‹ Merveilles du génie de l'hommeChapitre 12 sur 43 · I.A MUSIQUE. I i r · texte numérisé non relu

I.A MUSIQUE. I i r

commencer le sillon vocal où toutes les bouches du chœur doivent jeter leurs notes.

La musique religieuse n’a cessé d’être noble, digne, grave en France, que depuis quebiues années. Des curés, à Paris et dans quelques grandes villes, ont voulu mêler à la majestueuse sévérité du chant grégorien, les pompes et les agréments de la musique mondaine, et un orgue d’accompagnement est installé dans le sanctuaire comme dans un orchestre de théâtre. Est-ce un bien ? est-ce un mal ? L’art est pour nous une chose divine dans son essence, mais toutes les applications de l’art ne sont pas dignes de célébrer les louanges du Très-Haut.

Après la musique religieuse d’un peuple, vient sa musique militaire. Nous savons au son de quels instruments marchaient au combat les phalanges macédoniennes et les légions romaines ; mais bien des gens ignorent de quels instruments se composait la musique militaire de nos pères. C’est encore dans le choix de ces instruments, qui président au carnage et à la mort violente, qu’il faut chercher le caractère primitif d’un peuple.

Les deux seuls instruments de guerre de nos ancêtres étaient le tambour et le fifre L

Le fifre a été l’assidu compagnon de nos triomphes et de nos revers depuis Clovis jusqu’à Napoléon. Il était à la défaite de Siagrius, il était à Bouvines, il était à la Massoure, à Crécy, à Poitiers, à Mons-en-Puelle, à Pavie, à Cerisolles, à Lens, à Steenkerque, à Nerwinde, à Fontenoy, à Jemmapes, à Lodi, à Aboukir, à Marengo, à Austerlitz, à léiia, à Montmirail, à Champ-Aubert, à Waterloo... Pourquoi n’existe-il plus à la tête de nos régiments? pourquoi ces arpèges aigues, ces notes acerbes, ces sifflantes invitations à la victoire ou au trépas glo-

1 On voyait encore avant la révolution, sur un très-ancien vitrail de l’abbaye de Sainte-Geneviève, la prise de Ptolémaïs par les Croisés, et on y distinguait parfaitement les Français marchant ou plutôt escaladant les échelles, un fifre en tète. Ce curieux vitrail a été brisé, comme tant d’autres objets dignes d’être conserves au moins par orgueil national.

rieux du combat, ne se font-elles plus entendre au-devant de notre drapeau?

L’industrie de la lutherie, bien qu’elle ait perdu de son importance depuis le dix-septième siècle, n’a pas cessé d’être pratiquée en France par des hommes d’un talent distingué. L’art de confectionner des instruments de cuivre a pris en revanche des proportions considérables, dues principalement à l’adoption des grands tubes de cuivre dans tous les orchestres d’aujourd’hui. Un Belge, du nom de Sax, entre autres, a inventé une série d’instruments de cuivre qu’il a eu le crédit de faire adopter par le ministre de la guerre pour la musique des régiments de l’armée.

La musique , nous l’avons déjà dit au commencement de cet article, fait chaque jour de notables progrès dans notre pays. La méthode Wilhem a su créer, particulièrement dans les classes ouvrières, de formidables néophytes et de non moins formidables exécutants à la Muse que les Grecs représentaient les yeux levés vers le ciel , la bouche entr’ouverte et la main sur le cœur, et à laquelle ils avaient donné le doux surnom d’Harmonie. Mais ce qui a surtout fait faire un pas prodigieux à la musique, c’est la multiplicité toujours croissante des pianos , ces roturiers heureux qui ont chassé les clavecins et le forté, et qui seront peut-être bientôt chassés à leur tour par quelque combinaison nouvelle.

Le piano se trouve aujourd’hui partout : dans le palais comme au moulin , dans l’appartement splendide de la courtisane comme dans la mansarde de la grisette. C’est la démocratie des sons arrivée à son apogée.

L’Allemagne est musicienne par essence ; l’Italie par imitation ; la France par caprice et par folie. Mais un pays qui a donné le jour à Méhul, à Boyeldieu, à Dalayrac, à Auber, à Lesueur et à Adam, pour ne parler que des musiciens de notre époque, peut lutter avantageusement avec les écoles illustres qui ont produit les Palestrina, les Sacchiui, les Piccini, les Gluck, les Weber, les Beethoven, lesHummel, les Rossini et les Meyerbeer.

CIHPITRE IS.

LES

AÉROSTATS

Jcare et Dédale. — Un aérostat en Chine en 1506. — Les aéronautes modernes.— L’aigle d’un Czar, etc.

L’aventure de Dédale et d’Icare n’est pas une fable ;

ces ailes rapides et merveilleuses que l’artiste athénien, captif du roi Minos, inventa pour reconquérir sa liberté, ne sont point un conte mythologique. Le savant ingénieur qui faisait marcher dans les rues d’Athènes des statues de bronze et de marbre, l’architecte qui bâtissait le labyrinthe de l’île de Crète, inscrit au nombre des sept merveilles du monde , et qui élevait les remparts et les halles gigantesques de Memphis, a dû trouver le premier le secret de naviguer dans les airs. L’horreur de la captivité, et le désir de ressaisir une liberté perdue, fait exécuter aux plus vils scélérats des prodiges de patience et d’adresse. Pourquoi l’homme de génie, plongé dans les limbes d’un cachot, ne rassemblerait-il pas toutes ses forces intellectuelles pour briser ses fers? La science doit avoir aussi ses Spartacus.

Les Anciens nous ont précédé dans toutes les routes. Malgrénôtre insupportable orgueil nous devons les regarder comme nos maîtres dans les arts, dans les sciences, dans les lettres. La civilisation , dans notre occident , ne fait que de naître; en Afrique et en Asie, elle a six mille ans d’existence. Les peuples de l’autre hémisphère, qui ont eu le bonheur de conserver leurs mœurs, leurs institutions et leurs lois, nous prouvent par leurs annales que nos prétendues découvertes sont pour eux des nouveautés de quelques milliers d’années. Le père Vassou, missionnaire à Kanton (Chine), décrivait, dans une lettre datée du 5 septembre 1694, c’est-à-dire, près d’un siècle avant qu’il ne fut question en France des aérostats, l’ascension d’un ballon lancé à Pékin, en 1306, lors de l’avénement au trône de l’empereur Fo-Kien. Ce récit, traduit littéralement par le père Vassou, sur des documents officiels et parfaitement authentiques, est de nature à corriger l’outrecuidance de nos chers contemporains.

Mais en Europe même, et dès le quatorzième siècle, plusieurs savants avaient exprimé l’opinion qu’au moyen d’une substance plus légère que l’air, enfermée dans un ballon, il serait possible de gagner la partie supérieure de l’atmosphère. Un moine augustin, — car les moines, n’en déplaise aux philosophes, ont été

LES AÉROSTATS

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