CHAPITRE Ali
LE GAZ HÎDROGENE.
Éclairage des grandes villes. — Inconvénients.
— l.’huile,la chandelle et la bougie détrônées.
— Les lanternes de M. de Sartines, les réverbères de M. Lenoir et tes lampadaires de M. de Rambuteau. — Le gazogène-Robert, etc.
L’art de doubler rexistenco, c’est-à-dire de remplacer la clarté du soleil par une Mnière artilicielle, doit remonter aux premiers âges du monde. L’homme a dû nécessairement signaler ses premiers pas dans la vie sociale par une victoire sur les ténèbres. Nous savons, en ffet, (pie les peuplades primitives servaient de bois résineux, ti'ls le mélèze, le pin, l’aloës et le sapin pour s’éclairer ; et les plus anciens bistpriens s’accordent à cons-
tâter que dans l’Inde et dans la Haute-Asie, la cire était connue comme substance combustible plus de quinze cents ans avant la prise de Troyes. En Égypte, en Judée et en Grèce principalement, on faisait usage, de temps immémori#, de lampes, et parconséquent d’huile et de graisse d’animaux. Ce ne fut que vers la fin de la huitième olympiade, qu’on s’avisa dans ce dernier pays de mettre à contribution les abeilles pour fabriquer des torches et des flambeaux consacrés aux fêtes nocturnes de Diane, de Proserpine et de Gérés. Bientôt la cire descendit du temple'des dieux dans le palais des rois, et l’on n’a pas oublié la réputation de la cire et du miel distillés par les abeilles du mont Hymette, au temps d’Aspasie et de Périclès.
Les grandes nations de l’Afrique et de l’Asie, les Mèdes, les Perses, les Assyriens et les Égyptiens poussèrent très-loin l’art d’éclairer les temples, les palais, les édifices publics et les rues de leurs capitales. A Memphis, à Thèbes, à Babylone, à Suze, à Ninive, l’éclairage était si splendide, si prodigieusement éclatant, que les citoyens ne faisaient aucune différence entre le jour et la ‘nuit. Cet éclairage consistait en vases de bronze, de granit ou de pierre, placés de distance en distance sur la voie publique et remplis de graisse liquéfiée qu’une mèche de trois pouces de diamètre consumait lentement. Et quelques-unes des rues de ces gigantesques cités avaient plusieurs milles de longueur! et ces vaisseaux de bronze et de pierre pouvaient contenir chacun cent trente à cent quarante livres de matières à dépenser, c’est-à-dire la graisse de cinq ou six bœufs ! Quelle énorme consommation de bétail ! quelle dépense immense ! En vérité, la puissance et la civilisation de ces nations, toutes mortes qu’elles sont, effraient l’imagination; et quand, les yeux encore éblouis de tant de ruines cyclopéennes, de tant de grandeurs ensevelies sous l’herbe, on regarde autour de soi, on ne peut s’empêcher de sourire à l’aspect de cette civilisation étriquée de notre pauvre petite Europe , dont les habitants, affublés du })alelot-bagne, du pantalon-bouffe et de la moustache de Crispin et de Mascarille, se croient les pre-
LE GAZ im)ROGÈNE.
lîiiers et les plus intelligents citoyens que le monde ait produits depuis la création. Et en conscience cependant, les populations de Londres, de Pai-is, de Vienne et de Berlin joueraient fort à leur aise aux quatre coins sur les ruines de Ninive.
Un voyageur anglais méditait, il y a quelques mois, sur les débris de cette immense cité qui n’est plus aujourd’hui qu’un désert couvert de pierres. Le touriste comparait peut-être les portiques restés -debout de Ninive à la grande salle des chevaliers de la Jarretière dans l’abbaye de Westminster, et un simple pan de tourelle d’un demi-mille de long à la Tour de Londres ; et celte comparaison ne flattait guère son orgueil national, lorsqu’il fut arraché à sa rêverie par un bruit étrange; il lui semblait qu’on traînait à ses côtés, sous les baùfes herbes qui encadrent les autels des dieux comme les tombeaux des hommes, un lourd objet de métal. Notre voyageur écarta avec précaution les plantes parasites qui l’cmtouraient, et aperçut un énorme lézard dont la queue charriait malgré lui le terne diadème d’un prince de l’antique Ninive. Cette couronne, qui aurait pu ceindre le front de trois monarques du Royaume-Uni, y compris la tête de Charles 1®', était aussi remarquable par la massive élégance de sa forme que par l’ampleur de sa circonférence. L’Anglais se’ hâta de délivrer le reptile de son fardeau; et fier, à juste titre, d’avoir conquis une dépouille si précieuse sur les richesses d’un sépulcre inconnu, il reprit le chemin de la pauvre bourgade qui est jetée sur les ruines de Ninive, pour' apprendre aux enfants perdus de l’Europe la durée, la grandeur et la fin de cette civilisation, dont les peuples d’aujourd’hui sont si vains, dont les peuples d’hier ne sont plus.
