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CHAPITRE VIII

LA MLSIPE.

l-es chœurs des tragédies antiques. — Les musiciens à Rome. — Les instruments aux douzième, treizième, quatorzième et quinzième siècles. — Le premier violon. — Le premier piano, etc.

La musique est peut-être, après l’architecture, le plus ancien

(les arts. Quelques auteurs prétendent qu’elle tire son origine de l’Égypte, ce berceau de toutes les philosophies, de tous les arts et de toutes les religions.

Les Grecs attribuent l’art de la musique à Mercure, l’inventeur de la lyre; quelques poètes ont prétendu que Cadmus en se sauvant de la cour du roi de Phénicie, avait amené dans la Grèce la musicienne Harmonie. Plutarque donna pour père à la musique Amphion et Apollon. A ces divins inventeurs succédèrent Chiron, Bemodocus , Hermès et Orphée. Puis Phœcinius et Terpandre, contemporains de Lycurgue, donnèrent des règles à la musique et, selon quelques auteurs, inventèrent les premiers modes. Enfin, Thalès et Thamiris, sont regardés avec raison comme les premiers inventeurs de la musique purement instrumentale. Car la musique vocale, on doit le comprendre facilement, a dû précéder les instruments faits à l’aide de roseaux , du bois, des arêtes de poisson, des cornes de bœuf et des métaux.

Ces grands musiciens vivaient avant Homère , c’est-à-dire plus de quinze cents ans avant Tère chrétienne. Lasus, Hermionensis, Melnippides , Philoxènes , Thimothée , Phrinnès , Epigonius , Lysandre, Symmicus et Diodore, perfectionnèrent cet art sublime qui avait atteint chez les Assyriens, chez les Mèdes et chez les Égyptiens un degré dont les modernes n’approcheront peutêtre jamais. Quand on visite en effet les ruines de Memphis, de Suze et d’Ectabatane , on reste confondu de la puissance des instruments qui devaient verser des flots d’harmonie sous les voûtes immenses des temples consacrés aux dieux et des palais destinés aux rois.

Lasus est le premier qui ait écrit sur la musique, du temps de Darius Hystaspes. Epigonius inventa un instrument de quarante cordes qui prit le nom d’Epigonium . Symmicus inventa un instrument de trente-cinq cordes appelé aussi de son nom Simmicum. Diodore perfectionna la flûte en y ajoutant de nouveaux trous ; et Thimothée la lyre, en y ajoutant une nouvelle corde, ce qui le fit mettre à l’amende par les Lacédémoniens.

Les instruments chez les anciens se divisaient en instruments à cordes, instruments à vent et instruments qu’on frappe. Les instruments à cordes des anciens étaient lyra , psalterium , trigonium, sambuca, cithara, pectis, magas, barbocton, testudo, simmicum, épandoron ; on touchait tous ces instruments avec la main ou avec le plectrum, espèce d’archet.

Les instruments à vent étaient le tibia, fistula, tuba, cornua, litius et les orgues hydrauliques.

Les instraments de percussion étaient appelés tympanum, cymbalum, crepitaculum, tintinnabulum, crotalum, sistrum.

Athénée nous apprend que chez les Mèdes, les Egyptiens et même dans les Républiques grecques, toutes les lois divines et humaines, les exhortations à la vertu, les connaissances de ce (pil concernait les dieux et les hommes, la vie et les actions des personnages illustres étaient écrites en vers et chantées publiquement par des chœurs, au son des instruments. Les législateurs et les rois n’avaient pas trouvé de moyen plus efficace pour graver dans l’esprit des hommes les principes de la morale et la connaissance de leurs droits et de leurs devoirs.

Au surplus les écrivains de l’antiquité diffèrent beaucoup entre eux sur la nature, l’objet, l’étendue et les parties de la musique. En général, ils donnent à ce mot un sens beaucoup plus étendu que celui qui lui reste aujourd’hui. Ils comprenaient sous le nom de musique la danse, le chant, la poésie et même la réunion de toutes les sciences et de tous les arts. Hermès définit la musique, la connaissance de l’ordre de toutes choses. C’était aussi le sentiment de Platon et de Pythagore. Le premier disait que tout dans l’univers était musique; et le second affirmait à ses disciples que le meilleur philosophe devait être aussi le meilleur musicien. Selon Hesychius , les Athéniens donnèrent à tous les arts, pris collectivement, le nom de musique.

