CHAPITRE PREMIER
LA POUDRE A CANON
Le couvent des Cordeliers de Fribourg. — Les premiers canons. — l.cs armes à feu. — Les mines. — I.es fêtes de Mêdicis, etc.
On oublie le nom de ceux qui ont été les bienfaiteurs de rhumanité, on garde Intaleinent la mémoire de ceux ([ui en ont été les fléaux; on élève des autels aux hommes qui ont trouvé le secret de ])erfectiomier la destruction et de multiplier la mort , et on abandonne aux gémonies de l’ingralitude et de rindilTérencc les inspirés de Dieu , qui , en créant un outil, en ébauchant une idée, ont ouvert à rintelligence humaine le champ immense du travail et de rimmorlalité. Quel savaul |)ourrait
DltCOLVERTES — INVENTIONS.
nous appi'i'iidre le nom de celui qui inventa le premier l’ouet ou le premier marteau? Dans quels climats, sous quels cieux placeronsnous les premières ruches , et quel est l’homme qui sut rassembler sous quelques brins de jonc ou d’osier les républiques éparses de l’industrieuse abeille? Qui encore alluma sur les abymesde l’Océan les lampes éternelles dont les clartés ardentes signalent au nautonier, au fort.de la tempête, les écueils qu’il doit éviter? Le silence répond aux questions d’une curieuse gratitude.
Mais en revanche, nous n’ignorons ni le nom de ceux qui ont découvert et popularisé les poisons les plus subtils, ni la vio de ceux qui ont inventé les armes les plus meurtrières. Les poètes ont divinisé, sous le nom de Vulcain, le premier fabricant des foudres humaines, et le nom de Locuste a traversé bien des siècles pour se rajeunir dans le nom de la Brinvilliers.
Les grands maux se relayent sur la terre ; la mort change ses étapes sans changer l’allure de sa course dévorante. L’humanité venait d’être à peine délivrée de cette horrible maladie, qu’on a])pelait la lèpre, et qui décimait annuellement les populations européennes, qu’un moine de Fribourg, par un de ces hasards auxquels on doit la plupart des grandes découvertes, trouva le secret de ta poudre à canon.
Un autre homme aurait peut-être enseveli dans le mystère de son laboratoire cet épouvantable secret ; mais un moine a besoin de se révéler au monde : quand il est éloquent et savant comme Luther, il lutte corps à corps avec la papauté ; quand il est envieux et cupide comme Schwartz , il met aux enchères de la mort les entrailles de l’humanité.
Ce moine s’appelait donc Berthold Schwartz , et il était cordelier du grand couvent des cordeliers de Fribourg en Allemagne. Son bumeur sombre, atrabilaire, était enharmonie parfaite avec son nom, qui signifie, en langue tudesque, noir. Berthold se mêlait d’alchimie et employait les instants que lui laissait la servitude monachale à transmuter des métaux, à mélanger mille sortes do substances arrachées aux trois règnes de la nature, à pâlir sur
IA PormiE A CAAO.V
(le vieux el iiKléchilïrables nuiiuiscrits qii’iiii rahhiii de Frilioiir^i; lui avait légués, on ne sait à quel titre. La cellule de llerthold Schwartz encombrée de cornues, d’alambics, de plaques de mêlai, de soufflets, de fourneaux et de vases de toutes grandeurs, inspirait à ses confrères une si profonde aversion, qu’ils se la désignaient sous le nom d' Arche de Satan. Au surplus Berthold était un mauvais compagnon, un mauvais moine et un mauvais chrétien. Plus d’une fois sa conduite irrégulière,, son orgueil et ses mœurs trop libres avaient attiré sur lui les châtiments de ses supérieurs spirituels. Il subissait la cori'cction, mais il restait incorrigible.
Ce fût donc ce moine qui, en cherchant la pierre philosophale, ti'ouva la poudre à canon. 11 ne voulait que de l’or, il rencontra la célébrité d’Erostrate. Ceci se passait vers la fin de 1379.
Nous empruntons à une chronique allemande du quatorzième siècle les détails que nous allons reproduire ici.