Les nations éteintes ne peuvent se juger que par les vestiges de leurs monuments, que par leurs armes de guerre échappées au choc des batailles, à la rouille du temps. Pour voir ce que les Français valaient au quatorzième siècle, il ne faut que peser l’épée de Duguesclin et de Clisson; pour bien comprendre l’invasion des Goths et les défaites honteuses et successives des légions romaines, il suffit (le mesurer la lance des gardes prétoriennes et les cui-
Fasses des cavaliers pannoniens. Les grandes épées, les grandes couronnes et les grands monuments ne sont plus à ■l’usage des nations dégénérées.
Un roi qui a fondé en Angleterre la civilisation, la justice et la liberté, Alfred le Grand, a inventé, dit-on, vers la fin du neuvième siècle, la lanterne de corne. Peut-être que cette découverte fera sourire de pitié quelques grands hommes — car aujourd’hui les grands hommes et les grands inventeurs courent les rues; — mais il faut se reporter au temps où vivait Alfred . L’irruption des Barbares, en Angleterre comme ailleurs, avait effacé toutes les traces de la civilisation romaine ; les peuples primitifs de la Grande-Bretagne, fondus avec les Saxons, avec les Danois, avec vingt autres. hordes de barbares, semblaient avoir oublié les éléments mêmes des arts les plus grossiers. Le grand Alfred voulut, par ses paroles, par ses actions , par son exemple , reconstituer une société, un peuple, une nation. Il étudia, tout guerrier et tout roi qu’il était, et il se fit savant ; il se fit législateur, il se fil théologien pour polir et éclairer ses nouveaux sujets. Il se fit enfin artisan pour leur apprendre que nul métier, si petit qu’il
soit, ne doit être méprisé dans la grande famille sociale; car Par-
tisan aussi bien que le prêtre, aussi bien que le juge et le soldat, aussi bien que le légiste et le marchand, aide à faire mouvoir le rouage gouvernemental. C’est Alfred le Grand qui a fourni à l’inimitâble La Fontaine sa charmante fable du Lion partant en guerre, et c’est Alfred le Grand qui inventa la lanterne de corne comme une chose utile d’abord, comme une parabole ensuite, car la flamme enfermée dans une prison diaphane éclaire et n’incendie jamais.
Les Anglais, durant près de trois siècles, ne se servaient que de lanternes alimentées par de la graisse ou par de l’huile. Vers 1290 , les mêmes Anglais inventèrent les chandelles,' mode d’éclairage qui ne s’introduisit en France que sous le règne du roi Jean, qui en rapporta quelques-unes de Londres, où les Palais, les abbayes et les maisons des riches bourgeois, ne s’éclairaient
LE GAZ HYDROGÈNE
qu’à l’aide de ce qu’on appelait alors des bâtons de suif. Nous lisons, en effet, dans les grandes chroniques de France, que le soir de la funeste bataille de Poitiers, le prince de Galles, pour honorer son auguste captif, fit allumer quatre chandelles au souper qu’il offrit au roi Jean dans sa tente..
L’usage de la chandelle se répandit bientôt en Europe, et -la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, imitèrent l’Angleterre dans cette fabrication qui rendait le suif d’une combustion propre et facile. Mais les Anglais et les Français réussissant dans cette fabrication beaucoup mieux que les autres peuples, la chandelle fut longtemps une branche très-étendue du commerce de l’Angleterre et de la France. A peu })rès à cette même époque, lès Vénitiens inventèrent la bougie. La cire n’avait guère servi jusqu’alors qu’au luminaire des basiliques et des églises. Les Vénitiens l’appliquèrent à un usage profane, et à dater de la fin du quatorzième siècle, le palais des doges et des papes ne fut plus éclairé que par la bougie vénitienne. Cette industrie sortit de l’Italie pour venir en France où elle fut accueillie avec transport par les populations du midi. On perfectionna à Bordeaux, à Marseille, à Narbonne, la découverte des Vénitiens , et bientôt la bougie française éclipsa les bougies romaines, florentines et même vénitiennes. Le progrès continua et aujourd’hui encore on fabrique à Paris et dans quelques autres villes des bougies qui ont cela de prodigieux dans leur fabrication , qu’elles contiennent de tout, excepté de la cire.