Les poètes, et après eux quelques philosophes, ont donné cours à cette ingénieuse fiction, que la musique adoucissait les mœurs et désarmait les mauvaises passions. La fable d’Orphée sub-

juguant, par la puissance des accords de sa lyre, la férocité des tigres, des lions et des panthères, était la mystérieuse consécration de l’empire de la musique sur les hommes et sur les brutes elles-mêmes. Mais les poètes ne sont pas philosophes et tous les philosophes ne sont pas moralistes. Cette merveilleuse influence de la musique sur l’àme et sur les passions humaines n’existe pas, n’a jamais existé. Les Grecs qui ont, en quelque sorte, donné une seconde vie et une seconde origine à l’art cultivé par Chiron et Demodocus, les Grecs n’ont pas cessé, pendant (piatorze siècles, de s’égorger entre eux : la guerre civile était l’état normal des Républiques grecques; et du moment où les sillons du Pélopoiièsc et de l’Attique, ne s’humectèrent plus du sang des citoyens d’Athènes, de Sparte, de Thèbes ou de Corinthe, la liberté chancela et finit par s’expatrier avec la musique, dont elle inspirait les héroïques fureurs. Les Hébreux que nous n’aurons pas la folie de comparer aux Grecs, qui avaient appris des Egyptiens leurs anciens maîtres, à aimer et à cultiver la musique , et qui prenaient un -soin tout particulier de perfectionner les modes, les chants et les instruments du temple de .Jérusalem et du palais de Salomon et de ses successeurs, les Hébreux ^ étaient les ennemis les plus implacables et les plus cruels quand ils étaient vainqueurs. H est vrai de dire qu’ils ne l’étaient pas souvent. Les Italiens, au moyen-âge, étaient les seuls musiciens de l’Europe, et l’on frémit encore au récit des sanglantes proscriptions, des effroyables querelles des Guelphes et des Gibelins, des Capulet et des Montaigu. Enfin, depuis vingt années en France, la musique est devenue en quelque sorte l’art du peuple, le délassement quotidien delà manufacture , de l’usine et de l’atelier, et depuis vingt ans nos batailles de carrefours, nos combats de rues, ont pris un caractère d’acharnement, de sauvagerie implacable, de férocité

‘L’aptitude des juifs pour la musique a toujours été très-grande et très-remarquable. De nos jours encore, les plus illustres musiciens, compositeurs ou instrumentistes, sont juifs. Il y. a loin cependant de la symphonie discordante des trompettes de Jéricho aux chœurs des Ilvguenois et aux fantaisies de List/.

inconnue jusqu’ici et dont, nos vieilles guerres de religion offriraient à peine l’exemple à de longs intervalles. Que faut-il conclure de ceci? Que la musique n’a qu’une très-faible influence sur l’âme des hommes parvenus à un certain degré de civilisation ; qu’un lion affamé, qu’une populace déchaînée ne peuvent être endormis et désarmés par les accords d’une lyre, fut-elle tenue par un Orphée; et qu’un orchestre de trois mille musiciens, quand bien même il y aurait Strauss à sa tête, marchant dans les déserts de la Lybie, ou sur nos places publiques un jour de révolte, malgré les gerbes étincelantes d’harmonie qui s’échapperaient de ses poumons de cuivre, de bois et d’airain, serait écrasé sous la griffe du lion ou sous la griffe du peuple rugissant.