Un succès inespéré donne de la hai’diesse aux hommes les plus timides; si ce succès tombe sur un cœur déjà gonflé d’orgueil, il engendre l’insolence et la fureur.
Schwartz, radicalement édifié sur la portée de sa découverte, alla trouver le supérieur de son couvent.
— Je viens, dit-il, en regardant fièrement le vieillard, je viens vous demander deux choses, mon révérend père.
— S’il m’est possible de vous les accorder, dit le supérieur, je le ferai volontiers. Mais avant tout, mon frère, quittez ce maintien superbe, modérez l’éclat de votre voix, abaissez ces regards pleins de flamme qui ne sauraient convenir <à un enfant de saint François qui a fait vœu de chasteté, d’obéissance et de pauvreté.
Un instant subjugué par la candide mansuétude de son supérieur, Berthold baissa les yeux, prit une attitude plus modeste et garda le silence. Mais il le rompit bientôt.
— Je viens vous demander deux choses, mon révérend père, répéta-t-il d’une voix moins éclatante.
— Quelles sont-elles? parlez.
— Ma liberté cTabord, ma sécularisation ensuite, fit Schwartz d’une voix stridente.
Le prieur tressaillit comme s’il eut été mordu au talon par un aspic.
— Votre liberté ! est-il eu mon pouvoir de vous la rendre, répondit le vieillard après s’être recueilli quelques instants, les vœux que vous avez prononcés n’élèvent-ils pas une barrière infranchissable entre le cloître et ce monde que vous avez volontairement quitté? Votre sécularisation? Ignorez-vous qu’au pape seul appartient le droit de lier et de délier sur la terre, et pensez-vous qu’il me soit permis, à moi, chétif enfant de saint François, d’empiéter sur l’autorité universelle du vicaire de Jésus-Christ?
— Je ne puis être plus longtemps retranché du siècle, répartit , Berthold , il faut que jè retourne dans ce monde dont je suis appelé à changer la face ; dans ce monde où Dieu m’appelle pour -modilier, transformer ou détruire les institutions des hommes, les lois, la politique et la guerre des nations.
Le prieur regarda son moine d’un air ébahi; il le crut fou. Berthold pénétra la pensée du vieillard.
— Vous croyez, mon révérend père, reprit-il, que la folie de Saül a passé dans mon esprit, j’excuse votre erreur. Mais les moments sont précieux, je n’ai plus que le tiers de ce sable à voir tomber de ce mesureur de temps — et il indiquait du doigt le sablier posé sur le prie-dieu du Gardien , — et je veux consacrer cet instant à accomplir mon vœu d’obéissance une suprême et dernière fois. M’accordez-vous, mon très-révérend père, ma double sollicitation ?
— Je ne le puis, répliqua froidement le prieur, en étendant sa main sur la règle de saint François, tracée sur la muraille de la cellule.
— Vous ne le pouvez! ! ! exclama Berthold, mais écoutez-moi, l’évérend père, tout service mérite un salaire, toute faveur mérite récompense. Je prétends vous prouver que je ue suis point un ingrat. Une pai’tie de votre cloître menace ruine; votre église
LA POUDRE A CANON
LA POUDRE A CANON
n’csl point achevée... je vous rebâtirai à neuf le cloître et j’achèverai votre église... et cela d’ici à une année tout au plus. Consentez-vous à poursuivre ma sécularisation en cour de Rome, consentez-vous à me donner la liberté sur-le-champ, sur-le-champ, comprenez-vous ?
— Je vous accorde le premier point, je vous refuse le second , répondit le prieur, dont les traits avaient repris toute l’austérité et toute l’inflexibilité du commandement.
— Imprudent vieillard , s’écria Berthold en souriant à la manière des démons, tu ne sais donc pas que j’ai ici, ajouta t-il eu montrant les larges manches de sa robe , de quoi réduire tou opiniâtreté. Il ne tiendrait qu’à moi de renverser ces murailles, défaire trembler la cité de Fribourg jusque dans ses fondements , de faire vomir aux sépultures de ses églises les ossements qu’elles renferment, aussi rapidement que si la trompette de la vallée de Josaphat annonçait le grand jour du jugement ?