Les lumières d’une nation, — au physique et au moral, —'ne peuvent être constatées avec quelque certitude , que dans leurs capitales. Il est donc bon, pour juger de l’éclairage en France, de suivre les diverses phases de la lumière artificielle à Paris.
Sous les deux premières races des rois , Paris , dont la population ne s’élevait pas à plus de soixante à quatre-vingt mille habitants, était plongé pendant la nuit dans les plus épaisses ténèbres. Les grandes abbayes de Sainte-Geneviève , de Saint-Germaindes-Prés, de Saint- Victor , et de Saint- Martin-des-Champs, avaient seules le civique privilège d’entretenir ^ur la tour la plus
DÉCOUYERTES — INVENTIONS.
haute de leurs murailles, une espèce de phare qu’on allumait à cinq heures du soir, en hiver, et à neuf heures en été, et que l’on n’éteignait qu’au premier rayon du jour. Ces phares qui, selon le moine Lothaire, projetaient une immense clarté, suffisaient pour diriger les voyageurs et pour. arrêter l’audace des brigands qui désolaient alors par leurs courses les environs de la capitalé. « Nous n’irons point nous brûler au feu de l’abbaye de Saint-Germain, disaient naïvement les compagnons de Jacques de Kersecq, fameux chef de brigands du douzième siècle, il nous en cuirait trop, » L’illustre Étienne Boylesve, prévôt de Paris, sous le règne de saint Louis, rendit une ordonnance, en 1258, par laquelle- chaque propriétaire était tenu d’éclairér par un pot à graisse la façade de sa maison sous jpeine d’amende, et de prison en cas de récidive. Charles V maintint par un réglement ad hoc l’ordonnance de Boylesve, et sous Louis XI, les pots à graisse furent remplacés par les chandelles et par les lampions qui, depuis, acquirent une si triste célébrité.
Ce ne fut qu’en 1667, lors de la création d’un lieutenant général de police, que l’administration conçut le projet d’éclairer Paris d’une manière uniforme : M. Nicolas de La Reynie, premier lieutenant général de police , attacha son nom à cette grande et utile amélioration. Par ses soins, trois cents lanternes furent distribuées dans les divers quartiers de la capitale et donnèrent une physionomie toute nouvelle à la ville. Peut-être trouvera-t-on que ce nombre de trois cents lanternes était bien minime , mais il faut se reporter au temps de Louis XIV et de M. de La Reynie. L’étendue de la capitale du royaume n’étàit pas aussi considérable qu’elle l’est aujourd’hui, et les revenus de la ville étaient loin d’être aussi productifs qu’ils le sont de nos jours. Le budget annuel de Paris depuis quarante ans, l’emporte de plusieurs millions sur la liste civile de plusieurs rois absolus et constitutionnels. Sous Louis XIV, ce budget ne montait guère qu’à six ou sept millions tout au plus, qui représentent à peine treize millions d’aujourd’hui.
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En 1729, grâce à La Reynie et à son successeur d’Argenson', Paris 'compta 5,772 lanternes; cinquante ans après, le lieutenant de police Lenoir proposa une récompense à celui qui trouvei’ait le meilleur mode d’éclairage pour la capitale. Les lanternes à réverbères, inventées par un nommé Bailly, subirent alors d’im- .portantes modifications. En 1769, Bourgeois de Château blanc , qui avait perfectionné l’invention de Bailly , fut chargé pour vingt ans de l’éclairage des rues de Paris. Le bail de Ghâteaublanc finit en 17S9, au moment même où la lanterne quittait son rôled’ins- . trumçnt civilisateur pour prendre celui d'instrument politique.
En 1769, on comptait à Paris 7,000 becs ; en 1789, 8,200; en 1799, 8,700; en 1809, 11,050; en 1819, 12,672. La dépense de l’éclairage montait à cette époque à 646,023 francs, 82 centimes.
