‹ Merveilles du génie de l'hommeChapitre 21 sur 43 · ISI · texte numérisé non relu

ISI

On peut diviser l’astronomie, relativement à ses différents états, en astronomie ancienne et en astronomie nouvelle.

L’astronomie ancienne c’est l’état de cette science sous Ptolémée et ses successeurs ; c’est l’astronomie avec tout l’appareil des orbes solides, des épicycles, des excentriques, des déférents, des trépidations, etc.

L’astrologie nouvelle c’est l’état de cette science depuis Copernic, qui anéantit tous ces orbes, épicycles et fictices et réduisit la constitution des cieux à des principes plus simples, plus naturels et plus certains. L’astronomie nouvelle est contenue dans les six livres des Révolutions célestes publiées par Copernic en 1566; dans les Commentaires de Kepler ; dans les ouvrages de Bouillaud, de Ward, de Stret, de Wings, de Ricciol, de Whiston et d’Enuler; dans les œuvres immortelles de Descartes et de Newton ; dans les traités de Clairault Maupertuis, de Lacaille, de d’Alembert, de Lalande; et de nos jours dans les écrits d’Herschell, de Struve et de South, les œuvres éloquentes et lumineuses des Bailly, des Lagrange, des Laplace, des Delambre et des Arago.

L’astronomie tire beaucoup de secours de la géographie pour mesurer les distances et les mouvements tant vrais qu’apparents des corps célestes; de l’algèbre, pour résoudre ces mêmes problèmes lorsqu’ils sont trop compliqués ; de la mécanique et de l’algèbre pour déterminer les causes des -mouvements des corps célestes; enfin des arts mécaniques, pour la construction des instruments avec lesquels on observe.

Cette science excellente et divine, comme disait Platon, est appelée sans doute à faire encore de nouveaux progrès; à moins, pourtant, que le grand constructeur des mondes ne juge à propos, pour punir l’outrecuidance et l’orgueil des grands esprits de cette misérable fourmilière qu’on appelle la terre, de jeter sur notre pauvre petit globe les brûlants débris de quelques-uns de ces astres immenses que Dieu crée et brise dans ses heures de miséricorde ou de colère.

Neptune, àBacchus, à Hercule et à Jason. Les juifs, les chrétiens et les mahométans l’attribuent à Dieu même, qui donna au patriarche Noé l’arche victorieuse du déluge, qui recélait dans ses flancs immenses l’espérance d’une nouvelle création.

Legrand cataclysme, si sublimement raconté par Moïse, est également signalé dans les annales des plus anciens peuples. Les Indiens , les Chinois , les Persans , les Egyptiens, qui descendent des A ssyriens , les Ethiopiens , les Celtes qui habitaient une partie de la Vieille-Armorique, avaient conservé dans leurs livres ou dans leurs traditions sacerdotales ou populaires le souvenir de cet effroyable événement. La miséricorde de Dieu passe inaperçue chez les hommes, sa colère laisse dans leur mémoire une empreinte ineffaçable et ne les rend pas plus sages. L’homme se courbe servilement sous le fouet d’un maître irrité ; il devient plein d’orgueil et d’insolence sous la main d’un père qui le conseille et qui le bénit. L’ingratitude et l’épouvante sont les deux pôles de l’humanité.

La navigation des anciens , toute imparfaite que notre insupportable vanité moderne la veut faire, était cependant étendue et florissante. Tyr, la fondatrice de Carthage, fut la reine des mers pendant plusieurs siècles, et il fallut la volonté d’un conquérant tel qu’Alexandre pour dépouiller cette glorieuse métropole du commerce du monde, de sa puissance maritime et de ses richesses. Alexandre transporta à Alexandrie — la ville qu’il avait bâtie — toutes les forces vives de la cité conquise et la dota du sceptre de la mer, sceptre glissant et capricieux qui devait d’Alexandrie passer à Carthage, de Carthage à Marseille, de Marseille à Gênes, de Gênes à Venise, de Venise à Constantinople, de Constantinople à Cadix , de Cadix à Amsterdam et d’Amsterdam à Londres, qui le tient encore aujourd’hui.

L’Egypte, devenue province romaine après la bataille d’Actium, fut la courtière de Rome et du monde ; et les Égyptiens, qui sous les Ptolémées avaient perfectionné les connaissances nautiques, devinrent les premiers matelots de l’empire et constituèrent la force maritime des Romains.