Un léger sourire d’incrédulité passa sur les lèvres du vieillard et alla se perdre dans les ondes incultes de sa barbe blanche.
— Tu doutes comme un autre saint Thomas, prieur, reprit Rerthold , qui paraissait agir et parler sous une étrange influence ; eh bien! puisqu’il te faut des preuves évidentes, palpables, vois, écoute et tremble.
Et plus prompt (iiie l’éclair, le fougueux Schwartz tire de sa robe une boîte de carton goudronnée terminée par une mèche, l’approche de la lampe qui brûle perpétuellement devant l’image de saint François. . . Aussitôt une horrible détonnation se fait entendre, les meubles de la cellule se trémoussent comme les pâles acteurs de la danse macabre, le vitrail de la fenêtre éclate et tombe en poussière de diamant, le plancher frémit et une épaisse fumée, une fumée pareille à celle qui s’élève de l’enfer, obscurcit les rayons du jour.
Le vieux prieur frappé d’épouvante à la vue de ce prodige était tombé à genoux.
Ah! partez, partez, frère Rerthold , s’écria-t-il en pressanl
ii DÉCOUVERTES — liNVENTIONS.
contre ses lèvres tremblantes la croix de son chapelet , parlez ; la maison du Seigneur ne peut plus être la vôtre. . . que Dieu pourtant ait pitié de vous ! !
— Adieu prieur, fit Schwartz, j’aurais désiré vous épargner cette leçon; mais vous l’avez voulu , adieu; — j’obéis à l’ordre que vous m’avez donné, rappelez-vous-lebien, et je vais accomplir la mission que le ciel m’a confiée.
L’audacieux moine se retira aussitôt, et profitant du désordre qu’une explosion si soudaine et si nouvelle avait causé dans le couvent , il franchit , sans coup férir , les limites de l’asile sacré qu’il ne devait plus revoir.
Berthold Schwartz se rendit en Italie. Les Vénitiens faisaient alors la guerre aux Génois et la victoire flottait incertaine entre les deux armées. Berthold écrit au Conseil des Dix, et quelques heures après avoir jeté sa requête dans la terrible gueule de bronze, il est admis à expliquer son aventure devant le doge et ses impénétrables ministres. L’invention du moine allemand paraît excellente, car les nations marchandes font assez peu de cas du sang humain ; et Berthold Schwartz, comblé d’or, de promesses et de dignités, est envoyé, sous la conduite ou plutôt sous la garde d’un provéditeur de la République, au camp de l’armée vénitienne.
L’Enfer et Schwartz avaient donné la recette de la poudre cà canon; un grec de Corinthe, nommé Perdiccas, se chargea d’en faire l’application. Ce Grec fit couler de longs tubes de fer qu’on appela couleuvrine à cause de leur forme allongée, et entassa dans ces engins des lingots sphériques de plomb et d’airain, que la poudre chassait avec fracas. Dès cette année — 1380 — l’artillerie était inventée.
Avec de semblables auxiliaires les Vénitiens ne pouvaient manquer de triompher. Aussi les Génois, tout intrépides, tout supérieurs qu’ils étaient aux Esclavons et aux troupes mercenaires de Venise, ne tardèrent-ils pas à s’avbuer vaincus en acceptant de la sérénissime République un traité de paix, plus onéreux et ])lus honteux qu’une défaite.
LA POrnUE A CANOA.
Bei'thold SchAV.artz, toujours sous la coiuluito il’un provéditoui', fut envoyé à Candie et dans quelques îles de la Grèce, où la domination vénitienne, encore mal assise, étouffait à grand peine des germes de révolte. Ce fut dans une de ces îles que le moine apostat, que l’inventeur de la poudre à canon disparut un beau jour comme Romulus au milieu d’une fête militaire. Ceux qui avaient le plus profdé de son invention diabolique, n’accordèrent à sa mémoire ni une statue, ni un deuil public; ce qui fit présumer aux politiques du quatorzième siècle que la sérénissime République, toujours ingrate et toujours soupçonneuse, s’était débarrassée de Rerthold pour jouir tout à son aise du sanglant monopole de son secret.