Les lanternes avaient parfaitement éclairé sous MM. de La Reynie et d’Argenson; les réverbères avaient également bien fonctionné sous l’édilité de M. Lenoir; mais lanternes et réverbères, par des motifs qu’il n’est pas difficile de deviner, avaient subi le sort de toutes les choses de ce monde et ne projetaient plus que des lumières blafardes et capricieuses sur le pavé de Paris qui les nourrissait ' . L’administration . comprit qu’il y avait , là aussi, quelque chose à faire; et par ses organes officiels, elle convia les ingénieurs et les lampistes à tenter une renaissance, non pas des lanternes, mais des revefbères.
Cet àppef fut entendu, et en 1823 M. Bordier-Marcet exposa, sur la place du Carrousel , un appareil qui, par l’élégance de sa
* On lisait très-bien une affiche imprimée en caractères moyens à dix pas sous les premières lanternes de M. de La Reynie. J’ai entendu dire à des vieillards que la Gazette de France avait été lue couramment à quinze pas des réverbères de - M. Lenoir. Mais ce luxe de rayons dura peu, et lorsque les lanternes et les réverbères furefit supprimés, ils n’éclairaient plus. Le gaz suivra la même route, et ceux qui ont vu son éclat et 'ses jets flamboyants sur les lampadaires des boulevards, en '1840, ne le reconnaissent plus aujourd’hui. L’avarice des entrepreneurs et l’aveuglement de l’administration conspirent, sous tous les régimes, ('.entre la sécurité publique ('t les embellissemi iits de la capitale.
forme et les flots de lumière qu’il projetait , effaçait tout ce qu’on avait vu jusqu’alors. Deux de ces appareils suffisaient ‘ pour éclairer une longueur de 1 80 toises ; la clarté des lanternes ne s’étendait qu’à 15 toises, et celle des réverbères qu’à vingt-cinq ou trente toises. M. Bordier-Marcet convainquit le public de l’excellence de son système ; mais les pères-conscrits de l’Hôtel-. de-Ville ne partagèrent pas l’enthousiasme du public : M. Bordier-Marcet en fut pour ses frais d’invention, et le préfet de la Seine éconduisit poliment ce citoyen , qu’à Londres le lord-maire et les alderméns auraient comblé de témoignages d’intéfêt et. d’encouragement.
Cependant, en 1811, l’ingénieur français Lebon avait entrevu la possibilité d’obtenir une clarté plus pure et plus brillante que la lumière développée par la combustion immédiate des huiles. Il parvint à réaliser cette heureuse idée par l’emploi du gaz hydrogène carboné. Les Anglais ne tardèrent pas à étendre leurs mains rapaces sur la découverte de l’ingénieur français , et le gaz hydrogène français du dix-neuvième siècle paya à nos insatiables voisins le paquet de chandelles anglaises apportées par le roi Jean en 1.360.
Paris et ses administrateurvs restaient immobiles bien que l’inventeur eût soumis au conseil municipal sa découverte et ses heureux résultats. Il fallût que MM. Winsor et Preuss, de Londres, eussent avantageusement appliqué, en 1816, le système de l’ingénieur français pour que le premier magistrat du département de la Seine, M. Chabrol de Volvic, alors préfet, se décidât à adopter ce mode d’éclairage pour quelques hôpitaux et autres établissements publics. Le succès du gaz hydrogène fut trèsgrand, mais sa renommée fut circonscrite dans les murs de ces asiles de la souffrance. Le suffrage de quelques milliers de pauvres malades et de trois ou quatre cents infirmiers ne suffit pas pour faire franchir les marches du Capitole à un homme de talent ou à une idée utile et féconde.
De 1816 à 1830 il ne vint pas à l’esprit du corps municipal
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de tirer le gaz hydrogène de l’hôpital pour l’amener en nappes de flammes sur nos quais, sur nos places puhliciues et dans nos rues; pour jeter sur nos monuments, sur les statues de nos héros,. sur les dystiques immortels de Santeuil oes auréoles d’azur et d’opale qui relèvent si noblement une façade de Perrault, une grande vertu taillée dans le marbre, la pensée d’un grand poète.
Et, chose admirable! à la porte meme de l’Hôtel-de-Ville de Paris, il existait une pauvre petite taverne qui avait pour enseigne en lettres colossales : Café du gaz liijdregène, et le gaz hydrogène éclairait magnifiquement en effet ce chétif établissement hanté par les laquais des personnages qui allaient briller aux bals de l’Hôtel-de-Ville, illuminé textuellement par l’huile et la bougie que vous savez.
