymphon (fig. 2046) se distingue de l'espèce précédente par les caractères génériques et par sa taille qui ne dépasse guère 5 millimètres. Les griffes qu'on aperçoit vers le milieu du corps figurent une paire de pattes destinées à, retenir les Œufs. Nous ferons remarquer, en outre, que chez cette espèce le premier segment du corps est beaucoup plus allongé que les autres et présente un étranglement vers son milieu. Les quatre ou cinq articles cruraux, qui s'insinuent au-dessous des articles fémoraux pour contribuer à l'allongement des pattes, et les griffes larsales, qui sont plus longues que le rostre, comptent encore parmi les caractères génériques et spécifiques.
Distribution géographique. —C'est un Animal des mers européennes.
Mœurs, habitudes, régime. — Comme le précédent, il se cache sous les pierres ou s'accroche aux Algues.
LES TAHDKilîADES-
LES TARDIGRADES — TAIWIGRADA
Langsamschreiter.
Caractères. — Nous mentionnerons, en terminant, ces êtres qu'on a rattachés aux Arachnides (bien que les deux sexes se trouvent réunis sur chaque individu) en constituantpour eux l'ordre des Tardigrades. Ces créatures microscopiques, qu'on rapprochait jadis des Rayonnes, ont un corps allongé et vermiforme ; leur céphalothorax et leur abdomen ne sont nullement distincts; et leur tégument se prolonge en avant sous l'aspect d'un rostre d'où peuvent émerger deux maxilles en forme de stylets. Les 4 paires de pattes sont peu développées, non articulées, et terminées par plusieurs griffes ; la dernière émerge de l'extrémité du corps. Le système nerveux consiste simplement en un collier œsophagien et en quatre
Fig. 204". — Croquis de Turùigrade (Emydium testudo) très grossi, grimpant sur un grain de sable.
ganglions nerveux (fig. 2047). Le système musculaire bien développé offre une particularité de structure très importante. Les fibres musculaires dissociées tendent à s'individualiser, aussi est-il facile de suivre les filets nerveux qui s'y rendent et de constater les rapports communs. M. Doyère en découvrant ce fait important a fait faire un grand pas à la science; il a été le premier à appeler l'attention sur le mode de terminaison des nerfs dans les muscles. Les Tardigrades possèdent un tube digestif; mais ils n'ont pas d'organe respiratoire ni d'appareil circulatoire.
ciassiBcation. — On distingue diverses espèces de Tardigrades qu'on a réparties entre plusieurs genres; ce sont les représentants des genres Macrobiotus, Arctiscon seu Milnesium, Echiuiscusseu Emydium qui paraissent être les plus répandus ; nous donnons les portraits de Y Emydium testudo (fig. 2047), du Macrobiotus Hufelandi (fig. 2048), du Macrobiotus Dujardmi
(fig. 2049) et du Milnesium seu Arctiscon tardigradum (fig. 2050).
Mœurs, habitudes, régime. — Ils vivent d'animalcules plus infimes qu'eux, et se tiennent au milieu des Mousses et des Algues, notamment sur les toits mousseux et dans les gouttières; quelques-uns d'entre eux vivent dans l'eau. Ils jouissent d'une grande notoriété depuis que Spallanzani a découvert qu'ils possédaient, comme les Rotifères, une singulière faculté : celle de la reviviscence ; tant que l'humidité nécessaire à leur prospérité leur fait défaut, ils demeurent comme morts; aussitôt qu'on leur rend l'humidité dont ils ont besoin ils s'éveillent de nouveau à la vie et reprennent leur activité.
« Le sable des tuiles, la fange des fossés et des marais, qui passent aux yeux du vulgaire pour des matières très viles, dit ce grand Physiologiste, sont pour l'observateur philosophe
le refuge d'êtres rares et merveilleux Mais
la valeur et la célébrité de ce sable augmentent, quand on sait qu'il contient d'autres Animaux qui ont, comme les Rotifères, la faculté de ressusciter; de telle manière qu'on peut presque dire que tous les Animaux que ce sable nourrit sont destinés à l'immortalité.
« Lorsque j'humectais le sable contenant des Rotifères, j'avais aperçu plusieurs fois un Animal jaunâtre qui a six jambes, qui est trois
ou quatre fois plus gros que les Rotifères
qui progressait d'un mouvement lent, comme une Tortue qui rampe; aussi pour le désigner par quelque nom, je l'appellerai Tardigrade.
« Les phénomènes de sa mort, quand il manque d'eau, et de sa résurrection quand on lui en donne de la nouvelle, sont précisément les mêmes que dans le Rotifère; le mouvement se perd chez lui peu à peu, les jambes se retirent et rentrent dans son corps ; il se rapetisse beaucoup, se sèche tout à fait, et prend la forme globuleuse. Le contraire de ce que je viens de raconter arrive quand le Tardigrade reprend la vie, lorsqu'on lui donne de l'eau nouvelle ; mais comme le Rotifère ne peut ressusciter
LES TARDIGHADES.