Libie donc aux écrivains, que nous appellerons les flatteurs et les valets du peuple, de crier bien haut que la musique a déjà, opéré de merveilleux effets sur le moral des populations urbaines. Pour notre part, nous qui répudions avec une énergie égale le titre de courtisan du Louvre et de courtisan de la rue, nous dirons, éclairés par notre expérience et nos observations : Non, la musique, n’a pas depuis un quart de siècle, nous ne dirons pas supprimé, mais adouci un seul instinct criminel, une seule vengeance, un seul forfait contre l’humanité. Les hommes d’aujourd’hui, sont ce qu’ils ont toujours été. Néron, contemplant l’incendie de Rome, qu’il avait allumé, [chantait sur sa lyre la destruction de Troyes; et Erostrate, avant de brûler le temple d’Ephèse, improvisait des cantilènes sous les portiques même de l’édifice qu’il allait anéantir. Puissent les Néron et les Erostrate, encore ensevelis dans les limbes du présent, se contenter au jour de leur triomphe d’une ville et d’un temple. La France n’en mourra pas.

La musique, comme agent civilisateur, comme moyen de concorde et d’union est une fiction ; mais la musique comme art , comme science même, est une des plus heureuses conquêtes du génie de l’homme et rapproche le plus cet exilé de l’infini des virginales jouissances de la céleste patrie.

lOG DÉCOUVERTES — INVENTIONS.

Les Grecs mêlaient à leurs représentations dramatiques des chœurs qui se liaient à l’action principale. Les tragédies de Euripide et de Sophocle (d même quelques-unes des comédies d’Aristophane, sont ornées de ces hors-d’œuvres, où les musiciens du temps déployaient toute la verve de leur génie et tout le luxe d’une instrumentation dont nous ne nous doutons même pas. Les Romains adoptèrent les usages scéniques des Grecs , comme ils en avaient adopté les mœurs , et la République une fois morte , ils introduisirent des chœurs sur leurs théâtres. Esope et Batliille, le premier acteur tragique, le second mime célèbre, ne paraissaient sur le théâtre que précédés d’une troupe de musiciens qui exécutaient divers morceaux empruntés aux théâtres grecs. Les tragédies latines de Sénèque furent enrichies de chœurs, et. avant lui, les comédies de Plaute et deTérence avaient été également allongées par des chœurs, qui en cette circonstance, étaient tout à fait étrangers à l’action scénique.

Quoique la musique à Rome eut été beaucoup moins populaire que dans les principales villes de la Grèce , elle eut cependant, du siècle d’Auguste au règne des Antonius, des époques brillantes. Les dames romaines, qui n’étaient plus ni des Emilies ni des Cornélies , introduisirent dans leurs gynécées des joueurs de flûte et de harpe gauloise qu’elles payaient au poids de l’or. Quelquesuns de ces artistes amassaient de grandes richesses, et l’histoire nous a conservé le nom d’un certain Palémon, natif de l’îlede Samos, qui gagna, sous Tibère, une fortune de quatre cent mille sesterces à jouer de la flûte devant le peuple romain, esclave et dégradé.

Constantin emmena avec lui les rhéteurs, les grammairiens, les bateleurs et les musiciens sur les rivages du Bosphore , où il élevait sa capitale, — désormais la rivale de Rome et la métropole du monde romain. — Constantinople était une ville qui n’était ni grecque ni romaine , et où les beaux-arts transplantés ne pouvaient plus fleurir. La musique eut le sort de la sculpture et de la peinture; elle languit et disparut sous la pourpre vénale des

successeurs de Constanliu le Grand , dans la boue séditieuse dos légions déshonorées, dans les clameurs d’un peuple insolent et perfide, dans les anathèmes du schisme et de l’hérésie, dans le tumulte lointain mais perceptible de l’arrivée des barbares , qui poursuivaient l’ombre de Rome, au-delà du Tibre asservi et des Alpes captives.