Les valets , c’était là le cas de le dire , étaient ’ mieux éclairés que leurs maîtres; mais les maîtres ne s’avisent jamais de tout. Pour plus d’un le gaz était une chimère.
Les propriétés chimiques du gaz dépendent de leurs éléments. Les gaz composés d’éléments combustibles peuvent être allumés et brûlent dans le gaz oxygène et dans l’air : le gaz hydrogène et ses combinaisons gazeuses avec le souffre , le phosphore et le carbone, l’oxyde de carbone , le gazcyane , composé . d’azote et de carbone sont des gaz combustibles. L’emploi des gaz hydrogènes combinés pour l’éclairage à gaz est généralement adopté.
Il était réservé à M. de Rambuteau, préfet de la Seine après la révolution de juillet, d’attacher son nom à la résurrection du gaz ainsi qu’à beaucoup d’autres- améliorations du premier ordre. Le gaz, pendant la longue et laborieuse édilité de M. de Rambuteau, a pris définitivement à Paris ses lettres de bourgeoisie. Ce magistrat , dans son zèle ardent pour l’éclairage de la ville de Paris, a mis le gaz à toutes sauces. Non-seulement il confirma son usage dans les hôpitaux , mais encore il dota du procédé de Lebon une institution à laquelle, hélas ! chandelle , huile et bougie , soleil même doivent rester indifférents , l’institution des aveugles! Dès
1837 M. (Je Raml)uleau fit retourner le sol des deu\ tiers de Paris pour pratiquer les voies souterraines nécessaires à la transmission du gaz. Des usines importantes se ‘fondèrent sous le
patronage de compagnies anglaises et françaises anglaises
surtout. D’élégants lampadaires se dressèrent comme par enchantement sur nos quais, sur nos boulevards , sur nos places , sur toutes les voies publiques et donnèrent à la capitale un aspect tout original et tout nouveau. Les Parisiens se prirent à penser que la sollicitude paternelle des grands magistrats dont la capilale de la France s’honore avec raison, des Boylesve, des La Reynie, des d’Argenson , des Sartines et des Lencûr, ne s’était point tout à fait tarie à la fournaise des révolutions. Pourquoi M. de Rambuteau n’a-t-il pas déployé le même zèle, employé la même ardeur pour soutenir, protéger et encourager les lettres parisiennes qui, elles aussi, sont des becs de gaz et répandent sur la capitale et sur la France des flots d’une lumière non moins vive et non moins utile ?
Ce n’est pas seulement à. Paris qu’on s’est empressé de faire usage du gaz hydrogène; les moindres villes de France ont vu s’établir auprès d’elles des usines à gaz qui inondent d’une éclatante lumière leurs places, leurs rues, leurs monuments, leurs manufactures et leurs moindres boutiques. C’est surtout près des villes avoisinant les houillières que se créenl ces usines en plus grand nombre ; pour ce motif, nos villes du nord et de l’Ouest sont presque toutes éclairées par le gaz hydrogène, qu’elles continueront d’employer jusqu’à ce qu’un mode d’éclairage plus économique vienne remplacer celui-là ; car l’économie est toujours la question importante des cités ouvrières et industrieuses.
Au nombre des divers systèmes d’éclairages employés jusqu’à ce jour, nous pouvons citer l’éclairage-Robert au liquide gazogène, qui ne produit ni odeur, ni fumée, ni les explosions, ni les émanations délétères du gaz ; il purifierait plutôt l’air qu’il ne le vicierait; car on sait que les vapeurs d’esprit de vin sont salubres. 3Iais sa propriété la plus précieuse est de l’eposer et par consé-
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qiieiit (le rétablir les vues fatiguées, parce cpie sa lumière immobile est (l’ime blancheur éclatante sur un fond bleuâtre; tandis que les autres lumières sont généralement d’un jaune blanc sur un fond rouge de feu. Comme éclairage usuel ou de luxe, le gazogène réunit l’économie à la commodité et à la beauté.