Fig. '2049.
Fig. 2048. — Macrobiotus Hufclandi, grossi 240 fois, d'après Doyère. — b, bouche ; gc, ganglion céphalique latéral ; o, points oculaires; gis, glandes salivaires; va, vacuole; et, estomac; ov, ovaire; vs, vésicule séminale.
Fig. 2049. — Macrobiotus Dujardini grossi 300 fois, d'après Kaufmann. — L'Animal est rétracté dans le tégument qu'il va quitter ; H, appareil buccal ; D, E, F, G, crochets de l'extrémité des quatre paires de pattes sur le tégument abandonné; A, Œuf encore dans l'ovaire; B, OEuf pondu entouré de granulations ; C, OEuf sortant de l'ovaire.
Fig. 2050.
Fig. 2050. — Milnesium seu Arctiscon tardigradum, A'a.près Doyère. — Système musculaire et système nerveux. gC, ganglions cérébroîdes ou cerveau ; na, nerfs antennaires; no, nerfs optiques; bo, bulbes optiques; co, commissures de la chaîne nerveuse; g, renflements ganglionnaires périphériques; x, terminaisons des nerfs dans les muscles ou éminences de Doyère ; A, terminaison d'un nerf dans un muscle ou éminence de Doyère, beaucoup plus grossie ; B, ganglion de la chaîne nerveuse, très grossi.
Fig. 2048 à 2050. — Les Tardigrades. — Leur Organisation.
qu'un certain nombre de fois, il arrive la même chose au Tardigrade (1). »
Tels sont les termes qu'emploie Spallanzani pour annoncer la découverte des Tardigrades et de leurs propriétés réviviscentes.
Ce sont les belles expériences de Doyère, faites en 1842 et renouvelées en 185'J, qui ont
(1) Spallanzani, Opiiscules do physique, t. II, p. 252 et suiv.
montré quelle était la puissance de résistance de ces singuliers Animaux. Une commission, nommée par la Société de Biologie et dont Broca fut le rapporteur, constata que ces Animaux soumis à la dessiccation, soit à l'air libre pendant 75 jours, soit dans le vide, soit dans une étuve à plus de 100° (môme 410 et 115), conservaient toujours la faculté de revenir à la vie lorsqu'on les mettait dans l'eau.
LES ONYCIIOPlinUKS <»U PÉIUPATIDES.
Fig. 2051.
Fig. '2051. — Lo Péripate d'Edwards, de grandeur natu- , Fig. 2052. — Le Péripate du Cap, de grandeur naturelle, relie, d'après Grube. d'après Moseley.
Fig. 2051 et 2052. — Les Péripatides (Peripalus).
LES ONYCHOPHORES ou PÉRIPATIDES ONYCHOPHORA seu PERIPATIDA
Caractères. — Voici des Animaux singuliers que l'on a tour à tour rangés parmi les Mollusques, parmi les Vers, parmi les Articulés. Si l'on envisage superficiellement les formes extérieures, on comprendra pourquoi les Naturalistes ont été perplexes : le corps est long, vermiforme (fig. 2051 et2052), composé d'un très grand nombre de segments (14 a 30 ou môme plus), ayant chacun une paire d'appendices terminés par deux griffes ; sa partie antérieu/e constitue une tête munie de deux antennes et de deux yeux simples. Mais si, comme l'a fait Moseley, on étudie plus attentivement l'organisation externe et l'organisation interne, on reconnaît que les appendices sont de véritables pattes articulées ; que le cœur est un long vaisseau dorsal, que la respiration s'effectue à l'aide de trachées qui communiquent avec l'extérieur par un grand nombre de stigmates, et ces trois particularités rapprochent indubitablement les Péripatides des Articulés ou Arthropodes. Toutefois on doit reconnaître que ces Animaux sont des Articulés aberrants, car leur système nerveux est constitué par deux lobes cérébroïdes, d'où partent deux troncs nerveux qui ne forment pas un collier œsophagien complet et traversent le corps entier
sans présenter le moindre renflement ganglionnaire, tout en étant réunis çà et là par des commissures.
Quant à l'appareil digestif, il se compose d'une bouche à lèvre saillante, à deux appendices armés de deux griffes, représentant les mandibules des Myriapodes et des Insectes, à deux petits appendices dépourvus de griffes simulant les mâchoires et près desquels viennent s'ouvrir de volumineuses glandes sécrétant un liquide visqueux, formant des fils en se durcissant à l'air; d'un pharynx, d'un œsophage, d'un long estomac intestiniforme s'ouvrant à l'extrémité du corps. Ces Animaux à sexes distincts sont ovipares.