Il appartenait à la papauté, qui a sauvé tant de chefs-d’œuvre de Tart grec et romain, qui a réveillé tant de glorieux souvenirs, de ressusciter la musique. Le pape Grégoire le Grand eut cet immortel honneur. Par ses soins, et presque sous ses yeux, on publia un recueil de chants qui furent adoptés par toute l’église latine et qu’on appela plain-chant ou chant grégorien. Ces chants, d’une naïveté touchante, d’une mélodie inimitable et qui respiraient l’onction religieuse , la confiance en Dieu , la foi dans son angélique simplicité, avaient été recueillis par le savant pontife lui-même, dans les monastères, refuges ordinaires au septième siècle d’hommes essentiellement vertueux, non à la manière du Portique , mais à la manière de l’Évangile , qui consacraient leur temps à cultiver la terre et à chanter les louanges du Seigneur.

En publiant son antiphonàire , dit un écrivain plein de goût et d’érudition , le pontife romain l’avait donné dans un système de notation qui avait au moins le mérite de la clarté. On ne s’en contenta pas, et l’on imagina divers moyens de représenter les sons qui embrouillèrent fort cette partie de la science et rendaient la lecture de la musique d’une excessive difficulté. Divers essais produisirent enfin l’invention de la portée, et cette admirable découverte, à laquelle nous croyons difficile de jamais rien substituer d’avantageux, devint le fondement du système de notation aujourd’hui en usage. On a cru longtemps que cette utile découverte était due au savant religieux Guido d’Arezzo. C’est une erreur, mais les travaux si nombreux et si remarquablement beaux de Guido d’Arezzo lui ont valu cet honneur insigne , qu’on lui a attribué, dans les siècles suivants , toutes les inventions dont on ignorait les véritables auteurs , sans en exempter le contre-^

point , qui sera vraiment la gloire de la musique moderne , puisqu’il a dirigé l’art dans des voies toutes nouvelles.

La réforme religieuse contribua à populariser la musique en France. Luther et Calvin aimaient passionnément la musique et chantaient eux-mêmes avec beaucoup de goût. Le premier de ces réformateurs avait coutume de dire : Je ne considère pas comme un instituteur celui qui ne sait pas chanter. Parole profonde , leçon admirable que les réformateurs politiques n’ont pas laissé perdre, et qu’ils mettent si bien à profit depuis soixante ans. — Luther, dans sa lithurgie , remplaça les chants en latin par des chorals en langue vulgaire , afin qu’ils fussent compris et chantés par le peuple. Ces chorals étaient, en grande partie, d’anciennes mélodies du culte catholique ; quelques-uns avaient été spécialement composés par le grand réformateur.

Calvin, à Genève, prit grand soin aussi de faire mettre les psaumes en musique et il confia ce travail aux plus célèbres musiciens de l’Europe. L’attrait de ces psaumes notés et scandés , était si puissant que protestants et catholiques les adoptèrent. Chanter des psaumes traduits en vers français paf Marot et de Beze, et mis en musique par Gondimel et Orlando de Lassue, fut bientôt une affaire de mode, beaucoup plus qu’une récréation de piété. C’est ainsi qu’au Pré aux Clercs, en 1558, par un beau soir d’été, des étudiants de l’Université de Paris , chantèrent des psaumes sur de fort beaux airs. Le lendemain, le chœur ayant en tête le roi de Navarre , — à l’instigation duquel l’essai de la veille avait sans doute été fait , — et quelques gentilshommes français et étrangers, fit plusieurs fois le tour de la promenade. Ces réunions de chant continuèrent les jours suivants à la grande satisfaction des désœuvrés et des badauds \

‘ Nous avons vu sous la Restauration des rendez-vous semblables à ceux-ci, et qui, sous l’apparence futile d’un honnête délassement, cachaient un but politique. Ces réunions, au dix-neuvième siècle, s’appelaient goguettes, et se tenaient dans des cafés ou dans des cabarets très-connus et très-achalandés. Comme l’esprit du dix-neuvième siècle n’était pas l’esprit du seizième, on ne chantait dans ces réu-

Si le seizième siècle fui fécond en grands musiciens, eu compositeurs habiles, il fut aussi le point de départ du perfectionnement mathématique des instruments de musique. Au premier rang de ces hommes industrieux qui dotent pour ainsi dire d’une âme et d’une voix enchanteresse, quelques fragiles morceaux de bois, il faut placer Nicolas et André Amati. Le violon , qu’on est convenu d’appeler le roi des instruments , avait été inventé vers le milieu du treizième siècle par un pauvre hermite de la Romagne, et de 1245 à 1565, cette lyre renversée, comme disaient les Italiens, n’obtint que de lentes et insigniliantes améliorations. Les Amati parurent et le violon devint dans leurs mains savantes, une création merveilleuse. Grâce à eux, le violon put traduire le langage des anges et le langage des hommes , les orages du ciel comme les orages des passions, l’enfer et le paradis, le désespoir et la joie, l’amour et la destruction.