Ce qu’il y a de singulier, c’est que vers l’an 1383, les Cordeliers de Fribourg reçurent par une voie inconnue, une somnu' de quarante mille, ducats destinée à rebâtir leur couvent et leur église. Etait-ce un acte de reconnaissance ou un acte d’expiation du moine Rerthold Schwartz? C’est un fait que les annalistes d’Allemagne n’ont jamais pu éclaircir.
On a disputé au moine allemand la priorité de l’invention de la poudre à canon : sans compter les Chinois, qui, avec leur modestie ordinaire, prétendent qu’ils font usage de la poudre depuis plus de trois mille ans, les Maures, si l’on en croit Pierre Mexia, l’ont découverte avant lui. Ces Maures, assiégés en 1 343 par Al])honse XI, roi de Castille , tirèrent sur les troupes chrétiennes ccrtnius: mortiers de fer qui faisaient un bruit semblable <à celui du tonnerre. Ce fait singulier est confirmé par don Pèdi’C, évêque de Léon, dans la chronique du roi Alphonse , qui assure que dans un combat fort rude que se livrèrent le roi de Tunis et le roi maure de Séville , les soldats tunisiens avaient certains tonneaux de fer dont ils lançaient des foudres. D’un autre côté, notre savant et judicieux Ducange, affirme que les registres delà Chambre des Comptes, en France, font mentiôn de poudre à canon en l’année 1338. Enfin, et ceci est d’un poids bien plus considérable, il paraît que Roger Racon eut connaissance de la poudre plus de cent cinquante ans avant la naissance de Schwarlz. Cet habile el savant religieux en
fait la description en termes exprès dans son traité de Nul Hutte Magiœ, publié à Oxfort en 1216. Vous pouvez, dit-il, exciter du tonnerre et des éclairs quand vous voudrez : vous n’avez qu’à prendre du souffre, du nitre et du charbon, qui séparément ne font aucun effet , mais qui étant mêlés ensemble , et renfermés dans quelque chose de creux et de bouché, font plus de bruit et d’éclat qu’un coup de tonnerre.
Quoiqu’il en soit, Berthold Schwartz, malgré les Chinois, les Maures, Pierre Mexia, l’archevêque de Léon et le grand Roger Bacon lui-même, est resté en possession de l’honneur — lugubre et déplorable honneur ! — d’avoir inventé la poudre à canon. Cette invention qui, avec la découverte de 1a boussole et de l’imprimerie, a si profondément ébranlé le monde et a amené le miracle naval de Christophe Colomb et la réforme de Luther, a déplacé toutes les qualités héroïques, toutes les forces naturelles individuelles. En effet, depuis la poudre à canon, depuis que les haches, les framées, les lances, les piques, les épées, les rondaches, les arcs et les dagues ont fait place aux fusils à mèche et à rouet, aux espingoles, aux escopettes, aux pistolets, aux mousquets, aux carabines, et enfin, aux fusils à silex ou à percussion, la force musculaire, la vigueur léonine, comme disait Montaigne, est devenue inutile. Le courage ne consiste plus à affronter la mort, il consiste à l’attendre, à la voir venir de pied ferme. La bravoure qui se remue sans relâche a dû céder le pas à l’intrépidité, qui ne bouge pas plus qu’un bloc de granit. Cette politique militaire a peut-être été bien favorable aux nations flegmatiques, mais elle a été généralement désastreuse pour la France. Voyez donc combien nous avons perdu de batailles — et presque sans combattre — depuis François F' jusqu’à la fin du règne de Louis XIV. C’est que le Français aime à courir après toute chose : après l’amour, après la gloire, après la mort ; il se refroidit dans rattènte, il se morfond dans l’immobilité. Nous avons reconquis les qualités des enfants de Brennus deiuiis l’invention de la baïonnette qui a poétisé, si l’on peut s’exprimer ainsi, le bâton à feu, le fusil de nos ancêtres. Peut-être le
LA POUDRE A UANON.