Classification. — Les êtres qui constituent à eux seuls cette classe sont peu nombreux et sont groupés dans le seul genre Péripate.
Distribution géographique. — . Les Péri-
pates n'ont été rencontrés jusqu'ici que dans l'hémisphère austral, dans l'Amérique du Sud, la Nouvelle-Zélande et au cap de Bonne- Espérance.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces étranges Articulés fréquentent les lieux humides, et se cachent sous les pierres, les feuilles ou dans le bois décomposé.
Breum. — VIII.
Insectes.
LES ONYCHOPHORES OU PÉRIPATIDES.
Nous venons de parcourir, à vol de Papillon, la terre entière, jetant de ci, de là, un coup d'œil sur la foule immense de ses plus petits habitants. Séduit et charmé par la beauté du vêtement et la variété des formes, nous nous sommes arrêtés quelques instants pour contempler le Coléoptère aux élytres chamarrées, le Lépidoptère aux ailes diaprées, l'Hyménoptèreàla cuirasse d'or; l'attention une fois éveillée, nous avons été sollicitées par le besoin impérieux qui pousse l'Homme à rapporter tout à soi, et nous avons fait connaissance avec le Charançon et la Teigne, qui détruisent les récolles, le Cousin et la Puce qui boivent le sang ; puis, désireux de satisfaire un sentiment de curiosité plus réfléchi, nous nous sommes familiarisés avec les Insectes qui nous sont utiles et nous avons admiré l'Abeille et le Ver à soie.
Mais ces êtres brillants ou sombres, volants ou rampants, ne s'agitent pas fatalementautour de nous; nous avons voulu connaître les mobiles de leurs actions; nous avons appris alors qu'ils obéissaient à leurs instincts aussi bien qu'à leurs passions, et que la nature leur avait prodigué ses dons pour leur permettre d'accomplir leur destinée; nous avons reconnu qu'ils étaient admirablement organisés, remarquablement outillés, qu'un cerveau, siège de leur volonté, dirigeait leurs actes et mettait en œuvre leurs outils, mille fois mieux construits, mieux adaptés que nos chefs-d'œuvre de mécanique ; nous les avons vus à l'ouvrage et nous avons été confondus. Puis, nous élevant de degré en degré, nous avons observé les Insectes parasites, et suivi leurs manœuvres si intéressantes; nous nous sommes ensuite attardés devant les Insectes industrieux, ne sachant si nous devions décerner la palme au maçon, au mineur, au puisatier, au charpentier, au cordier, au tisserand, au fabricant de papier. Enfin, nous laissant guider par une pensée philosophique, nous avons étudié les sociétés des Abeilles et des Fourmis dont les faits et
gestes nous ont mis sous les yeux des agissements comparables à ceux de nos sociétés humaines; atteint dans notre orgueil, nous avons compris que nous aurions beaucoup à apprendre en étudiant la sociologie de ces êtres que nous avons l'habitude de dédaigner. N'est-ce pas en observant tout d'abord le monde des Insectes que Darwin est devenu le profond penseur qui a renouvelé la philosophie et a remis en honneur l'étude des sciences naturelles?
Nous venons de faire l'histoire des Insectes, des Myriopodes, des Arachnides qui peuplent les campagnes, les forêts, les cours d'eau, les étangs ; il nous reste encore à décrire l'organisation et à exposer les mœurs des Crustacés, leurs proches parents, qui, sauf quelques rares exceptions, errent sur les plages que la mer découvre à chaque marée ou habitent les profondeurs des Océans; nous raconterons toutes les particularités de leurs mœurs dans le quatrième volume de ce recueil, où ils seront en compagnie d'autres habitants des mers, les Poissons, avec lesquels ils ont souvent d'étroites relations fort curieuses, des relations de Parasitisme surtout. Moins connus que leurs cousins terrestres, les Crustacés n'offrent pas moins d'intérêt et ils auront le privilège de surprendre par les bizarreries de leurs formes, parles singularités de leurs mœurs, parl'élrangeté de leurs métamorphoses ; rappelons que les campagnes de dragages entreprises depuis ces dernières années parles navires anglais le Lightning, le Porcupine, le Challenger sous la direction de MM. Carpenter etWyville Thomson, par les navires français le Travailleur et le Talisman, sous la direction de M. Alph. Milne Edwards, ont révélé l'existence d'un monde inconnu riche en Crustacés des plus curieux et dont quelques-uns ont de grandes affinités avec des Animaux disparus depuis des milliers d'années et ensevelis dans les couches géologiques les plus profondes.