Les frères Amati remplirent l’Europe de leurs chefs-d’œuvre, aujourd’hui brisés par le temps ou par la main des hommes, plus cruels souvent que le temps. La France, plus que tout autre pays, fut favorisée dans cette distribution de prodiges. André et Nicolas Amati, firent pour la chapelle de Charles IX, vingtquatre violons : six dessus, six quintes, six tailles et six basses de violes. Ces instruments d’une justesse, d’une sonorité et d’une pureté de sons merveilleuses, étaient encore rehaussés par d’inestimables peintures, où les premiers artistes de l’Italie avaient rivalisé de grâce, de délicatesse et d’originalité. Les six dessus représentaient les principaux événements de la vie guerrière et musicale du roi David ; les six quintes, divers traits de la vie de Charlemagne, du roi Robert et de

nions ni cantiques ni noëls, mais les chansons patriotiques de M. de Béranger. Le Gloria Patri, des psaumes traduits par Marot, a été le poignard de Jacques Clément, et les trois journées de Juillet 1 830 ont été le couplet final des chansons de Béranger. Le troue du dernier des Valois et des derniers Bourbons est tombé, comme les murailles de Jéricho, au son de la musique discordante des li'ompettes sacrées et profanes de la guerre civile.

saint Louis; les six tailles, la création du monde; les six basses de violes, des épisodes de la vie des quatre grands docteurs de l’Église, saint Augustin, saint Jérome, saint Grégoire et saint Ambroise. Ces vingt-quatre violons pouvaient durer dix siècles ils n’en ont duré que deux. Relégués, sous le règne de Louis XIV, dans le trésor de Saint-Denis, ils en ont été violemment arrachés en 1793, et les chefs-d’œuvre des Amati ont été rompus, brisés, jetés dans la fange et foulés aux pieds avec l’épée de Duguesclin et la bannière victorieuse de Jeanne-d’Arc. O peuple aveugle et impitoyable, respecte donc au moins dans tes jours de colère, les arts qui te font nation; mords les couronnes de tes rois, mais fais grâce à l’épée de tes soldats ! !

Antoine Stradivarius, dont les violons sont encore aujourd’hui recherchés par les grands artistes et par les riches amateurs, fut un des derniers élèves des Amati.

Aux septième, douzième, treizième et quatorzième siècles, les instruments de musique étaient en fort petit nombre en Europe : le rebec, espèce de violon à trois cordes ; la cornemuse ; le tambour — dont la hauteur était de quatre pieds et demi et la circonférence de trois ; — la flûte, le hautbois, le serpent, l’oguinelle sarrazine (ce que nous appelons un pavillon-chinois), la musette, la tarscerie (espèce de flûte), et quelques autres dont la forme est aujourd’hui restée sans nom.

Nos cathédrales avaient, pour accompagner le chant grégorien, les orgues et les serpents ; on connaît la puissance de ces orgues, qui semblent posséder dans leur vaste poitrine, toutes les angoisses des réprouvés et toutes les félicités des élus; tous les châtiments et toutes les miséricordes de l’Éternel. Les sons qui s’échappent de ce Briarée musical, comme des ouragans impétueux ou des sylphes légers , vont se tordre, s’enrouler, et s’unir sous les arêtes des voûtes, à la cime des piliers, à la crête des colonnettes dentelées de la nef et du sanctuaire d’oû ils s’envolent tous pour le ciel avec les nuages d’encens et de fleurs.

Le serpent ne sert qu’à soutenir la voix des chantres et à

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