lenips est-il proche où la bruyante invention du moine Berthold Schwartz disparaîtra sans retour, peut-être les grands coups d’épée — ces grands coups d’épée que madame de Sévigné aimait tant — donnés et reçus avec une loyauté chevaleresque, sufliroiitils, ainsi qu’au temps de la vieille Rome et de la vieille Albe, pour régler les différents et les rivalités des nations. Et, en conscience, l’œuvre monstrueuse du moine allemand, œuvre qu’on avait appelée dans sa plus formidable application — le canon — Vultima ratio regum, la dernière raison des rois, doit-elle, peut-elle être la dernière raison des peuples ?
La révolution opérée dans les armes de guerre offensives et défensives par la découverte de la poudre à canon s’étendit jusqu’à l’attaque et à la défense des places fortes. Ces formidables châteaux , ces énormes citadelles élevés par la féodalité sur tous les points de l’Europe , devinrent dès-lors presque tous des barrières impuissantes et des refuges peu sûrs. L’art des sièges devint une véritable science où la poudre joua le principal rôle, non pas seulement par l’artillerie , mais par la mine et la contre-mine. L’intrépidité du soldat ne consista plus à braquer des échelles contre des murailles ruisselantes de plomb fondu, d’huile et de poix bouillantes, elle fut employée tout entière à pratiquer dans les entrailles de la terre des chemins tortueux et à braver, au milieu d’épaisses ténèbres, accroupi entre la pioche et le mousquet, l’explosion de sa propre mine ou de la contre-mine de l’ennemi.
Mais si l’humanité eut à répandre des larmes de sang sur l’invention du moine de Fribourg, elle eut à se glorifier de l’auxiliaire puissant , énergique , que le hasard avait donné à la civilisation pour réunir et policer les nations. Grâce à la poudre, on pùt combler des précipices, fermer des abymes et foudroyer des rochers aussi vieux que le monde. Annibal avait frayé un étroit passage à son armée en fendant les Alpes avec du vinaigre ; et cette téméraire entreprise, qu’une poignée d’hommes pouvait faire avorter, coûta à ce grand homme et à Carthage des soins et des sommes immenses. La poudre, au dix-neuvième siècle, docile à la voix de
Napoléon , nivella le mont Cenis et le Simplon , et réunit comme par enchantement l’Italie et la France.
Les fêtes nationales et les fêtes populaires durent aussi à la poudre leurs plus rares et leurs plus radieuses magnificences. Dès 14-50 , dans une fête donnée par le grand Corne de Médicis à des ambassadeurs Turcs, à Florence, un Lombard nommé Barlholomœo Capolini offrit un échantillon de cette industrie merveilleuse où les Italiens n’ont pas cessé d’exceller. Nous voulons parler des feux d’artifice qui , depuis le quinzième siècle, sont en quelque sorte le complément de toutes les solennités publiques en Europe.
Bartholomœo Capolini avait pris pour sujet de son œuvre gigantesque la divine comédie de Dante, le Purgatoire, l’Enfer, le Paradis. Les vers du poète avaient si heureusement inspiré le canonnier, comme on disait alors, que cette trilogie pyrotechnique, jouée devant plus de douze cent mille spectateurs accourus de toutes les parties de l’Italie, arracha tour-à-tour des cris de terreur et de joie à ce peuple , passionné dans ses fureurs comme dans ses admirations.
Beaucoup de mal , beaucoup de bien , voilà ce que la poudre a produit. Cependant, il n’est point inutile de constater un fait consolant pour l’humanité, c’est que depuis l’invention de la poudre et depuis son application aux engins les plus rapidement meurtriers, aucune grande bataille n’a coûté la vie à toute une multitude comme dans cette sanglante victoire remportée par Marins sur les Barbares , où cent mille Cimbreset Teutons restèrent sur le terrain. C’est qu’en réalité, la poudre, semblable à beaucoup d’hommes qui ont aussi du salpêtre dans la parole, fait plus de bruit que de besogne.