LES TÉLÉGRAPHES
il en avait fait adopter par le sénat romain les armes, la discipline et les dieux.
César dit, dans ses Commentaires, cju’un événement qui s’était passé à l’aube du jour à Orléans , était connu en Auvergne à neuf heures du soir. La pensée de ces peuples que les Romains appelaient Barbares, avait franchi un espace de plus de quatre- , vingts lieues en quinze heures , et les lettres de César au Sénat n’arrivaient à Rome, dans les saisons les plus favorables, qu’en sept jours et demi ! De quel côté était la barbarie?
Les Romains, depuis cette époque, élevèrent, de distance en distance sur. les routes magnifiques dont ils sillonnaient les territoires conquis , des tours où se tenaient des vedettes chargées de transmettre lés signaux qu’ils apercevaient. Un bas-relief de la colonne Trajane vient attester encore, de nos jours, l’extrême sollicitude des généraux romains pour cet échange important de communications. Ce bas-relief représente dans tous ses détails une poste télégraphique romaine, et on y distingue très-bien non-seulement les soldats qui guettent les signaux de la tour prochaine, mais encore les poulies et les cordages qui doivent servir à les reproduire au loin.
On a dit que l’art des signaux avait disparu au moyen-âge ; c’est une erreur. Les Grecs de Constantinople n’étaient pas gens à oublier des procédés mécaniques ou vocaux qui pouvaient servir à la duplicité et à la trahison, aussi bien qu’aux loyales prouesses des guerriers. Saint Louis, à la prise de Tyr et de Césarée, en 1251, se servit de signaux pour appeler à lui un corps considérable de Croisés qui opérait sur uu autre point de la Palestine. Ces signaux consistaient en une croix de satin rouge que l’on élevait en l’air, de la même façon que les écoliers enlèvent aujourd’hui des cerfs-volants, et des cris aigus du fifre, dont chaque
arpège avait une signification connue d’avance ’ . Au surplus les
‘ Il est reconnu que le jeu du cerf-volant date du douzième siècle, et on sait que dans les armées croisées, ceux qui faisaient l’office de courriers étaient des serviteurs ou serfs des princes qui commandaient les troupes. Ce fut l’emploi de ces
Arabes , à peu près vers le même temps , correspondaient entre eux, à d’énormes distances, par des drapeaux, des feux et des fanfares.
Au quinzième siècle , un moine , — et nous faisons remarquer pour la dixième fois que les moines ont été dans les sciences, dans les arts et dans les lettres le trait d’union entre l’Antiquité et la Renaissance : ils ont fait passer dans l’arche de la foi sur le cataclysme moral du moyen-âge tout ce qui élève, honore, illustre et embellit l’humanité, — un moine, nommé Tri thème, publia un système de stanographie pour faire parvenir à l’aide du feu des nouvelles à quelque distance que ce fût. Par malheur l’ouvrage de ce moine fut perdu dans le sac d’un monastère de Lorraine , et les recherches des savants pour retrouver les copies, qui vraisemblablement existent encore , ont été jusqu’à ce jour infructueuses.
La création de la télégraphie appartient donc aux temps modernes, et c’est à la France que le monde devra cette utile et ingénieuse découverte.
A la fin du dix-septième siècle, le savant académicien Amontons eut l’idée d’appliquer les télescopes aux télégraphes. Il proposa d’employer les lunettes d’approche à l’observation de signaux représentant les lettres de l’alphabet pour ceux qui auraient la clef de son système , soigneusement développé dans plusieurs mémoires publiés à ce sujet. Mais les essais ne répondirent pas à l’attente générale, et comme en 1676 les découvertes scientifiques ne sortaient guère du champ-clos des académies , l’idée féconde d’ Amontons vint s’enterrer dans la poussière des bibliothèques.
Un siècle après, en 1784, le professeur Bergstrasser, de Hanovre, publia un traité de synthe-niétographie. Évidemment le savant Hanovrien avait eu connaissance des travaux entrepris
par l’académicien français. L’Allemagne lut, discuta, disputa,
courriers que les croix de satin lancées dans les airs et maintenues au moyen de petits cordages usurpèrent dans l’occasion. Il faudrait donc écrire serf-volant et non cerf-volant.