Les plus belles choses ont leur mauvais côté. Certes, quand on pense qu’une association de pillards et de coupe-jarrets peut, à la suite d’un hardi coup de main, plonger en dix minuies la capitale de la France dans les plus épaisses ténèbres et improviser tout à la fois, à l’aide de ce moyen diaboli{iue, le massacre , la violence et la dévastation ; quand on pense que chacun de nos pavés récèle la mort et une mort effroyable, sous la figure d’un conduit de gaz, que la moindre négligence, que la plus horrible malveillance peut déterminer, on est tenté de dire aux chimistes, mécaniciens, ingénieurs, Irouveurs et conquérants de toute espèce: Timeo Danaos et dona ferentes. Mais, au temps où nous sommes, la philosophie d’Epicure a fait tant de progrès que riches et pauvres regardent la vie d’un œil fort dédaigneux, et que pourvu qu’on arrive au but que l’on s’est proposé, peu importe les périls qu’il faut braver, l’épée ou le parapluie à la main. Courte et bonne était la devise du savetier célébré par Taconnet. Tout le monde est aujourd’hui savetier par la devise.
Le gaz, fidèle à l’esprit du temps, n’a pas voulu rester dans la rue, il a voulu monter dans les salons, dans les magasins, dans les splendides ap})artements des riches, dans les studieuses salles des bibliothèques, il s’est fait portatif; c’est le tonnerre en portefeuille, c’est l’ogre de Perrault transformé en souris. Grand biim arrive à ceux qui l’exploitent ainsi; quant à nous, nous consentirons à l’admirer au péril de nos yeux sur les boulevards et dans les passages, mais nous nous garderons bien de le donner pour» successeur à la lampe d’Aulu-Gele et de Caton.
En attendant, le gaz a mis en fuite les chandelles du roi Jean; les bougies de la Vénétie; les appareils fumeux de ce bon M. Ouinquet, les lampes de M. Carcel, et maître du champ de bataille il
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couvre de torrents de lumière ses admirateurs aussi bien que ses blasphémateurs.... Il régnera donc jusqu’au jour, — non jusqu’à la nuit, — où quelque démon viendra souffler à l’oreille d’un chimiste quelque gigantesque combinaison nouvelle. Peut-être la recette de Josué est-e;lle sur le point d’être trouvée et alors adieu le gaz. Vous savez qu’il s’agit tout bonnement, à l’exemple du conquérant hébreu, d’arrêter le soleil.
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lembert, varient sur l’invention de l’astrononiie : on l’attribue à différentes personnes; différentes nations s’en font honneur, et on la place dans différents siècles. A s’en rapporter aux anciens historiens, il paraît que des rois inventèr ent et cultivèrent les preiuiei’s celte science : Bélus, roi d’Assyrâe, Allas, roi de Mauritanie, et üranus^ qui régnait sur- les peuples qui habitaient les bords de l’Océan Atlantique, passent pour avoir donné aux hommes les premières notions de l’astronomie.
Mais sans nous ari’êter aux contes dont l’antiquité est si prodigue, on peut, sans crainte de se tromper, placer le berceau de l’astronomie dans la Chaldée ou Babylonie.
Le savant abbé Renauilot attribue, ainsi que plusieui's autres auteur s, l’invention de l’astronomie aux anciens patriar'ches, et il se fonde, pour soutenir son opinion, sur plusieurs l’aisons : l®Sur ce que les Gi’ecs et les Latins ont compris les juifs sous le nom de Chaldéens; 2® sur ce que la distinction des mois et des années, qui ne se pouvait connaîti'e saris l’observation du cours de la lune et celui du soleil, est plus anciemie que le déluge, comme on le voit par- différents passages de la Genèse ; 3® sur ce qu’Abraharn était sorti de Chaldée de ir Cliaideorum, et que des témoignages de Berose et d’Eupolenius, cités par Eusèbe, livre ix de la Préparation évangélique, pi-ouvent qu’il était savant dans les choses célestes et qu’il avait inventé Vastronomie et l’astrologie judiciaire; 4° sur ce que l’on trouve dans les Saintes Écritures plusieur's noms de planètes et de constellations.
Bien que l’opinion de l’abbé Benaudot ait été combattue par des écrivains de mérite et entre auti'es par Basnage, ses remar’ques judicieuses n’en ont pas moins été accueillies par les savants et les astronomes les plus éminents.
Moïse, le législateur des Hébreux, qui avait sans doute employé les loisirs de l’esclavage à l’élude des mouvements du ciel, est le premier astronome connu ; car- l’époque où llorissaienl en Chaldée et Jupiter et Zoroastre et Belus lui-même, est fort inceilaine. Alexandre le Grand, si l’on en croit l’iiislorien Porphyre,