LA NAVIGATION

Constantin le Grand qui, à l’exemple d’Alexandre, voulait marier la ville dont il était le créateur au Bosphore, appela à Constantinople le commerce et les flottes d’Alexandrie ; mais cette tentative ne fut point heureuse et ne servit qu’à scinder les forces navales de l’empire. Les successeurs de Constantin, absorbés par les querelles religieuses, n’encouragèrent pas le commerce et, ainsi qu’il arrive toujours, la décadence de la marine marchande amena la perte de la marine militaire. Il vint un temps où l’empire (l’Orient, menacé de toutes parts et entamé sur les trois quarts de ses frontières , ne pouvait plus compter ni sur une légion ni sur un vaisseau. Constantinople tombait après Rome faute de soldats et faute de navires : l’empire d’Orient après l’empire d’Occident se noyait dans les flots de barbares que les vieux soldats de Mari us et les vieux marins d’Actium auraient rejetés dans leur océan de forêts.

Mais les barbares. Francs dans les Gaules, Goths en Espagne et Lombards en Italie, comprirent bientôt tous les avantages de la navigation. Ils employèrent aux expéditions maritimes ou fluviales les peuples qu’ils avaient vaincus, s’associèrent courageusement aux explorations des îles et des continents qui leur étaient tombés en partage par les chances de la victoire , et devinrent en peu d’années aussi savants que leurs maîtres. On croit que les premiers marins au moyen-âge furent les Francs , les Saxons et les Lombards.

Mais la navigation de ces peuples était fort restreinte , et si l’on en excepte les Goths qui habitaient les rives de la Méditerranée, ces barbares n’entreprenaient jamais de longues courses en pleine mer; mais, en revanche, ils exploraient minutieusement les côtes et se familiarisaient admirablement avec les dangers inséparables de pareils voyages. On a retrouvé, il y a dix ans, en Bretagne, une banpte pétrifiée dans des landes que la mer couvrait il y a plusieurs siècles. Cette barque, dont la forme semble accuser une connaissance profonde de la locomotion nautique , était à deux rangs de rames et munie d’un gouvernail à peu pràs semblable

à celui d’une galère romaine. 11 y a loin de là à nos vaisseaux à trois ponts , mais le génie est peut-être beaucoup plus dans la création de la première barque ipie dans l’installation du plus majestueux vaisseau.

La navigation est la clef de la puissance, c’est le secret delà grandeur et de la force des nations. A partir des Phéniciens jusqu’aux Anglais, l’histoire nous montre la domination de l’univers invariablement attachée à l’empire de la mer. Les Républiques grecques ne purent résister à des ennemis formidables que par le nombre et l’admirable discipline de leur flotte; les Romains euxmêmes ne furent littéralement les maîtres du monde qu’après la bataille d’Actium. Mais pour avoir des matelots il faut naviguer et pour naviguer il faut commercer. Les Grecs étaient essentiellement marchands, et Rome, qui n’avait rien de mercantile ni dans ses institutions ni dans le sang de ses citoyens, trouvait des marins tout faits en Egypte; c’était l’école de marine de la République, c’était aussi son école de commerce.

La navigation est fille du commerce; le commerce, qui est le lien de toutes les nations et que les anciens, toujours portés à poétiser tous les instincts de l’humanité, avaient personnifié sous le nom de Mercure, Merck cura.

L’histoire du commerce serait l’histoire du monde et de la civilisation. Sans parler de ces grandes et puissantes nations dont il ne nous reste plus aujourd’hui que des hiéroglyphes impénétrables ou des monuments gigantesques couchés dans la poussière, il faudrait, pour accomplir cette grande œuvre, consulter les traditions grecques, qui, selon un habile jurisconsulte de ce siècle, sont les plus instructives pour la connaissance du droit des gens que pratiquaient les Phéniciens , les Phocéens, à partir du traité conclu entre les divers peuples de la Grèce , pour l’établissement du conseil des amphyctions, qu’ils datent de 1496 ans avant .Jésus-Christ. Les traités commerciaux des Grecs avec les différents peuples de l’Inde, en arrivant de siècle en siècle jusqu’aux fameuses lois rliodiennes qui furent publiées trois cents ans

].A NAVIGATION

Page 1